‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 5 sur 186 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

1. Le corps humain, comme tous ceux qui s'en rapprochent, est composé de plusieurs parlies qui ont entre elles des rapports mutuels de conservation ou de génération, qui jouent réciproquement le rôle de moyen et celui de but les unes à l'égard des autres, et dont les actions, infiniment variées, ont pour résultat la vie et la conservation du tout qu'elles forment par leur réunion.

2. Ces parties diffèrent tellement les unes des autres, sous le rapport de la forme, de la composition chimique, des forces physiques et vitales, et des phénomènes qui en dépendent, qu'il est beaucoup plus facile d'apercevoir leurs dissemblances que leurs analogies. Cependant, quand on examine les choses avec attention, on reconnaît la possibilité de découvrir certaines qualités générales, à l'égard de toutes les conditions

(i) Les sources de l'anatomie générale sont tous les ouvrages généraux sur l'anatomie et sur la physiologie, ainsi que sur les diverses branches de la première de ces deux sciences, puisqu'on y trouve une exposition plus ou moins exacte et complète, tant des particularités générales de la formation organique, que de celles de chacun des systèmes dont la réunion donne naissance à l'organisme. On doit surtout recommander, sous le premier rapport , plusieurs chapitres du premier volume de Dumas (Principes de physiologie, Paris, i8ofi), et, sous le second, Huiler (Etcmenta physiologias , Lausanne ,> j5y ) , Bichat (Anatomic générale, nouv. édit. , avec des additions par Béclard, Paris, i8ai ), et Sœmmeriihg (Lehrc nom Banc des mensclilichen Kœrpcrs, Francfort , îSoo) : ce dernier principalement pour les conditions générales de la plupart des système* organiques, en particulier des os , des ligamens , des muscles, des noii'i et des vaisseaux. Dans presque tous ces ouvrngcs , on a considéré en mCine temps l'état de santé et celui de maladie, mais sans épuiser tout c« qu'il y avait à dire sur ce d«rnkr, et sans lui accorder toujours l'im-

qui ont été énumérées précédemment, de sorte qu'alors des différences considérables ne paraissent plus être que de simples modifications d'un seul et même type primitif.

3. La l'orme organique, par conséquent aussi la forme humaine, présente deux côtés : i° la composition intime, la texture des parties; 2° la composition extérieure, la structure ou la configuration. Mais, quand on y regarde de près, on s'aperçoit que ces deux côtés diffèrent l'un de l'autre par le degré seulement.

4- Relativement à la texture, il est possible de réduire les parties composées en d'autres plus simples , qui diffèrent à leur tour les unes des autres, sous le rapport de leur plus ou moins de simplicité, et qu'on peut par conséquent distinguer en prochaines et éloignées.

5. Les parties constituantes éloignées de la forme organique se réduisent, en dernière analyse, à deux, dont l'une se présente constamment sous une forme donnée, ce qui n'est pas de même pour l'autre, quoique celle-ci soit également susceptible de configuration. Ces parties sont les globules et une substance coagulée ou coagulable. Suivant que cette dernière se trouve seule ou accompagnée de globules, dans le premier ou dans le second état, la partie est solide ou liquide, et elle a aussi une forme extérieure dans le premier des deux cas.

portance qu'il méritait. Au contraire, les deux états ont été envisagés, d'après un plan bien suivi , dans tous les systèmes organiques, par Portai [Anatomie médicale, Paris, 1804). En général, les anatomistes français ont commencé avant ceux des autres nations à décrire plus complètement les altérations pathologiques dans leurs ouvrages. Cependant Monro a fait aussi quelque chose en ce genre (Outtines of the anatomy of tlic human body, Londres, iSi3). Les principaux traités sur les altérations de texture et de structure du corps humain , les plus importans sous le rapport de l'exactitude des descriptions, du grand nombre de faits qui s'y trouvent consignés, et des efforts tendant à poser les bases d'une anatomie pathologique générale, sont ceux de Morgagni (Dccausis et sedibus morborum, édit. de Ghaussier, Paris, 1820-1832), Baillie {Anatomie pathologique dus organes les plus importatis du corps humain, trad. par Gcrbois, Paris, ib'i5), Voigtel (llandbuch der patlwlogischcn Anatomie, Halle, iSo4), et Meckel {Handbucb der patbologischen Anatomie, Halle, 1812- i8i5 ).

Toutes les parties solides et fluides ne contiennent pas ces deux derniers matériaux constituans; mais jamais les globules ne se trouvent seuls, ils sont toujours plongés au milieu de la substance coagulée ou coagulable.

6. Le nom de globules ne convient pas parfaitement aux corpuscules revêtus d'une forme déterminée, car il est prouvé que plusieurs d'entre eux, particulièrement les globules du saug(i), n'ont pas la même épaisseur dans tous les sens, mais qu'ils sont plats et lenticulaires, puisqu'en les faisant rouler sur une surface oblique, on aperçoit leurs bords avec le secours

(1) C.-H. Schultz s'est attaché tout récemment à démontrer que le sang doué de la vie ne se compose pas de globules nageant dans du sérum , mais qu'il forme une masse homogène , laquelle se divise en une infinité de petits corpuscules qui exercent les uns sur les autres, et sur les parois des vaisseaux, l'action la plus vive, de sorte qu'ils s'attirent réciproquement, ou plutôt qu'ils se confondent ensemble, et qu'ensuite ils se reforment. Ils sont sans cesse occupés à se détruire eux-mêmes, et en même temps à se reformer ; ils s'attirent mutuellement : ou en voit un se confondre avec un autre; tous deux ne forment plus qu'une seule masse, mais sur-le-champ cette masse se partage de nouveau; elle se résout en diverses parties qui se comportent aussitôt de la même manière. Cette nouvelle théorie de la vitalité du sang, fondée sur des observations microscopiques, influera puissamment, si elle se confirme, sur la marche de la physiologie, et fournira un moyen précieux pour expliquer les entes animales, qu'on s'est trop empressé de rejeter, parce qu'on ne pouvait les concevoir. Voyez deux importans mémoires de Schultz, dans le Journal complémentaire : Observations microscopiques sur la circulation du suc propre dans la' chélidoine et dans plusieurs autres plantes, t. XVI, p. 208 , et t. XVII, p. i36; Mémoire sur les phénomènes de la vie dans le sang, démontrés par tes observations microscopiques, t. XIX, p. 1 ij et 212. Cependant les observations de ce médecin viennent d'être reprises par Dutrochct, qui les révoque en doute, assurant qu'elles reposent uniquement sur une illusion d'optique {môme recueil, t. IX, p. 289). Ce sujet réclame donc de nouvelles recherches, sur lesquelles nous appelons l'attention et le zèle des physiologistes. Nous croyons devoir ajouter que Drellinger ( JVas ist Absondcrung und wic geschtcht sic , Wurtzbourg, 1819, p. 21) avait déjà rejeté l'hypothèse des globules nageant dans le sérum ; mais il admettait encore des glo- " ;s : s"1Vî|nt lui, le sang no porte qu'improprement le nom de fluide, caj il ne coule pas comme de l'eau, mais à la manière de sable (in con- 'enn dans une clepsydre. ( Note des traducteurs. )

du microscope (1). Cependant ils sont partout arrondis, et nulle part on ne les trouve anguleux; mais leur forme, leur volume, leur nombre, leur couleur et leur composition c/u'mique ne se ressemblent ni dans des sujets différens ni dans les différentes parties d'un même sujet, et même les diverses périodes de la vie, qu'elles soient passagères ou sujettes à retour, régulières ou irrégulières, présentent des différences à cet égard.

Ainsi, sous le rapport de la forme, les globules paraissent être plus composés dans certains points que dans d'autres. Dans le sang, ils sont formés, du moins d'après plusieurs observateurs (a) , d'une partie centrale, solide, et d'une autre extérieure, creuse, vésiculaire, qui renferme la première sans V adhérer. Partout ailleurs leur structure paraît être plus simple , car on n'aperçoit en eux qu'une de ces deux parties ; mais, quelle que soit la région du corps dans laquelle on les examine, on reconnaît que leur forme générale est partout la même chez le même animal, c'est-à-dire qu'on ne les trouve jamais oblongs sur un point et arrondis sur un autre. Dans l'homme, ils sont arrondis.

A l'égard du volume , les globules diffèrent beaucoup dans les diverses parties du corps : ils sont plus petits dans la substance du foie que dans les reins, et plus gros dans la rate que dans le foie (3). Ceux de la substance nerveuse sont moins volumineux que ceux du sang (4) : ces derniers sont, à leur

(1) Hewson,£x/j. inq., Londres, 1777, v. IIJv p. »5. Suivant Leeuwenhoek, ils sont globuleux dans l'homme et dans les mammifères, mais plats dans les poissons (Arc.nat., t. I, p. 5i). Schmidt a reconnu qu'ils sont ronds chez l'homme et les mammifères , et elliptiques-oblongs chez tous les autres animaux. (Sur tes globules du sang , dans le Journ. compl. du Blet, des sciences médicales , t. XVIII , p. 107 et 210.) Voyez aussi le travail de G. -A. Magni ( Nuovc osscruazioni microscopiche sopra le molccole rosse del sangue, Milan, 1776) , de même que celui de Prévost et Dumas (dans la Bibliothèque universelle, 1821, juillet, août).

(2) Hewson, Exp. inq., v. III, p. 16.

(3) Wenzel, Prodromus cines Werhs iiber das Geltirn des Mcnschen itnd der Seeugthicrc, Tubingue, 1S06, ch. îv, p. 4.

(4) Prochaska, De slruct. nerv., Vienne, 1779, ch. iv.

ItÈCLEo GÉNÉRALES DE FORMATION. 1 I

tour, plus gros que ceux de la lymphe, du lait et du chyle (i). Au déhut de la suppuration (2) , ils sont plus petits que quand elle dure déjà depuis quelque temps (5).

Plusieurs fluides , l'urine , par exemple , ne contiennent presque pas de globules. Ces corpuscules manquent aussi dans quelques solides , tels que le tissu muqueux, les parties fibreuses, les cartilages, les os. Au contraire, on les trouve en grande quantité dans le sang, les muscles et la substance nerveuse. Leur nombre est plus considérable dans le sang que dans le chyle et le lait; ils sont aussi plus nombreux dans le pus parfait que dans celui qui commence à se former.

La couleur et la composition chimique des globules sont généralement déterminées par celles des parties, puisque ce sont précisément eux qui constituent ces dernières, et qui sont la source des différences qu'elles présentent. Celte proposition paraît du moins être incontestable en ce qui concerne les parties solides.

Sous tous ces rapports, les globules sont sujets à des chan-

(1) Hevvson , Exp. inq., tab. 1 et 4-

(2) Home, On llie propertics of pus , Londres, 1788, p. 44-

(3) D'après les recherches microscopiques de Milne Edwards sur le tissu cellulaire , le tissu fibreux , le tissu vasculaire , les muscles et le tissu nerveux, ou substance pulpeuse de l'encéphale et des nerfs, il paraît que Ja forme et la disposition des. parties élémentaires de chacun de ces tissus sont les mêmes, quel que soit l'animal sur lequel on les étudie. Edwards pense pouvoir établir comme loi générale que la structure élémentaire propre à ces divers tissus est identique chez tous les animaux. Il résulte également de ses recherches un autre fait plus remarquable encore, c'est que la forme et la grandeur des globules sont toujours les mêmes, quel que soit d'ailleurs l'organe ou l'animal dans lequel on examine les tissus. On serait donc porté à croire que les molécules des matières animales solides et organisées affectent toujours une forme primitive constante et déterminée. En effet, comme Edwards dit l'avoir constaté, des corpuscules sphériques, du diamètre de de millimètre, constituent, par leur assemblage, les tissus organiques précédemment indiqués, quelles que soient du reste les propriétés de ces parties et les fonctions auxquelles elles sont destinées. (H. -M. Edwards, Mémoire sur In structure élémentaire des principaux tissus organiques de l'homme, Paris , i8î3.) ( Noie des traducteurs. )

12 ARATOMIE CÉNEtlALE.

gemenls périodiques. L'analogie qui existe entre l'homme et les animaux rend très probable qu'aux différentes époques de la vie ils varient considérablement aussi chez lui, tant à l'égard de la forme que sous le point de vue du volume, car les globules du sang ont été trouvés , chez les oiseaux et les reptiles, d'une autre forme et beaucoup plus volumineux dans l'embryon que dans l'adulte. On peut en dire autant de la-couleur et de la composition chimique, puisque ces deux qualités ne restent pas les mêmes, dans les mêmes parties , à toutes les époques de l'existence. Il est au moins certain que leur nombre change régulièrement à diverses époques. Au commencement de la première période, lorsque l'embryon se l'orme, on n'aperçoit pas encore de globules, et la substance du nouvel être se compose entièrement d'un liquide coagulable homogène: ce liquide se partage bientôt en une partie plus fluide et une autre plus consistante; celle-ci est entourée de tous côtés par l'autre, attendu que, comme une plaque de zinc humectée d'eau se constitue alternativement par places dans l'état d'électricité négative et dans celui d'électricité positive, de même le pôle positif prédomine partout dans les parties solides ou les globules, et le pôle négatif dans les liquides qui entourent les précédentes. Mais une fois que le fluide , qui était d'abord homogène, s'est partagé en globules et en une autre portion plus liquide, les globules demeurent pendant quelque temps beaucoup plus apparens qu'ils ne le sont aux époques consécutives, et on en découvre alors dans toutes les parties du corps de l'embryon.

7. Ces deux parties constituantes éloignées, les globules et le liquide coagulable, produisent, soit le second seul, soit tous deux ensemble, deux formes principales: dans l'une, la dimension en longueur l'emporte de beaucoup sur les autres; dans la seconde, elle se rapproche plus ou moins de la dimension en largeur, mais ces deux dimensions surpassent considérablement la troisième. On appelle la première forme fibreuse, et la seconde lamineuse. La forme fibreuse n'appartient en général qu'au liquide coagulé, auquel il arrive souvent de se réduire manifestement en fibres sans le concours des globules, comme, par exemple, dans les os, les tendons, etc.

RÈGLES GENERALES DE FORMATION. l5

Quant aux globules, ils ont une grande tendance à se constituer sous la forme de libres, avec la coopération du liquide coagulable, c'est-à-dire à se placer à la suite les uns des autres, ainsi qu'on le voit dans la substance nerveuse et le système musculaire, quoique, sur plusieurs points, par exemple dans la substance des viscères, ils se déposent sans aucune régularité, et s'offrent aux regards plongés pêle-mêle dans le fluide coagulable. Mais le fluide coagulable est absolument inséparable des globules, car il les enveloppe partout; il n'y a pas jusqu'aux fibres les plus déliées qui ne soient entourées d'une gaine produite par ce fluide, dans lequel toutes les parties sont en quelque sorte plongées, et dans la portion liquide duquel nagent les globules que les Immeurs renferment.

Les propriétés des fibres varient autant que celles des substances qui les constituent: il n'y a donc point de fibre simple ou élémentaire.

8. Une réunion de lames et de fibres, ou de lames seules, produit des espaces diversement configurés auxquels on donne le nom de cellules. C'est donc à tort que quelques auteurs, en particulier Gallini et, d'après lui, Ackcrmann, ont considéré ces cellules comme les seuls élémens derniers de la forme. Les propres paroles de ces deux écrivains suffisent pour réfuter l'opinion qu'ils mettent en avant; car, si « toutes les parties »du corps sont des agrégations de lamelles d'une grandeur «inégale qui s'appliquent les unes contre les autres sous des » angles divers , de manière à intercepter entre elles des espaces »ou des cellules de grandeur différente (1) ; » ou si « quatre «lamelles muqueuses jointes ensemble à angle aigu, et ren- » fermant un espace qu'on appelle une cellule, sont les éléamens bomogènes de toute organisation (2), » il est facile de s'apercevoir que la formation cellulaire vient manifestement après la formation laminaire, et qu'ainsi les cellules sont une formation secondaire. A cela on pourrait objecter que les glo-

(1) N. Gallini , Betracli lungcn iiber die neuen Fortschrittc in eter Kcnntniss <le* mcnschlichcn Kœrpcrs , Berlin, 179!, p. 61.

(2) Arkermann , Darslcllung tter Lettre von den Lcùcnshrwftcn , t. I , p. 11.

bules sont, à proprement parler, des cellules , et qu'en conséquence les libres sont composées elles-mêmes de cellules ; mais l'existence des globules à l'état de liberté dans les humeurs , ne permet pas d'admettre cette opinion. D'ailleurs, il est plusieurs parties dans lesquelles on ne voit aucune trace de ces cellules hypothétiques, et qui paraissent n'être que le produit d'un fluide homogène coagulé en grandes lames; telles sont particulièrement les membranes séreuses. Il n'est pas plus exact de dire que les fibres sont la forme cristalline des corps organisés (i).

9. La formation fibreuse l'emporte beaucoup , dans le corps , sur la formation laminaire, et des parties mêmes dans la forme totale desquelles les dimensions en longueuret en largeur sont également développées toutes deux, telles que les membranes fibreuses, les os larges et les muscles de même figure, laissent manifestement apercevoir la texture fibreuse dans leur intérieur, condition qui se rattache d'une manière incontestable a la loi en vertu de laquelle la dimension en longueur l'emporte sur les deux autres dans le corps entier. Les fibres sont faciles à distinguer dans les nerfs, les muscles, la plupart des os et les organes fibreux. On trouve un tissu à la fois fibreux et lamelleux dans les viscères; et en partie aussi dans les os.

10. Cesélémens, disposés en fibres et en lames, qui diffèrent originairement beaucoup pour la figure et la composition , produisent , en se réunissant , plusieurs parties constituantes prochaines ou immédiates de la forme, qui présentent des différences considérables sous le rapport de leur configuration tant intérieure qu'extérieure. Considérées sous le point de vue: de leur forme, ces parties ont repu le nom de systèmes, mot par lequel on entend dire que les diverses parties d'une combinaison donnée se ressemblent entre elles et difi'èrenl des autres dans toutes les parties du corps. Plusieurs méritent celte dénomination d'une manière encore plus spéciale , parce qu'elles forment un tout non interrompu , comme les systèmes muqueux, nerveux et vasculnire. On doit distinguer ici plusieurs

(1) Autenrieth , Physiologie, t. 1 , p.

