‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 29 sur 186 · A. CONSIDERATIONS GENERALES SDR LES OS · texte numérisé non relu

A. CONSIDERATIONS GENERALES SDR LES OS

208. L'es os diffèrent principalement des autres organes » par un haut degré de dureté et de solidité, qui leur permet de faire en quelque sorte la base de la forme du corps entier. Ces propriétés les rendent également susceptibles de constituer des leviers sur lesquels les muscles agissent pour produirez

anatomy of thc bones , Londres, 1705. — Bertin , Traite d'oslcologie , Paris , 1754. — J. Sue, Traité d'ostcologie, traduit de l'anglais de Monro,' où l'on a ajouté des planches , Paris , 1759. — Blumenbach, Gcschiclite den Knochcn, Goettingue, 1812. — Sur la structure des os en général, on penti consulter: Malpigbi, De ossium structurâ , dans Opp. posth. , Venise,- 1743. — D. Gagliardi , Anatomc ossium novis inventis illûstrata , Leyde»' 1725. — Havers , Osteologia nova, or some new observations on thc bones/ Londres , 1691. — Description exactedes os , comprise en trois traités , pa» J.-J. Courtial, J.-L Petit et L. Lémery. — De Lasonne, Mémoire sur l'orga- , nisatiun des os ; dans Mém. de Paris, ij5i. — J.-F. Reicliel,Deo«ù/»)i oriu ( atque structurâ, Léipsick, 1760. — B.-S. Albinus, Dcconstructione ossium . dans Annot. acad. , lib. vu, c. 17. — Scarpa , De penitiori ossium struc-. iurâ commentarius , Léipsick, 1799. — Malacarne, Auctuarium observa* tionum ad osteologiam et ostcogcncthologiam Ludwigii et Scarpat, Padoue? 1801. — Quant à l'anatomie pathologique des os, outre les ouvrage.1 s: de Cbeselden , Courtial et Malacarne , les suivans sont importans à con> aj sulter : A. Bonn, Descriplio thesauri ossium morbosorum Hoviani, Anister- V dam, 1780. — Mus&um anutotnicum Ac. Lugd. description ab. E. Sandifort. m Leyde, 1790. — G. -T. Clossius, Ucbcr die Kranklwitcn der Knochcn , Tu 1 bingue, 1798.

DES OS DANS t'ÉTAT NORMAL. 2(J 1

les mouvemcns. On peut donc leur donner le nom d'organes passifs de la locomotion.

20g. La dureté considérable des os est un résultat immédiat de leur composition chimique. En effet, de tous les organes , ce sont eux qui contiennent le plus de phosphate calcaire. L'analyse chimique apprend qu'ils sont principalement formés de deux substances, l'une molle et de nature animale, l'autre dure et solide. La première se compose en grande partie de gélatine : c'est d'elle que dépendent la forme des os et le faible degré de flexibilité dont ils jouissent. L'autre consiste presque tout entière en phosphate de chaux. D'après l'analyse de Berzelius(i), les os humains contiennent: matière animale, réductible en gélatine parla décoction, 32,17; substance animale insoluble, i,i3; phosphate de chaux, 5i,4 ; carbonate de chaux, 11, 3o; Ouate de chaux, 2,0; phosphate de magnésie, 1,16; soude et hydro-chlorate de soude, 1,20. Cependant les proportions de ces principes constituans ne se ressemblent parfaitement ni dans tous les os d'un même homme, ni dans les mêmes os chez tous les hommes, sans parler des différences qui tiennent à ITigc et à l'état de la santé. Ainsi , par exemple , le rocher contient, en général, plus de substance terreuse que. les autres os (2).

210. La couleur des os est le blanc jaunâtre. On ne peut rien dire de général touchant leur forme. Elle présente tant de différences qu'on est obligé sous ce rapport de les partager en trois classes au moins, comprenant les os longs, les os larges et les os courts. Tous ces os ne diffèrent pas seulement parleur forme, mais encore par leur texture. Cependant cette dernière offre dans tous des conditions générales, par l'étude

(1) Voyez dans Gehlen, Journal fur die Chcmic , t. III, cah. 1 , p. 1. Cependant, d'après les analyses de Fourcroy et Vauquelin ( dnnales de chimie , t, XLVII , n. i4i ) , et de Hildebrandt (Schwcigger, Journal fur Chemie und Physih j t. VIII , cah. 1, p. 1) , les os de l'homme paraissent ne pas contenir de magnésie.

(a) On en peut voir plusieurs exemples dans Monco (Oullincs of the anatomy ofthe humein l/ody, i. 1 , p. 36 -7>j ). D'après les analyses de Davy, dans un sujet, les os de la tete contenaient tous plus de substance terreuse que les os longs.

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desquelles on doit commencer, d'autant plus que les trois classes d'os passent de l'une à l'autre par des nuances insensibles.

