‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 32 sur 186 · I. DES OS EN EUX-MÊMES · texte numérisé non relu

I. DES OS EN EUX-MÊMES

2^5. Il n'est pas rare que les os dérogent à l'état normal sous le rapport de toutes les qualités qui les caractérisent. Les vices de conformation primitifs (1) ne sont pas égale-

(1) Sandefort, De ossibus, diierso modo, csolitA conformalionc abludentibus, dans Obs. anat.palh., lib. III, c. x, lib. IV, c. x, p. i36-i4i;— Van Doevercn, Obscrvaïwncs oslcologicœ, varios naturœ tusui in ossibus hamanotum corporum cx.lùb. , dan» Obs. acad. spec. , Leyde , 1765 ; — Rosenmiïller, De ossium varietalibus , Léipsick, 1804.

328 ANATOMIE GÉNÉnAtE.

ment communs dans tous les os. Ceux du cr5ne, et parmi eux l'occipital, sont ceux qui en -offrent le plus, et les os des membres ceux qui en présentent le moins. Ces vices de conformation consistent presque toujours en des suspensions de développement, et leur fréquence tient sans doute, du moins en partie, à ce que, chez beaucoup d'animaux, même très voisins de l'homme, les os du crâne semblent s'arrêter régulièrement à ces degrés d'évolution. Cependant il est remarquable, d'un autre côté, que les os de la face s'écartent si rarement de l'état normal pour produire des analogies avec les animaux, que, par exemple, il soit si rare de rencontrer l'os inter-maxillaire parfaitement développé. Il n'est pas vraisemblable qu'une semblable différence dépende de la haute perfection du cerveau de l'homme , puisque les anomalies du crâne coïncident presque toujours avec le développement incomplet de ce viscère.

246. Les vices de conformation des os qui peuvent survenir a toutes les époques de la vie sont d'abord les solutions de continuité.

La séparation d'un os en plusieurs fragmens est occasionée par l'action, soit d'un instrument tranchant, soit d'un corps contondant. Il y a plaie dans le premier cas, et fracture dans le second.

La solution de continuité peut être totale ou partielle. La fracture est transversale , oblique ou longitudinale. Les fractures obliques sont les plus communes de toutes. Après l'entier développement , elles surviennent avec une égale facilité dans toutes les parties de l'os. Mais quand les épiphyses ne sont pas encore soudées au corps, il est très ordinaire de les voir s'en détacher, soit par l'effet d'une lésion mécanique , soit à la suite des maladies qui détruisent le tissu des os (1).

La guérison peut avoir lieu, dans l'un et l'autre cas, même lorsqu'il n'y a pas simplement solution de continuité, mais encore fracture avec esquilles, brisement do, l'os en plusieurs

(1) Une excellente monographie sur cet objet est celle de Reichel , Z>« epiphysium ab ossium diapliysi diductionc , Lùipsick, 1769*

DES OS DANS t'ÉTAT ANORMAL. 32g

pièces , et perte considérable de substance. Les fïagmens détachés' se recollent même quelquefois quand on les met en contact avec les portions saines.

La marche de la guérison est absolument la même que dans l'ossification normale (1). Il s'épanche autour des fragmens, et entre eux, une substance gélatineuse, qui s'endurcit peu à peu , et se convertit en un cartilage, dans l'intérieur duquel paraissent ensuite plusieurs noyaux osseux, qui se soudent ensemble et avec les pièces brisées , englobant aussi celles qui ont été complètement détachées. Les fragmens et les esquilles s'arrondissent en même temps, de manière à ne pas blesser les parties voisines par leurs aspérités (2). Pour produire cette

(1) Boehmer , De ossitim callo, Léipsick, 174S. — Id. , Dccallo osslum è rubiœ tinciorum pastu infectorum, Léipsick, ij?>2. — Haller, De ossium formaturâ ; dans Opp. min. , t. II , p. 460. — P. Camper, Observationes circacallum ossium fraciorum; dans Essays and observations pkys, and litter., vol. III , Edimbourg, 1771. — Bonn , De ossium callo annex. cjusd. descr. thes. oss. morb. Uovian. Amsterdam, 1780. — A. -H. Macdonald , De nevrosi et callo, Edimbourg , 1799. — Béelard, Propositions sur quelques points de médecine, Paris, i8i5. — Breschet, Quelques recherches historiques et expérimentales sur le cal, Paris , 1819. — J. Sanson , Exposé de la doctrine de Dupuytrcn sur local; dans Journ. univ, des se. mcd., t. XX, p. i3i.

(2) L'explication la plus ancienne que l'on possède sur le mode de réunion des solutions de continuité des os attribue cette consolidation à une espèce de fluide visqueux que plus tard on a désigné sous le nom de suc osseux ou de lymphe coagulabte. Selon les anciens , ce fluide exsudait des surfaces de la fracture , acquérait peu à peu de la consistance, et réunissait ou soudait les fragmens, de même que la colle-forte unit l'un à l'autre deux morceaux de bois. Cette opinion régna dans les écoles jusque vers le milieu du dix-huitième siècle, époque à laquelle Duhamel s'éleva contre elle , en publiant les résultats de ses expériences. Haller partagea le sentiment des anciens. Cependant il crut devoir s'éclairer par l'expérimentation, et Dethlef fit, sous sa direction , un grand nombre d'expériences qui le fortifièrent dans ses idées. Il attribua le cal à un suc provenant des surfaces fracturées et de la moelle, suc qui s'épanche autour des fragmens, s'épaissit par degrés , et devient cartilagineux, puis osseux, sans que le périoste concoure au rétablissement delà continuité de l'os rompu. Haller, en décrivant le mode de formation du cal, dit que cette Opération ressemble à l'ossification elle-même; que le gluten épanché, provenant des vaisseaux ou tissus de l'os fracturé et de la moelle, prend bientôt de la consistance, <it revêt les caractères dit cartilage !

