‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 33 sur 186 · II. DES ARTICULATIONS · texte numérisé non relu

II. DES ARTICULATIONS

250. Les articulations dérogent à l'état normal de deux manières : les extrémités correspondantes des os peuvent être trop peu ou trop solidement unies ensemble.

251. 'La réunion trop lâche des os peut être le résultat du déchirement, de la distension ou du relâchement des moyens d'union. Ces différens états donnent lieu à la luxation [luxado), dont l'essence consiste dans l'éloignement des extrémités osseuses articulées ensemble de manière à permettre des mouvemens , et dans le contact d'un os mobile avec un autre os immobile, dans un lieu autre que l'endroit régulier, vers lequel il a été tiré par les muscles situés au voisinage de l'articulation. La luxation s'opère d'autant plus facilement, et par cela même est d'autant plus fréquente, que les os sont plus mobiles : aussi est-elle ordinairement accompagnée de distension des ligamens lorsqu'elle arrive aux articulations mobiles, et compliquée de leur déchirement lorsque les articulations immobiles en sont le siège.

Toujours aussi elle a lieu de préférence dans le sens suivant lequel les surfaces articulaires, les ligamens et les parties voisines opposent le moins de résistance.

Lorsque l'os ne reprend pas sa situation normale, soit de lui-même , soit avec le secours de l'arl , il se l'orme une arti-

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culalion nouvelle , et l'ancienne s'efface. L'os contre lequel celui qui a été luxé est venu s'établir se creuse ordinairement une cavité presque toujours superficielle, qui est couverte d'abord par le périoste, mais qui plus tard se revêt entièrement ou partiellement de cartilage, et qui a un rebord plus ou moins renversé. Dans le même temps la tête articulaire devient plus aplatie et plus inégale qu'auparavant, et elle perd assez souvent tout ou partie de son enduit cartilagineux , parce que les muscles la pressent davantage contre l'autre pièce osseuse.

Quelquefois il se développe dans l'os qui était muni d'une tête articulaire, une cavité à laquelle correspond une tête proportionnée qui croît à la surface de l'os voisin.

Les articulations immobiles se disjoignent aussi quelquefois, ou sont moins serrées, par l'effet d'un vice primitif de conformation. Ce dernier cas a lieu dans l'hydrocéphale , ef lorsque les pubis ne sont pas réunis ensemble. L'autre , si l'on excepte la symphyse pubienne vers la fin de la grossesse , ne se rencontre qu'à la suite d'une violence mécanique , dont l'action a été subite et très forte, ou lente et toujours croissante.

Dans l'écartement congénial , et dans ceiui qui arrive régulièrement de lui-même, le moyen d'union est distendu, alongé ; il est déchiré dans celui qui provient d'une cause accidentelle.

252. L'excès de solidité dans les articulations constitue Vànkylose (i) (ancylosis). Celle-ci est fausse quand les moyens d'union sont seulement raccourcis ou trop raides , et vraie quand des os qui étaient séparés dans l'état normal sont soudés ensemble par de la substance osseuse. L'ankylose a pour résultat l'immobilité de la partie qui auparavant exécutait des mouvemens.

Dans ce cas , ou bien les ligamens fibreux se sont ossifiés, ou il s'est formé au-dessous d'eux de la substance osscusé , qui réunit le contour des deux os en manière de pont, ou enfin les deux os sont soudés dans toute l'étendue de leurs

(i) J. T. van il<; Wynpcrssc , De ancylosi , L<;ytlc, 178S.

surfaces correspondantes, de sorte que le cartilage qui les encroûtait et la substance compacte ont disparu, et qu'on ne trouve pins qu'une substance spongieuse , uniformément étendue dans toute la longueur de l'os.

Les deux premières formes sont les compagnes naturelles de la vieillesse. La dernière s'observe à la suite de l'inflammation et de la suppuration des extrémités osseuses.