21 1. Tous les os se ressemblent, sous le rapport de la texture, en ce qu'ils sont formés essentiellement d'un tissu Gbrocelluleux , dont les fibres et les aréoles sont plus serrées et par conséquent moins apparentes à la circonférence que dans l'intérieur. De là vient qu'on distingue, dans les os, une substance corticale, appelée compacte [substantiel compacta s. corlicalis) , et une autre interne, qu'on nomme spongieuse oa celluleuse , et qui porte aussi le nom de diploé (substanlia spongiosa, s. cellulosa , s.diploe, s. meditulliunî). Mais cette distinction n'est point essentielle; car, d'un côté, elle n'a pas lieu à l'époque de la formation des os, non plus que dans les premiers temps de leur existence , puisqu'on n'y trouve alors que de la substance spongieuse; en second lieu , il n'est pas rare de voir la substance compacte se convertir en substance spongieuse, ou du moins toute espèce de différence s'effacer entre elles, quand la vie se trouve exaltée par la maladie. D'ailleurs si l'on traite la substance compacte des os régulièrement conformés par des agens chimiques susceptibles d'enlever le sel calcaire , on reconnaît qu'ils sont formés de la même manière que le diploé. Enfin, il y a toujours un rapport inverse entre la quantité des deux substances dans les différentes régions d'un même os, c'est-à-dire que, dans les endroits resserrés, la substance compacte existe seule, ou du moins l'emporte de beaucoup sur l'autre , tandis que , dans les parlies qui ont acquis plus d'extension , elle ne forme qu'une lame mince, recouvrant une quantité considérable de diploé.

212. Les fibres et les lamelles qui constituent les os ne sont pas simplement appliquées l'une contre l'autre, de manière à s'étendre dans toute la longueur, la largeur ou l'épaisseur d'un os (1), ou à se porter de son centre à sa circonférence. Elles s'inclinent de tant de manières différentes les unes sur les autres, et s'unissent si fréquemment par des appendices ou des prolongemens transversaux et obliques , que de grands

(1) Suivant Havers, toc. cit., p. 53-57-

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anatomistes , séduits par cette disposition, ont révoqué en doute la structure fibreuse des os. Cependant leur opinion n'est pas parfaitement exacte. Malgré ces inflexions et ces anastomoses des fibres , la structure fibreuse demeure toujours fort apparente, et l'on est fondé à dire que la dimension en longueur l'emporte sur les deux autres dans la texture de plusieurs os. Cette prédominance est surtout prononcée durant les premières périodes de l'ostéogénésie , car plus tard les fibres s'appliquent tellement les unes contre les autres , qu'on ne peut presque plus les distinguer. Mais ces fibres longitudinales n'existent jamais seules (1) ; il y en a beaucoup d'obliques ou transversales dès les premiers temps de l'ostéogénésie , et elles sont même d'abord si multipliées que le nombre des fibres longitudinales ne l'emporte pas autant sur le leur qu'à une époque plus reculée, où les fibres se rapprochent davantage, en sorte que les transversales deviennent obliques, jusqu'à ce qu'enfin, la masse de l'os prenant toujours de la croissance, elle ne semble plus, au premier coup d'œil, composée que de fibres longitudinales. Les fibres transverses et obliques ne forment pas un système à part ; elles se continuentsans interruption avecles longitudinales, qu'elles unissent les unes aux autres.

21 3. les fibres et les lamelles arrangées de cette manière se réunissent en plusieurs plaques, dont la superposition successive produit l'épaississement de l'os (2), et qu'on dit n'être unies ensemble que par des fibres et des lamelles intermédiaires , dont le mécanisme est très compliqué, suivant Gagliardi, qui n'en a toutefois donné qu'une description incomplète. II est vrai que la macération prolongée , l'action de l'air et la calcination réduisent le? os en plusieurs plaques minces appliquées les unes sur les autres; il est vrai aussi qu'une pièce osseuse frappée de nécrose se détache ordinairement sous la forme d'une plaque plus ou moins mince et large: mais ces trois moyens agissent avec trop de violence, et d'une manière trop

(1) Ilildebrandt prétend que les fibres transversales ou obliques se forment après elles {Analomic, t. 1 , p. 77 , § 54 ). (») Gagliardi, Havers, Rcichcl.

açj4 ANAT0M1E GENERALE.

deslructive , pour qu'on puisse tirer un résultat certain des phénomènes qu'ils produisent. Quant à la nécrose, la forme du séquestre tient seulement à ce que l'os est malade dans une certaine portion de sa largeur et de son épaisseur.

2i4- Les os présentent des éminences et des enfoncemens , dont la forme et le degré d'importance varient beaucoup. Les éminences sont de deux sortes. Les unes servent à l'insertion de muscles ou de ligamens, et sont par conséquent toujours en rapport avec des organes fibreux , puisque les muscles ne s'attachent jamais aux os que par le moyen de fibres tendineuses. Les autres sont relatives à l'espèce de mouvement que les os exécutent l'un sur l'autre. Celles-là sont la plupart du temps hérissées d'aspérités irrégulières et non couvertes de cartilages; celles-ci sont lisses, plus régulières et encroûtées de cartilage. Les éminences très saillantes , et qui ont une longueur considérable eu égard au corps de l'os, portent, en général, le nom d'apophyses (processus , apophysis). On appelle tube'rosite's (tuber) , tubercules (tuberculum) , celles qui sont plus courtes, mais larges et inégales ; apophyses styloides (stylus), celles qui sont cylindriques et minces; épines (spina), celles qui sont petites, minces et aiguës; crêtes (crista), celles qui sont plus étendues, lisses et fortement saillantes; lignes âpres (lineœ asperœ), celles qui sont étendues, affaissées, et la plupart du temps assez larges pour qu'on puisse y distinguer des lèvres (labia), comme dans quelques unes des précédentes.