33o ANAT0MIE GÉNÉRALE.

formation d'une nouvelle substance osseuse , H n'est pas né-

qu'ensuite cette substance cartilagineuse passe à l'état osseux lorsqu'elle a des vaisseaux assez dilatés pour que le sang ronge pénètre dans son épaisseur, et lui apporte une matière saline qui forme des points osseux dont l'étendue augmente successivement, efr finit par envahir tout le cartilage. Dans un autre endroit, Haller prétend qu'il y a , dès le principe , une matière gélatineuse, et peu après un cartilage, dans le milieu duquel se forme un anneau qui s'ossifie le premier, s'étend jusqu'aux épiphyses , et brise le cartilage, qui cède devant lui, et dont il se dépouille comme d'une enveloppe. Cette dernière manière de considérer le cal est très inexacte , et il nous sera facile de le démontrer. Macdonald affirme que tous les auteurs qui ont écrit avant Haller, et ce grand physiologiste luimême , se sont trompés lorsqu'ils ont prétendu que la matière gélatineuse du cal se changeait en cartilage. Gependanl Haller ne dit pas précisément qu'il se forme un cartilage, mais qu'à une certaine époque on voit paraître des molécules organiques opaques , qui ne sont pas du sang, et que quand toute la masse gélatineuse est devenue opaque et élastique, on la regarde alors comme un cartilage. Macdonald est porté à croire que la substance gélatineuse ne se change jamais en cartilage , mais que la matière regardée comme étant cartilagineuse est un os réel , mou, flexible , auquel plus tard le phosphate calcaire vient donner de la dureté. Il pense, d'après ses expériences, que l'os de nouvelle formation est dans l'origine une matière molle , élastique, facile à diviser et à courber en anneau , en un mot , qu'il est alors semblable à un cartilage. La preuve qu'il apporte, pour démontrer la nature osseuse de cette substance, c'est qu'en nourrissant l'animal avec de la garance, la matière du cal rougit , et que ce phénomène est étranger aux cartilages. 11 appuie encore son opinion sur les analyses chimiques des cartilages faites par Allen. Enfin il a reconnu l'erreur dans laquelle Duhamel est tombé , en attribuant la formation du cal à l'ossification du périoste. Jean Hunter, dont le génie et les travaux ont éclairé tant de points de la physiologie, a considéré le cal comme le résultat du développement organique du sang extravasé , et de son passage â l'état osseux. J. Howshipa, dansces derniers temps, donné plusde développemens aux idées de Hunter, et il les a appuyées sur des expériences. Hunter assure que l'espace qui se trouve entre les fragmens de l'os et les parties environnantes est d'abord rempli du sang provenant de la déchirure des vaisseaux , que ce sang se coagule , et que , par un travail d'organisation, il s'y forme des vaisseaux. L'inflammation adhésive s'empare des bouts de l'os fracturé , et dès lors commence un travail particu lier. L'inflammation atteint aussi les esquilles qui sont encore attachées à l'os et les parties environnantes. Elle produit en elles une disposition à l'absorption interstitielle, de manière que les angles des fragmens s'émoussent, leurs ex trémités se ramollissent, d*; viennen t coniques, et tous ces changemens favorisent l'ossification qui va s'opérer. Howship reconnaît que les

cessaire que les couches osseuses , séparées l'une de l'autre ,

idées deHunter ontplus de justesse que tout ce qui avait étéditsurie cal, et qu'elles sont, dans plusieurs points essentiels, parfaitement d'accord avec ses expériences. Les conclusions qu'il tire de ses propres recherches sont que le premier effet de la fracture est l'extravasation du sang dans l'épaisseur des parties environnantes, et dans une quantité qui varie comme le degré de contusion ou de complication. Ce sang se trouve principalement répandu dans le tissu du périoste, dont il augmente l'épaisseur. Il s'épanche aussi dans le canal médullaire et entre les fragmens , où il éprouve divers changemens , et devient le milieu dans lequel s'opère le travail de l'ossification ducal. Peu à peu, la couleur du sang, dont le périoste est pénétré, disparaît; cette membrane devient plus ferme, et prend par degrés les apparences du cartilage. Le mode i.e progression dans cette consolidation des fractures semblerait indiquer que le principal objet est d'abord d'empêcher toute possibilité de mouvement entre les parties. La matière du cal est déposée sur les surfaces de l'os, près des points où l'union doit s'opérer, puis sur la circonférence de l'extrémité du fragment et dans la cavité médullaire. Le dépôt du sang et les degrés successifs par lesquels il passe avant de devenir une substance osseuse, se font remarquer sur la circonférence des bouts des fragmens , avant de se montrer dans l'intervalle qui les sépare. Pour mien* rendre l'idée de l'auteur, nous dirons que la fracture, par ce procédé, acquiert un très grand degré de solidité avant que l'union ou la cicatrice osseuse, entre les fragmens, achève de s'accomplir. Sur ce point Ilowship s'accorde parfaitement avec Dupuytren , ainsi qu'avec lireschet; et nous ferons remarquer que ces faitsavaient été publiés en France , soit par Dupuytren, soit par Breschet , et d'après de nombreuses expériences, avant l'impression du mémoire de Howship. Enfin , nous dirons que, si la fracture est compliquée de plaie, les opérations vitales qui doivent réparer la solution de continuité sont partagées ; tandis que, d'un côté , se fait le dépôt de la matière du cal, de l'autre , on voit un effort ajanifeste pour éloigner toutes les parties de l'os qui ont été séparées, et oii la circulation ne s'exécute plus. Cette élimination se fait parla surface interne du périoste , qui devient granulée, extrêmement vasculaire, et possède un grand pouvoir d'absorption. L'analogie qui existe entre cette théorie et la manière ancienne de considérer le cal, a fait que nous en avons parlé dans le même paragraphe. Duhamel croyait que le périoste est aux os ce que l'écorce est aux arbres , et qu'assez souvent la membrane de la moelle opère seule la réunion des fractures. C'était, selon lui, la tuméfaction du périoste et delà membrane de la moelle , lcuralongemeiit d'un fragment vers l'autre, au point de se joindre et de s'unir par l'ossification, qui produisait le cal , et en formait autour des lis rompus, tantôt une virole simple, tantôt une virole double qui les assujettit, en même temps qu'elle s'y soude. Cette opinion