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degrés de connexion. En effet, quelques systèmes , tels que 1 l'osseux et le musculaire, n'offrent pas, il est vrai, comme les précédens, une continuité non interrompue clans leur substance propre, mais sont néanmoins tellement réunis en un seul et même corps par des systèmes particuliers, notamment par le fibreux, que le périoste, qui recouvre les os, ne diffère, quant à la structure, ni des ligamens étendus d'un os à un autre , ni des tendons implantés à leur surface, et forme avec eux un tout parfaitement lié. D'autres parties , au contraire , comme les viscères et les membranes séreuses, sont isolées, et ne tiennent les unes aux autres que par les trois premiers systèmes, qui sont répandus sur tous les points.

Les diverses parties du corps prennent aussi le nom de tissus, par rapport à leur structure intime, et celui d'organes, en raison des actions qu'elles exécutent; car chacune agit à sa manière, dans l'intérêt général de la conservation du corps, qu'on appelle lui-même organisme , quand on a égard à l'activité des parties qui lè constituent.

il. Ces diverses parties diffèrent beaucoup les unes des autres, sous le rapport de leur forme extérieure et intérieure, de leur composition chimique, de leur mode d'activité vitale et de leurs fonctions. La différence la plus générale qu'elles présentent consiste dans lenr degré de complication. Il y a , sous ce point de vue , deux grandes classes principales, qu'on peut appeler, la première, classe des organes ou systèmes organiques simples, des parties similaires, parce qu'on les rencontre plus d'une fois dans le corps; la seconde, classe des organes ou systèmes composés; des parties non similaires , ou , comme s'exprimait Bichat, des appareils, parce qu'on ne les trouve qu'une seule, ou tout au plus deux fois dans le corps. La réunion des organes simples a lieu d'une manière déterminée, plusieurs d'entre eux s'associant dans un ordre tel, qu'ils donnent naissance a des parties chargées d'accomplir une fonction spéciale, et uniques, ou tout au plus doubles. En s'unissant ainsi, ils forment les appareils, de sorte que le corps, considéré dans son ensemble, résulte d'un assemblage de ?ysl£mes composés, qu'il faut décomposer et réduire à leurs élémens, si l'on veut se faire une idée exacte et coin-

l6 ANAT0MIE GÉNÉRALE.

plètc des conditions de leur existence. La main, le pied, chaque viscère, les divers organes des sens, etc., fournissent des exemples de ces appareils. Cependant il est bon d'observer que la ligne de démarcation n'est pas rigoureusement tracée entre les organes simples et les organes composés. Les premiers eux-mêmes sont, à leur tour, composés de plusieurs parties différentes, et ils se combinent, s'unissent ensemble de diverses manières. Quant aux organes les plus compliqués, on peut, avec de l'attention, les ramener à des systèmes simples, puisqu'on finit par retrouver dans plusieurs les mêmes conditions que celles qui se présentent dans ces derniers. C'est là du moins le cas de la plupart d'entre eux, et particulièrement de ceux qu'on désigne sous le nom de -viscères. Nul doute, à la vérité, que tous ceux-ci ne diffèrent assez entre eux et des autres parties, pour se montrer constituant des organes spéciaux; mais, lorsqu'on y regarde de près, on acquiert la certitude, d'une part, que, sous le rapport de leurs conditions essentielles, ils ne sont que de simples modifications ou ramifications d'un seul et même système, le cutané: d'un autre côté, qu'il y a tant d'analogie entre eux et le système vasculaire, qu'on ne peut assigner aucun caractère qui les en distingue parfaitement. Tous deux constituent des canaux ayant leurs parois essentiellement formées de deux couches, l'une inté- | rieure et l'autre extérieure, dont la seconde sert à imprimer le mouvement aux substances qu'ils contiennent, et qui sont, à leur tour, composées de vaisseaux et de nerfs. On éprouve donc un véritable embarras lorsqu'il s'agit de décider, au sujet de certaines parties, si elles doivent être regardées comme des organes simples ou comme des organes composés. La peau, par exemple, est certainement un appareil, un organe composé, lorsqu'on la considère dans sa totalité, ainsi qu'il convient de le faire pour acquérir la notion exacte de ses fonctions; mais on peut aussi distinguer en elle plusieurs systèmes particuliers, puisqu'on parvient à la réduire, par des moyens mécaniques, non seulement en parties qui se rencontrent dans d'autres organes, mais encore en parties propres , le derme, le tissu papiHaire, l'épidenne , les poils et les ongles.

12. 11 ne faut cependant pas conclure de ce qui précède qu'une classification établie sur la différence de tissu et de composition soit inutile et impraticable; bien au contraire, il me semble plus convenable , non seulement d'examiner séparément les organes simples et les organes composés, mais encore, en faisant le tableau des systèmes les plus simples, de considérer toutes les parties qui ont un rapport évident avec un organe composé comme appartenant à cet organe, et de les décrire avec les autres, que de suivre la marche contraire, et de renvoyer l'histoire de ces diverses parties à l'article des systèmes simples auxquels elles appartiennent : du moins cette méthode est-elle incontestablement la meilleure pour les systèmes qui ne forment pas un tout cohérent, comme le vasculaire et le nerveux.

13. Le nombre des systèmes doit être fixé d'après l'étude approfondie des qualités dévolues aux diverses parties, et il faut admettre autant de systèmes particuliers qu'on peut démontrer de tissus différens. Mais, dans le même temps, on doit avoir soin de rapporter à uu même système toutes les parties qui se ressemblent sous ces divers points de vue, à quelque distance qu'elles se trouvent placées les unes des autres.

14. A cet égard, pour se rapprocher, autant que possible, de la vérité, il importe de bien distinguer les dernières formes et les derniers tissus auxquels toutes les formations se réduisent, c'est-à-dire les lames et les fibres, des formes qui procèdent d'un arrangement particulier de ces dernières, et qui semblent constituer autant d'espèces distinctes, parce que chacune d'elles a moins d'analogie avec toutes les autres que n'en ont entre elles celles de leurs parties qui se rencontrent en diverses régions du corps. En général, on n'a pas fait assez d'attention à cette différence, c'est pourquoi on a réuni les formes de la seconde espèce avec celles de la première.

Haller ( i) et quelques autres physiologistes n'admettent que trois tissus principaux, auxquels tous les autres se rapportent,

(1) De part. corp. hum., I. I, p. 46.

l8 ANATOMIE GÉNÉRALE.

savoir, la fibre nerveuse, la fibre musculaire , et la fibre cellulaire; ils prétendent que tous les organes qui ne sont pas composés de l'une ou de l'autre des deux premières fibres doivent naissance à la dernière. On peut rapprocher de cette division celle des auteurs qui admettent trois formes primitives', la celluleuse ou membraneuse , la vasculeusc ou fibreuse, et la nerveuse (1). Les deux classifications présentent le même défaut; car, s'il ne s'agit que de la différence de texture, par rapport à l'arrangement des premiers élémens , le nombre des coupes est trop considérable, puisque la formation nerveuse et la formation vasculaire appartiennent évidemment à la même classe, celle des organes fibreux: mais, s'il est question des différences spéciales de la forme , tant intérieure qu'extérieure, et des actions, ces deux classifications sont insuffisantes, attendu que le nombre des formes et des modifications des phénomènes vitaux surpasse de beaucoup celui qu'elles établissent.

La classification de Dumas (a), qui admet quatre tissus, le celluleux ou spongieux , le. musculeux ou fibreux , le mixte ou parenchjmateux , et le lamineux ou osseux, est plus exacte; car le9 trois premières classes représentent réellement les formes primitives, quoique l'épithète de musculeuse, donnée à la seconde, soit mal choisie; mais la quatrième doit être rejetée, parce que le tissu osseux appartient manifestement à la seconde.

i5. Cependant, comme ces classifications ne font qu'énoncer les formes primitives, et qu'elles se réduisent, par conséquent, à ce qui a été dit plus haut (§ 7), elles sont loin d'épuiser les différences signalées entre les systèmes particuliers. Il est moins exact aussi de faire dériver certains systèmes des autres , et de les en regarder comme des modifications , que de dire : Certains, systèmes sont plus généralement répandus que d'autres, et ils concourent à former, à entretenir ces derniers, qui n'exercent pas la même influence sur eux.

(1) Walther, Physiologie, 1. 1, p. 7.

(a) Prop. de phys.j t. II , p. 4.

RÈGLES GÉNÉRALES DE FORMATION. ig

C'est dans cet esprit que Bichat a conçu l'anatomie générale , quoique ta classification qu'il a établie ne soit pas parfaitement juste. Il admet des systèmes généraux et des systèmes particuliers. Les premiers, qu'il appelle aussi générateurs, parce qu'ils sont généralement distribués, et qu'ils concourent à la formation de tous les autres, sonl, suivant lui, au nombre de six: le cellulaire ou inuqueux, V artériel, le veineux , Y exhalatoire , Yabsorbant et le nerveux, II a même accru ce nombre d'un , par sa subdivision du système nerveux en celui de la vie animale et celui de la vie organique. Si l'on réunit ensemble, comme'ils doivent l'être, le second , le troisième, le quatrième et le cinquième , on voit que ces systèmes se réduisent à trois , le muqueux, le vasculaire et le nerveux, qu'en adoptant le sens fixé par Bicbat, on peut à bon droit appeler systèmes généraux ou primitifs, mais auxquels ce nom n'est plus applicable, quand on s'en tient a l'acception universellement reçue.

On est dans l'usage de n'établir qu'un petit nombre de systèmes au-delà de ces trois, parce qu'on néglige de faire attention aux caractères généraux des tissus qui se présentent en diverses parties du corps, tandis qu'on érige en primitifs quelques tissus dans la composition desquels entrent des élémens très disparates, et qu'en traçant leur histoire, on décrit bien les diverses parties qui concourent à les former, mais sans songer que plusieurs de ces parties, quoiqu'elles ne forment pas un tout lié et cohérent, et présentent même souvent des différences dans leur forme extérieure , n'en appartiennent pas moins à un seul et même système, d'après leurs propriétés les plus essentielles. Ainsi , par exemple , on décrit le muscle comme étant composé d'une portion charnue et d'une portion fibreuse, sans réfléchir que la première seule entre dans l'idée qu'on doit se faire d'un muscle, et que la seconde n'appartient pas au muscle seulement, mais se rencontre encore dans d'autres localités fort différentes.

On rapporte donc les autres systèmes aux os, aux cartilages , aux Iraniens , aux muscles et aux viscères. De la vient qu'on partage l'anatomie en osléologie , à laquelle on joint la chondrologie , parce que la plupart des cartilages se trouvent confondus avec les os, syndesrnologic , myologic , splanchnologie,

angiologie. et nécrologie. Cependant cette division n'épuise pas, à beaucoup près, le sujet de l'anatomie. Il est vrai que les os, les cartilages, les ligamens, les muscles et les viscères sont des organes essentiellement différens les uns des autres; mais, d'une part, la classe des ligamens est mauvaise sous deux rapports, parce qu'elle réunit deux espèces de tissus différens l'un de l'autre, sur l'insuffisant motif que tous deux se rendent également d'un os à un autre, et parce qu'il existe une multitude d'organes qui auraient des droits aussi fondés que les ligamens à y être admis, même après qu'on lui aurait fait subir la rectification dont elle est susceptible. D'un autre côté, la classe des viscères, qu'on pourrait ajuste litre appeler une classe négative, embrasse une telle quantité d'organes tout-àfait disparates, qu'il est impossible de lui assigner aucun caractère général, et qu'on ne saurait la conserver, à moins qu'on ne voulût lui donner le nom de classe des organes ou des appareils les plus compliqués.

16. Ici encore on ne peut méconnaître les services que Bichat a rendus à l'anatomie, envisagée comme science et sous le point de vue philosopbique , quoiqu'on soit forcé de convenir qu'il a trop multiplié les classes. Il admet quatorze systèmes généraux ou générateurs ( § i5), savoir: Y osseux , le médullaire , le cartilagineux , le fibreux , le Jibro- cartilagineux , le musculaire de la vie animale , le musculaire de la vie organique , le muqueux , le séreux , le synovial, le glanduleux , le dcrmoïde , Vépidcrmoide et le pileux (1).

(1) Il ne sera pas sans intérêt de faire connaître ici la manière dont les anatomistes et physiologistes modernes ont envisagé les tissus organiques depuis Bichat.

Walther pense que tous les tissus dérivent du cellulaire, et qu'ils procèdent de ce tissu formateur en deux séries , comprenant : l'une, les membranes sùrcuses et synoviales, les membranes muqueuses et le tissu gfandulaire, le derme, l'epiderme, le tissu corné et le tissu pileux,- l'autre, le iissu musculaire, les membranes fibreuse* , les fibro-cariilages , le tissn cartilagineux et le lissu osseux. (Darstcllung des Bichat'schcns Systems : dans Scliclling et Marcus, Jahrbuchern der Mcdicin , t. II , cah. 1, p. 49.)

Dupuytren a diminué le nombre des tissus admis par Bichat, et en a l'ait connaître un fort important, que ce dernier avait omis: i° système

Parmi ces systèmes, il faut supprimer le médullaire, qui ne diffère en rien du celluleux, et le synovial , qui n'est qu'une légère modification du séreux. Les deux systèmes musculaires doivent être réunis eu un seul. On ne doit également pas séparer le pileux de l'épidermoïde , qu'il faudrait peut-être ne pas distinguer lui-même du dermoïde. Enfin toutes les pro-

cctlulairc; a° système vasculairc, artériel, veineux et lymphatique; 3" système nerveux, cérébral et des ganglions ; 4° système osseux; 5° système fibreux proprement dit, fibro-carlilagineux et dermoïde; 6° système musculaire, volontaire et involontaire ; y° système éreclile ; 8° système muqueux ; g0 système séreux ; io° système corné, piteux et èpidermique ; il" système parenchymateiix proprement dit et glandulaire.

Chaussier divise de la manière suivante les parties du corps animal : i" oî; 2° cartilages articulaires , de prolongement, d 'ossification ; 3° muscles; 4° ligamens ; 5° vaisseaux ; 6° nerfs; 70 ganglions vasculaires , glandi formes; S" follicules on cryptes simples, rapprochés, composés; g" glandes, lacrymales, salivaires , pancréas, foie, reins, testicules, glandes mammaires ; \o° membranes lumineuses , musculeuses , albuginèes , villcuses simples ou séreuses, villeuses composées ou fotticulcuses , couenneuses (épidémie); ll° tissu lumineux ou cellulaire; 120 viscères, organes sensoriaux , organes digestifs, organes respiratoires , organes circulatoires , organes urinaircs , organes génitaux. ( Table synoptique des solides organiques. )

H. Gloquet admet quinze tissus : tissu cellulaire , membranes, vaisseaux , os, cartilages, fibro-cartilages , ligamens, muscles, tendons, aponévroses , nerfs, glandes, follicules, ganglions lymphatiques , viscères. ( Traité d'analomie descriptive , Paris, 181 5.)

Lenhossek réduit les tissus â huit : i° tissu cellulaire; 2° membranes muqueuses , séreuses, fibreuses, mixtes; 3» système cutané, comprenant Y épidémie, les ongles et les poils ; 4° système vasculairc, artériel, veineux, capillaire, lymphatique ; 5° système nerveux ; 6° système musculaire ; y" système glanduleux; 8° système osseux, avec les cartilages et la moelle. ( Physiologia médicinal is , Pesth , 1816.)

Mayer en admet huit aussi : 1° tissu lamelleux ou albugincux , tissu du cristallin, tissu de la cornée, epiderme, poils, ongles; 20 tissu cellulo- fibreux, système cellulaire, système adipeux , système médullaire, système séreux , système synovial , système des membranes vasculaires , système dermique, système du réseau muqueux, tissu de l'utérus; 3° tissu fibreux, membranes propres des glandes, de la rate, des reins ; membrane albiigincc des testicules , (issu des corps caverneux, tissu de la sclérotique , tissu de la duremire, tissu du périoste, périchondre , capsules articulaires fibreuses , ligamens , aponévroses , tendons, nevrilèmo; \° tissu cartilagineux de la vif organique, ou fibro-carlilagc : ; de la vie animale , ou cartilage articulaire :

habilités se réunissent pour autoriser à penser que les systèmes dermoïde, muqueux et glanduleux n'en font réellement qu'un. Ainsi le nombre des vingt et un systèmes admis par Bichat se trouverait réduit à douze, et même à dix, savoir : le muqueux, le vasculaire, le nerveux, Yosseux, le cartilagineux ,

5Ô tissu osseux ; 6° tissu glanduleux; 70 tissu musculaire ; 8° tissu nerveux. ( Veber Histologie und einc ncue Eintheilung der Gewebe des menschlichen Kœrpers , Bonn, 1819.)

Rudolphi divise les parties solides en simples et en composées. Les parties simples sont : i° le tissu cellulaire; 20 le tissu corne, qui comprend Pépiderme, Pépithélium , les ongles et les poils ; 3° le tissu cartilagineux; 4° le tissu osseux; 5° la fibre tendineuse; 6° la fibre vasculaire; 7° la fibre musculaire; 8° la fibre nerveuse. Les parties composées sont, 1° les vaisseaux, distingués en généraux, artères, veines, absorbans, et en particuliers, canaux propres des organes sécréteurs, tels que conduits biliaires, salivaires, urinaires, séminifères; 20 les membranes , également divisées en générales , séreuses, muqueuses, fibreuses, derme, épidémie, et en particulières , membranes de l'oeuf, de l'œil, de l'encéphale; 3° les viscères; 4° les glandes (Grundriss der Physiologie, Berlin, 1S21). Voyez aussi C.-A. Rudolphi , Programma de corporis humani partibus similaribus, Gripswald , 1809 ; et S.- J. Bugaiski , Dissertalio de parlium corporis humani solidarum similarium aberralionibits , Berlin, iSi3.