Les apophyses sont désignées par des noms tirés de leur analogie avec certains objets. Ainsi on les nomme têtes (caput) quand elles sont arrondies, et condyles (condylus) quand elles sont plus aplaties, et que d'ailleurs, dans un cas comme dans l'autre , elles servent à quelque articulation. Les têtes et les condyles sont ordinairement supportés par une portion un peu rétrécie de l'os , qu'on appelle col (collum, cervix).

il 5. Les enfoncemens servent aux articulations des os entre eux, à l'insertion des muscles etdes ligamens, ou au passage des vaisseaux et des nerfs. Les premiers sont garnis de cartilages, les seconds parsemés d'aspérités, les derniers enfin presque toujours lisses et plus ou moins arrondis. On donne le nom de

glènes (cavitas glenoidea) aux cavités articulaires superficielles , et celui d' acétabules (acelabuluni) , ou de cavités cotyloides (cavitas cotyloidea) , aux profondes. Les enfoncemens plus ou moins considérables, creusés dans la substance de l'os, et pourvus d'un orifice étroit, sont appelés antres (antrum) , sinus ( sinus ) , cellules (cellula) , suivant leur capacité. La plupart de ceux qui servent à l'attache des muscles et des ligamens prennent la dénomination de fosses, fossettes (fovea, sinus). Ceux qui logent des vaisseaux ou des nerfs sont tantôt étroits, et appelés sillons , gouttières (sulcus, semi-canalis); tantôt plus larges, et désignés sous le nom d'ec/iaracrures (incisura) , quand ils occupent la surface d'un os seulement; lorsqu'ils traversent les os de part en part, on les appelle fissures (fissura), ou trous (foramen) , suivant leur largeur ; s'ils parcourent un trajet d'une certaine étendue , ce sont des conduits , des canaux (canalis). Je dois faire ici une remarque générale, c'est que la disposition des enfoncemens destinés au passage des vaisseaux et des nerfs n'est pas toujours parfaitement semblable , même sur les deux côtés du corps d'un même sujet, car il n'est pas rare de trouver un trou ou un canal d'un côté, tandis que , de l'autre, il n'y a qu'une échancrure ou une gouttière.

Les diverses éminences et cavités sont formées tantôt par un seul os , tantôt par la rencontre de plusieurs pièces osseuses : le premier cas est le plus ordinaire.

216. La plupart des apophyses un peu considérables doivent naissance à un germe osseux particulier, qui ne s'unit que peu à peu avec le reste de l'os, c'est-à-dire avec son corps, et qui même n'y est tout-a-fait soudé que quand l'accroissement a passé par toutes ses périodes. On est assez généralement disposé à croire que les enfoncemens et les élévations des os sont produits par des causes mécaniques, par la pression, par les tractions des organes qui s'y attachent ou qui y pénètrent. En effet, certaines circonstances semblent justifier celte explication. Ainsi les rugosités qui servent à l'insertion des muscles sont d'autant plus prononcées , que ces muscles eux-mêmes sont plus forts, et qu'ils exécutent des contractions plus fréquentes , en sorte qu'on les trouve très peu sensibles chez les

enfans, et toujours moins apparentes chez la femme que chez l'homme. De là vient aussi que ce sont principalement elles dont on a expliqué l'origine de cette manière. Mais la solidité et la dureté des os ne permettent pas d'admettre une pareille théorie. Il est plus vraisemblable que l'action musculaire contribue seulement d'une manière éloignée à ce résultat, en augmentant la nutrition dans toute la partie , et favorisant par cela même le développement plus complet de l'os. Si les rugosités destinées à l'insertion des muscles étaient redevables de leur origine à une cause mécanique, on n'y trouverait pas d'enfoncemens ; or, lorsqu'on les examine avec attention , on voit qu'elles offrent souvent une cavité dans laquelle s'enfonce le tendon : c'est ce qui a lieu, par exemple, à l'humérus, au radius, au péroné. Les enfoncemens des os sont produits d'une manière immédiate par les muscles, sous ce point de vue que ces derniers s'opposent au développement de la substance osseuse dans l'endroit où ils prennent leur insertion , de sorte que, quand ils acquièrent un surcroît d'activité qui leur fait prendre davantage de volume , la cavité d'insertion devient aussi plus considérable , parce que le développement de l'os est gêné dans une plus grande étendue.

Telle est la seule manière dont on puisse admettre que les sillons non couverts de cartilages , dans lesquels glissent des tendons, sont en partie produits et agrandis par une cause purement mécanique. Le tendon , qui se forme en même temps que l'os, empêche la formation de ce dernier dans l'endroit qui lui correspond, et apporte d'autant plus d'obstacle a son développement , qu'il comprime plus souvent sa surface.