soient en contact par leurs faces correspondantes; car la gué-

a de nombreux défenseurs , et beaucoup de critiques; cependant nous devons reconnaître l'exactitude de plusieurs observations de Duhamel , et admirer, dans ses expériences, une précision qu'on ne devait pas attendre d'un homme étranger à la médecine. Il n'est pas douteux que la théorie de Duhamel , en la considérant comme fausse, a été de quelque utilité pour la science ; elle a appelé l'attention des physiologistes sur la cicatrisation des os, et c'est à elle que nous devons les recherches de Haller , Dethlef , Bordenave , Troja , etc. , sur le même sujet. Fougeroux adopta , sans restriction , toutes les idées de Duhamel , et il chercha , par les expériences, à répondre aux attaques de Haller et de Bordenave. L'opinion dont il prit la défense n'était plus citée que dans l'histoire de la science, lorsque Dupuytren nous ramena au sentiment de Duhamel, et donna plus d'extension à son ingénieuse théorie , qu'il appuya sur' des observations d'anatomie pathologique. Il a vu non-seulement le périoste s'ossifier, mais encore le tissu Iamineux. , les ligamens, et même la partie charnue des muscles, pour former une sorte de virole osseuse qui maintient les fragmens rapprochés , et les conserve en rapport. Suivant Dupuytren , il faut reconnaître deux époques distinctes dans le travail du cal , ou plutôt deux cals qui se succèdent dans leur formation. Le premier, qu'il nomme cal provisoire , est achevé dès que le système médullaire des deux fragmens s'est réuni, qu'il existe dans leur intérieur une sorte de bouchon osseux qui les joint, et qu'à l'extérieur, le périoste, soit seul, soit avec le tissu cellulaire et même avec les muscles, a formé une virole qui entoure l'extrémité des fragmens , et leur adhère. Jusque là, les surfaces de la fracture ne sont pas encore réunies entre elles, ni même altérées au milieu du tissu osseux de nouvelle formation qui constitue le premier cal. La solidité et la résistance de celui-ci sont de beaucoup inférieures à celles de l'os , d'où il résulte que si une fracture nouvelle a lieu au même os , ce sera précisément dans le point de la première qu'elle s'effectuera. Lorsque, après quatre ou cinq mois au plus, la cavité médullaire commence à se rétablir dans le point où elle était oblitérée ; lorsque la substance osseuse accidentelle produite par l'ossification extérieure se resserre et diminue de volume ; lorsque le périoste , le tissu cellulaire et les muscles reviennent à leur premier état, ou cessent d'être ossifiés, si la coaptation a été parfaite , et s'il n'existe aucune irrégularité dans les rapports des fragmens; enfin, lorsque le travail de la réunion s'opère dans les deux bouts et sur les surfaces mêmes des fragmens, alors commence le second cal, ou le cal définitif , qui n'est achevé qu'après huit mois. Cette dernière époque est caractérisée par le retour de toutes les parties à leur état primitif. Cette théorie , qui , sous plusieurs rapports , ressemble à celle de Duhamel , puisque c'est dans le périoste qu'elle place le siège du cal, en diffère cependant beaucoup. En effet, Duhamel n'a point considéré l'état oiseux du périoste comme un -état provisoire, tandis que

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rison se fait tout aussi bien lorsqu'elles sont simplement à

Dupuytren ne le regarde que comme un moyen contentif pour s'opposer au déplacement des fragmens, et pour favoriser la formation du cal proprement dit. Il reconnaît, et il démontre, que la consolidation des fractures résulte du développement de deux cals successifs , l'un temporaire ou provisoire, se faisant à l'extérieur de l'os et dans les tissus voisins, l'autre définitif, ayant pour siège le canal de la moelle et les bouts des fragmens, ainsi que l'espace qui les sépare. Cette théorie de Dupuytren est d'une haute importance par ses applications à la pratique de la chirurgie , dont elle est le flambeau dans le traitement des fractures. Bordenave est le premier qui ait cru voir dans le cal une cicatrice analogue à celle des parties molles, c'est-à-dire une cicatrice produite par ie développement des bourgeons charnus qui vont d'un fragment à la rencontre de ceux de l'autre, s'unissent, et reçoivent ensuite le sel calcaire, qui donne à la substance de la cicatrice le caractère osseux. Les os fournissent d'abord par leurs extrémités rompues un suc qui est la première matière de leur réunion; ce suc s'épaissit par son séjour; il prend une forme osseuse, et lorsque les tissus vasculaires dilatés fournissent des vaisseaux qui vont s'aboucher, alors le canal devient semblable à l'os même. Quelques auteurs modernes, Bichat, Bicherand, ont aussi vu dans le cal une cicatrice analogue à celles des parties molles, et dépendante du développement de bourgeons charnus qui s'unissent et reçoivent le phosphate de chaux pour rétablir la continuité du tissu osseux. Callisen voulait que la formation du cal fût due au prolongement , entre les fragmens, de vaisseaux qui naissent des extrémités rompues , et au dé» pût ultérieur de la matière osseuse , c'est-à-dire du phosphate calcaire. 11 expliquait, par l'alongcment considérable des vaisseaux, la réunion en un seul cal d'os voisins, fracturés simultanément , comme on le voit quelquefois à la jambe et à l'avant-bras. Bonn s'est rigoureusement abstenu de toute explication, et s'est borné à exposer ce que lui avaient appris ses sens. Ce qu'il dit repose entièrement sur les dissections de cadavres humains, et sur ce que lui ont présenté un grand nombre de pièces pathologiques, desséchées ou conservées dans la liqueur. 11 ne paraît pas que Bonn ait fait des expériences sur des animaux ; mais il a cherché à s'éclairer des faits observés par les autres et de l'analogie. 11 affirme que dans l'homme le cal encore imparfait est membraneux et ligamenteux. Le cal ressemble d'abord, dit-il, à de la chair , puis il acquiert la consistance et la ténacité du cuir. Mais son passage à l'état osseux n'est jamais précédé de la formation d'un vrai cartilage. Le cal parlait est organisé et s'identifie avec l'os; quelquefois on le trouve entièrement solide, comme sont les os malades, et d'autres fois il se ramollit et se dissout par la carie. J. Bell décrit le cal comme étant formé d'abord par une substance molle, flexible, située entre les fragmens dont elle produit la réunion. C'est le rétablissement de la continuité des vaisseaux de l'os qui le constitue.