J. Cloquet a donné la classification suivante des tissus du corps humain : i° système cellulaire; 20 système adipeux; 3° système vasculaire ; 4° système nerveux; 5° système séreux; 6° système muqueux; 70 système ligamenteux; 8° système élastique ; 90 système cartilagineux ; io° système fibro-carlilagineux ; 1 1° système osseux ; 12° système musculaire; i5° système èrectile ou caverneux; i4° système glanduleux ; i5° système corné (Anatomic de l'homme, ou Description et figures lithographiées de toutes les parties du corps humain , Paris, 1821 et suiv.).

Heusinger rapporte tous les tissus organiques à onze : le formateur ou cellulaire, le corné , le cartilagineux , l'osseux, le fibreux, le membraneux , le nerveux, le séreux, le vasculaire, le parenchymateux et le glanduleux {System der Histologie, Eisenach , 1S22).

Ducrotay de Blainville admet un élément générateur, le tissu cellulaire ou absorbant, et deux èlèmcns secondaires , la fibre musculaire ou contractile, et la fibre nerveuse ou excitante. En se modiGant un peu, le tissu cellulaire produit neuf systèmes : dermique, muqueux, fibreux, fibro - cartilagineux et cartilagineux, osseux, séreux, synovial, artériel, veineux et lymphatique. Le premier élément secondaire produit trois systèmes, musculaire sous-dermique , musculaire sous-muqueux , musculaire profond; et le second élément secondaire en donne quatre , ganglionnaire

le fibreux , le fïbro-cartilagineux , le musculaire , le séreux et le dermoïde (1).

17. Les lois générales de la forme organique, et par suite aussi de celle qui appartient à l'homme, sont les suivantes :

I. Les contours sont arrondis et jamais anguleux. Cette loi s'exprime aussi bien dans la forme du corps entier que dans celle de chacun de ses organes et de ses plus petits élémens. La rondeur des contours tient en grande partie à ce que tous les solides sont accompagnés de fluides , car le premier effet de la dissolution est d'émousser les angles des corps solides. Je citerai pour exemple la forme arrondie des cavités du corps, des viscères, des vaisseaux, des nerfs, des muscles, des os, etc.

18. II. La dimension en longueur l'emporte sur les deux autres. Cette loi , déjà signalée plus haut (§ g), ne s'exprime pas moins dans l'ensemble et dans la forme extérieure que dans la forme intérieure, la texture des parties. Le corps, considéré tout entier, est beaucoup plus long que large et épais. On le partage en trois régions principales, la téte, le tronc,

pulpeux, ganglionnaire non pulpeux , nerveux de ta vie animale, nerveux de la vie organique {Principes d'anatomic comparée, Paris, 1822).

Béclard admet onze classes de tissus : i" tissu cellulaire et adipeux; 20 membranes séreuses ; 3° membranes tègumentaires ; 4° système vasculaire ; 5° glandes; 6° tissu ligamenteux ; 7° cartilages ; 8" système osseux ; g" système musculaire ; io° système nerveux; 110 productions accidentelles { Étàmens d'anatomie générale , Paris, 1823).

On peut encore consulter sur les parties similaires, ou tissus simples de l'économie animale: Fallopia, De partibus similaribus liumani corpnris, Nuremberg, 1575. — Malacarne , I sistemi e la loro reciproca injtuenza indagati, Padoue, i8o3. — Prochaska , Bemerhungen itberdcn Organisants des mcnschliclicn Kcerpers , \ ienne , 1810. — Mascagni , Prodromo délia grande y/natomia, Florence , 1819 ; Milan , 1821 , 4 vol.

( Note des traducteurs. )

(1) Peut-être conviendrait-il de pousser Ja réforme plus loin encore, et de supprimer, non seulement le système fibro-cartilagineux , qui est un tissu mixte ou composé , comme l'indique déjà son nom , mais même le système séreux, dont les rapports avec le système muqueux ou cellulaire paraissent ne point différer de ceux qui existent entre les tissus dermoïde et épidermoïde , que l'auteur réunit ensemble à bon droit.

{Note des traducteurs. )

et les membres ou extrémités. De ces trois régions, la tête seule a une forme arrondie; mais elle n'est réellement que l'extrémité supérieure et renflée de la colonne vertébrale, c'est-à-dire de la base osseuse du tronc , dans laquelle prédomine sensiblement la dimension en longueur. Cette colonne est enveloppée par des expansions latérales qui produisent les cavités destinées à loger les appareils placés au-devant d'elle ; cependant elle ne se trouve pas cachée entièrement. C'est dans les membres en général et dans leurs diverses parties que la prédominance de la dimension en longueur se prononce le plus fortement. Il en est de même pour tous les systèmes en particulier. La dimension en longueur l'emporte de beaucoup sur les deux autres dans les systèmes vasculaire et nerveux. Sa prédominance est surtout très marquée dans les cheveux. Le nombre des os, des muscles et des organes fibreux longs est bien plus considérable que celui des mêmes organes qui sont larges ou épais. Le canal intestinal, la trachée-artère , les uretères, l'urètre, etc. , sont fort étroits eu égard à leur longueur.

Cette règle s'applique exactement à la texture , puisque la fibreuse est la plus commune de toutes, et que toute grosse fibre se partage en une infinité d'autres, qui deviennent de plus en plus déliées.

19. III. L'organisme a une structure rayonnée. Des parties moyennes , qui sont les plus volumineuses, en émanent d'autres plus petites, qui marchent en tous sens, et dans lesquelles prédomine surtout la dimension en longueur. Ainsi les membres partent du tronc; les côtes, longues et étroites, de la colonne vertébrale; les nerfs, du cerveau, de la moelle épinière et des ganglions ; les vaisseaux, du cœur. Mais , indépendamment de ces grands centres, d'où part le rayonnement, il y en a encore une infinité d'autres d'un ordre secondaire, puisque chaque rayon se partage ordinairement en plusieurs, qui, dans quelques systèmes, notamment daus les généraux, le nerveux et le vasculaire, se subdivisent aussi à leur tour. Les rayons se ramifient donc.

Une loi générale ici , c'est que le. nombre des rayons augmente à mesure qu'ils s'éloignent du principal centre d'irra-

RÈGLES GÉNÉRALES DE FORMATION. uf>

dialion, et que leur volume diminue dans la mémo proportion. Ainsi, au lieu d'un seul os long , comme au bras et à la cuisse , on en trouve deux plus petits à l'avant-bras et à la jambe, vingt-six au pied, et vingt-sept à la main, toujours plus petits encore. Le nombre des muscles, des tendons, qui s'insèrent aux os, et des ligamens, se multiplie de même, et leur volume diminue en proportion. Dans tout le trajet des troncs nerveux et vasculaires, il s'en détache continuellement des branches et des rameaux sous des angles différens, et à une certaine distance ces troncs principaux se partagent en d'autres plus .petits, qui eux-mêmes se subdivisent encore plus d'une fois.

Cette division n'a pas lieu seulement dans le sens de la longueur et de dehors en dedans: elle s'opère aussi dans le sens de l'épaisseur des organes , car les muscles et les nerfs représentent des faisceaux composés de cordons , lesquels sont , à leur tour, formés de fibres et de filamens.

20. IV. Mais à côté de la loi de ramification en marche une autre qu'on peut appeler -loi d'anastomose. En effet , les rayons se subdivisent bien un grand nombre de fois , mais partout les rayons subordonnés qui résultent de celte scission se réunissent de diverses manières entre eux et avec le rayon principal. Il en est de même pour la continuité , c'est-à-dire pour l'épaisseur des organes , car les anastomoses ont lieu aussi bien de haut en bas que de dedans en dehors. Les différens troncs, branches et rameaux des nerfs et des vaisseaux, les divers tendons d'un même muscle , les fibres simples et leurs faisceaux, gros et petits, dans les nerfs , ou du moins dans un grand nombre de muscles , les fibres des os et celles des organes fibreux s'anastomosent aussi mutuellement ensemble. On peut , jusqu'à un certain point , citer ici les os placés à côté les uns des autres, qui, indépendamment des ligamens nécessaires pour les maintenir en place , sont attachés ensemble par des memhrnnes interosseuses.

2 1 . V. Les rayons ne sont pas droits, mais la plupart du temps ils se courbent plus ou moins. Celte loi, à laquelle on peut donner le nom de loi de la ligne spirale , s'exprime déjà dans la colonne vertébrale, qui décrit plusieurs courbures. Elle est

26 ANATOM1E GÉNÉRALE.

confirmée aussi par la forme de la plupart des os longs. Le limaçon , les canaux demi-circulaires, plusieurs vaisseaux, conduits excréteurs et nerfs , en fournissent également des exemples. Enfin elle se prononce quelquefois d'une manière évidente dans les monstres doubles , puisque , quand il y a deux têtes situées à côté l'une de l'autre, ou deux corps réunis par la tête , ces deux têtes ou ces deux corps affectent toujours une direction différente l'une de l'autre , en sorte que le monstre , considéré dans son entier, paraît contourné en spirale.

22. VI. Il y a de l'analogie entre les divers organes (1). J'ai déjà dit précédemment ( § 5 ) que la texture des organes les plus dissemblables pouvait être réduite à deux élémensde forme , qui se trouvent réunis dans la plupart. J'ai indiqué par là l'analogie qui existe entre les organes, relativement à leur structure finale, et à laquelle plusieurs écrivains ont donné encore plus d'extension, mais à tort. Presque tous les organes ayant une structure rayonnée ( § 19 ) , il s'ensuit que l'analogie est démontrée quant à la forme extérieure. Elle existe même là où il n'y a pas de rayonnement manifeste , puisqu'on y remarque alternativement des points dilatés et renflés, et d'autres qui sont resserrés. C'est ainsi qu'on peut opposer au cerveau la moelle épinière; au crâne, la colonne vertébrale; au cœur, les troncs vasculaires ; à la cavité buccale, l'œsophage; à l'estomac, le canal intestinal ; au larynx, la trachéeartère; à la vésicule du fiel, le canal cystique; aux bassinets des reins , les uretères ; à la vessie , l'urètre.

Ce qui établit encore une grande analogie entre les divers systèmes, c'est que ceux qui diffèrent leplus les uns des autres sont formés d'après le même type dans les mêmes points du corps. Ainsi, presque toujours, le tronc simple de l'artère des membres supérieurs et inférieurs se partage en deux branches principales, à l'endroit même où le nombre des os vient à être doublé. En général, les scissions et les réunions se correspondent avec exactitude dans les diflerens systèmes placés l'un auprès de l'autre. Le nombre des artères destinées aux

(1) Voyez mon Mémoire sur l'analogie des formes organiques, dans mes Dcylrccgc :ur vcrgleichendcn slnatomic, t. II , cah. a , n" 2.

doigts et aux orteils correspond à celui de ces appendices ellesmêmes. Les troncs nerveux et les vaisseaux s'anastomosent dans la paume delà main et à la plante des pieds. De même, les tendons des muscles extenseurs et fléchisseurs des doigts et des orteils sont unis par des liens muqueux et tendineux. Les diverses parties du système vasculaire et du système nerveux marchent de concert ensemble.

La forme totale du corps ne se répète pas seulement dans les systèmes qui sont répandus dans l'économie entière et qui forment un tout plus ou moins continu , comme le tissu cellulaire et les systèmes nerveux , vasculaire , osseux et musculaire ; elle le fait encore dans les organes eux-mêmes. Il faut rapporter ici la forme que je viens de signaler comme appartenant à tant de systèmes , forme dont l'essence consiste dans un renflement à l'une des extrémités et un rétrécissement à l'autre. Il faut encore y rapporter la manière dont la plupart des organes, et principalement les glanduleux, reçoivent leurs vaisseaux. En effet , on observe toujours , à peu près dans le milieu de ces organes, un enfoncement considérable, une scissure , par laquelle entrent et sortent les vaisseaux , absolument comme dans l'embryon. Ici l'organe est ouvert jusqu'à un certain point , et il l'est d'autant plus qu'il se rapproche davantage du moment de sa formation , précisément encore comme dans l'embryon, qui commence par être* tout-à-fait ouvert en devant. I

L'analogie particulière de certains systèmes les uns avec les autres est encore plus grande. Tel est spécialement le cas des organes génitaux etdu canal intestinal (1).

23. VII. Le corps est construit d'une manière symétrique. H y a de l'analogie, et jusqu'à un certain point même de la similitude , non seulement entre les divers organes , mais encore et surtout entre différentes régions de leur étendue (2). On peut démontrer celle analogie lant dans le sens de la largeur, que dans ceux de la longueur et de l'épaisseur, ou bien

(') A. -A. Mcckel, De genilalium el intcstinoruin analogiâ . Halle, 1810. (») J.-F. Mcckel, loc. cit., p. 95.

28 ANATOMIE GENEBALE.

entre le côté droit et le gauche ( i) , entre l'extrémité supérieure et l'inférieure (2) , entre la face antérieure et la postérieure (3). Une remarque générale à faire ici , c'est que la similitude n'est jamais parfaite , et que , ordinairement, une extrémité l'etnporle plus ou moins sur l'autre. C'est ce qu'exprime tantôt le volume plus considérable , tantôt le rayonnement plus développé des parties correspondantes. La symétrie n'est pas non plus également grande ni dans tous les sens , ni entre les diverses régions qui se correspondent. La plus parfaite est la symétrie latérale, ou celle des deux côtés du corps, et la moins parfaite, celle des faces antérieure et postérieure. Les parties qui offrent ensuite le plus de symétrie sont les systèmes nerveux, osseux, ligamenteux et musculaire, ainsi.que l'appareil générateur; il y en a moins dans le système vasculaire , dans les viscères de la poitrine et dans ceux du bas-ventre , les organes génitaux exceptés.

24. La symétrie latérale no, s'exprime nulle part d'une manière plus parfaite que dans la forme extérieure et à la surface du corps ; aussi , est-ce la qu'on la connaît le mieux. En effet , le corps semble être formé de deux moitiés , l'une droite et l'autre gauche, attendu que la plupart des organes sont doubles, ou que ceux qui sont simples sont placés plus ou moins sur la ligne médiane > de manière qu'un plan qui les traverserait d'avant en arrière, les partagerait en deux moitiés à peu près égales, et qu'ils sont formés de deux lobes réunis et confondus sur la ligne médiane. Ces derniers, lorsqu'ils se trouvent placés entre deux cavités , constituent des cloisons : on les nomme ,

(1) Du Pui, De liominc deaotro et sinistro , Leyde , 17S0. — Heilaud , Darstcllung der Fcrhœttnisscn zwischen der rechten und linhen Hœlftc des menschliclicn Kœrpers, Nuremberg, 1807. — Loschge , De scclclo hominis symmetrico, Erlangue, i795. — J.-B. Monteggia, Fasciculi patlwlogici, Turin, 179^, p. i-3i ; morbi symmelrici et asymmeirici. — Meblis, De morbis hominis dextri et siiiistri , Goeltingue, 1818.

(2) Vicq-d'Azyr, Sur tes rapports qui se trouvent entre tes usages et la structure des quatre extrémités dans l'homme et da?is tes quadrupèdes ; dans les Mèm. de Paris, 1774, t. II. — Meckel, toc. cit., p. 97-148. — Fa!guerolles, De extremitatum analogiâ, Erlangue, 1780.

(3) Meckel, toc. cit., p. i/|8— 161.

au contraire, commissures , lorsqu'ils sont situés entre deux parties, séparées d'ailleurs, qui se correspondent.

De semblables dispositions se rencontrent dans tous les systèmes , et l'on peut dire à bon droit qu'il règne tout le long du corps une commissure plus ou moins sensible, quoique souvent interrompue, qui fait en même temps office de cloison entre le côté droit et le côté gauche (1). Ainsi l'on voit descendre d'avant en arrière, de la partie moyenne du crAne , la faux cérébrale , à laquelle correspondent les crêtes internes des os frontal et occipital. Au-dessous d'elle on aperçoit le corps calleux, qui unit les deux hémisphères du cerveau ; plus bas, la cloison transparente , formée de deux lames adossées l'une ' à l'autre, et qui représente, dans le cerveau, ce que la faux et les crêtes osseuses sont dans le crâne. La cavité nasale est partagée en deux moitiés latérales par une cloison osseuse en haut et en arrière, cartilagineuse en devant, et qui est formée , dans la première de ces portions , par une partie de l'os e!hmoïde et par un os particulier, le vomer. Les freins des deux lèvres en devant, et la luette en arrière, sont des indices de la cloison, dans la bouche. Dans la poitrine, les parois internes des deux plèvres, qui se touchent en partie, et en partie aussi sont séparées l'une de l'autre par des organes placés entre elles, forment les médiastins, antérieur et postérieur, et de cette manière établissent une ligne de démarcation entre les deux moitiés de la cavité thoracique. Une cloison longitudinale, la plupart du temps complète, règne entre les deux moitiés, droite et gauche, du cœur. Cette cloison n'est qu'indiquée dans l'abdomen, où les deux moitiés semblent confondues ensemble, parce que la masse considérable des organes que cette cavité renferme a déchiré la cloison, ou empêché qu'elle ne se formât. Cependant on en trouve des traces, en devant et en haut, dans le ligament suspenseur du foie, qui monte de la face inférieure de cette glande à l'ombilic; en bas, dans le repli analogue, mais moins étendu , du péri-

(1) F.-L.-II. Ardicu , Considérations sur la ligne médiane, Strasbourg, 181a.

5o ANAT0M1E GENERALE.

toine, qui remonte de la vessie à l'ombilic, couvrant les débris de l'artère ombilicale et de l'ouraque oblitérés; enfln, en arrière, dans l'autre repli du péritoine qui se porte de la face antérieure des vertèbres lombaires au eanalintestinal, etqu'on appelle le mésentère. Une cloison perpendiculaire , et située sur la ligne médiane, traverse la verge chez l'homme, et le clitoris chez la femme. Le corps spongieux de l'urètre, la cloison scrotale et le raphé des bourses, sont situés précisément sur la ligne médiane dans l'homme. Le tissu cellulaire qui unit la peau aux parties sous-jacentes est, sur tous les points du corps, plus dense et plus serré à la face antérieure qu'à la supérieure et postérieure. Sur la ligne médiane , les vaisseaux des deux côtés s'anastomosent fréquemment ensemble , comme font les artères coronaires des lèvres, les sinus de la moelle épinière et les artères cérébrales, qui, destinées aux deux hémisphères du cerveau, s'unissent l'une à l'autre par un grand nombre de branches transversales. De même, on voit, sur la ligue médiane , les deux artères Vertébrales se réunir pour donner naissance à la basilaire , et les deux spinales , antérieure et postérieure, descendre le long de la moelle épinière. Plusieurs sinus de la dure-mère se trouvent aussi sur la ligne médiane du crâne. L'aorte, les veines caves, le canal thoracique, la veine azygos, et en partie même l'œsophiige, décrivent une courbure qui correspond presqu'à la ligne médiane des cavités thoracique et abdominale.