La présence d'un nerf ou d'un vaisseau s'oppose de la même manière à ce que la substance cartilagineuse ou osseuse s'accumule sur le point correspondant. Les sillons artériels sont manifestement dus aux battemens continuels du vaisseau , qui , d'une part, rend l'absorption plus énergique, et de l'autre, empêche la déposition de nouvelle substance nutritive. Dans le fœtus, où les os du crâne, étant moins solidement unis les uns aux autres, n'emboîtent pas autant le cerveau, de manière que la pression des vaisseaux delà dure-mère ne peut pas agir avec autant de force sur eux , les sillons artériels sont à peine

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visibles ; ils sont encore très légers et peu profonds pendant le cours de la première année; mais ils se dessinent peu à peu , à mesure que les os du crâne s'unissent plus étroitement ensemble , parce qu'alors les battemens des artères ne portent que sur un seul point. C'est ce que prouvent surtout les enfoncemens, les ouvertures mêmes du crâne, qui correspondent aux glandes de Pacchioni , qu'on doit considérer comme la cause éloignée de la disparition de l'os dans l'endroit sur lequel s'exerce leur action.

Mais les cavités qui se développent dans l'intérieur des os , et s'ouvrent à l'extérieur , comme celles qui communiquent avec les fosses nasales, ne peuvent point être attribuées à des causes mécaniques, quoique Ackermann ait prétendu que ces dernières sont produites par Paffluence de l'air. Elles tiennent nécessairement à la manière dont se développent les os dans lesquels on les observe. Ce qui le démontre , c'est qu'on en trouve déjà des traces dans le fœtus , qu'elles ne se dévelop-' pent pas dans certaines parties du corps où l'air a un libre accès, et que leur nombre, leur étendue, leur forme, leur existence même chez les divers animaux , ne sont point en rapport avec l'affluence plus ou moins considérable de l'air dans les os qui les contiennent.

217. * Les tissus organiques qui font essentiellement partie de la structure des os, sont le périoste, les vaisseaux et le système médullaire.

218. Le périoste appartient à la classe des organes fibreux ( § 16 ). Il revêt les os de toutes parts , et y est attaché par un tissu cellulaire très court, ainsi que par les vaisseaux qui pénètrent dans son intérieur. Les seuls points sur lesquels il ne s'étend pas, sont ceux où les os s'articulent avec ceux qui les avoisinent; là, il passe de l'un à l'autre , soit tout d'une pièce, soit en plusieurs faisceaux distincts. On observe la première disposition dans les articulations immobiles , et la seconde dans la plupart de celles qui permettent des mouvemens. Dans plusieurs os, mais non dans tous, les fibres du périoste sorit parallèles à celles de l'os qu'il entoure, et les externes ont plus d'étendue que les internes. Les vaisseaux se ramifient dans son tissu avant de pénétrer dans la substance osseuse. Il fournit

des prolongemens qui tapissent leur trajet, mais qui ne s'unissent pas à la membrane médullaire ; de là vient qu'il joue un certain rôle dans la formation des os , et que, quand il vient à être détruit dans une étendue un peu considérable, la portion d'os située au-dessous se trouve frappée de mort, quoique d'ailleurs ce ne soit presque toujours qu'à la surface. Dans les fractures, la substance osseuse ne se régénère qu'autant qu'il se forme un nouveau périoste ; aussi la voit-on paraître d'abord dans les points les plus éloignés de la solution de continuité, parce que le périoste n'y a pas été détruit. Ces phénomènes prouvent que le périoste et l'os sont des organes très voisins l'un de l'autre, sous le point de vue de leur mode de formation ; mais ils n'autorisent pas à dire que le périoste se convertisse en os dans l'ostéose.

219. L'opinion que l'os est le produit d'une métamorphose du périoste, et non celui de l'action des vaisseaux de cette membrane , a été soutenue surtout par Duhamel (1). Elle repose sur les argumens suivans :

i° Dans le fœtus, le périoste d'un même os est membraneux dans quelques points, et osseux dans d'autres : il offre le premier caractère à ses extrémités, et le second dans son milieu ; aux extrémités, il est plus épais et compose de plusieurs feuillets (2) ;

20 Un grand nombre de prolongemens du périoste pénètrent entre les apophyses et le corps de l'os ; l'apophyse tout entière est même formée parle périoste, ainsi que par les ligamens et tendons du voisinage (3) ;

5° Dans le fœtus , et durant la jeunesse , l'apophyse ne tient au corps de l'os que par le périoste , de sorte qu'il suffit d'enlever cette membrane pour les séparer facilement l'un de l'autre (4) ;

4" Les couches osseuses, diversement colorées, suivant qu'on a fait prendre ou non de la garance à l'animal, démontrent la même chose;

(1) Mém. sur les os, Mèm. 1 et 2 , dans Mèm. de l'ac. des se, 17^1;. ' Mém. 3, ibid., i/fa; Mèm. 4-7, ibid. , 174Ô.

(2) Mèm., 1743, p. 1^2-164.

(3) JW.,p. i63.

de? os dans l'état normal. 299 5° On en peut dire autant de la formation du cal. Ici le périoste se tuméfie autour de la fracture, et il s'endurcit à proportion, surtout dans sa partie interne. Durant les premiers jours, on peut enlever les parties endurcies au-dessus de la fracture, avec le périoste; plus tard, cette opération n'est plus possible, et il reste alors une feuille osseuse, tandis qu'une portion de la tumeur suit le périoste qu'on enlève. On voit même quelquefois le périoste externe se réunir au périoste interne pour produire le cal (1) ;

6° II n'est pas rare de trouver le périoste endurci dans les exostoses (2).