côté l'une de l'autre , pourvu qu'aucune partie étrangère ne

Samuel Cooper, en adoptant toutes les opinions de J. Bell, définit le cal à l'état parfait, un nouvel os ou une substance osseuse par laquelle les bouts d'un os fracturé sont réunies. Pierre Camper croyait que, dans la réunion des os fracturés , les fragmens s'unissent par un double cal , l'un extérieur, naissant d'une gélatine fournie par les vaisseaux et les fibres osseuses, qui se conde.ise en dessous du périoste , et devient ensuite substance osseuse; l'autre intérieur, produit par l'alongement et la séparation des lames osseuses internes, ou l'expansion du tissu compacte de l'os , pour oblitérer le canal médullaire. Troja a vu les bouts de la fracture se couvrir, dans les p. entiers jours , d'une matière gélatineuse , qui devenait bientôt abondante , et se convertissait peu à peu en cartilage , puis en substance osseuse. Il a aussi observé le gonflement du périoste , jusqu'à une certaine époque après laquelle cette membrane diminuait d'épaisseur, une ossification intérieure remplissant la cavité médullaire près de la fracture , et une autre ossification extérieure dont l'existence est constante. Les faits que rapporte Troja sont d'une exactitude parfaite ; il observe avec attention , et raconte avec candeur ce qu'il a vu , sans poursuivre , comme Duhamel , une idée favorite et exclusive. Ses expériences présentent en plusieurs points des résultats parfaitement semblables à ceux qu'a obtenus Breschet.

Après avoir rapporté en peu de mots les opinions des auteurs sur la formation du cal, nous allons rapidement exposer les faits principaux que nous ont fournis des expériences multipliées , faites par Breschet. Auparavant , nous ferons observer que la dissidence qui paraît exister dans les opinions des auteurs disparaît peu à peu , lorsque l'on étudie le cal sur la nature elle-même. On découvre aisément alors la cause de l'erreur, et le point oii l'observateur a donné trop d'extension à des faits isolés , ou les a trop généralisés. Peut-être aussi , comme le dit Béclard , la dissidence des opinions dépend-elle encore de ce que les recherches n'avaient pas été faites à toutes les époques ou aux mêmes époques de la consolidation des fractures. Breschet considère le cal comme dépendant : i° de l'extravasation et de la concrétion, entre les fragmens, d'un peu de sang fourni par les vaisseaux déchirés ; 2° d'un suc d'abord visqueux , sécrété et épanché entre le périoste , provenant des tissus voisins plus ou moins intéressés dans la solution de continuité de J'os, ainsi que des surfaces de la cassure. Cette lymphe plastique , comparable à celle qui s'exhale entre les lèvres d'une plaie des parties molles, ou à celle que produit l'inflammation sur plusieurs surfaces , et qui constitue les concrétions membraniformes , est d'abord mêlée à un peu de sang; mais plus tard elle est seule sécrétée , et lorsque le périoste- se trouve très altéré ou détruit, elle s'épanche ou s'infiltre dans les interstices des fibres des parties molles qui nvoisinent la Iracture , et, en s'y épaississant, forme un cal extérieur à la solution de continuité. 5» De l'épaissiseement graduel de ces matières (le sang et la lym-

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se trouve interposée entre elles, et qu'on les maintienne en

phe plastique), qui se confondent et qui établissent de jour en jour des adhérences de plus en plus fortes entre les parties, lesquelles s'enflamment et deviennent de véritables organes sécréteurs. En faisant abstraction de l'irritation phlegmasique des tissus voisins de la solution de continuité, on pourrait comparer le suc visqueux mêlé d'un peu de sang, et les modifications successives qu'il présente , au cambium des plantes, et aux changemens que ce principe organique d.. s végétaux, éprouve lorsqu'il est versé entre le liber et la partie ligneuse , ou bien lorsqu'il est sécrété pour cicatriser les plaies des végétaux. 4° Du gonflement et de l'inflammation modérée du périoste et des parties molies voisines, delà cicatrisation de ces parties, et quelquefois de leur envahissement par la matière déposée dans leurs mailles ; 5" du rétrécissement de la cavité centrale de l'os , du ramollissement des bouts des fragmens, et du dépôt d'une matière semblable à celle qui s'amasse dans le périoste ou dans les mailles des tissus voisins , dans la cavité de la moelle et entre les bouts des fragmens ; 6° de la condensation de cette matière , de son organisation par le développ;ment des vaisseaux. Elle est d'abord granuleuse, puis elle devient de cousistance comme fibreuse , ensuite d'apparence cartilagineuse , et enfin elle passe à l'état osseux. Ces changemeus se remarquent d'abord à l'extérieur des fragmens , pour constituer le cal provisoire, et paraissent ensuite dans la cavité de l'os et entre les bouts de la fracture, y0 Du retour à leur premier état des parties molles qui environnent la fracture , après que la matière du cal a successivement passé par tous les degrés que uous venons d'indiquer. Ce retourne se fait qu'après le rétablissement du canal de la moelle , et ce canal ne se rétablit que lorsque la substance osseuse , par laquelle les bouts sout soudés , est tout-à-fait solide. Alors le cal extérieur, le premier formé, diminue peu à peu, et finit par disparaître , si les fragmens ont été bien affrontés, et si aucun déplacement 'existe. Mais s'il y a un déplacement , soit suivant la longueur, soit suivant l'axe des deux fragmens, alors les bouts de la fracture restent oblitérés, le canal de la moelle ne se rétablit pas, la matière osseuse extérieure de nouvelle formation, loin d'être résorbée , reste pour assurer la solidité du cal, et sa plus grande quantité correspond au côté où le déplacement est le plus considérable, et où les efforts que l'os doit supporter sont les plus grands. Quand on cherche à comparer le développement du cal av;:c la cicatrisation des parties molles, on trouve qu'il y a une grande différence, si l'on admet l'existence de bourgeons charnus. Mais ces prétendu» bourgeons ne sont qu'illusoires. 11 est facile de démontrer l'identité du procède de la nature pour unir tous les tissus divisés ccidentellement. Une différence que semble offrir le cal comparé avec la icatrice des parties molles , c'est le développement d'une substance dont existence doit être temporaire, et que l'on trouve» l'extérieur des fragmens u dans la cavité médullaire. Cette substance n'est peut-être que beaucoup

contact. Peu importe aussi que les fragrnens rapprochés appartiennent au même os ou a des os différens ; la guérison ne s'en fait pas moins bien : il y a seulement ankylose (1).