La colonne vertébrale,, le sternum, l'occipital, le frontal, l'ethmoïde et le sphénoïde :>ont des parties impaires, distinctes, mais qui servent à joindre les parties paires du même système, puisqu'elles sont unies avec elles, et enclavées entre elles. Les os, tels que les pariétaux et les ilions, qui se rencontrent sur la ligne médiane, mais demeurent toujours distincts , quoique réunis par des moyens intermédiaires , forment le passage de ces derniers à ceux qui ne se touchent pas le moins du monde.

Le cerveau et la moelle épinière, le cœur, la matrice, le vagin, le prostate , la vessie , l'urètre, la thyroïde , le thymus, le canal intestinal, la trachée-artère , le larynx et la langue sont des parties impaires, mais formées de deux moi-

liés pareilles, entre lesquelles la ligne médiane passe, au moins dans une certaine étendue.

Tous les autres organes sont pairs, et rarement ils tiennent ensemble par leur propre substance. Leur mode de connexion varie beaucoup. Ainsi les reins, couchés l'un à côté de l'autre, sont unis en haut par des vaisseaux sanguins, en bas, par les uretères, qui vont gagner la "Vessie. Les poumons le sont de même à la fois par la trachée-artère et par les vaisseaux pulmonaires, tandis que les membres sont parfaitement isolés, ou du moins ne tiennent ensemble que par leurs extrémités supérieures, endroit même où il ne se trouve qu'un petit nombre de parties qui leur appartiennent en commun (i).

25. La symétrie des moitiés supérieure et inférieure du corps est moindre que celle des moitiés latérales. On ne peut cependant pas la méconnaître : elle s'exprime surtout dans les membres pectoraux et abdominaux, où elle est indiquée déjà par le nombre des subdivisions qu'ils renferment. La forme et le nombre des parties des différens systèmes qui contribuent à produire les membres, sont les mêmes dans tous, à part quelques petites différences qui , pour la plupart , dépendent de la diversité des fonctions remplies par les membres supérieurs et inférieurs, de sorte qu'on ne peut douter que ceux-ci n'aient été construits d'après le même type, même chez l'homme. Les régions supérieure et inférieure des parties centrales du corps entier se correspondent également, lorsqu'on suppose la tête et le tronc réunis ensemble. La partie moyenne de la colonne vertébrale porte seule des os particuliers et distincts , qu'on appelle les côtes. Viennent ensuite, en haut et en bas, des vertèbres sans côte ; là les cervicales, ici les lombaires, toutes en moindre nombre que les dorsales. Sur les premières repose la tête, et aux autres tient le sacrum, qui n'est, de même que la tête, qu'une agrégation de vertèbres grossies, lesquelles se ressemblent en partie par l'aug-

(») Voyez une note de J.-F. Mcckel , sur le* différences qui existent entre la moitié droite et la moitié gauche du corps, à l'égard du volume proportionnel des artères et des veines, dans Deutschoi Arch'w fiir die Physiologie, t. 1 , p. ^5o.

mentation même de volume qu'elles ont éprouvée, en partie aussi parce qu'elles se réunissent plus tard, et quelquefois même ne se réunissent j)as du tout sur la ligne médiane, parce que le nombre des pièces dont chacune se compose est devenu plus considérable, parce qu'elles sont plus solidement unies les unes aux autres, enfin , parce qu'elles sont soudées ensemble, et qu'elles s'articulent avec des os mobiles, la mâchoire inférieure en haut, le coccyx en bas, qu'on est fondé à considérer eux-mêmes comme des vertèbres imparfaites, puisque le premier représente l'arc, et le second le corps des vertèbres.

La partie supérieure et la partie inférieure du corps ont encore une autre correspondance bien manifeste, qui consiste dans l'énergie avec laquelle la production des poils s'y effectue. On peut surtout comparer ensemble les poils de la barbe, du nez et des parties génitales, qui garnissent le contour des deux ouvertures , supérieure et inférieure , du canal intestinal et des appareils qui en dépendent, puisqu'ils paraissent aux mêmes endroits, et prennent ou ne prennent pas de développement sous l'influence des mêmes conditions.

Mais les deux extrémités du canal intestinal et les organes qui y sont annexés ne se correspondent pas moins.

Le canal intestinal commence supérieurement par une dilatation considérable , la cavité buccale et le pharynx, à laquelle succède l'œsophage, dont les parois musculeusessont attachées aux os voisins, et susceptibles de mouvemens volontaires. La même disposition s'observe dans son extrémité inférieure, le rectum , qui se continue en haut avec le colon. Ces deux extrémités ont également leurs parois garnies de muscles très forts. Cet état de choses se répète une seconde fois aux deux bouts du reste de l'intestin , où l'on remarque deux nouveaux renflemens , l'un supérieur, l'estomac, qui se continue avec l'intestin grêle, l'autre inférieur, le colon, et plus encore, le cœcum, qui s'abouche de la même manière avec le gros intestin.

Il existe , en outre , dans les moitiés supérieure et inférieure du corps, plusieurs organes qui se correspondent manifestement. L'appareil respiratoire est comparable à l'appareil uri-

naire, comme la thyroïde, le thymus, la langue cl le nez le sont aux parties génitales.

La première comparaison est plus facile à établir que la seconde. Les organes principaux des deux appareils , les poumons et les reins, se ressemblent: i° par leur nombre, puisqu'ils sont doubles; 2" parleur situation, car ils sont séparés l'un de l'autre, ne sont pas renfermés dans un sac commun, et reposent le long de la colonne vertébrale ; 3° par leur mode dé connexion , car ils sont unis au moyen des gros vaisseaux qui s'y rendent et des canaux qui en sortent, et qui se confondent en un seul, placé sur la ligne médiane, la trachée-artère d'une part, de l'autre les uretères et l'urètre; 4° Pai* 'eur structure, à part les conditions générales qu'offre la texture des organes glandulaires, puisque la fonnation des cellules pulmonaires est représentée par l'ampleur des vaisseaux excréteurs du l'urine et parles cellules, grandes ou petites, qu'il est si commun de rencontrer dans les reins.

Quant aux parties génitales et aux autres organes, leur structure et leurs fonctions fournissent également des moyens de les mettre en parallèle. Le thymus, qui est composé de deux lobes latéraux, plus ou moins sensiblement séparés, correspond aux ovaires et aux testicules par sa structure glanduleuse et par sa situation , puisqu'il est le plus profond de tous. La thyroïde, organe impair, situé beaucoup plus haut et plus à l'extérieur, représente la prostate avec les vésicules séminales, et la matrice. La langue, par sa forme extérieure et intérieure , l'abondance des vaisseaux et des nerfs qu'elle reçoit, le développement de ces vaisseaux et de ces nerfs en papilles , la nature de son épiderme, enfin la disposition de ses muscles, de ses vaisseaux et de ses nerfs, rappelle le gland et le clitoris. Le nez et le larynx appartiennent évidemment encore à la même catégorie. Je ne crois pas me tromper en comparant le premier à l'urètre et au vagin, en raison de sa structure, de sa texture et de ses fonctions. A l'égard du larynx , l'influence puissante que l'étal des parties génitales exerce sur le sien et sur la voix annonce déjà qu'on peut le rapprocher de ces organes ; mais comme il remplit des fonctions toutes particulières, on. ne doit pas s'attendre à remontrer, dans 1. 5

la moitié inférieure du corps, rien qui lui corresponde parfaitement.

Indépendamment des analogies que je viens d'indiquer entre la moitié supérieure du corps et l'inférieure, elles se correspondent encore, i° par la disposition du système vasculaire : l'aorte et les veines caves se distribuent à peu près de ia même manière, pour produire en haut les vaisseaux de la tête et de l'épaule , en bas ceux du bassin et du membre pelvien ; 2° par la disposition du système nerveux: les nerfs cérébraux et même un des nerfs de la moelle épinière se dirigent d'arrière en avant, tandis que ceux du cordon rachidien, à l'exception des supérieurs, qui suivent une marche assez oblique, se portent d'avant en arrière; un prolongement de la moelle épinière, qui dépasse les derniers nerfs rachidiens, et qui est quelquefois renflé en manière de bouton , correspond au cerveau ; 5° par la disposition du système musculaire, attendu que plusieurs muscles du ventre et du dos se répètent dans la moitié supérieure et dans la moitié inférieure du corps.

J'ai déjà fait remarquer que la disposition de tous les systèmes qui concourent à la formation des membres présente la plus grande analogie.

Le diaphragme forme, entre les deux moitiés, supérieure et inférieure, du corps, une cloison qu'on peut en quelque façon comparer à celle qui suit la ligne médiane (§ i4).

26. On ne fait communément pas la moindre attention à l'analogie encore plus obscure qui existe entra la face antérieure et la face postérieure du corps , et on la néglige pour celles qui s'annoncent dans les deux directions dont je viens de m'occuper. Cependant il faut la démontrer aussi, quoique la surface extérieure du corps en laisse à peine apercevoir quelques traces.

La colonne vertébrale est manifestement représentée par le sternum, à la face antérieure du corps, puisque cet os ferme la poitrine en devant, de la même manière que le rachis la clôt en arrière. Le sternum correspond surtout à la portion moyenne ou pectorale de ce dernier; cependant il dépasse, tant en haut qu'en bas, les cartilages costaux, avec lesquels il est uni , et comme il est pins court que la partie pectorale

4e la colonne épinièrc, en sorte que, sous le rapport d'une de ses dimensions, il ne représente qu'un rachis incomplet, ses deux extrémités, supérieure et inférieure, qui ne supportent point de côtes, ne sont que des imitations incomplètes de la portion cervicale et de la portion lombaire de cette colonne.

Les cartilages costaux représentent aussi des côtes imparfaites, puisqu'ils restent toujours en arrière des côtes propreprement dites, à raison, soit de leur longueur moins considérable, soit de leur texture et de leur composition chimique.

Au bas-ventre, il manque, en devant, des parties osseuses qui correspondent à l# colonne vertébrale; mais la ligne blanche , cette forte corde tendineuse qui s'étend le long de la ligne médiane, depuis le sternum jusqu'aux pubis, en est assurément le représentant.

Aux gros troncs vasculaires qui descendent le long de la colonne vertébrale correspondent, à la face antérieure du tronc, les vaisseaux mammaires internes et épigastriques , de même que le cordon médullaire qui parcourt le racbis rappelle le grand nerf sympathique placé au-devant de la colonne. On reconnaît aussi cette loi dans la duplicité de chaque moitié latérale de la moelle épinière, qui est composée elle-même de deux cordons, l'un antérieur, et l'autre postérieur, dans la présence d'une série antérieure et d'une série postérieure de racines des nerfs rachidiens, et dans la division de l'encéphale en cerveau et cervelet. De même encore les os frontal et occipital se correspondent d'avant en arrière. Au rachis, les côtes arquées en avant rappellent les arcs vertébraux tournés en arrière , d'autant mieux que ces derniers se développent par des points particuliers d'ossification.

L'analogie s'étend aussi, soit au tronc, soit aux membres, entre les muscles extenseurs et les fléchisseurs, sous le rapport du nombre, du volume, de la forme, de la situation et du mode d'insertion.

27. J'ai déjà dit (§20) que la symétrie n'est pas parfaitement régulière; j'ai expliqué comment le fait est possible, et sa réalité est déjà prouvée en partie par les détails clans lesquels je viens d'entrer. Un coup d'œil sur les divers systèmes,

36 AN ATOMIE GÉNÉRALE.

et les diverses régions suffira pour démontrer que les différences dont j'ai parlé existent réellement. Le système osseux et ligamenteux, comme aussi celui des muscles soumis à l'empire de la volonté, et des nerfs qui en dépendent, paraît effectivement formé de deux moitiés latérales, qui se correspondent a une manière si exacte, quant au volume, à la forme et à la situation, qu'il y a presque similitude parfaite entre elles. Au contraire, le système vasculaire, le nerf grand sympathique, les organes de la respiration, ceux de la digestion, et les voies urinaires, ne sont pas symétriques. Le cœur n'est pas situé perpendiculairement, mais obliquement, de sorte que sa cloison ne correspond point à l'axe du corps. Ses deux moitiés offrent bien les mêmes divisions et la même disposition générale, mais elles^ diffèrent beaucoup par leur capacité- et l'épaisseur de leurs parois. Les troncs nerveux qui appartiennent à chacune de ces deux moitiés ne se correspondent ni pour la forme extérieure, ni pour la forme intérieure, ni pour la destination.' Le système vasculaire, considéré dans son ensemble, est composé de quatre arbres réunis par le cœur, savoir, les artères et les veines du corps, les artères et les veines pulmonaires. Les deux premiers troncs, de même que les deux derniers , s'accompagnent l'un l'autre ; tous sont formés d'une moitié droite et d'une moitié gauche; mais ni les deux moitiés de chaque arbre, ni les portions des arbres différens qui marchent de concert, ne se ressemblent parfai- [j tentent. Le tronc de l'aorte n'est pas situé exactement sur la [< ligne médiane, mais il se trouve d'abord à la droite, puis à la i gauche de la colonne vertébrale, d'où résulte une inflexion. De cette courbure , les artères carotides et sous-clavières naissent par un tronc commun à droite, tandis que, du côté gauche, elles sont distinctes et isolées. Presque jamais les gros vaisseaux du côté droit et du côté gauche ne sont formés d'après le même type, à l'égard du volume, de l'origine et de la marche. Les deux veines caves s'inclinent à droite ; du même côté, on trouve aussi, entre elles deux, la grande veine azygos, à laquelle la petite veine du même nom ne correspond qu'imparfaitement du côté gauche. Les deux artères du cœur naissent bien chacune par un seul tronc de leur ventricule j

respectif; mais les veines pulmonaires arrivent à leur oreillette au nombre de quatre, et celles du corps à la leur, au nombre de deux seulement. Presque partout aussi on voit trois et même quatre veines correspondre à un seul des troncs artériels secondaires.

Les deux poumons n'ont ni le même volume ni la môme forme: celui de droite est plus gros que celui de gauche; il est composé de trois lobes, et reçoit une branche plus courte , mais plus large. C'est pour cette raison, et aussi à cause de l'obliquité du cœur, que le médiastin antérieur se dirige obliquement de haut en bas et de droite à gauche.

Si nous portons nos regards sur le système digestif, nous voyons que l'œsophage s'incline également plus à gauche qu'à droite, que l'estomac occupe le côté gauche, d'où il s'étend obliquement à droite, et qu'auprès de sa portion gauche se trouve la rate, qui ne correspond que d'une manière fort incomplète au foie, dont la masse volumineuse remplit toute la partie supérieure de la moitié droite du bas-ventre, et qui ne représente même pas encore parfaitement ce dernier organe , quand on réunit à elle le pancréas, également situé plus à gauche qu'à droite. Le mésentère se dirige de droite à gauche et de haut en bas. Le gros intestin se continue avec le grêle, non pas sur la ligne médiane, mais dans le côté droit; sa moitié droite et sa moitié gauche ne se correspondent pas. Le rein et la capsule surrénale du côté droit sont situés beaucoup plus bas que ceux du côté gauche, et n'ont pas toutà-fait la même forme. Il est rave aussi qu'on observe une similitude parfaite dans la disposition soit de leurs vaisseaux sanguins , soit des conduits excréteurs de l'urine. Les organes génitaux présentent, à la vérité , plus de symétrie; cependant il est assez ordinaire de trouver un testicule plus gros que l'autre, ou d'en voir un rester dans l'abdomen, tandis que l'autre descend dans le scrotum. Souvent la matrice a une direction oblique, qui n'est point déterminée par l'influence de circonstances accidentelles.

Mais les organes les moins symétriques se correspondent cependant toujours en cela, qu'ils sont au moins formés de deux moitiés semblables. L'appareil digestif lui-même, qui

58 ANATOMIE GÉKÉBALE.

présente si peu de symétrie, ne se montre tel que parce que sa longueur et les fonctions qu'il exécute rendaient ce défaut de symétrie nécessaire? On peut le partager, dans toute son étendue, en deux moitiés presque semblables , qui, à part sa forme cylindrique, sont déjà indiquées assez bien par la disposition des vaisseaux. En effet, dans presque toute sa longueur, la portion de sa circonférence qui regarde le mésentère, et sur quelques points, notammment à l'estomac, deux portions opposées de cette même circonférence reçoivent des vaisseaux qui se ramifient d'une manière uniforme, et qui, marchant chacun sur une des moitiés du canal, s'anastomosent dans l'endroit opposé au point de leur naissance.

Voilà pourquoi les moitiés latérales des organes les moins symétriques se ressemblent tellement que la symétrie latérale est beaucoup plus parfaite que les autres , et que les parties qui se correspondent latéralement remplissent absolument les mêmes fonctions. De là surtout cette symétrie mieux prononcée, qui, sur plusieurs points, est indiquée dans les autres directions d'une manière si obscure, qu'elle ne peut éclairer celui qui n'a pas l'habitude de rechercher les analogies , et qui ne sent pas combien il importe de les déterminer quand on veut expliquer la cause dés phénomènes de formation.

