‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 35 sur 186 · Les cartilages articulaires se rencontrent dans toutes · texte numérisé non relu

Les cartilages articulaires se rencontrent dans toutes

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F. Doorncr , De gravioribtts quibusdam carlilaginum mulatiunibus , Tubingnp , 1798. — B. C. Brodie , Pailwlogical vcscarcUcs respecling Ihe diseases of • joints; dans Mut. chir. ir. , vol. IV, n° jcin , § 5. — Laennec, Sur tes cartilages à'ccideMéts'; datfa Dut. des se mba., i. IV, p. is3-i33.

les articulations mobiles; ils y tapissent les extrémités correspondantes deâ os, dont ils imitent parfaitement la forme, et avec lesquels ils sont unis d'une manière si intime, qu'on parvient plutôt à briser l'os qu'a les en séparer. Cependant, quoiqu'il n'y ait d'abord qu'une masse cartilagineuse homogène à la place de l'os, lorsque celui-ci a pris tout son développement, le cartilage articulaire n'en est pas un prolongement , puisqu'il n'y a pas continuité de tissu entre eux, même après qu'on a débarrassé la gélatine des os de tous les sels terreux, par l'action des acides. Ces cartilages sout lisses à leur surface libre, parce qu'il? s'y confondent avec le feuillet interne de la membrane articulaire. Cette disposition diminue singulièrement les frottemens qui sont inséparables des mouvemens.

En général, les cartilages articulaires sont un peu plus minces à leur circonférence. C'est ce qu'on observe principalement dans ceux qui revêtent des extrémités^ d'os très bombées, telles que la tête de l'humérus, ou celle du fémur. Au contraire, les cartilages articulaires des cavités qui reçoivent ces têtes sont plus épais sur leurs bords, et souvent fortifiés en cet endroit par une bandelette cartilagineuse : le cartilage a une épaisseur uniforme dans tous les autres points de sa surface.

258. Les cartilages de la seconde espèce , parmi ceux quP se trouvent entre les os, forment une simple bandelette, fort mince, placée entre deux os voisins, qu'elle unit l'un avec l'autre do manière a ne leur permettre aucun mouvement. Ces cartilages ont, en général, une forme conique, car ils sont plus larges à leur face externe qu'à leur face interne. Cette disposition explique, du moins en partie, pourquoi les sutures des os de la tête, dans lesquelles on rencontre les cartilages en question, s'effacent toujours plus tôt à l'intérieur qu'à l'extérieur du crâne.

Les cartilages costaux forment, en quelque sorte, une section intermédiaire entre ces cartilages et ceux de la seconde classe, car leur extrémité postérieure est soudée avec les côtes à la manière des cartilages articulaires , tandis que l'antérieure s'articule avec le sternum, couvert lui-même

DES CAM.ILACES DANS t'ÉlAT NORMAL. 355

d'une incrustation cartilagineuse; quelques uns même sont nuis en outre à cet os par une capsule articulaire'. D'ailleurs ils diffèrent de tous les autres , parce qu'ils sont beaucoup plus longs que larges et épais.

aôg. Les cartilages de la seconde classe sont bien plus indépendans que ceux de la première, car ils font la base de certains organes qui sont presque entièrement formés par eux. Ainsi le larynx est, en grande partie , composé de cartilages, et la forme de la trachée-artère dépend principalement de celle des arceaux cartilagineux compris dans ses parois. Ou peut en dire autant des cartilages du nez et de l'oreille. Voilà pourquoi la forme de ces cartilages est plus variable que celle des précédens. En effet ils représentent tantôt des plaques, tantôt des anneaux, et tantôt enfin des masses d'une certaine épaisseur. Leur tissu varie également bien davantage, et quelques uns, tels que ceux du larynx, de la trachée-artère et de la cloison du nez, sont beaucoup plus durs que ceux des ailes du nez, de l'oreille et des paupières. Mais, en général, ils sont plus flexibles que les cartilages adhérens aux os. Plusieurs d'entre eux, qui s'articulent ensemble de manière à pouvoir exécuter des mouvemens, comme, par exemple, au larynx, offrent des saillies articulaires tapissées par des ligamens capsulaires, et retenues en place par des couches fibreuses qui se continuent avec le périchondre; mais la plupart ne sont unis que par cette membrane, par du tissu muqueux, et par des expansions membraneuses qui s'étendent de l'un à l'autre.