Dans tous les cas, les extrémités des os s'arrondissent et se ferment complètement. L'os devient tout-à-fail solide dans l'endroit de la fracture, et sa cavité médullaire se trouve partagée en deux moitiés. Il résulte de là qu'un seul os est réellement converti en deux autres. La solidité est plus grande

plus marquée dans les os, soit parce qu'elle est formée par une matière plus dure, et conséquemment plus apercevable, soit aussi parce qu'elle persiste plus long-temps, et que sa quantité est relative à la résistance qu'elle doit offrir pour rendre aux os toute leur force et toute leur solidité. On peut dire encore que la durée de son existence dépend du peu de vitalité des os, et de la lenteur avec laquelle elle est résorbée, ou de sa grande utilité. En effet, non-seulement elle sert à la cicatrisation , mais encore elle tend à s'opposer au déplacement des parties; elle conserve leurs rapports, et contribue à diminuer les désavantages résultant du manque de contact ou de correspondance entre les extrémités des' fragrnens. Si nous pouvions observer des fractures sans aucun changement dans le rapport des fragrnens, ou sans mobilité dans les bouts des os, et ces os pourvus d'une force de vitalité semblable à celle des parties molles, nous verrions probablement le cal présenter dans sa formation et sa disposition une identité parfaite avec la cicatrisation des autres tissus. Les conséquences pratiques que l'on peut tirer de toutes ces recherches expérimentales sur le cal, sont que la consolidation delà fracture n'est réelle qu'après la formation du cal définitif, et qu'alors l'organe peut remplir ses fonctions sans crainte de lui voir prendre des directions ou des courbures vicieuses. Le cal pro visoire, situé principalement entre le périoste et l'os, n'est'qu'un appareil de contention pour favoriser la formation du cal définitif. Le premier cal une fois formé , on peut ôter toutes les pièces d'appareil ; mais l'immobilité est nécessaire, et lorsque le second cal est terminé, l'organe a re couvre sa solidité, et peut remplir toutes ses fonctions. Dans le traitement des fractures, on doit donc admettre deux temps : le premier est consacre à l'emploi des moyens de réduction et de contention , il correspond à la formation du cal provisoire : le second est celui du repos de la partie affectée, que les appareils des fractures n'enveloppent plus ; il coïncide avec le cal définitif. ( Note des traducteurs. )

(1) H. Park , Account ofanew melhod of treating diseascs of the joints o ftlic knee and clboiv, Londres, î jSô. — Cases oftlie excision of carions joints, by H. Parti and P. F. Moreau, wilh observations by J. Jeffray , Glasgow 1S06. — Wachter , Diss. de urticul. cxlirp., Groningue, 1S10. — Mo reau, De la résection des os , Paris, 1816. — Roux, De ta résection, P« ris, 1822,

des os dans l'état anormal. 55?

en cet endroit que partout ailleurs, de sorte qu'il est rare que l'os s'y fracture une seconde fois , quoique la vie soit plus felblè la qu'ailleurs.

Lorsque les conditions sont parfaitement normales, que le sujet jouit d'une bonne santé, et que les fragmens se trouvent dans un rapport convenable , la substance osseuse ne se reproduit jamais en surabondance.

Si une portion de l'os a été enlevée tout-à-fait, comme, par exemple , dans une amputation (i), l'extrémité libre du moignon s'arrondit, se détrite un peu, et se couvre d'une substance compacte , plus ou moins épaisse.

Cependant les fractures et les plaies des os ne guérissent pas toujours d'une manière si complète, de même qu'on ne voit pas non plus toujours les os, qui, par une cause quel- • conque, ont été détruits dans une étendue plus ou moins considérable, se régénérer complètement. Les causes de cette différence sont dynamiques ou mécaniques. A la première classe appartiennent l'âge, la faiblesse générale, les maladies, [telles que le scorbut et le rachitisme, enfin la concentration de l'activité plastique sur un autre organe. C'est cette dernière circonstance qui fait que les fractures ne guérissent point (2) pendant la grossesse et l'allaitement, quoiqu'il n'en soit cependant pas toujours ainsi (5). Les mêmes causes , principalement les premières, disposent le cal à se ramollir, surtout •lorsqu'il n'y a pas long-temps que la fracture s'est consolidée.

La seconde classe de causes comprend tout ce qui s'oppose au contact parfait des pièces osseuses , comme le défaut absolu de coaptation, et le dérangement continuel des fragmens par lesmouvemens qu'exécute la partie. Voila pourquoi

(1) P. -G. VanHoorn,Dw.?. de ils, quwin parlibus membri, prwscrlim os- \ieis, ampulaiione vulneratis , notanda s tint , Lcyrlc , i8o3, p. 36-129. — iBrachet, Mémoire de pltys. patliot. sur ce que devient le fragment de l'os, il près une amputation; dans Bulletin de la soc. mèd. d'émulation , Paris, 182a.

(a) Fal>. Hildan, Obs. cliir. cent. V , obs. 87; cent. VI, oé*. 68. — Hcr- ,tod, dans Eph. À. CD. /, n'i, obs. a5.— Schurig, Syllcpsiologia , 1731 , 3. 517. — Manson , Med. obs. andinq. , vol. IV, n. 37. (3) Alanson , dans Mcd. obs. andinq. , vol. IV , p. /ji4-

il est si ordinaire que les i'racture,s des côtes et de la rotule ne guérissent pas d'une manière parfaite.

Dans ce cas, il se forme une articulation anormale, et le membre ne peut plus servir à rien, ou du moics ses usages sont désormais très bornés, parce qu'il manque de solidité. - . : di ■■• ■ >ld

L'état des parties n'est pas. toujours le même dans les fausses articulations (1);.

Tantôt les fragmens adhèrent ensemble au moyen d'une masse ligamenteuse ou cartilagineuse (a), tantôt ils demeurent séparés, et sont unis, à la manière des articulations mobiles, par un tissu capsulaire (3), tantôt enfin il se trouve entre eux des fibres musculaires ou tendineuses. Le premier état représente les symphyses, et le second, les articulations synoviales. , ' ; ; • ::

Dans le dernier cas, les extrémités des os sont arrondies , fermées, lisses, et enduites ça et là de cartilage. La plupart du temps l'une est excavée et l'autre relevée en bosse, de sorte qu'elles représentent , la première une cavité articulaire, et la seconde une tête également articulaire.