Mais le défaut de symétrie parfaite en général trouve son explication dans la loi indiquée plus haut (§ 23), et d'après laquelle de deux points opposés qui se correspondent, l'un est presque toujours plus développé que l'autre. Tout le côté droit est plus volumineux que le gauche. La moitié droite des organes, même les moins symétriques, est plus grosse que la gauche. C'est de ce côté que sont placés le poumon le plus volumineux et le foie. Une énergie plus grande de la force plastique paraît être la cause de la production du tronc commun des artères carotide et sous-clavière droites. Le cerveau se développe aux dépens du cervelet, et la partie inférieure de la moelle épinière offre à peine quelque trace d'un renflement qu'on puisse regarder comme correspondant au cerveau. Dans le cas où il existe des différences si prononcées, on voit se développer à un haut degré, sur le point où un système éprouve une diminution si considérable, un autre organe, dont il existe à peine

quelque vestige du côté opposé. La moelle épinièrc se termine assez haut déjà dans la colonne vertébrale, tandis qu'on voit paraître dans le bassin , avant le sacrum correspondant au crâne (S 25), un appareil spécial, celui de la génération, qui ressemble beaucoup au système nerveux, sous le rapport de la structure et des fonctions.

Du côté opposé, au contraire , à l'extrémité supérieure du corps, où le cerveau prédomine d'une manière si notable, le système . générateur n'est qu'imparfaitement indiqué; car, i° les diverses parties situées sur ce point ne sont pas réunies en un seul corps ; ce qui arrive constamment lorsque des parties destinées à ne former qu'un tout, quand elles se développent d'une manière régulière, viennent à être troublées dans leur développement, qui ne peut plus alors être parfait; 2" ces diverses parties n'ont pas une fonction commune, puisque la langue appartient au système digestif et le nez au système respiratoire, tandis que le thymus et la thyroïde ne rentrent dans aucun système.

Les différences qui existent entre les organes que je mets i ici en parallèle sont de nature à m'obliger d'entrer dans une discussion plus approfondie , afin de prouver que l'analogie établie n'est pas forcée. J'ai dit que le système génital correspond, en partie du moins, au cerveau, ou peut-être plus exactement au système nerveux. Voici quels sont mes argumens :

i° Cette proposition est rendue très probable par les fonctions des deux appareils. Le système nerveux est le principe de toute vie et de toute formation dans l'organisme. L'existence de l'individu est liée plus étroitement à l'intégrité de ses parties centrales qu'à celle d'aucun autre organe. Un rapport semblable existe entre les parties principales du système générateur et la vie de l'espèce. On peut même dire , à juste titre, que le .système générateur influe de la même manière sur la formation de l'individu, lorsqu'on réfléchit aux modifications remarquables que sa présence ou son absence apporte dans

l'activité de l'esprit et du corps.

2" La forme des deux systèmes milite aussi en faveur de

cette opinion. L'exception remarquable que les organes géni-

/jO ANATOMIE ClîiN'ÉuALE.

taux, par leur symétrie parfaite, font à la disposition commune des autres organes avec lesquels ils ont de l'affinité-, ne peut pas être ici passée sous silence. La forme arrondie des testicules et des ovaires fournit également un point de comparaison. La texture des testicules ressemble beaucoup à celle du cerveau, puisque l'un et l'autre sont formés de fibres très déliées, dont la saveur et la composition chimique ont entre elles une grande analogie. Entre les deux hémisphères du cerveau entre cet organe et le cervelet, la dure-mère ferme des cloisons qui rappellent en partie la cloison du scrotum , en partie celles qu'on trouve dans l'intérieur de la substanee testiculaire, et qui sont dues à des prolongemens de la tunique albuginée du testicule. Du testicule sort, par plusieurs racines, le corps d'Highmore, qu'on peut comparer à la moelle épinière, et qui, de chaque côté, s'ouvre au dehors par un canal excréteur comparable aux nerfs, tandis que le cerveau et la moelle épinièré animent nécessairement lès organes par plusieurs rayonnemens. Il naît peu de lymphatiques du cerveau et du prolongement rachidien, mais il en sort beaucoup des testicules, afin d'assurer l'influence que ces organes exercent sur l'individu. On doit remarquer aussi que la disposition des vaisseaux sanguins présente beaucoup d'analogie dans le cerveau et le testicule , puisque, dans l'un comme dans l'autre, la circulation du sang éprouve un ralentissement notable.

3° L'étude comparative de ces organes, dans la série animale, fournit un nombre plus considérable encore de points de contact, dont je ne rapporterai ici qu'un des principaux, le développement d'un des deux systèmes, accompagné de l'épanouissement de l'autre.

J'ai déjà précédemment (§ 25) fait valoir plusieurs argumens qui justifient la comparaison établie entre les parties génitales et les organes situés dans la moitié supérieure du corps , dont le développement paraît être restreint en partie par le cerveau, de môme que celui de l'extrémité inférieure de la moelle épinière l'est par l'appareil générateur. On pourrait objecter que la langue a des usages relatifs aux fonctions du canal intestinal, et qu'il en est de même pour le nez , lequel entretient surtout des connexions intimes avec l'or-

RÈGLES GENERALES DE FORMATION. C\ l

gane respiratoire. Mais, d'un côté, le système générateur n'est qu'un développement du canal intestinal; de l'autre, le sens de l'odorat et celui du gout ont au moins autant de rapport avec le besoin de se reproduire qu'avec le besoin de se nourrir. Cette occasion est aussi la plus favorable qu'on puisse rencontrer pour expliquer une dissemblance qui existe entre l'extrémité supérieure et l'extrémité inférieure du corps , relativement à la manière dont les deux bouts du canal intestinal et les organes voisins sont disposés. En bas, le canal est toutà-fait séparé des systèmes générateur et urinaire confondus ensemble; en haut, au contraire, il se réunit avec le système respiratoire, et la langue , renfermée dans la cavité buccale, correspond à une portion de l'appareil génital. Cette disposition tient, d'une part, à l'analogie qui existe entre les systèmes génital et digestif, de l'autre, à ce que l'épiglotte et le voile du palais forment des cloisons qui , par les changemens qu'elles sont susceptibles d'éprouver dans leur direction , peuvent isoler la cavité nasale et la trachée-artère , par conséquent l'organe respiratoire de la cavité buccale , ou même du pharynx, et, par suite, de tout l'appareil digestif.

La forme , la situation, la texture et la disposition à des désorganisations de même espèce, justifient la comparaison établie entre la thyroïde et la matrice ou la prostate. De même la forme, la situation, la texture, l'analogie du fluide sécrété, et cette circonstance que son activité s'éteint précisément vers l'époque où le testicule et l'ovaire arrivent au terme de leur maturité, annoncent que le thymus correspond réellement à ces deux organes.

Les différences qui existent entre les organes de !a face antérieure et de la face postérieure du corps, que j'ai comparés ensemble, disparaissent de la même manière. Toute la partie postérieure ou dorsale est plus complètement développée et plus fortement prononcée que l'antérieure. L'os occipital est plus épais que le frontal, et en général les os du crâne sont plus forts que ceux de la face. La face est nue, tandis que le crâne, surtout en arrière, est couvert de poils abondans. Les muscles sont plus nombreux et plus forts le long de la colounc vertébrale qu'à la face antérieure. Le

sternum, par exemple, offre le simulacre d'une vertèbre très imparfaite , puisqu'il ne représente que la partie antérieure, le corps, de la vertèbre proprement dite, et il correspond à l'extrémité inférieure du rachis, au coccyx. La ligne blanche est encore plus imparfaite et plus faible. Les côtes s'ossifient, les cartilages costaux ne s'ossifient pas, ou du moins ne le font que rarement, dans un âge avancé, et la partie postérieure des côtes est, à son tour, beaucoup plus forte que l'antérieure. A compter de la dixième, les côtes appartiennent proprement au rachis. Le long du rudiment de la colonne vertébrale antérieure serpente, de chaque côté, une artère qui correspond a l'aorte simple placée au-devant du rachis proprement dit : le tout en vertu de la loi qui veut qu'en général le défaut de concentration soit le caractère des formations d'un ordre inférieur (1).

Cependant, malgré ces compensations, il reste toujours des différences considérables entre les parties correspondantes , même entre celles du côté droit et du côté gauche du corps. La symétrie n'est donc pas parfaite. L'organisation de l'homme ne l'emporte pas non plus à cet égard sur celle des animaux, ainsi qu Heiland le donne à entendre, lorsqu'il dit que le dualisme (latéral) se prononce surtout dans le corps humain (2). Bien loin , en effet, que les choses se passent ainsi, à mesure qu'on s'éloigne de l'homme, sauf, toutefois, un petit nombre d'exceptions , la symétrie latérale devient beaucoup plus marquée ; car, non seulement les organes qui sont fort peu symétriques chez lui, notamment le cœur, le système vasculaire

(1) Voyez mon Mémoire sur le caractère de l'anoblissement progressif de l'organisation , ou sur la différence qui existe entre les formations d'un ordre supérieur et celles d'un ordre inférieur , dans mes Beylrwgc sur vcrglcichenden Anatomic, t. II , cah. 1 , Leipsick , 1811.

(2) Loc. cit., p. 5. — Walther (Physiologie , t. II , p. 102) ne s'exprime pas d'une manière pins exacte, en disant que le dualisme des deux moitiés du corps est moins sensible dans les classes inférieures du règne animal, et qu'il ne commence à .bien se prononcer que quand on voit paraître le contraste entre les fibres nerveuses et les fibres musculaires. En effet , une foule d'animaux privés de muscles et de nerfs ont le corps manifestement formé de deux moitiés symétriques.

IlÈCtES GÉNÉIULES DE FORMATION. 4^

en partie, le système respiratoire, le système urinaire et le système digestif, le deviennent déplus en plus, mais encore ceux de ses organes dans lesquels la symétrie est le plus évidente, par exemple le système nerveux, en acquièrent une Lien plus grande encore chez les animaux.

28. Les conditions dont je viens de faire rénumération forment l'objet de l'anatomie qui compare un corps avec luimême, en le considérant seulement dans l'espace. Mais on peut encore comparer ce corps avec lui même en le considérant dans le temps, c'est-à-dire en ayant égard aux diverses périodes de son existence.

VIII. Aucun organe n'a exactement les mêmes qualités à toutes les époques de son existence. Nul ne ressemble parfaitement à lui-même dans toutes les phases de sa vie. Chaque organe, et par suite l'organisme entier, parcourt certaines périodes qui lui sont assignées dans l'ordre normal et régulier (1). Cette loi, fort importante , qu'on peut appeler loi de développement, fournit matière aux considérations suivantes:

i° Il y a pour chaque organe, et po-ur l'organisme entier, une période d'imperfection dans laquelle il n'a pas encore atteint son entier développement , et qu'on nomme enfance ou jeunesse : viennent ensuite deux autres périodes, appelées âge mûr, ou période de maturité, de perfection , et âge de retour ou vieillesse.

2° L'analogie est d'autant plus grande entre les divers organes et les diverses régions du corps , que chaque organe res-

(1) Voyez, sur les changemens qui surviennent durant les premières périodes de la vie, jusqu'à la naissance, l'ouvrage de F. -G. Danz (Grundriss der Zcrgticdcrungshunde des ungcborncn Kindcs , Francfort et Giessen , 1792 et 1793) ; et , sur les particularités qu'offre la structure du corps aux dernières époques de la vie , la dissertation de Seilcr [AnatomitD corporis humani scnills spécimen, Erlanguc, 1800). Consultez aussi IIopfcng;vrtner, Einigc Bemcrluingcn iiber die menschlichcn Entwichclungcn , und die mit dersetben in Vcrbindung stclicnden Kranhlieitcn , Stuttgard , 1792. — A. Hcnkc , Ucbcr Entwicktungcn und Enlwichlungs-Krankhciten des menschlichcn Organismus , Nuremberg, i8i4.-C.-A. Philites, De dccrcmcnlo allerâ hominum tctalis periodo , scu de marasme senili in specie , Halle,

pectif et l'organisme entier sont plus rapprochés du moment de leur origine : l' organisme est donc d'autant plus symétrique qu'il est plus jeune. Ainsi, dans le principe, le cœur est perpendiculaire, sa cloison correspond exactement à la ligne médiane , ses deux moitiés ont la même ampleur et une épaisseur égale ; le foie fait autant de saillie à gauche qu'à droite, son lobe gauche est aussi volumineux que le droit, et son ligament suspenseur.se trouve dans la projection de la ligne médiane ; l'estomac est perpendiculaire; les membres supérieurs ont plus d'analogie avec les inférieurs qu'à une époque plus reculée de la vie. Le sternum se compose d'abord de plusieurs pièces cartilagineuses, qui se convertissent plus tard en autant de pièces osseuses ; chacune de ces pièces se trouve toujours entre deux cartilages costaux, et ceux-ci s'implantent constamment dans une fossette creusée aux dépens de deux pièces osseuses. L'analogie disparaît avec le temps, attendu que les diverses pièces osseuses, dont chacune correspond à une vertèbre , se soudent ensemble , pour ne plus former qu'un seul corps. En général, le mode de développement des organes est identique, ou du moins presque semblable, ce qui augmente encore l'analogie qu'on remarque entre diverses parties et diverses régions , durant les premières périodes de la vie. Ainsi la moelle épinière et très probablement aussi le cerveau naissent par deux plaques, qui ne sont même pas réunies dans l'origine. Le canal intestinal se forme de la même manière. Le cœur ne représente d'abord qu'une cavité simple , à parois minces. Le cerveau existe également avant le cervelet, et ses parois sont extrêmement minces, en proportion de sa cavité. Le canal intestinal est une continuation de la vésicule ombilicale ou du sac vitellin , de même que le système génital et urinaire est vraisemblablement aussi un prolongement de I'allantoïde. Suivant toutes les apparences , les extrémités des appareils génital, urinaire et digestif commencent par être confondues ensemble et former un cloaque. Il est certain que cette disposition se rencontre à l'extrémité supérieure du corps, car, dans le principe, le palais n'existe point entre le nez et la bouche, qui ne forment qu'une seule et môme cavité. Les organes génitaux de l'horamc et de la femme se ressemblent

RÈGLES GÉNÉRALES DE FORMATION. /j5

d'autant plus, sous le point de vue de la forme et de la situation, qu'on les étudie dans des embryons plus jeunes.

5° La couleur des organes se développe peu à peu. Dans l'origine le corps tout entier est blanchâtre et même transparent: ce n'est que par degrés qu'il prend une teinte plus foncée, cbqu'il devient opaque. Chaque organe n'acquiert qu'assez tard la couleur qui lui est propre.

4° Chaque organe est d'autant plus mou et plusjluide, qu'il est plus voisin du moment de son origine ; il ne prend que peu à peu son degré normal de consistance , et la cohésion augmente en lui jusqu'au terme de la vie. Ainsi la mollesse est le caractère des premières périodes de l'existence , et la rigidité celui des dernières. Cette loi se fonde sur ce que tous les solides proviennent de fluides, tant à l'époque delà formation première du nouvel organisme, que pendant le reste delà vie. Non seulement la substance même de l'organe est fluide , molle , mais encore il est entouré d'un fluide abondant, ou , s'il est creux , il contient un liquide dont la quantité est très considérable eu égard à l'épaisseur de ses parois. Le système nerveux et le système vasculaire fournissent la preuve de ce que j'avance. Le système vasculaire ne se compose d'abord que de voies ouvertes dans une substance homogène, et dont les parois ne sont pas distinctes de cette substance. L'accroissement progressif de la consistance des organes s'exprime clairement dans certaines portions du système vasculaire, la matrice, les membranes séreuses, certains organes, tels surtout que la rate et quelques organes fibreux, par la formation du tissu osseux, qui se développe presque régulièrement dans leur intérieur à un âge avancé. Lorsque le degré de cohésion est arrivé au point d'égaler celui des os, on voit paraître, dans la masse d'abord homogène et fluide, un système particulier et très dense , par rapport aux autres organes , le système cartilagineux , qui se convertit peu à peu eu un tissu encore plus solide, l'osseux.

5" Cet état de plus grande fluidité s'accompagne d'un défaut de texture déterminée durant les premières périodes de Pi'xisicncc. D'abord on n'aperçoit pas même de globules dans la substance organique; puis ces globules paraissent, mais

',G AHATOMIE GÉNÉRALE.

ils ne se sont point encore réunis de manière à former des organes distincts; lorsqu'ils commencent a le faire, ils ne donnent pas encore naissance à des fibres. Toutes ces circonstances se réunissent pour ajouter un nouveau degré de force à l'analogie qui existe entre les divers organes, dans les périodes extrêmes de la vie.

6" Tous les organes ne paraissent pas en même temps. Cette proposition est vraie pour le système entier comme pour ses diverses parties. Chez l'homme, et en général chez les animaux supérieurs , qui parcourent très rapidement les premières périodes de l'existence, l'ordre suivant lequel les différens systèmes se développent est plus difficile à déterminer que chez les animaux inférieurs, et il arrive souvent que des organes, même fort gros et d'une haute importance, ne paraissent que quand l'accroissement est terminé; mais ce qu'il y a de certain, c'est que les vaisseaux et les nerfs sont les premières parties qui se dessinent dans la masse homogène primitive, et que le canal intestinal commence presqu'à la même époque à se former. D'abord il n'existe du corps que le tronc : on n'aperçoit aucun vestige ni de la tête ni des membres; ensuite on voit paraître la tête, puis les membres supérieurs, et plus tard les membres inférieurs, dont les parties ne se développent non plus que peu à peu. Les organes des sens et ceux de la génération se montrent à une époque plus reculée. Les muscles et les os, principalement les dents , se développent encore plus tard. Enfin le système dermoïde est le plus lent à se former, puisqu'il s'écoule encore un long espace de temps, durant lequel les ongles et les poils, ces derniers surtout dans certaines parties du corps, manquent tout-a-fait, ou ne sont au moins développés que d'une manière imparfaite. .Naturellement les parties similaires sont les plus tardives a se montrer dans les régions qui paraissent les dernières.

7° Les parties qui ne sont que les répétitions d'autres parties plus parfaites , et qui leur correspondent d'une manière spéciale, se montrent les dernières. Ainsi le sternum et la ligne blanche ne paraissent que long-temps après la colonne vertébrale; le thymus et la thyroïde sont postérieurs aux organes

génitaux; le ventricule droit du cœur se montre après le gauche.