220. Mais, i° les faits cités en premier lieu ne sont pas parfaitement exacts; car, quoique, chez le fœtus, on trouve presque toujours une lame mince, gélatino-cartilagineuse, entre le périoste et l'os, celte lame n'est jamais continue avec le périoste ; jamais non plus on ne rencontre le périoste osseux dans un point et cartilagineux dans un autre;

20 Les prolongemens que le périoste envoie dans l'intérieur de l'os ne prouvent pas qu'il y ait identité entre ces deux organes, et que le second doive naissance à une transformation du premier. A la vérité, le périoste est uni d'une manière plus intime au cartilage qu'à l'os ; mais cette circonstance ne démontre pas davantage l'identité du cartilage avec lui et avec les tendons ;

5° Il est faux que le cartilage ne tienne à l'os qu'au moyen du périoste; car, même après qu'on a enlevé cette membrane, la continuité existe encore entre les deux organes, comme auparavant, et sans aucun intermédiaire;

4° La différence de coloration des couches osseuses atteste seulement que l'os se forme par des dépôts du dehors ;

5° Les phénomènes de la formation du cal prouvent seulement que le périoste s'enflamme sous l'iufluence de la cause mécanique qui a agi sur lui, qu'il se forme entre lui et l'os une substance dans laquelle le nouvel os se développe, et qu'il contracte des adhérences avec ce dernier. Au contraire,

fi) Mém. , ,74, h) Ihid.

300 ÀNATOMIE GÉNÉRALE.

l'examen attentif des phénomènes de la formation du cal démontre que, dans ce cas, comme dans celui de l'ossiflcation première, il se forme d'abord un cartilage, au milieu duquel paraît ensuite un os.

6° Le périoste ne s'épaissit pas toujours dans les exostoses , et cet épaississement , quand il a lieu, ne prouve rien, puisqu'il peut fort bien n'être qu'un épiphénomène.

Ajoutons encore qu'il se forme souvent des os sans périoste : tel est le cas de toutes les ossifications anormales.

221. Les vaisseaux des os n'ont pas un volume très considérable ; ils sont en général de deux espèces. Quelques troncs artériels , mais peu nombreux, pénètrent dans la substance même des os; d'autres se ramifient à l'infini sur le périoste, avant de s'enfoncer dans leur tissu. Les premiers pénètrent plus avant, et servent principalement à la sécrétion de la moelle ou d'un fluide analogue à la moelle; car, partout où il y a un organe médullaire , on les voit se répandre dans cette membrane. Ils servent aussi à nourrir le tissu interne et moins serré des os. Les autres s'arrêtent dans la substance compacte extérieure. Cependant ces deux ordres de vaisseaux s'anastomosent fréquemment ensemble, de sorte que quand les troncs des premiers sont oblitérés , on trouve cependant leurs branches et leurs rameaux pleins de sang, comme dans l'état normal. Aux diverses sortes d'artères, en correspondent, autant de veines. Ces vaisseaux ont chacun aussi des trous • particuliers pour pénétrer dans les os. Ceux qui livrent passage aux plus gros troncs portent le nom de trous nourriciers • (foramina nutrilia ) , quoique cette dénomination ne leur soiti pas précisément applicable (t).

(1) Les artères pénètrent les os par trois divisions ; i° par des ramuscules qui remplissent les trous capillaires de la surface de tout le système osseux ; a° par des rameaux reçus dans des trous plus grands, et qu'on remarque à la surface des os courts et aux extrémités des os longs; 3° par des branches , appelées nourricières , qui pénètrent dans les os par les canaux nourriciers. La première et la seconde division de ces artères, formées , pour la plupart, de rameaux capillaires, pénètrent le tissu osseux , le parcourent , et s'y terminent exclusivement ; ce sont la véritablement ses artères nourricières. La troisième , composée 4e bran-

On ne trouve pas de vaisseaux lymphatiques à la surfaçe de3 os. On n'aperçoit pas non plus distinctement de nerfs dans ces organes.

chcs beaucoup plus volumineuses , est conduite dans les cavités intérieures des os par les canaux nourriciers. Les branches qui la composent se distribuent à la membrane médullaire, et sen.blent étrangères à la nutrition du tissu osseux , qu'elles ne pénètrent pas.