Tantôt les extrémités des os sont gonflées, et tantôt elles, ne le sont pas.i Ce dernier cas est, le plus ordinaire. La capsule articulaire sécrète de la synovie. Il se forme même quelquefois, dans ces fausses articulations , des cartilages et des; .'«î*w!.i'cr .■>• i >;:;»•>;•• *T ;tt\» s(j.-.-f,J--;-;:;<.! ?r.q i. v'n !i'»j>*.T«»|

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(1) Wardrnp, Case wlwrca seton was introduced, etc. ; dans Med. cliir. tri vol. V, p. 56j. — Salzmann , De arlic. analogis r/ticç fraclurig ossiutn sttpcrveniunt, Strasbourg, 171.8. — H. Kuhnholz, Considérations sur les fausses articulations , dans Journ. compl., t. III , p. 28g.

(2) Van DrcverenyS^ec. obs. acad., p. 20/). — Walter, Anatom. Muséum, t. II , nn 65o-656. — Morand, Dcscript. du cab. du roi; dans Bulron , Hist. nat. gcn. , t. III, p. 76, pl. 1. — Coopcr , dans Mod. records and ' .resçanhes , vol I. — Bonn , Thés, oss.morb. CLjXX, CLXXXIII , GLXXXIV. — Lapéenbeck, Sur la formation des fausses articulations à la

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suite des fractures ; dans Nette. Btbl. fiir Chirurgie, Goettinguc, 181 5, cab. I,p. 94 -95-

(3) Koehler, Jicschreib. von Loder's Preeparaten , p. 66.-io5.— Walter,; toc. cit. n. 65i , 65?. , 653 , 654, 656, 65,". — Home, Trans. of a soc., for the impr. of med. and chir, knowl;.,: vol. I , p. 2,1.1.

DES OS DANS L'ÉTAT ANORMAL. 55g

os anormaux, semblables à ceux qu'il n'est pas rare non plus de rencontrer dans les articulations normales (1).

Lorsque des causes dynamiques s'opposent à la production du cal, celui-ci se forme dès qu'elles cessent d'agir, quoique sa formation puisse être fort lente , et durer, par exemple , tout le temps, de la grossesse. Quand les obstacles sont de nature mécanique, presque toujours les extrémités osseuses se cicatrisent, et la guérison n'a pos lieu par les seuls efforts de la nature. Cependant la formation du cal peut encore alors être provoquée par des moyens convenables qui ne sont pas les mêmes dans toutes les circonstances, mais qui tendent tous au même but, celui de convertir les surfaces cicatrisées en une plaie récente, et à stimuler localement la vie dans l'os (a).

Ces phénomènes ne s'observent pas seulement dans le cas de fracture d'un seul os (3) , mais même dans celles de deux os appliqués l'un contre l'autre (4)-

247. La faculté régénératrice des os se développe avec plus d'énergie encore lorsqu'il se forme un os tout-à-fait nouveau à h place d'un ancien, dont une cause quelconque a déterminé la mort. Ce n'est pas la régénération de l'os, mais sa mortification, qui constitue l'essence de la maladie désignée sous le nom de nécrose , car la régénération est toujours accidentelle, et ne constitue jamais une maladie, quoiqu'elle accompagne presque constamment la mortification.

On observe surtout cette faculté dans les os cylindriques;

(1) Home ( loc. cit. ) a donné une excellente description d'une fausse articulation capsulaire de ce genre.

(2) Wlùtc , Cases in surgery , Londres, 1770, p. 6r-c)3. — lng|is, Obs. on the cure ofihosc ttnnalurat articulations wliicli are sometimes the conscf/uences of fractures in Ihc cxlremilics ; dans Edinb. mcd. Journ. , vol. I, p. 4'9« — Rowlands, A case of an un-united fracture of the thigh cur.cd l>y sawing off the ends of the bonc ; dans Mcd. chir. tr. , vol. II , n. v. — On trouve une excellente critique des différentes méthodes, avec plusieurs cas très intéressans , dans le mémoire précité de Wardrop. — Comp. Dclppch , art. cal, dans le Dicl. des se. mcd. ,1. III , p. 45i-453.

(S) Comme le pense Boyer : Ixçons sur les malad. des os , t. I , p, 6g. (4) Whitc , loc. cil. , p. 79. — Wardrop . Inplis.

540 ANAT0M1E GËNÉUALE.

ce sont eux qui la possèdent au plus haut degré (1). Les principales conditions de leur régénération sont les suivantes.

Lorsqu'une pièce osseuse est morte, ce qui n'exige pas nécessairement qu'elle ait subi un changement considérable, soit dans sa forme et sa couleur (2), soit dans sa composition chimique (5) , elle se détache de la portion saine, parce que la nutrition ne s'étend pas au-delà de la limite qui l'en sépare, et que l'absorption agit sur elle avec plus de rapidité.

Mais en même temps commence la formation du nouvel os. Elle est le résultat du développement considérable des vaisseaux du périoste et du tissu cellulaire voisin, qui deviennent aussi bien plus lâches. A mesure que l'os meurt, un fluide gélatineux s'épanche, sur toute sa surface, entre lui et le périoste; ce fluide s'épaissit peu à peu, et se convertit en véritable substance osseuse. Il devient d'abord cartilagineux; ensuite, mais rarement moins de vingt-quatre jours après le début de la maladie, il se développe des points osseux dans ce cartilage. Le nouvel os finit par se souder avec les portions encore saines de l'ancien.

Commu ces deux actes, la mortification et le détachement de la partie osseuse, la formation du nouvel os et sa soudure avec l'extrémité saine de l'ancien, marchent d'un pas à

(1) Les principaux ouvrages généraux sur cet objet intéressant, sont : Ckopart, Donecros. ossium thèses anat. chir. , Paris, 1766. — Louis, Sur la nécrose de l'os maxill. inf. ; dans M cm. de dur. de Paris, 1772 , p. 355 , Paris , 1782. — Troja , De novorum ossium in iniegris aut maximis , ob morbos , deperditionibus , regencratione expérimenta , Paris, 1775. — David, Observ. sur une maladie connue sous le nom de nécrose. — Weidruann, De necrosi ossium, Erfort, 1793. — Russell, Practical essay on a certain diseuse of the bones called necrosis , Edimbourg, 1794. — Koeler, Expérimenta circa rc gêner aiionem ossium, Gocttingne, 1786. — Macdonald, De necrosi elcallo, Edimbourg, 1799. — Macdonald, dans Growther, Pract. obs. on the diseases of the joints , Londres, 1S0S. — Macartney , dans Crowther, Practical observations on the diseuses of the joints, Londres, 1808. — Charmeil, De la régénération des os, Metz, 1821. — Knox, dans Edimb. mcd. and chir. Journal , ann. 1822 et 182J.