8° La forme extérieure se développe beaucoup plus rapidement que la texture el la composition chimique des organes. Il n'y a pas encore de différence sensible entre la substance grise et la substance blanche, dans la plus grande partie de la masse cérébrale, quand déjà toutes ses parties ont acquis leur configuration ; l'os, encore cartilagineux, a déjà la forme extérieure qui' le caractérise. Cependant cette forme offre ellemême des différences périodiques très considérables.

En général, la forme est d'autant plus simple que l'organe est plus jeune. Le cerveau n'a pas de circonvolutions ni de feuillets, et le cartilage forme une masse homogène, tandis que l'os est fibreux , et n'a pas exactement la même texture dans tous les points. Le cœur, qui doit renfermer plus tard quatre cavités, est d'abord simple , et se montre sous la forme d'un vaisseau , etc.

9° Les organes proviennent presque entièrement de parties isolées , qui ne se réunissent que peu à peu pour former un seul tout. Le corps entier, le système nerveux et le canal intestinal sont formés d'abord de deux moitiés, qui se réunissent plus tard sur la ligne médiane. Le système vasculaire forme d'abord des îles, qui sont remplies d'une substance fluide, des lacs isolés, que des voies nouvelles, développées dans leurs intervalles, convertissent peu à peu en un canal ramifié. Les reins sont formés , dans le principe, de plusieurs lobes, dont le nombre est plus considérable durant les premières périodes que dans le cours de celles qui suivent. Les os se développent par plusieurs points d'ossification , qui se réunissent ensuite.

io° Tous les organes n'ont pas le même volume proportionnel à toutes les époques de la vie. Le cerveau, le système nerveux, le cœur, le système vasculaire, le foie , les reins, plus encore les capsules surrénales, le thymus et la thyroïde, sont, dans l'origine, incomparablement plus volumineux, par rapport aux autres organes, qu'ils ne le sont dans la suite.

Au contraire, d'autres organes, le canal intestinal, la rate, les parties génitales, les poumons, restent long-temps dans nu

étal de petitesse relative. On voit aussi se rapetisser avant les autres certains organes qui, d'abord petits, avaient acquis ensuite un volume considérable. Tel est, par exemple, le cas du thymus , qui se l'orme assez tard, et des parties sexuelles , notamment celles de la femme.

D'après cela, il existe, aux diverses époques de la vie, une grande différence dans les proportions respectives des parties de systèmes entiers. La clavicule, si petite chez l'adulte, est six fois plus grande que l'humérus et le fémur dans le principe.

C'est en vertu de la même loi que le rapport mutuel des diverses sections du corps ne demeure pas le même aux différentes époques de la vie. La tête, qui d'abord n'existe point, devient bientôt presque double du tronc en grosseur, et les membres ne sont long-temps que de simple moignons , dont les supérieurs ont un volume qui surpasse celui des inférieurs.

1 1° La darde des organes n'est pas la même. C'est pour cette raison que l'organisme n'est point non plus formé constamment du même nombre d'organes. Quelques uns de ces derniers sont temporaires, d'autres subsistent pendant toute la vie. La membrane pupillaire se détruit avant la naissance; les membranes de l'œuf, le placenta et le cordon ombilical disparaissent aussitôt après cette époque. Au bout de quelque temps les portions du système vasculaire dont l'existence était liée à celle de ces organes , s'oblitèrent pour toujours. Un peu plus lard, le thymus commence à diminuer de volume, jusqu'à ce qu'on n'en voie plus aucune trace, ce qui a lieu communément vers l'âge de dix ans. Les vingt premières dénis commencent à tomber vers la septième année. Les capsules surrénales disparaissent quelquefois dans la vieillesse , et peut-être en arrivet-il autant aux ovaires.

On peut poser en principe que les parties qui naissent le plus tard sont aussi celles qui disparaissent le plus tôt, ou du moins dont l'activité cesse la première, et qui se détruisent le plus aisément. Nous en avons une preuve dans la facilité avec laquelle les cicatrices de la peau et des os se rouvrent à l'invasion des maladies générales.

Plusieurs des organes qui disparaissent sont remplacés par

de nouveaux. D'autres ne font que remplacer ceux qui n'ont pas encore assez d'activité, leur disparition n'amène par conséquent point la formation de parties nouvelles, et n'entraîne d'autre résultat qu'un redoublement d'action de la part de quelques unes de celles qui existaient déjà.

12° Quelques systèmes parcourentplus de degrés que d'autres, tant sous le rapport de la texture que sous celui de la forme extérieure, de la situation et du volume proportionnel; l'histoire de leur vie est plus compliquée. Le système vasculaire tient le premier rang à cet égard ; le canal intestinal , avec ses annexes, les organes génitaux, vient ensuite. Le système osseux diffère aussi beaucoup de lui-même aux diverses époques de la vie. Les différences sont moins grandes dans le système nerveux, et moindres encore dans les autres systèmes.

1 5° Il y a des endroits où l'on aperçoit toute la vie des traces de la formation primitive , et d'autres où l'on n'en découvre aucune , sans qu'on puisse assigner précisément la cause de cette différence. Ainsi, par exemple, il est rare qu'on aperçoive, chez l'adulle, les traces des quatre pièces dont l'os occipital était composé dans l'origine, ou des deux moitiés dont la réunion a produit le frontal et la mâchoire inférieure, tandis qu'il s'en conserve toujours une très sensible de l'existence d'un os inler-maxillaire, ou de l'articulation de la portion mastoïdienne du temporal avec Pécailleuse et la pierreuse. Cependant il est possible que cette circonstance soit fondée sur la loi suivante, et que les traces des formations transitoires normales qui correspondent à des formations constantes généralement répandues parmi les animaux, se conservent plus long-temps que celles d'aucune autre.

i4° Les degrés de développement que l'homme parcourt depuis son origine première jusqu'au moment de sa maturité parfaite correspondent à des formations constantes dans la série ammale{\). Tous les organes fournissent des preuves à l'appui

(») Voyez mon Essai sur les ressemblances qui existent entre l'état embryonnaire des animaux supérieurs et l'état permanent des animaux inférieurs, dans nies licylrw^c zur verglcicliendcn Ariatomie, t. II, cah. i, nM, Leipsick, iSi ,.

50 ÀNATOMIE GÉNÉRALE.

de cette proposition. L'analogie plus grande des diverses parties et des diverses régions , le nombre moins considérable des organes, l'uniformité de couleur, la mollesse plus grande, la texture moins prononcée, la différence de volume relatif, la naissance des organes due à la réunion de plusieurs parties d'abord isolées, toutes ces circonstances font que l'embryon se rapproche réellement des animaux placés au-dessous et même fort loin de lui dans l'échelle (1). La loi la plus générale à cet égard, c'est que les organismes avec lesquels on doit comparer l'embryon, sont d'autant plus inférieurs, que la comparaison se fait à une époque plus voisine de l'origine première, d'où il suit que l'embryon parcourt une série de formes qui deviennent de plus en plus compliquées, depuis l'instant de sa formation jusqu'au moment où il a atteint toute sa perfection.

Les preuves tirées des organes en particulier sont les suivantes :

a. Relativement au système vasculaire , il ne se forme d'abord qu'un seul système de vaisseaux dans l'embryon, celui de la veine omphalo-mésenlérique. Cet état du système vas-

(i) Il n'est peut-être pas , en physiologie , d'axiome plus incontestable que celui-là ; mais on doit bien se garder d'en faire abus, et de confondre ensemble analogie et ideniilè. Ainsi, on a été trop loin en disant que l'homme, depuis l'instant de sa formation jusqu'à sa naissance , parcourt successivement diverses formations qu'on rencontre , à l'état permanent, dans les animaux inférieurs. D'abord cette proposition n'est jamais vraie pour toutes ses parties à la fois, et n'est fondée qu'à l'égard de queîquesunes seulement, de sorte que les rapports que divers physiologistes modernes ont cru trouver entre l'embryon humain et les reptiles, les poissons , les cétacés, etc. , ne reposent que sur les analogies plus ou moins éloignées qui existent réellement entre plusieurs de ses organes et ceux que possèdent les animaux compris dans ces familles. D'un autre côté, tl ne faut pas oublier que , du moment môme où il commence à paraître, l'embryon humain a une tendance irrésistible à prendre la conformation particulière à l'homme, et qu'il en est de même pour celui de tous les animaux, sans exception. Ces réflexions nous ont paru nécessaires pour prévenir les applications forcées qu'on pourrait faire d'une des découvertes qui honorent le plus l'anatomie moderne, et contenir dans des bornes avouées par la raison l'espèce d'enthousiasme qu'elle a excité chez nous , car en faussant les principes on nuit à la science au lieu de contribuer à ses progrès. ( Note des traducteurs. )

RÈGLES GÉNÉRALES DE FORMATION. 5l

culaire correspond i\ ce qu'on observe dans les méduses et les zoophytes voisins, chez lesquels il n'existe également qu'un seul ordre de vaisseaux, d'autant plus qu'ici les vaisseaux n'ont pas non plus de parois qui leur appartiennent, et qui soient distinctes du reste de la masse du corps. A un degré plus avancé de développement, le cœur se montre simplement sous la forme d'un point peu dilaté, peu musculeux, oblong , canaliculaire et infléchi du système vasculaire , comme chez la plupart des vers, où, quoiqu'il existe déjà un système de vaisseaux fort compliqué, le cœur manque cependant. Chez les arachnides mêmes et les crustacés branchiopodes , le cœur représente un sac très alongé et mince, des extrémités et des parois duquel naissent les vaisseaux. II n'existe primitivement qu'une dilatation , comme chez les crustacés, même les plus parfaits, dont le cœur s'est resserré en une sorte de bourse plus petite, carrée, et plus musculeuse.

La formation subséquente, dans laquelle il s'est produit une seconde dilalation, par la séparation des oreillettes d'avec les veines caves , représente le cœur de la plupart des mollusques, des poissons et des derniers reptiles , qui est plus parfait, en ce qu'il offre deux cavités , dont chacune se compose d'un ventricule et d'une oreillette, mais dans lequel les deux oreillettes et les deux ventricules communiquent ensemble par suite de l'imperfection de leur cloison. Cette formation représente aussi le cœur de certains reptiles, par exemple , de la tortue scorpionne et du lacerla apoda, et , eu égard à la communication entre les deux ventricules seulement, celui de la plupart des reptiles, de ceux qui constituent les ordres supérieurs. D'abord, comme il n'existe qu'un ventricule, il n'y a non plus qu'une seule artère, qui, de même que chez les mollusques, les poissons et les reptiles, débute par une dilatation inusculeuse considérable, une véritable troisième cavité. L'artère pulmonaire ne commence qu'après l'aorte à former un tronc distinct , et pendant toute la vie intra-utérine , ces deux vaisseaux sont réunis en un tronc commun parle canal artériel. De même, chez la plupart des reptiles, en particulier chez ceux dont le cœur est complètement développé , on

5a AN ATOMIE GENERAIE.

reconnaît, non seulement qu'il naît de ce cœur deux aortes, qui s'unissent à angle aigu et se confondent ensemble, mais encore, ce qui est au moins très manifeste dans les tortues, que l'artère pulmonaire communique, pendant toute la vie , avec l'aorte correspondante , par un large canal. Chez les mammifères plongeurs , l'ouverture de communication entre les deux oreillettes se conserve si souvent qu'on trouve encore là une nouvelle analogie entre l'embryon humain et les animaux. Un système particulier, intercalé entre le système artériel et le reste du système veineux, celui de la veine porte , n'apparaît que chez les animaux vertébrés ; plus bas dans l'échelle, les veines du canal intestinal se dégorgent immédiatement dans la veine cave inférieure. Ce système manque aussi durant les premiers temps de la vie fœtale, et le sang du canal intestinal retourne alors directement au cœur, parce que la veine porte est le premier vaisseau qui paraît, et que le cœur n'est point encore formé. Le canal veineux offre un vestige de cette formation primitive, même à l'époque du parfait développement.

b. Le système nerveux présente également quelques traits de ressemblance avec l'organisation des animaux. Sa production par l'adossement de deux cordons distincts rappelle la disposition qu'il affecte dans la plupart des animaux sans vertèbres , chez lesquels les deux cordons qui unissent un ganglion au suivant sont plus ou moins notablement séparés l'un de l'autre. Comme il n'existe d'abord que la moelle épinière seule , c'est également là une formation qui correspond à celle des vers les plus inférieurs. La moelle rachidienne est beaucoup plus longue dans le principe , et descend plus bas dans le canal vertébral; de même la moelle dorsale des vers, de la plupart des mollusques, des poissons, de plusieurs reptiles, et de tous les oiseaux, se porte jusqu'à l'extrémité postérieure du corps; et même, chez presque tous les mammifères, elle est plus longue que chez l'homme. Dans le fœtus, elle renferme une cavité qui en parcourt toute la longueur, et qui, chez les animaux vertébrés supérieurs , persiste pendant toute la durée de la vie. Le peu d'épaisseur des parois des ventricules, l'absence des circonvolutions à la surface du cerveau,

et la prédominance de la substance grise dans le fœtus , représentent principalement l'état de choses qui persiste toujours chez les poissons et les reptiles. Le cerveau proprement dit n'offre pas non plus de circonvolutions chez la plupart des mammifères, de même que chez tous les oiseaux. La proportion entre la substance grise et la blanche est aussi plus considérable chez ces animaux que chez l'homme. La surface du cervelet se charge d'incisures avant celle du cerveau proprement dit, tant chez les animaux que chez l'homme, puisque cet organe est garni de sillons chez plusieurs poissons, chez tous les oiseaux et chez tous les mammifères. Enfin on ne voit paraître que peu à peu les annexes ou appendices du système nerveux, les organes des sens, soit chez l'embryon, soit dans la série animale, et ces organes offrent, dans leur développement , des analogies très prononcées avec ce qui a lieu chez les animaux.

c. Le canal intestinal est d'abord fermé à son extrémité supérieure et à son extrémité inférieure, comme chez la plupart des vers intestinaux. L'extrémité postérieure demeure close plus long-temps que l'antérieure, comme on voit, chez plusieurs zoophytes, la bouche faire en même temps fonction d'anus. Dans le principe , le canal intestinal n'est pas plus long que le corps , et il ne grandit que peu à peu ; de même on le voit, généralement parlant, et à quelques exceptions près seulement, se raccourcir toujours de plus en plus à mesure qu'on descend dans l'échelle animale. Il est également, ce qui s'accorde aussi avec son mode de développement dans la série animale, beaucoup plus simple durant les premières périodes de la vie fœtale, puisqu'on n'aperçoit pas encore de démarcation entre l'intestin grêle et le gros intestin , et que l'estomac se distingue à peine du reste. Les cavités nasale et buccale sont d'abord réunies; un peu plus lard, elles arrivent par degrés à ne plus l'être qu'en arrière, et le défaut de séparation entre elles s'exprime finalement par la réunion imparfaite de la lèvre supérieure sur la ligne médiane : de même la partie postérieure du palais est constamment fendue chez les oiseaux, le voile palatin manque chez ces animaux et presque tous les reptiles, et plusieurs mammifères ont un bec de lièvre. Les

dents, qui se développent plus tard dans l'embryon, manquent toute la vie chez plusieurs mammifères , chez les oiseaux,, chez plusieurs reptiles et poissons, et chez la plupart des animaux sans vertèbres (1).

Dans les premiers temps de la vie fœtale, l'ilion offre un diverticule, qui est la trace de la communication antérieurement existante avec la vésicule ombilicale : cette communication persiste toute la vie chez un grand nombre d'oiseaux. Enfin, le volume du foie diminue, et celui de la rate augmente au contraire, à dater des premières périodes de l'existence du fœtus, phénomènes parfaitement semblables à ceux que l'on retrouve en parcourant la série des animaux.

d. Les parties sexuelles sont d'abord construites d'après un même type, et leur forme primitive est celle des organes femelles (2). Vient ensuite une époque à laquelle une portion de ces organes, notamment ceux qui sont situés à l'extérieur, ressemblent davantage à la forme masculine, dans tous les individus, du moins quant au volume. De même plusieurs zoophytes et mollusques n'ont qu'un ovaire qui, chez les premiers, comme d'abord dans l'embryon , ne s'ouvre pas à l'extérieur. Les testicules de l'embryon mâle restent long-temps cachés dans l'abdomen, disposition conforme à celle qui persiste durant toute la vie chez les animaux, quelques mammi-

(1) Cependant ce défaut est plus apparent que réel , du moins dans les mammifères édentés et les oiseaux : ainsi Geoffroy Saint-Hilaire a observé que la mâcboire inférieure des fœtus de baleine est creusée, dans sa longueur, d'un sillon profond, où il a trouvé des germes de dents, dansune chair analogue à des gencives ; il semblerait que ces germes disparaissent de bonne heure, qu'alors le sillon se ferme, et l'os devient plein. Cet anatomiste a reconnu aussi, chez les oiseaux, l'existence de rudimens dentaires réduits à des noyaux pulpeux , qui , au lieu de phosphate calcaire, sécrètent la matière cornée du bec, et l'on ne peut douter que la même disposition n'ait lieu chez les reptiles de l'ordre des chéloniens. (Système dentaire des mammifères et des oiseaux, sous le point de vue de la composition et de ta détermination de chaque sorte de ses parties , Paris, 1 824. ) ( Note des traducteurs. )

(2) Muller, De genilalium évolutions , Halle, i8i5,p. 6. — Ducrotay de Blainville, Kemart/tics sur les organes génitaux , dans Bulletin de la société piiilomatiq ne , 1818, p. 1 5 5.

fères exceptés. La matrice parcourt, dans son développement, les formes qu'on retrouve permanentes dans la série animale; en effet, elle est d'abord garnie de longues cornes, ce qui rappelle que les o viductes sont séparés, clans toute leur longueur, chez les reptiles et les poissons , et que , chez la plupart des mammifères, les cornes intérieures sont fort longues en proportion du corps de l'organe ; ensuite ces cornes se raccourcissent, puis le fond de la matrice s'évase seulement un peu; enfin le col est très long et très mince, eu égard au corps, absolument de même que les cornes utérines se rappetissent peu à peu chez les animaux voisins de l'homme, et que la matrice de la plupart des singes ne diffère de celle de la femme qu'à raison de sa minceur et de son étroitesse. Les parties génitales externes ne paraissent que lard, comme chez les animaux.

e. Le système urinaire, un de ceux qui ne se montrent qu'assez tard dans la série animale, puisqu'on ne commence à l'apercevoir distinctement que chez les poissons , ne paraît pas non plus de bonne heure dans l'embryon. D'abord les reins sont réunis ensemble, comme chez la plupart des poissons et un grand nombre de reptiles; ils sont aussi lobés, comme chez presque tous les reptiles , chez les oiseaux et chez un grand nombre de mammifères. Le nombre des lobes est d'autant plus grand, et leur volume d'autant moins considérable, que l'embryon est plus jeune : le même rapport existe entre les poissons, les oiseaux et les cétacés d'une part, et les mammifères supérieurs de l'autre. Les reins sont, en général, plus volumineux dans ces trois dernières classes de vertébrés que dans celle des mammifères; mais, chez l'enfant nouveau-né aussi, leur volume proportionnel à celui du corps est bien plu« considérable qu'aux époques subséquentes de la vie. On trouve également des capsules surrénales fort développées chez quelques mammifères, principalement dans l'ordre des rongeurs, qui présentent encore plusieurs autres analogies avec l'organisation propre au fœtus.

f. Le thymus, qui, dans ses périodes vitales, a beaucoup d'analogie avec les capsules surrénales, paraît lard dans l'embryon, tout comme dans la série animale. Les mammi-

fères sont les premiers chez lesquels on commence à l'apercevoir d'une manière non équivoque; mais bientôt après il acquiert une prépondérance considérable, et dès qu'il s'est formé, le foetus ressemble, à cet égard, aux rongeurs, aux amphibies et à plusieurs plantigrades, chez lesquels le thymus persiste toute la vie dans son état d'entier développement.