Les deux premières divisions ne sont accompagnées d'aucune veine. On en remarque , au contraire , autour de la troisième, qui correspondent exactement au nombre et au volume des artères qui la composent; mais elles sont insuffisantes pour ramener tout le sang distribué aux os par les trois espèces d'artères , et ne rapportent que celui qui s'était rendu à la membrane vasculaire. Les veines propres du tissu osseux ont été découvertes par Dupuytren ( Propositions sur quelques points d'anatomie , de physiologie et d'anatomie pathologique. Paris , i8o3) dans les os du crâne. Elles ont été reconnues depuis dans tous les autres os du corps , d'où elles sortent par des ouvertures nombreuses d'un assez grand diamètre , par lesquelles on ne voit pénétrer aucune ramification artérielle , même après les injections les plus heureuses , et qu'on aperçoit surtout facilement sur les os plats , les os courts , et les extrémités des os longs. A quelque distance de leur sortie des os , elles vont se terminer dans le système veineux. Elles naissent du tissu osseux par une foule de radicules , qui se réunissent à la manière de celles des veines ordinaires , pour former des rameaux, des branches, des troncs, lesquels, après avoir parcouru tout le tissu spongieux, l'abandonnent, et percent le tissu compacte , pour aller s'ouvrir dans les veines voisines , par un trou constamment plus petit que lecanal dont il est la terminaison. Les canaux osseux qu'elles parcourent sont formés de tissu compacte qui semble prolongé de l'extérieur des os dans leur intérieur. Ces canaux , immédiatement recouverts par la membrane des veines , offrent des trous nombreux par lesquels les veines simples versent le sang qu'elles ont puisé dans le tissu osseux. Quant aux veines elles-mêmes , elles se composent uniquement delà membrane interne du système veineux , repliée en une multitude de valvules. Il n'existe point de membrane celluleuse a leur extérieur. Elles se trouvent donc dans le même cas que les sinus veineux cérébraux , si ce n'est que l'enveloppe fibreuse fournie à ces dernières par la dure-mère est remplacée par des parois osseuses , à la surface desquelles la membrane interne , mince , transparente et peu résistante , est étroitement appliquée , de manière à ne pouvoir exécuter aucun mouvement, ni exercer aucune action sur le sang qui traverse les canaux veineux.

Une analogie fort remarquable est celle qui existe entre le tissu spongieux des os et ses canaux veineux d'une part , et les corps caverneux de

222. La moelle [medulla ossium) (i) est renfermée dans l'intérieur des os. C'est une substance analogue à l'huile ou à la graisse , qui ne présente pas partout exactement les mêmes caractères.

Dans la cavité des os longs , qu'elle remplit tout-à-fait, et qui porte pour cette raison le nom de canal médullaire , elle est plus épaisse , plus solide , plus jaunStre, et contenue dans une membrane particulière, très mince, qui forme une multitude de petites vésicules. De même que la graisse, elle est composée de globules arrondis, dont le volume varie beaucoup, en sorte que l'organe médullaire semble n'être réellemeut qu'une portion du tissu muqueux. La membrane qui contient la graisse a été appelée périoste interne ; mais elle diffère beaucoup du vrai périoste, du périoste fibreux, quoiqu'elle s'en rapproche parle grand nombre de vaisseaux qu'elle reçoit. C'est sur elle , en effet, que se répandent principalement les vaisseaux nourriciers des os ( § 221 ).

La moelle des os larges, irréguliers et courts, celle aussi qu'on trouve dans les extrémités des os longs, diffère beaucoup de celle que contient le corps des os longs : i° parce qu'elle n'est pas entourée d'une membrane; 20 parce qu'elle a moins de consistance, et contient moins de graisse; 3° parce qu'elle a une couleur rougeâtre. Elle paraît être en contact immédiat avec le tissu osseux, et devoir naissance aux vaisseaux qui pénètrent dans l'intérieur de l'os.

On n'a pas pu, jusqu'à ce jour, découvrir de nerfs dans la membrane médullaire. Cependant, d'après les expériences

la verge et du clitoris de l'autre. En effet , les veines offrent , pour former le tissu des corps caverneux du pénis , un arrangement en tout semblable à celui du tissu spongieux des os du crâne et des extrémités des os longs. Remplacez les cellules osseuses par un canevas fibreux , et tapissez ce canevas par la membrane interne des veines , vous aurez une idée exacte de la disposition des corps caverneux. Dans quelques animaux , la traîne fibreuse n'existe plus , et le tissu caverneux n'est formé que par les veines, qui ressemblent alors , par leurs communications nombreuses , au tissu spongieux ou réticulaire des os. (Note des traducteurs. )

(1) (irulzmacher, Dcossium medutnï , Léipsick, 1758.

des os dans l'état nohmal. 3o5

do Duverney (1) et de Bichat (2) , dont j'ai confirmé l'exactitude, elle paraît être le siège d'une sensibilité très vive. Bichat dit que sa sensibilité est d'autant plus marquée qu'on approche davantage du centre précis de l'os. Je n'ai pas trouvé qu'il en fût ainsi (5).

Tant que l'os est encore à l'état de cartilage, on n'y découvre aucune trace de moelle. On ne peut donc pas dire, avec Bichat, que l'organe médullaire préexiste au canal, et qu'il est seulement rempli d'une substance cartilagineuse , qui fait ensuite place à la moelle.

Ce n'est que quand l'ossification commence à s'opérer qu'on voit aussi la moelle se développer. Mais , plusieurs années encore après la naissance, elle est beaucoup plus rougefllre et plus fluide que chez l'adulte, et ne ressemble pas à de la graisse. Les maladies la replongent dans cet état. C'est ce qu'on observe surtout lorsque la nutrition est très affaiblie par tout le corps, comme chez les phlhisiques.