(2) Weidmann, De necrosi ossium, p. 19.

(3) Davy, dans Monro , 0 ut Unes of the anatomy of the human body , vol. 1 , p. 39.

DES OS DANS L'ÉTAT ANOWttAL. 34 1

peu près égal, le sujet ne perd point, en général, l'usage de son membre, quoiqu'il arrive souvent que le corps de l'ancien os se détache tout entier. Cependant il le perd quelquefois, parce que l'os frappé de mort se détache avant que le nouvel os ait eu le temps de se souder avec les portions demeurées saines.

D'ailleurs, comme l'ancien os, en mourant, se détache du périoste, que le nouvel os se forme au-dessous de cette membrane, presque toujours intacte, à laquelle il s'unit par l'anastomose de leurs vaisseaux respectifs, et que les tendons s'insèrent au périoste, il est naturel qu'après s'être détachés de l'ancien os, ces derniers se fixent sur le nouveau à la manière accoutumée.

Lors même que le périoste vient à être frappé de mort, les conditions essentielles ne changent point, car cette membrane se trouve remplacée par un nouveau périoste, formé aux dépens du tissu cellulaire environnant.

L'os de nouvelle formation ressemble parfaitement à l'ancien sous plusieurs rapports; il en diffère aussi à certains égards. Sa dureté, sa longueur et ses connexions avec les parties voisines sont les mêmes; mais il n'a ni la même forme, ni la même épaisseur. Ordinairement il est plus volumineux, parce qu'il circonscrit l'ancien os , autour duquel il se forme. Il est plus ou moins difforme et massif, et n'est pas composé de fibres aussi régulières. Sa surface est très inégale, et parsemée d'un grand nombre d'aspérités, parce qu'il ne se trouve pas compris dans le plan de la formation première de l'organisme. Il a donc, comme toutes les ossifications accidentelles, une forme moins caractérisée, et qui le serait encore bien moins si l'ancien os ne lui servait pas de modèle. Son épaisseur est quelquefois très considérable, car elle s'élève souvent au-delà d'un pouce, dans les gros os, tels que l'humérus et le fémur. Ordinairement elle augmente en raison de ce que, quand la portion frappée de mort est sortie de l'intérieur du nouvel os , de l'une ou de l'autre des manières dont je parlerai bientôt, la cavité de ce dernier s'oblitère presque toujours, par suite de l'accroissement qu'il continue de prendre à l'intérieur, de sorte qu'il ne reste plus de canal

3^2 ANAT0MIE GÉnÉUALE.

médullaire régulier, et que le nouvel os est tout -à -fait solide (1).

Cependant ee cas n'a pas toujours lieu , quoique très commun, car on trouve quelquefois une cavité médullaire, parfaitement régulière, qui occupe toute la longueur de l'os ; mais il est possible qu'elle se soit formée plus tard (2).

L'ancien os, frappé de mort, reste rarement, ou même ne reste jamais dans l'intérieur du nouveau (3). Tantôt il disparaît peu à peu, tantôt il sort de lui-même, soit tout à la fois, soit par parcelles, ou bien l'art favorise son expulsion. Les voies par lesquelles il arrive au dehors sont une ou plusieurs ouvertures lisses et arrondies, qui percent le nouvel os d'outre en outre, pénètrent jusque clans sa cavité, communiquent avec la peau par des trajets Ostuleux, et ne se ferment qu'après la sortie du séquestre, qui les entretient par l'irritation qu'il occasione, en sa qualité de corps étranger.

Il est à remarquer que l'origine de ces ouvertures paraît remonter jusqu'à l'époque de la première formation du nouvel os, par on distingue, dans la gélatine épanchée, des points secs et opaques, qui ne tardent pas à leur donner naissance.

La mortification et la reproduction d'un os cylindrique s'étendent rarement au-delà de son corps, et les extrémités spongieuses demeurent intactes, quoique le corps tout entier périsse. On observe ce phénomène non seulement chez les jeunes gens, lorsque les corps et les extrémités forment encore des os à part et distincts, mais même chez les personnes âgées, du moins très fréquemment.

L'os ne meurt pas toujours dans toute son épaisseur ; souvent, et selon la nature des causes , il n'y a que sa portion interne qui soit frappée de mort. Le premier cas peut être

(1) Russel , toc. cit , p. 6o-65.

(2) . Russell, loc. cit. , dans V Appendice. Premier cas.

(3) Voigtel (Pathol. anat. , t. I , p. 195 ,) dit qu'il est très rare que le nouvel os soit creux , et renferme les débris de l'ancien, libres dans son intérieur comme dans un étui; mais, dans tous les cas qu'il rapporte, la guérison n'était point encore achevée , puisque les ouvertures du nouvel 0» ne s'étaient pas refermées.

DES OS DANS L'ÉTAT ANORMAL. ?)l\7}

confondu avec la mortification de Pos tom entier, parce qu'il arrive ordinairement alors que la partie restante se gonfle aussi, et qu'il s'y établit dos ouvertures pour la sortie du séquestre. Cependant on le reconnaît, non seulement parce que la portion frappée de mort est presque toujours plus petite en tons sens, mais encore parce qu'elle est chargée d'aspérités, tandis qu'un os qui a péri dans toute son épaisseur est lisse à sa surface.

Les os plats sont assez souvent frappés de mort ; mais ordinairement ils ne se reproduisent pas, ou ne le font que d'une manière très incomplète. S'ils viennent à se régénérer, la marche de la nature est la même , quant au fond. Cependant le nouvel os n'entoure pas l'ancien, comme dans le cas précédent , et il se forme par l'effet de l'accroissement du bord de la portion qui a conservé la vie.

Il est aussi rare de voir les os courts mourir que se régénérer.

248. Les vices de conformation des os qui se développent a toutes les époques de la vie , peuvent porter également sur leur masse et leur volume, lis ont alors pour résultat l'accroissement anormal ou l'atrophie de ces organes.