La thyroïde n'est d'abord formée que de deux lobes parfaitement distincts, comme chez la plupart des mammifères.

g. Le système osseux présente des analogies fort remarquables. L'une des premières consiste dans l'époque tardive à laquelle il se développe. La plupart des autres systèmes sont formés avant que les os aient seulement acquis une consistance cartilagineuse. De même, presque tous les organes sont développés chez les animaux vertébrés avant qu'on aperçoive le squelette. Là où ce squelette se montre pour la première fois, chez les mollusques céphalopodes (1), on voit se former d'abord la partie correspondante aux os de la tête, qui est aussi la première à s'ossiûer dans l'embryon. Mais ici le squelette demeure constamment cartilagineux ; de même un grand nombre de poissons doivent le nom de cartilagineux , sous lequel on

(1) Geoffroy Saint-Hilaire pense que les animaux articulés, dont on forme une des grandes sections de la coupe des invertébrés, sont également garnis d'un squelette, mais placé à l'extérieur, au lieu de l'être à l'intérieur comme dans les vertébrés proprement dits : il compare les anneaux de leur corps à des vertèbres , et leurs pattes à des eûtes. (Voyez Geoffroy Saint-Hilaire, Mémoire sur un squelette chez tes insectes, dont toutes les pièces identiques entre elles dans les divers ordres du système entomologique, correspondent à chacun des os du squelette, dans les classes supérieures ; dans Journ. compl. du Dict. des se. mèd., t. V, p. i4o. — Id. Mémoire sur quelques règles fondamentales en philosophie naturelle, même recueil, t. VI, p. 56. — Id. Rapport sur un Mémoire d'Audouin , concernant l'organisation des insectes, ibid., t. VI, p. 36.' — jld. Mèm. sur une colonne vertébrale ci ses côtes , dans les insectes apiropodes , même recueil, t. VI , p. i38. ) Celte opinion a été adoptée par Rudolpbi (Beylrœgc zur Anthropologie, 1S12, p. 8g), et par Carus (Zcilschrift fur die Natur und Hcilhundc, t. II,p. 3o8, 1822). Elle est très bien développée dans le Dictionnaire classique d'histoire naturelle, t. V, p. 141, article Crustacés.

(Note des traducteurs,)

REGLES GÉNÉRALES DE FORMATION. 5j

les désigne, à ce que leur système osseux ne s'élève jamais audelà de l'état de cartilage ; et chez les autres animaux de cette classe, comme encore chez les reptiles, les os ne sortent point des conditions temporaires de la vie fœtale, c'est-àdire qu'ils demeurent toujours plus mous que chez les animaux des classes supérieures. Le tissu et la composition que les os présentent aux premières époques de la vie, chez ces derniers, constituent donc une seconde analogie entre l'homme et les animaux. Leur forme extérieure eu établit une troisième. Il n'y a, pour ainsi dire, pas un seul os qui ne passe, dans son développement, par plusieurs des formes qu'on sait être permanentes chez les animaux. Celte proposition est vraie surtout pour les os du tronc et de la tête. En effet, les pièces dont la réunion produit peu à peu les vertèbres, l'occipital, le sphénoïde, le temporal, l'ethmoïde, le frontal, le maxillaire supérieur et le maxillaire inférieur, dans l'embryon, restent toute la vie distinctes et séparées chez la plupart des animaux inférieurs à l'homme, et les premières périodes de la vie fœtale correspondent aux formations qu'on rencontre permanentes à mesure qu'on descend dans l'échelle animale.

h. La forme extérieure de l'embryon parcourt aussi plusieurs formations inférieures. Le défaut de distinction entre la tête et le tronc, dépourvu lui-même de membres, rappelle manifestement ce qui a lieu dans les verset les mollusques, de même que l'absence du cou, après que les membres se sont déjà développés, rapproche l'embryon des poissons et des cétacés. Plusieurs poissons, beaucoup de reptiles et même les cétacés, parmi les mammifères, manquent aussi de l'une ou de l'autre des deux paires de membres, et là où les membres paraissent pour la première fois , dans la série animale, ils ne représentent que des moignons courts, sans doigts ni orteils, tels qu'on les voit être d'abord dans l'embryon. Le nombre des doigts ne surpasse, chez aucun animal, celui qu'on trouve chez l'homme, et il est moins considérable dans beaucoup de ces êtres. Chez plusieurs, les orteils, quoique en même nombre que chez l'homme, sont, jusqu'à un certain point, réunis par une membrane natatoire; ce qui rappelle que , dans l'embryon humain lui-même, les doigts et

les orteils sont d'abord confondus ensemble, quoiqu'on s'aperçoive bien qu'ils constituent autant de parties distinctes. La colonne vertébrale se termine sensiblement , dans le principe, par un petit prolongement analogue à une queue.

i5° L'homme se distingue des autres animaux , sous ce rapport, par la plus grande rapidité avec laquelle il parcourt les formations inférieures. Comme son organisation est la plus parfaite de toutes, de même aussi il s'élève plus rapidement que les autres animaux au-dessus des échelons inférieurs, sans doute afin de gagner du temps pour arriver plus vite a sa haute perfection (1).

29. La forme de l'organisme humain, quoiqu'elle ne soit pas la même a toutes les époques de la vie , offre certaines particularités qui la distinguent de toutes les autres , et qui font de l'espèce humaine un groupe spécial. Cependant ce groupe n'est qu'une des nombreuses modifications du type primitif qui fait la base de toutes les formations animales, de sorte que sa forme doit nécessairement se rapprocher, sous une foule de rapports, de celles qui sont dévolues aux autres animaux , particulièrement à ceux qui lui ressemblent plus. Il est donc inconcevable qu'on ait voulu, tout récemment encore, considérer plusieurs de ces conditions de la forme humaine, non comme des résultats de cette loi, mais comme1 des preuves péremptoires attestant qu'après le péché originel , l'homme est descendu , même au physique, du haut rang qu'il occupait avant sa chute. On prétend que les traces de l'osinter-maxillaire sont là pour annoncer qu'à cette époque son cerveau et son crâne se sont rapetissés; on ajoute

(1) Cette loi doit porterie nom d'Harvey; car, bien qu'on l'ait laissée long-temps dans l'oubli, et qu'elle n'ait été complètement développée que par les modernes, c'est cependant Harvey qui en a posé les premières bases, en s'exprimant ainsi: Est equidem , quod miremur, animatium omnium (pula canis, cqui, cervi, bonis, gatlinœ, serpentis , Iwminii denique ipsius) primordia iam plane galbai figuram et consistenliam referre ut ocutis internoscere ncqtccas. {De gencrationc , Amsterdam, 1662, p. 77.) Cette loi est d'une application générale dans tout le règne organique; seulement il faut bien la distinguer de la fausse loi d'Harvey, dont je vais parler tout à l'heure.

RÈGLES GÉNÉRALES DE FOHMATION. 5g

que la face s'est développée dans la même proportion, que le muscle plantaire a atteint en même temps l'expansion aponévrotique de la plante du pied, et que son existence rudimen taire actuelle prouve que l'homme marchait alors à quatre pattes, etc. Toutes ces assertions ne reposent sur aucun fondement; tous ces phénomènes ne démontrent rien, parce qu'on pourrait prouver de la même manière, d'après la disposition de quelque autre partie, que l'homme était, au temps du déluge, un tout autre animal qu'il n'est aujourd'hui. La structure humaine n'a rien qui la distingue essentiellement de celle des animaux; elle doit donc avoir les mêmes formes; seulement celles qu'elle présente ne font que rappeler par-ci par-là ce qu'on trouve mieux développé chez les animaux. Mais ces indices , tel, par exemple, que l'os inter-maxillaire , s'expliquent sans peine par la loi précédente : ce sont les traces d'une série de degrés d'organisation que l'embryon parcourt toujours, mais non le genre humain tout entier; ce sont, si l'on veut, les vestiges de l'état primitif, clans lequel la formation humaine se trouvait abaissée au niveau de la formation animale. Pour donner quelque vraisemblance à l'opinion que je combats, il faudrait au moins comparer quelques crânes antérieurs à la chute de l'homme et au déluge entre eux et avec ceux des hommes d'aujourd'hui (i). Aucun fait n'existe non plus à l'appui d'une autre hypothèse, voi-

(1) Les passages suivans d'Ackermann {De naturœ luimanœ dignitate , Heidelberg, 1810) prouveront que je n'ai pas dénaturé ses idées , comme on ne le fait malheureusement que trop souvent : « Fucre iempora , quas anlediluviana diclmus , ubi ila despecta et abjeela crat lutmana specics, ut brutorum animantium naturœ non œquivalcrct tanlum, sed et infra cam deprimerctur. Argumenta ultra omne dubium elata nobis exhibet analomica corporis luimani perscrutatio. Iiepcrimus enim per totum corpus non rara vestigia degeneratœ in brutorum naluram liumanœ fabricœ, ita ut inter multas rariores excitem specics... Os intermaxillare, apcrlo indicio : aliquando in homine maxillas , uti in brûlis magis versus anteriora prolrusas fuisse, cranii recedentis amplitudine diminuli... Musculus planiaris pedis.. . argumenta, aliquando hominem extremis digitis incessisse, quod alio modo, péri non poluit, nu i eliam priore extremitate corpus tulfullum futrit. » Q'ii ne se rappelle , à cette occasion , Éticnne et Sylvius !

60 AKATOMIE GENERALE.

sine de celle-là, dont les partisans prétendent que, comme l'organisme humain, en vertu de la loi précédente, parcourt diverses périodes, à dater de son origine, de même le genre humain tout entier en a parcouru aussi plusieurs, que certaines races se trouvent encore aujourd'hui au peint qu'occupaient autrefois d'autres races maintenant plus élevées, et qu'elles sont susceptibles de se perfectionner également par degrés (t). Mais, tout en repoussant cette hypothèse, on ne saurait disconvenir que les différentes classes d'organismes ne se soient développées peu à peu, et en proportion directe de leur plus ou moins de perfection.

Pour fixer les conditions spéciales de l'organisation humaine , on peut rassembler les particularités qui la distinguent , en tant qu'elles tiennent aux conditions de la forme des diverses parties , et s'en servir ensuite, aussi bien que des considérations tirées de la forme du corps entier , afin de tracer un tableau général (a).

On arrive à la connaissance des caractères particuliers de l'organisation humaine , en étudiant l'un après l'autre les divers systèmes et les divers appareils. Cependant je dois faire observer, avant d'aller plus loin , que la plupart de ces caractères ne distinguent l'homme que des animaux les plus voisins de lui , c'est-à-dire des autres mammifères.

i° Le tissu muqueux de l'homme diffère de celui de presque tous les autres animaux par une plus grande mollesse. Peut-être est-ce de là que dépendent la faculté qu'a l'homme de vivre sur tous les points de la terre , et les fréquentes anomalies qu'il présente dans son organisation.

2° A l'égard du système vasculaire, l'obliquité du cœur, l'inclinaison de sa pointe à gauche, et l'adhérence de la face

(1) Voyez le Mémoire de Schelver, Sur la race primitive du genre humain, dans Arclùv fur Zoologie und Zootomie de Wiedemann, t. III, cah. i, n° 4- — Schelver et Doornik prétendent que la race nègre a produit toutes les autres en se perfectionnant peu à peu. Pallas avait déjà présenté cette opinion comme une hypothèse probable. ( Note du traduct. )

(2) Les caractères particuliers de la forme du genre humain ont été fort bien exposés par Blumenbach (De gencris liumani variclalc nalivâ, Goot-, lingue, 1795 , 5e édition, p. 4-46).

RÈGLES GÉNÉRALES DE FORMATION. 6l

intérieure du péricarde avec la parlie moyenne du diaphragme, sont caractéristiques, ou du moins l'homme ne les partage qu'avec un petit nombre de singes , très voisins de lui. Il est peu d'animaux aussi chez lesquels on voie les vaisseaux qui se rendent à la tête et aux membres supérieurs naître de la même manière que chez l'homme. L'absence du réseau admirable, c'est-à-dire d'un plexus formé par l'artère carotide interne avant son entrée dans l'œil, est encore un. caractère, sinon exclusif à l'homme, du moins propre à le distinguer d'un grand nombre d'animaux. Il faut ranger également ici la disposition de l'artère thyroïdienne, qui est double' de chaque côté chez l'homme , tandis qu'elle est simple chez les autres mammifères, etc.

5° Le système nerveux de l'homme se distingue de celui des autres animaux par le volume considérable du cerveau. Cependant comme la comparaison du cerveau avec le reste du corps ne conduit pas à des résultats parfaitement exacts, soit qu'on ait égard au poids, soit qu'on considère seulement le volume, il est plus convenable d'opposer l'encéphale à la moelle épinière et aux nerfs. En comparant ensemble ces parties, on reconnaît qu'il n'existe, chez aucun animal, un rapport aussi favorable au cerveau que chez l'homme , et que c'est chez ce dernier qu'on trouve le cerveau le plus volumineux en proportion de la moelle épinière et des nerfs (1). Dans le même temps sa moelle rachidienne est proportionnellement plus mince et plus courte que chez tous les autres animaux , puisqu'elle n'occupe chez lui que la partie supérieure du canal vertébral, tandis que, chez les animaux, à un petit nombre d'exceptions près , elle remplit tout ce canal.

La comparaison des diverses parties de l'encéphale prouve aussi que celui de l'homme se distingue de tous les autres par le volume plus considérable et le développement plus grand du cerveau proprement dit , de sorte que , chez lui , ce dernier organe prédomine beaucoup sur toutes les autres portions du

(i) Sœmmerring, Von Ilauc des mcnsclilichcn Kocrpcrs , t. T, p. 85. — J.-G. Ebd , Obscrvationcs ncvrolos'icœ ; dans Ludwig, Scrip. ncurot. minor. t. III, p. |48,

système nerveux. La partie supérieure et antérieure du cerveau l'emporte principalement sur celles qui ont rapport aux organes des sens. A cette première loi s'en rattache donc une seconde, savoir , que le cerveau proprement dit est très développé en proportion des organes des sens.

II existe encore, ou du moins on donne pour tels, d'autres caractères propres aux parties de l'encéphale , savoir :

a. Dans le cerveau : l'existence des petites pierres de la glande pinéale (j), qui, en effet, ne se rencontrent régulièrement que chez l'homme , mais qu'on a aussi trouvées dans le daim, et qui manquent quelquefois dans l'homme même, chez les personnes âgées (2).

Au développement plus considérable du cerveau proprement dit , se rattache encore la présence de parties propres à l'homme, par exemple, celle d'une dilatation spéciale du grand ventricule cérébral, la troisième corne, et celle de l'éminence que celte cavité renferme.

La moelle épinière de l'homme offre cela de particulier, que, » dans l'état de développement parfait, elle est complètement solide, tandis que, chez les autres animaux, on voit régner le long de sa partie moyenne une cavité qui, chez l'homme, au lieu de persister toute la vie, s'oblitère de très bonne heure.

b. Dans l'organe de la vue : le rapprochement des yeux , qui sont cependant encore plus voisins l'un de l'autre chez les singes ; l'absence de la membrane nictitante, quoiqu'elle existe, en rudiment, dans l'angle interne de l'œil, où elle forme un repli demi-circulaire ; l'absence d'un muscle suspenseur de l'œil , caractère propre aussi aux singes , mais qui d'ailleurs distingue l'organisation de l'homme de celle de tous les autres animaux; l'existence des cils aux deux paupières, quoiqu'on les retrou ve chez plusieurs mammifères, et même chez quelques oiseaux.

c. Dans l'organe de l'ouïe : la présence du lobule de l'oreille ,

(1) Lisignolo , De tapillis vel prope vet infra gland, pinçai, silis , Mayence, i;85.

(p.) Wentzcl, De penit'wri cerebri structura, p. i56.

qu'on observe cependant aussi chez quelques singes, mais bien plus petit ; l'immobilité du pavillon de l'oreille. Ce dernier caractère n'est pas général, car on ne le rencontre que chez les peuples policés, et il lient au défaut d'exercice ; d'un autre côté, il est commun aussi au fourmiller.

d. Dans l'organe de l'odorat: la saillie du nez au-devant de la bouche, et en général sa proéminence, caractère auquel, malgré sa généralité, la guenon nasique fait exception, sans parler de la trompe dont plusieurs mammifères sont pourvus ; l'absence d'un organe en forme de sac, découvert depuis peu, chez tous les mammifères, sur le plancher des fosses nasales, et celle, qui en est la suite, d'une ouverture de communication entre la cavité buccale et celle du nez, le trou incisif, dont l'existence est constante dans les mammifères (i).

e. Dans l'organe du toucher: la peau lisse et unie, ce qui tientà la rareté et à la brièveté des poils. Il est bien prouvé qu'on ne trouve nulle part des singes moins velus que l'homme ; mais la peau des cétacés est incontestablement moins chargée de poils que la nôtre. L'abondance des poils , chez quelques peuplades des îles de la mer du Sud, rapproche aussi la peau de l'homme de celles des autres mammifères.