2G0. Quoiqu'au premier abord les cartilages ne paraissent pas avoir un tissu organique (§ 254), cependant on parvient à démontrer, plus ou moins clairement, qu'ils sont formés de fibres et de lames, en ayant recours à différens procédés, tels que la macération prolongée et l'action des acides. Ce tissu est peu flexible, de sorte qu'il se brise pour peu qu'on cherche à le ployer. Les cartilages se putréfient difficilement; c'est une des substances qui résistent le plus à la décomposition.

Mais tous les cartilages n'ont pas exactement la même texture. Parmi ceux qui adhèrent à des os, les articulaires sont i, a3

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formés d'une multitude de fibres courtes, qui s'implantent à la circonférence des os, et qui deviennent plus molles vers leur extrémité libre. Les cartilages costaux sont composés de lamelles ovales, appliquées les unes contre les autres de dedans en dehors , et qui sont maintenues par des fibres transversales. Morgagni (i) prétend que les cartilages du larynx, ou du moins le cricoïde et les aryténoïdes, ont souvent une structure celluleuse , et renferment alors de la moelle, même sans Cire ossifiés. Je n'ai jamais observé rien de semblable.

261. Les cartilages ressemblent aux os , sous le rapport de la composition chimique, en ce qu'ils sont formés d'une substance animale et de phosphate calcaire; mais les proportions de ces deux principes conslituans, et peut-être même aussi la nature de la matière animale, sont différentes. En effet, d'après les recherches de Davy (2),, les cartilages articulaires contiennent 44>5 d'albumine, 55, o d'eau et 5 de phosphate calcaire. Suivant Allen (5) , au contraire, la matière animale y est également de nature gélatineuse, et la matière terreuse, composée en grande partie de carbonatecalcaire, ne forme qu'un centième de la masse totale. Hatchett dit qu'ils sont formés d'albumine coagulée, contenant quelques traces de phosphate calcaire. J. Davy y a trouvé, albumine 44j5> eau 55, et phosphate de chaux o,5.

262. Les cartilages ne reçoivent pas de vaisseaux qui charrient du sang rouge, quoiqu'en les coupant on aperçoive souvent des vaisseaux distincts de leur substance. On n'a pas encore pu non plus y découvrir de lymphatiques. Ils sont dépourvus de nerfs.

263. Les cartilages, à l'exception des articulaires , sont entourés de toutes parts par une membrane fibreuse, appelée perichondre (perichondriutn). Celte membrane leur est unie d'une manière moins intime , sous le rapport, soit mécanique , soit dynamique , que le périoste ne l'est aux os. Elle n'existe

(1) Advers. anal. , l , an. 2?>.

(a) Dans Monro , Outlincf, of analomy , vol. I , p. 6S.

(3) Macdonald, De necrosi et calto , Edimbourg , 1799, p. ro\, io5.

pas sur les cartilages articulaires, dont la surface libre est confondue avec la membrane synoviale.

264. Les cartilages jouissent de l'élasticité à un haut degré : aussi les rencontre-t-on toujours dans les endroits où l'intervention de cette propriété est nécessaire , par exemple , aux extrémités des os longs , dans les parois des cavités dont la capacité est sujette à varier beaucoup, et qui ne doivent cependant jamais s'affaisser entièrement sur elles-mêmes , comme le nez, les organes vocaux et ceux de la respiration. Mais ils sont très peu extensibles et très peu contractiles. L'absence des nerfs explique leur insensibilité absolue dans l'état normal. Les phénomènes de la vie y marchent avec une lenteur extrême.

265. Durant les premières périodes de la vie, les cartilages sont muqueux et mous. Ils acquièrent peu à peu de la consistance, et finissent par devenir très cassans. C'est vers le milieu de la vie qu'ils ont le plus d'élasticité , parce qu'ils sont alors plus éloignés des deux états opposés dans lesquels on les rencontre au début et au terme de l'existence.

De même que certains cartilages, ceux qu'on nomme temporaires s'ossifient régulièrement et de très bonne heure, de même aussi les cartilages permanens se convertissent totalement ou partiellement en pièces osseuses. C'est du moins ce qui arrive fort souvent à quelques uns d'entre eux. Mais, en général, ils s'ossifient bien plus tard que tous les autres. Ceux qui offrent le plus fréquemment ce phénomène sont les cartilages du larynx, ceux des côtes et les arceaux de la trachéeartère. Jamais on ne l'observe dans ceux du nez , de l'oreille et des paupières. Les cartilages articulaires ne subissent non plus cette transformation que dans des circonstances extrêmement rares. Cependant il faut rapporter ici les cas peu communs où toutes les articulations se soudent plus ou moins dans un 5ge avancé, où , parconséquent , la substance osseuse prend la place de tous les cartilages articulaires. Entre les cartilages permanens et les temporaires, on peut ranger, jusqu'à un certain point , ceux qui unissentdeux bs ensemble de manière à ne leurpermettre aucun mouvement, car ils seconvcrtisscnlaussi en substance osseuse , d'où résulte l'effacement des sutures, quoique leur métamorphose arrive presque toujours bien long-