Les fonctions de la moelle sont fort obscures. Cependant on peut la considérer comme un moyen de diminuer la fragilité des os. Il est difficile de déterminer si elle a des usages directement relatifs à leur nutrition. On l'a pensé parce que les os meurent après la destruction de la moelle; mais la conclusion n'est pas rigoureuse , puisque ce phénomène peut dépendre seulement de l'étroite liaison organique qui

(1) De lastruct. et du sent, de la moelle; dans Mèm. de Paris, 1700.

(2) Analomic générale, t. III , p. i. p. 112.

(3) Les expériences et les observations pathologiques laissent beaucoup de doute touchant la sensibilité de la moelle, que les auteurs, Bichat entre autres , ont d'ailleurs fort exagérée. Lebel, pratiquant l'extraction d'un séquestre long de près de cinq pouces, qui , dans une grande portion de son étendue, comprenait toute l'épaisseur et toute la circonférence du tibia , fut obligé de déchirer la moelle, dont la surface était couleur de chair. Il ne s'occupa point de la tourmenter pour savoir jusqu'à quel point elle était sensible, mais il la tint quelques secondes sur la main, sans que le malade se plaignît, et il lui fut impossible de déterminer quelle part elle avait pu prendre aux douleurs que lit éprouver l'extraction du séquestre. La membrane médullaire était enflammée, et devait être plus sensible encore que dans l'état normal. [Journ. complém. , t. V, p. 5i2-3i3.) ( Note des traducteurs. )

3o4 ANAT0M1E GÉNÉRALE.

existe entre les deux organes. Je pense que l'existence de la moelle se rattache davantage a l'organisme entier qu'aux os en particulier, et que, comme la graisse contenue dans le reste du tissu muqueux, c'est une provision de matière nutritive mise en réserve.

223. Malgré leur solidité et leur dureté, les os jouissent d'un cék'tain degré d'élasticité, qui varie selon les circonstances. Ils ne sont pas susceptibles de changer de volume sous l'influence des irritans; cependant ils ont, jusqu'à un certain point, la faculté de s'étendre et de se resserrer. Mais le changement qu'ils éprouvent alors n'est point passager; presque toujours, leur extension est un accroissement de masse, et leur resserrement une diminution de volume. Le premier cas a lieu lorsqu'ils sont soumis à une extension mécanique, et tient à un écartement des molécules constituantes; l'autre paraît arriver même quand il y a augmentation de masse, par exemple, lorsqu'un os distendu s'affaisse sur lui-même, qu'une ouverture s'oblitère par la destruction du nerf ou du vaisseau auquel elle livrait passage. Un phénomène à peu près semblable s'observe lorsque les alvéoles s'effacent après l'arrachement des dents. Dans l'état normal , les os n'ont point de sensibilité animale, car aucune des lésions qu'ils peuvent éprouver ne cause de douleur. Les faits qui semblent attester le contraire ont été fournis par des os non encore entièrement formés, ou malades, conditions dans lesquelles la sensibilité se développe en eux à un haut degré.

224» Cette circonstance paraît contribuer, du moins en partie, à la lenteur avec laquelle l'ossification s'opère. Les os sont de tous les organes ceux qui les derniers paraissent et atteignent leur perfection, soit dans la série animale, soit dans l'embryon. Toutes leurs maladies marchent avec lenteur, comparées à celles des autres organes. Mais, d'un autre côté, cette même circonstance contribue vraisemblablement à rendre l'ossification le plus parfait de tous les actes de formation du corps ; car la faculté de se reproduire n'est portée dans aucun solide à un aussi haut degré que dans les os. Non seulement une solution simple de continuité est réparée par une substance qui ressemble presque absolument à la sub-

DES OS DANS I/ETAT NORMAL. 5û5

stance osseuse normale , sous le rapport de la forme, delà composition chimique et des fonctions, mais encore des portions d'os, des os entiers, se reproduisent, après avoir été détruits, non pas, à la vérité, dans leur forme, mais dans leur volume , leurs rapports avec les parties voisines et leurs fonctions, ce dont je traiterai plus au long dans l'article suivant.

225. Les os parcourent, tant sous le rapport de la forme que sous celui de la composition chimique, plusieurs périodes de formation avant d'avoir atteint le terme de leur perfection, et lorsqu'ils sont arrivés à ce point, ils en descendent également par plusieurs changemens successifs (î).