Quelquefois, sans cause appréciable, une tendance à l'ossification se développe dans plusieurs articulations, et même dans toutes : la raideur générale du corps en est le résultat.

ARTICLE III

253. Le développement accidentel des os est un phénomène très fréquent ( 1) , qu'on observe principalement dans certains systèmes, mais qui , en général , ne s'y manifeste guère qu'aux dernières périodes de la vie. Il est surtout commun dans la moitié gauche du cœur et dans le système aortique, en particulier dans sa membrane interne ; mais il n'est pas beaucoup plus rare dans les membranes séreuses. On l'observe moins souvent dans les organes fibreux, parmi lesquels le périoste est celui qui en fournit le plus d'exemples. Il se forme fréquemment aussi des os accidentels dans les organes internes de la femme, principalement dans la matrice, dans les ovaires et dans la thyroïde.

Les ossifications accidentelles se présentent sous deux formes différentes. Tantôt la substance osseuse ne forme qu'un tout avec les parties au milieu desquelles elle se développe , et une portion de la substance dans laquelle elle se forme se convertit en elle. Tantôt elle constitue un corps à part, une nouvelle formation, qui n'a que des rapports de nutrition

(1) J. van Heckercn , De osteogencsi prœtcrnaturali , Leydc, 1797-

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avec la substance dans laquelle plongent ses racines, et qui s'isole tôt ou tard, lorsque ces rapports viennent à cesser.

Les ossifications accidentelles de la première espèce se développent principalement dans le système vasculaire et dans plusieurs parties du système séreux. Celles de la dernière espèce se voient de préférence dans les capsules synoviales et les bourses muqueuses, tant naturelles qu'accidentelles; cependant on les observe aussi dans plusieurs membranes séreuses , et notamment dans la tunique vaginale du testicule.

Celles-ci forment des plaques plus ou moins larges, qui font peu ou point de saillie au-dessus de la surface des parties dans lesquelles elles se développent. Celles-là représentent des corps arrondis, pédiculés, qui se développent surtout dans les articulations exposées à des ebocs fréquens ; ils y sont tantôt seuls, tantôt fort nombreux, et communiquent toujours, soit dans un temps, soit dans un autre , avec la membrane synoviale.

Du reste, ces productions osseuses accidentelles parcourent les mêmes périodes que les productions osseuses normales (1).

(1) Broussais (Histoire des phlcgmasics chroniques , Paris, 1808, t.I) attribue les substances accidentelles, osseuses et ■ calcaires , à l'inflammation chronique des vaisseaux lymphatiques. Il a reproduit cette opinion en 1816, dans l'Examen. Boisseau, tout en admettant l'inflammation pour cause la plus ordinaire des ossifications accidentelles, pense qu'elles ne se développent que quand l'inflammation est suivie d'une diminution de l'activité nutritive , et qu'on ne peut admettre la persistance de l'état inflammatoire dans un tissu accidentellement ossifié (Réflexions sur ta nouvelle doctrine médicale ; dans Journ. uniu. des se. méd., t. VII, 1817 , p. 45 ). En réponse , Broussais distingua deux genres d'ossifications accidentelles : i° des concrétions osseuses inorganiques, produits secondaires de la sur-irritation , qui se forment dans les fluides lymphatiques extravasés, ou dans les tissus en partie soustraits à l'inflammation vitale ; 2° des ossifications pures et simples, sans altération préalable de l'organisation, consistantes en des vices de la nutrition qui s'établissent avec les progrés de l'Age (Journal univ. des sa. méd., t. VIII, p. i56). Gimclle établit ensuite que les substances osseuses accidentelles n'ont jamais la l'orme ni la structure des os primitifs , et que l'ossification accidentelle est constamment le résultat d' une inflammation chronique , qui, usant les propriétés vitales d'un organe, à force de les élever au-dessus de leur type naturel , change la nature intime de la partie qu'elle envahit , et lui com-

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