Les os sont peut-être de tous les organes les plus sujets à nn accroissement anormal. Tantôt ils augmentent dans toute leur circonférence , ce qui constitue Yhyperostôse , et tantôt il se développe seulement, sur quelque point de leur étendue, une tumeur appelée exostose. Alors , ou leur structure ne change pas, ou bien elle subit des altérations. Le second cas est hien plus commun que le premier. L'os ainsi altéré est tantôt plus lâche et plus spongieux, tantôt plus dur, plus solide et plus pesant qu'à l'ordinaire. La tuméfaction avec diminution de la dènsité a reçu le nom de spina vcnlosa(i). Communément les os gonflés sont d'abord plus spongieux; mais ils deviennent plus durs et plus solides après la guérison. De l'exostose se rapproche Y ostéoslëntome , qui, très probablement, est, sinon toujours , du moins souvent, un gonflement

(1) Augustin, De spinâ vcnlosti ossium, Halle, 1797-

osseux impartait, dans lequel la composition chimique a changé (i).

II est rare que le volume des os diminue , sans que d'autres organes éprouvent un changement analogue, comme lorsque la nutrition se fait mal par suite d'une paralysie. Mais il l'est moins d'observer une diminution sensible dans leur masse. Cependant cet état est presque toujours accompagné d'une altération dans la composition chimique.

249. Les maladies de cette dernière espèce, qui déterminent des anomalies par une altération spontanée de la nutrition , conduisent d'autant plus naturellement aux- altérations de texture et de composition chimique , qu'il est fort rare de les voir porter leur influence sur la forme seulement. D'un autre côté, la forme paraît plus ou moins changée dans les anomalies des os dont le caractère prédominant consiste en un changement de texture et de composition chimique. Les principaux changemens de texture des os sont les suivans :

i° L'inflammation et ses suites , qui diffèrent de celles qu'on observe dans les autres organes , par la lenteur avec laquelle elles marchent. Uc'paississement , souvent aussi Vexostose , et surtout le gonflement des os accompagné de diminution dans leur densité, sont incontestablement les résultats de la terminaison de l'inflammation par exsudation. La suppuration porte le nom de carie, et la mortification celui de nécrose. J'ai déjà fait connaître les principaux phénomènes que présente cette dernière (§ 247).

20 La diminution de la dureté et de la solidité. Elle peut exister à des degrés diflerens. Le moindre degré est celui qu'on rencontre dans le rachitisme. Les os des rachitiques sont mous, spongieux, flexibles et courbés, soit dans les endroits où agissent sur eux des muscles à l'effort desquels ils ne peuvent résister, soit dans ceux où ils ont quelque fardeau à supporter. En même temps ils reçoivent davantage de sang. Le périoste a subi des changemens analogues. La composition chimique n'est pas la même partout. En effet, d'un côté, on ne trouve

(1) Ilundertmark , Osleoslcalomatis casus rarior , Làipsick , 1757. — Hcrnnann , Vc eslealomalc , Lciipsick . 1 767.

des os dass l'état anormal. 545 pas toujours le même rapport entre les proportions respectives d'acide phosphorique et de chaux, puisqu'il y a tantôt' trop (i) et tantôt trop peu (2) d'acide; de l'autre , la proportion entre la substance animale et la matière terreuse varie beaucoup. Quelquefois la quantité de matière animale est fort accrue, de manière qu'on trouve le rapport semblable à celui de 74 : 26, ou même de ^5,8 : 24,2 (3), ou enfin de 79,54 : 20, 5 (4). Souvent, elle ne diffère pas de celle qu'on rencontre dans l'état normal, ou même elle est moins considérable, comme a5,5 : 74,5 (5) , quoique les os soient spongieux. Ces différences tiennent probablement à l'intensité et surtout à la période de maladie ; mais elles prouvent du moins que l'essence de rachitisme ne consiste pas en un défaut originel de matière terreuse. Cette maladie s'observe surtout chez les enfans. Les os des rachitiques sont presque toujours, proportion gardée, trop épais et trop courts ; la tête est plus volumineuse, et les points d'ossification des os du crâne sont très prononcés.

L'état dont il s'agit estportéàun plus haut degré dans le ramollissement des os, connu sous le nom d'osldomalacie ou d'ostéosarcose. Ici l'os devient encore plus mou , charnu ou lardacé, de sorte qu'on le coupe aisément. Sa structure celluleuse disparaît, et il se convertit en une substance homogène. Dans le même temps, il se gonfle plus ou moins. Il présente une incurvation d'autant plus grande qu'il est plus ramolli. Cette maladie attaque de préférence les femmes. Les dents en sont ordinairement exemptes, mais pas toujours (6). Les résultats qu'elle entraîne dépendent de ce que les os cèdent aux efforts des muscles et à la pesanteur du corps. Suivant que l'affection est locale ou générale, elle produit la difformité et le raccourcissement des membres ou du corps entier.

(1) Jager, Diss. acicl. phosph. tanquam morb. quorumd. cattss. prop. Stuttgardt, 1793.

(2) Ackermanii , Comment, mcd. de rachilide, Utrccht , 179^.

(3) Davy, loc. cit., p. 38.

(4) Bostock, dans Mcd. andchir. trans. ofLondon, vol. IV , p. 3S.

(5) Davy , /oc. cit., p. 7>ç).

(6) J.-S. Plank , De osleosarcosi commentatiu , Ttlbingue , i jSa .

3/f6 ANATOMIE GÉNÉRALE.

La trop grande fragilité des os est un état qui se rapproche de celui-là, quoiqu'il soit peut-être quelquefois la suite d'un excès de substance terreuse. Cette fragilité est souvent portée à tel point, qu'il suffit du moindre effort, comme, par exemple, de se retourner dans le lit, pour briser les os. Elle accompagne assez fréquemment le ramollissement de ces organes , mais le plus ordinaire est de la réneontrer seule. Les os qui en sont atteints ne perdent pas leur structure celluleuse, comme dans l'ostéomalacie ; bien au contraire , elle devient souvent plus prononcée encore. Les principales causes de cet état sont des maladies générales et de longue durée , qui attaquent plus ou moins tous les systèmes, comme le scorbut, le cancer, la syphilis.

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