temps après celle des cartilages temporaires. La forme des surfaces osseuses en rapport les unes avec les autres, paraît influer jusqu'à un certain point sur cette conversion, quoiqu'elle s'opère plus tôt dans les endroits où les points de contact sont plus nombreux et plus rapprochas, comme dans les sutures dentelées, à la face interne du crâne, que dans ceux où les surfaces qui se correspondent sont lisses et unies , comme à la circonférence de l'os unguis, entre les deux maxillaires supérieurs, etc. Cependant le phénomène dont il s'agit obéit évidemment encore à d'autres lois; car, d'un côté, les deux moitiés de la mâchoire inférieure, dont les surfaces de contact sont disposées de la même manière que celles des maxillaires supérieurs , se soudent de bonne heure et toujours ; d'un autre côté on voit souvent des sutures peu profondes, la suture squameuse, par exemple, disparaître, tandis que d'autres, qui sont très profondes et garnies de nombreuses dentelures, demeurent permanentes.

La grandeur proportionnelle des cartilages reste à peu près la même à toutes les époques de la vie ; ceux des sutures sont les seuls qui fassent exception à la règle. En effet, durant les premières périodes de l'existence, tant que les os du crâne jouent les uns sur les autres, et que les dents de leurs sutures ne se pénètrent pas, ces cartilages sont beaucoup plus larges qu'on ne les trouve dans la suite.

ARTICLE II

DES CARTILAGES DANS l'ÉTAT ANORMAL.

266. Les cartilages dérogent rarement à l'état normal (1), soit sous le rapport de leur forme extérieure , soil sous celui de leur forme intérieure. Les vices de conformation qu'ils pré-

(1) Dœrner , De gravioribus quibusdam cartitaginum mutationibus, Tubingue, 1798- — Cruveilhier, Observations sur tes cartilages diarthrodiauco et les maladies des articulations diarthrodiales ; dans drehiv, gênèr. de mcd., février nS»4 , p. 16' •

DES CARTILAGES DANS È'ÉTAT AKOnMAI,. 55?

Sentent sont rarement congéniaux , et îa plupart du temps ils sont le résultai d'antres anomalies survenues auparavant dans les os et les ligamens.

On peut considérer comme un vice congénial de conformation l'absence de certains cartilages, par,exemple de ceux des côtes.

267. La lenteur des phénomènes vitaux qui caractérise les cartilages en général ( § 264) , s'exprime aussi dans la manière dont ils réagissent sur les causes morbifiques venues du dehors , et dans !e degré auquel ils possèdent la faculté de réparer leurs pertes, de se régénérer. Les plaies des cartilages ne se guérissent pas, comme celles des autres parties, par la réunion des surfaces de la solution de continuité. Long-temps encore après l'accident, ces surfaces n'offrent aucun changement qui annonce la moindre tendance à se réunir; elles sont lisses et unies; mais les parties qui couvrent le cartilage , notamment le périchondre, quand il existe, contractent des adhérences ensemble, et produisent la substance nouvelle qui se dépose entre les lèvres de la plaie. Voilà pourquoi il arrive si souvent qu'un cartilage qui a été détruit d'une manière quelconque , ne se régénère pas, quoiqu'on voie quelquefois des couches cartilagineuses se développer à la surface des fausses articulations. Cependant ce dernier phénomène est lui-même peu commun. II se forme rarement , ou même il ne se forme jamais de cartilages articulaires dans les cavités articulaires nouvelles qui surviennent à la suite des luxations. A la vérité, dans les fausses articulations consécutives aux fractures , on trouve quelquefois des cartilages entre les extrémités non réunies des os, et c'est même leur non-ossification qui constitue l'essence d'une articulation accidentelle ; mais , dans ce cas , ce n'est pas un cartilage qui se reproduit, ce n'est même pas un cartilage destiné à demeurer permanent qui se forme, c'est seulement un cartilage temporaire, ou plutôt un nouvel os qui s'arrête dans son développement.

Ainsi, lorsque les cartilages articulaires viennent à être détruits, ce qui peut arriver de plus heureux, c'est que les extrémités contiguës des deux os se soudent ensemble , et qu'il s'établisse une ankylosc.