(1) Sue, Sur les proportions du squelette de l'homme, examine depuis l'âge le plus tendre jusqu'à celui de vingt-cinq , soixante ans et au-delà ; dans Mém. prés, à l'ac. des se, t. II , Paris, i755,p. 572-586* — H. Eysson , Tractatus de ossibus infantis cognoscendis , conservandis et curandis , Groningue, iG5g. — V.Coiter, Traclaius analomicus de ossibus fœtus abortivi , et infantis dimidium annum nati , Groningùe , i65g. — R. Nesbitt , Human osteogeny, Londres, 1753, in-8°. — J. Baster, De osleogenia , Leyde, 17Ô1. — A. Vater, Osleogenia, Wittemberg , 1735. — B.-S. Albinus, Icônes ossium fœtus, Leyde, 1737. — J.-A. Ungebaucr , De ossium trunci corp. hum. epiphysibus scro osscis visis earumdemquc genesi , Léipsick, 175g. — B.-S. Albinus , I. De gcneralione ossis . II. Qtiœdam déprima ossium natura disceplatio; dans Annot. acad., 1. VI. — Idem. De gcneralione ossium; dans Ann. acad., 1. VII . n° vi, 1764 et 1766. — Perenotti , Mémoire sur la construction et sur l'accroissement des os; dans Mém. de Turin, t. II, 1784. ' — C.-F. Senff, Nonnulla de incrcmenlo ossium embryonum imprimis gravidilalis mensibusj Halle, 17S1. — J.-F. Meckel , Considérations anal, et phys. sur les pièces osseuses qui enveloppent les partics centrales du sysl. nerv.; dans Journ. complém. , t. Il, p. 211. — M. Troja , Osservazioni ed csperimcnli sullc ossa , Naples, 1814. — M. Medici , Espcrienze intorno alla tessilura organica délie ossa ; dans Opusculi scienlifici, Bologne, 1818 , p. g3-i07. — Medici, Considerazioni interna alla tessatura organica délie ossa , in riposta allé oppos. faite dal S. D. C. Speranza et dal S. A. Scarpa, Bologne, 181g. — Rapport de Cuvier suite Traité des lois de l'ostèogénic, par Serres; dans Journal complémentaire, t. III , p. 67. — Lebcl, Réflexions sur la régénération des os, mêtoc recueu, t. V , p. 009. — Scbultze , Considérations sur les premières traces du système osseux , même recueil, t. VI, p. 1 i3. — Béclard , Mémoire sur t'nstèosc; dans ï\'ouv. journ. de médecine, t. IV, 181g. — Dulrochet, Obscn niions sur l'ostèogénic; dans Journal de physique , 1822 . septembre. — Consultez aussi la première noie de ce cbapilrc.

3o6 ANATOMIE GENERALE.

Les changemcns qui se passent en eux, depuis leur première apparition jusqu'à leur état de perfection , sont remarquables en ce que leurs diverses périodes de développement correspondent à des états permanens chez les animaux, et cela souvent avec une exactitude surprenante. Comme tous les organes, les os sont d'autant plus mous que l'embryon est plus voisin du moment de son origine. Dans les premières périodes, leur consistance ne surpasse pas celle des autres parties. En quatre semaines, ils durcissent, et paraissent alors sous la forme de cartilages , dont la consistance augmente peu à peu. Les cartilages qui, à cette époque, occupent la place des os futurs, diffèrent de ceux-ci, parce qu'ils n'ont pas une structure fibreuse, qu'on n'y aperçoit ni cellules ni cavités médullaires, et qu'ils constituent une masse solide, absolument homogène ; mais cette masse a la forme extérieure de l'os , et, comme lui, elle est couverte par le périoste. Vers la huitième semaine , les vaisseaux de quelques uns de ces cartilages commencent à charrier du sang rouge, au lieu du liquide incolore qu'ils contenaient jusqu'alors : c'est alors que commence véritablement l'ossification. Le cartilage devient d'abord plus mou et plus lâche, presque toujours à sa partie moyenne; enfin il disparaît, et à sa place se développe un tissu fibro-celluleux , composé de gélatine et de phosphate calcaire. La cartilaginification et l'ossification ne commencent pas dans tous les os à la fois; mais il y a ce rapport constant entre ces deux actes, que les os dont les cartilages paraissent d'abord sont aussi ceux qui s'ossifient les premiers, et que, dans chaque os en particulier, les premiers germes osseux se développent précisément dans les points où les premiers vestiges de cartilages se sont montrés (1).

(1) J. Howsliip a observé que, dans plusieurs os, particulièrement: dans le diaphyse des os longs et la partie moyenne des os larges, l'ossification se faisait d'emblée , c'est-à-dire qu'un cartilage ne précédait point! l'état osseux. ( V. ses Microscvpical observations on the structure of bonc; dans Médico-chirurgical trans. , vol. VI-X , Londres iSi5-iSiy ). Béclard, qui admet cette opinion , a décrit la marche de l'ossification d'une manière très précise , dans le passage suivant, que nous croyons devoir citer en entier. <* Le cartilage qui, depuis plus ou inoins longtemps , lient la

DES OS DANS i/ÉTAT NORMAL. 7)0^

11 y a peu d'os qui se forment d'une seule pièce. Dans la plupart on voit paraître divers germes osseux qui restent séparés l'un de l'autre, et unis seulement par du cartilage, pendant un laps de temps plus ou moins long, et qui se confondent peu à peu ensemble , de manière que c'est seulement à l'époque où le corps entier a pris son accroissement complet, qu'on voit s'effacer toutes les traces de la séparation primitive. Dans certains os même, le sacrum, par exemple, ces traces ne disparaissent jamais. Quant à l'ordre suivant lequel l'ossification s'opère, tant dans les diverses pièces que dans l'os entier, il y a bien à cet égard des lois générales, comme pour la forme, la grandeur et le nombre des germes osseux, et pour l'époque à laquelle l'ossification débute, soit en général, soit en particulier; mais on ne découvre pas de cause générale d'où paraisse dépendre la succession à laquelle les os entiers et les diverses parties qui les constituent sont assujettis ans leur apparition.

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