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Par la même raison, les cartilages s'enflamment fort rarement et avec une extrême lenteur. Ils résistent aussi plus, long-temps que les os eux-mêmes aux causes de lésion, et les changemens qu'ils éprouvent de la part de ces dernières, paraissent être moins actifs et vitaux que passifs et chimiques, puisque les cartilages morts et séparés du corps se comportent absolument de la même manière lorsqu'on les expose aux mêmes influences.

Je ne discuterai pas l'opinion de Laennec, qui admet la régénération des cartilages détruits. Je consid ère les points amincis des cartilages articulaires, qu'on trouve ordinairement dans plusieurs articulations à la fois, chez un même sujet, comme des productions cartilagineuses nouvelles , comme de véritables cicatrices , qui n'acquièrent jamais l'épaisseur du cartilage ancien. Mais il n'est pas prouvé que ces points amincis ne soient pas dus à l'atrophie du cartilage, et les circonstances dans lesquelles j'ai observé quelquefois ce phénomène , me portent à croire que celte dernière opinion n'est pas dénuée de vraisemblance.

268. Cependant il se passe aussi des changemens actifs dans les cartilages. Ils ont surtout lieu dans ceux qui ne concourent pas à former les articulations, parce qu'ils reçoivent plus de vaisseaux et jouissent d'une vie plus énergique. En effet, ces cartilages s'enflamment assez souvent, et presque toujours leur inflammation se termine par l'ossification. Les cartilages articulaires subissent rarement ce genre d'altération ; cependant ils n'en sontpas non plus tout-à-fait exempts : aussi les voit-on , dans les maladies des articulations, devenir rouges-, perdre une partie de leur densité, se ramollir et se tuméfier. Mais, la plupart du temps , l'inflammation s'y termine par la suppuration et la destruction des cartilages , qui , chose remarquable, ne paraît pas être liée nécessairement à la formation du pus. C'est probablement par suite de ces changemens que s'opère l'atrophie des cartilages articulaires.

Les cartilages sont encore exposés à s'endurcir et à s'ossifier, anomalies dont j'ai déjà parlé précédemment (§ a65). Arrivés à cet état , ils deviennent sujets aux maladies ordinaires des os; ils s'enflamment, se carient, se nécrosent, et tombent.

DES CARTILAGES DANS t'Él'AT AN011MAL. 35f(

C'est un phénomène qu'on rencontre assez souvent, par exemple, dans quelques uns des cartilages du larynx, et en particulier dans les aryténoïdes. Il ne faut pas le confondre avec la formation d'une substance blanche, très probablement composée d'urate de soude , qui se développe à la place des cartilages articulaires , lorsque ceux-ci disparaissent par l'efifel delà goutte.

•269. Il n'est pas rare que des cartilages se développent d'une manière accidentelle. En général, on peut admettre que quand cette formation anormale se rencontre, il y a tendance à l'ossification accidentelle.

La solidité, la forme et la situation des cartilages accidentels varient beaucoup. Il existe de si grandes différences entre eux, sous le premier rapport, que Lacnnec a cru devoir en faire deux sections , les parfaits et les imparfaits. Mais cette classification ne paraît guère admissible, caria différence est purement graduelle et accidentelle, et tout porte à croire qu'elle dépend uniquement de l'époque à laquelle on fait l'observation. Du reste, les cartilages accidentels se présentent sous trois aspects principaux.

1° Sous la forme de larges plaques qui adhèrent plus ou moins fortement, parleurs deux faces, aux parties dans lesquelles on les rencontre. C'est là la forme la plus commune. Les cartilages accidentels de cette espèce se développent principalement entre la tunique interne et la tunique fibreuse des artères en général, à la face externe de la membrane interne du système à sang rouge , et à la face externe des membrane séreuses, de sorte que, celle-ci ressemblant beaucoup à la membrane interne des vaisseaux , la formation «les plaques cartilagineuses peut être considérée comme une de leurs altérations morbides les plus ordinaires.

20 Sous la forme de masses plus ou moins arrondies , ir- , régulières, plus ou moins solides, qui sont plongées dans la substance de divers organes , notamment de la matrice, de la thyroïde et des ovaires.

3° Sous la forme de concrétions aplaties, lisses, fixées,t\ l'extrémité de minces lilamcns , et qui se détachent souvent des parties auxquelles elles doivent naissance, de manière à

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se montrer parfaitement libres. Ces sortes de cartilages accidentels s'observent surtout à la face interne des membranes synoviales. Ils sont plus rares dans les membranes séreuses. C'est le premier degré de la formation des os articulaires accidentels (§ 253 ).

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