4° Le système osseux. A la tête on remarque: a. La proportion entre le crâne et la face(2). La prédominance du premier sur la seconde distingue l'organisation humaine de toutes les autres. Elle tient à ce que le cerveau l'emporte de beaucoup sur les autres parties du système nerveux , spécialement sur les nerfs et les organes des sens, car le crâne sert surtout à loger le cerveau , tandis que la face est le siège des organes de l'ouïe, de la vue, de l'odorat et du goût. On peut même très bien en séparer la portion qui contient l'organe de l'ouïe , et la considérer comme faisant partie de la boîte du cerveau ; car, d'un côté , l'os temporal est situé à la base du crâne,

(i) Voyez Description d'un organe observe dans les mammifères , par Jacnbson, Indiquée et confirmée par Cuvier ; dans Annales du Muséum, t. XVIII , p. 4,2-424.

(*) G. -II. Crull, Dits, de cranio cjusque ad faciem raiione, Grcuiinirue,

et sa portion écailleuse, qui demeure toute la vie séparée de la portion consacrée au sens de l'ouïe, concourt à former la boîte crânienne, cle l'autre côté, l'organe auditif se confond avec la cavité buccale , et par suite avec les autres organes des sens, au moyen des trompes d'Eustache. L'anatomie comparée justifie celte analogie.

Le crâne surpasse en même temps la face par la prédominance du cerveau sur les organes de la mastication, avec laquelle coïncide toutefois le développement plus considérable des organes de l'olfaction et de la gustation. Le prolongement des mâchoires en avant et le repoussement du front en arrière, qui en sont la suite, ont donné lieu à la détermination de X angle J'acialde Camper (1). Cet angle est forméparla réunion de deux lignes, dont l'une, appelée ligne faciale , longe la partie la plus saillante du front et le bord des dents incisives supérieures, et dont la seconde , parallèle à la base du crâne , passe par l'ouverture extérieuredu conduit auditif et lebordinférieurde celle du nez. Il est évident que cet angle s'agrandit à mesure que le front fait plus de saillie en devant et que les mâchoires se reculent en arrière, quoique plusieurs circonstances s'opposent à ce qu'il indique d'une manière bien précise le rapport de la face au crâne, considéré comme boîte du cerveau.

b. La situation du trou occipital. Dans l'homme, ce trou se trouve exactement ou à peu près au milieu de la base du crâne, en sorte que le centre de gravité de la tête correspond au centre du mouvement, lorsqu'elle repose sur la base du crâne, circonstance fort importante dans la doctrine de la station droite de l'homme (2).

(1) P. Camper, D'us, sur tes variétés naturelles qui caractérisent la physionomie des hommes des divers climats et des différons âges , trad. par Jansen. Paris, 1791. — Voyez aussi Stuart, De Mensch, zoo als hij voorkomt op den behenden aardool. Amsterdam , 1802', p. 5i. — Wiedemann , dans Archiv f ïir Zoologie und Zootomic, t. I, cah. 1, p. 18. — J.-E. Doornick, Wijsgcerig naluurhundig onderzoek aangaandc den oorspronglihcn mensch en de oorsprong Uhc slammcn van dcszcl/s gcslacht. Amsterdam , 180S.

(2) Voyez le Mémoire de Daubenton sur les différences de la situation du grand trou occipital dans l'homme et dans les animaux; dans Mémoires de l' Académie des sciences , 1764, p. 568-575.

c. La disposition de la mSchoire supérieure. Sa partie antérieure et interne, qui loge les dents incisives, constitue, chez les animaux, à l'exception seulement de quelques singes, un os qui reste distinct pendant toute la durée de la vie , et qu'on stffeMeinter-maxillaire ou incisif { 1 ). Cependant cette portion est aussi tout-à-fail séparée du reste de l'os, chez l'homme , quoique seulement aux premières époques de son existence , et la suture inter-maxillaire offre également chez lui, pendant toute la vie , une trace évidente , mais plus ou moins sensible, de la conformation particulière aux animaux (2).

d. La conformation du menton, qui, chez les animaux, fuit plus ou moins en arrière du rebord alvéolaire, tandis qu'il fait une légère saillie chez l'homme.

e. La position des dents. Ces os, chez l'homme, forment une série non interrompue, tandis que, chez les animaux, l"anoplotérium excepté (3), on observe toujours un vide dû au développement plus considérable des canines , ou à leur absence. D'ailleurs l'homme est presque le seul animal chez lequel les incisives aient une direction perpendiculaire aux deux mâchoires.

Le tronc fournit aussi quelques caractères distinctifs.

a. Le bassin de l'homme a une conformation particulière. C'est chez lui seul que cette partie du squelette représente, sauf un très petit nombre d'exceptions, une excavation spacieuse, surbaissée, et entourée de larges parois, en un mot, le fond d'un réservoir.

b. C'est aussi chez l'homme surtout que les pièces de la colonne vertébrale augmentent considérablement de volume de haut en bas, tandis qu'en général les apophyses épineuses ont partout moins de longueur proportionnelle que chez les animaux, ce qui est particulièrement le cas des vertèbres thoraciques.

(i) G. Fischer, Ueber die vcrschicdcne Form des Intermaxillarhnoclicns in verschiedenen Thicren. Loipsick, 1800.

(?) Goethe , Zur Nalurwisscnschaft ùberhaupt , insbesondere zur Morphologie. Stuttgard, 1820, p. aoi.

(3) Cuvier, Ann. du Muséum, t. III, tab. xi et un, t. IX, tab. xxiu. ». 5

<j(> ANATOMIE GÉNÉRALE.

c. Le sternum est formé au plus de trois os, chez l'homme parvenu au dernier terme de son développement, tandis qu'il présente un bien plus grand nombre de pièces dans les animaux , où l'on en trouve autant qu'il y a d'intervalles entre deux vraies côtes, disposition qu'on observe d'ailleurs régulièrement chez l'homme à une certaine époque de sa vie.

5" Le système musculaire de l'homme diffère de celui des autres animaux par le développement moins considérable de certains muscles, et par la force plus grande de certains autres.

Les muscles moins développés sont surtout ceux qui servent à mouvoir la peau ; les plus vigoureux, au contraire, sont ceux qui assurent la station droite , ceux qui empêchent la partie inférieure du tronc et de la cuisse de se fléchir en devant, c'est-à-dire principalement ceux de la fesse et du mollet. Les muscles moteurs de la tête sont également plus développés chez les autres animaux, tant à cause du genre de station qui leur est propre , que parce que ces muscles servent à soutenir la tête et à mordre.

Quant aux systèmes composés et aux appareils , ils présentent les particularités suivantes :

i° Au canal intestinal, l'appendice caecal est , en quelque sorte , un caractère distinctif de la conformation humaine. Mais il est faux que la vésicule ombilicale n'appartienne qu'à l'homme, puisque la tunique érythroïde, qu'on rencontre chez tous les mammifères, au moins dans certaines périodes, et le sac vitellin des oiseaux, des reptiles et d'un grand nombre de poissons, très probablement même de tous , correspondent à cet organe.

•2° A l'appareil génital, la séparation qui s'établit, peu de temps après la naissance , entre le sac séreux des testicules et le sac péritonéal, est un caractère qui appartient exclusivement à l'homme, carie canal de communication entre ces deux cavités ne s'oblitère jamais dans les animaux. Chez la femme, la forme extérieure de la matrice, le tissu de cet organe et la présence de l'hymen ont été considérés comme autant de particularités propres à l'espèce humaine; mais il est faux que l'hymen n'appartienne qu'à elle seule, puisqu'on

le trouve très développé chez plusieurs mammifères, et qu'au moins il est toujours indiqué par un rétrécissement. Les deux autres caractères ont plus de valeur. En effet,

a. La matrice de presque tous les mammifères n'est pas, comme celle de la femme, pyriforme et simple, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur; mais elle présente deux cornes, el souvent elle est partagée complètement en deux cavités.

b. Elle offre aussi une couche manifestement rouge de fibres musculaires, qui ne tient à la membrane interne que par un tissu cellulaire lâche, et ses parois sont très minces en proportion de sa cavité , tandis que la texture fibreuse de la matrice humaine ne se développe que pendant la grossesse , qu'alors même les fibres de cet organe ne prennent pas l'aspect particulier des muscles, qu'on a beaucoup de peine à isoler sa membrane interne du reste de son tissu , et que sa cavité est toujours fort petite, eu égard à l'épaisseur de ses parois.

Cependant ces conditions ne sont pas non plus exclusivement propres à la femme ; car on les retrouve à peu près dans les femelles des édentés et des paresseux. D'ailleurs la matrice des singes et des makis diffère peu de celle de la femme.

5o. Le principal caractère de l'espèce humaine se tire donc de la prédominance du cerveau, de l'infériorité des organes des sens , et de leur développement à peu près uniforme. C'est dans ce sens seulement qu'on peut admettre la proposition de Herder (1), si souvent répétée depuis, que l'homme est une espèce intermédiaire entre celles qui viennent immmédiatement après lui.

3i. De plusieurs des particularités que nous avons passées en revue jusqu'ici, et de celles qui nous restent encore à examiner, découle un caractère fondamental de l'espèce humaine , savoir , qu'originairement , el par le fait même de sa nature , elle est destinée à se tenir debout. Les anciens avaient déjà parfaitement bien saisi cette loi, et ils avaient monlré

(t) hlecn zur Philosophie der Gexchichle der Mcnachhcil, Carlsruhe, 1790, t- I , p. io3.

plus de sagacité en la développant que plusieurs écrivains modernes n'en ont témoigné en la combattant (1).

32. X. Malgré ces particularités dans sa conformation, qui attestent que l'homme, comme tout autre organisme, forme une espèce à part, l'observation journalière démontre cependant que, sous aucun rapport, il n'y a ressemblance parfaite entre tous les individus.

La différence principale, celle qui s'étend à l'espèce entière, s'exprime par la distinction de cette même espèce en deux sexes (2), le masculin et le féminin. A la vérité elle n'existe pas , ou du moins elle n'est pas à beaucoup près aussi marquée durant les premières périodes de l'existence foetale; et comme la ressemblance de l'organisme avec lui-même est d'autant plus grande qu'il se rapproche davantage du moment de son origine, de même aussi tous les organismes paraissent à cette époque plus exactement construits d'après le même type. Mais cette différence commence de très bonne heure à se prononcer, et quoique les caractères sexuels ne s'impriment bien dans la forme générale du corps qu'après le second septénaire, cependant la forme de quelques organes , les parties génitales, ne tarde guère, lorsque le développement se fait d'une manière régulière, à revêtir ceux du sexe masculin ou du sexe féminin. Les deux sexes diffèrent l'un de l'autre , tant sous le rapport de la grandeur du corps en général et des organes en particulier, et sous celui de la proportion qui existe, soit entre ces organes eux-mêmes, soit entre eux et le corps entier, que sous celui de la forme extérieure et de la texture, des propriétés physiques et de la situation des parties.

(1) Comparez Moscati, Dclle corporce différence essenziali clic passci7io ira la struttura dc'i ùruti e la umana, Milan , 1770 ; et contre les assertions de cet écrivain , G. Vrolik, De liominc adstatum gressumque rectum per corporis fabricant dis posilo , Leyde , 1795. — G. Bakker, Naluur-cn geschiedhundig onderzoeh aangaande den oorspronglijhcn slam van het mcnscliclijh gcslaclit, Harlem, 1S10. — L'opinion de Moscati a été soutenue parSchelver et Doornik, et combattue par Blumenbach , Herder, Vrolik et Bakker.

(2) Hufcland, Sur l'égalité numérique des deux sexes dans l'espèce lui' mainc ; dans Journ. compl. du Dict. des Se. Mcd., t. VI , p. 56i.

niiCLES CENTRALES DE FORMATION. 6g

i° Grandeur. En général, le sexe masculin a mie taille plus élevée que le sexe féminin. Quelques organes sont proportionnellement plus volumineux chez l'homme; d'autres le sont de même chez la femme. Indépendamment des différences qui ont lieu, sous ce rapport, entre les diverses parties des organes génitaux , car les mamelles de la femme sont plus développées que celles de l'homme, et la matrice est plus grosse que le prostate ; comme aussi, d'un autre côté, le testicule est plus volumineux que l'ovaire, et la verge surpasse de beaucoup le clitoris : indépendamment, dis-je, de ces différences, le cœur, le poumon et l'organe delà voix sont plus volumineux chez l'homme, tandis que le foie et le cerveau, eu égard aux nerfs et au corps entier, sont plus gros chez la femme. Les cheveux sont plus développés chez la femme que chez l'homme; mais, chez ce dernier, la barbe se prononce davantage , et des poils abondans croissent sur toute la surface du corps, tandis qu'on en voit peu chez la femme, la tête et les pubis èxceptés.

2° Forme extérieure. Les parties sont bien en même nombre chez la femme, mais elles offrent quelques différences dans leur forme ; car si l'estomac de la femme est plus alongé , et celui de l'homme plus arrondi, la forme du corps de la femme , et en général celle de tous ses organes , est au contraire plus arrondie que dans l'homme, où les contours sont plus marqués, plus anguleux.

Toutes les parties qui constituent l'appareil générateur se correspondent à la vérité dans les deux sexes; mais elles diffèrent tellement, quant à la forme extériéiye, qu'au premier abord il paraît impossible de se persuader que les organes génitaux des deux sexes ne soient que des modifications d'un seul et même type primitif. A cet égard , le caractère éminemment distinctif est la prédominance de la dimension en longueur chez l'homme, et celle des. dimensions en largeur et en épaisseur chez la femme. Il s'exprime à la fois dans la forme des organes génitaux et dans celle de là partie du corps qui les renferme. Ainsi le bassin de l'homme est plus étroit et plus élevé que celui de la femme, la verge est plus longue que le clitoris et moins large que le vagin , les canaux déférons

70 ANAT0M1E CÉNEBALE.

sont plus longs que les trompes de Fallope. Les deux sexes diffèrent aussi d'une manière remarquable sous le rapport de la constance de la forme , qui est bien plus grande chez l'homme que chez la femme.

3° Texture. Le corps de la femme est, en général, plus délicat, plus mou et plus lâche que celui de l'homme.

4° La situation des parties est la même dans les deux sexes , si l'on excepte celles qui ont trait à la fonction génératrice elle-même. La principale différence qui existe entre l'homme et la femme, sous ce point de vue, consiste en ce que les parties sont renfermées au dedans chez la seconde , et font saillie au dehors chez le premier. Les testicules sont situés à l'extérieur, et les ovaires à Fintérieur; la prostate se trouve à la sortie du bassin, et la matrice dans sa cavité; la verge est étendue le long de sa face externe , tandis que le clitoris et le vagin sont cachés dans son excavation.

33. Outre cette grande différence fondamentale , qui partage l'espèce humaine en deux moitiés, il y en a encore d'autres moins saillantes , qui sont communes à ces deux moitiés, et qui partagent l'espèce, non plus en sexes, mais en races. On les appelle différences de races (i).

Les caractères employés pour établir les diverses divisions principales du genre humain peuvent être fort différens ; mais la marche la plus convenable à suivre est celle qui con-

(i) Le principal ouvrage sur cette matière est celui de Blumenbach , Do generis liumani varieiale nativâ, Goettingue , 1796. — Consultez aussi , outre l'ouvrage de Herder, cité plus haut : A. -G. Zimniermann , Geographische Geschichle der Menschen und der altgctncin verbreileten Thiere. Leipsick , 1778-1785. — G. Josepbi , Grvndriss der Nalurgeschiclitc des Menschen, Hambourg, 1799. — C.-F. Ludwig, Gundriss der Naturgcschichle des Mcnsclienspccies , Leipsick, 1796. — J.-J. Virey , Histoire naturelle du genre humain , Paris, an IX. — Id. Recherches sur la nature et les facultés de l'homme. — C. Grosse, Magazin fiir die Nalurgeschichlc des Menschen, Leipsick, 1788-1791. — S.-S. Smith , An essay on the causes ofthe varieiy of comptexion and figure in the htunan specics; dans American Muséum, 1789, jul. p. 3o. aug. p. ig5. sept. p. 181. oct. p. 273. 1790, avr. p. 195. mai p. 247- — C. Meincrs, Untersuchungcn iibcr die Vcrschic. dmheilen der Mcnschcnnatttrcn , Tubinguc, 1S11.

siste à embrasser l'organisation tout entière , au lieu de se borner à prendre en considération l'une ou l'autre seulement de ses particularités, comme, par exemple, la couleur, le volume, les proportions des diverses parties du corps, etc.

Buffon fut le premier qui, procédant de cette manière, établit six races d'hommes, savoir: Yhyperhoréennc ou lapone, qui comprend les nations polaires; la tartare, qui est la plus considérable, et qui habite le centre de l'Asie; l'asiatique du midi, qui embrasse aussi les peuples de la mer du Sud; V européenne , Y éthiopienne et Y américaine (i); mais, au fond, il réduisait ces six races à cinq seulement, puisqu'il considérait les Lapons comme des Tartares dégénérés, et qu'il a indiqué avec beaucoup de précision les peuples qui font le passage de la race tartare, proprement dite, aux nations, imparfaitement développées, qui vivent sous le pôle.

Au moyen de cette rectification, les cinq races établies par Blumenbach correspondent parfaitement à celles de Buffon; car la lapone et la tartare de ce dernier sont la mongole du professeur de Goettingue; V asiatique méridionale de Buffon est la malaye de Blumenbach, et Y européenne du premier est la caucasique du second. Quant aux deux autres, la ressemblance des noms suffit déjà pour annoncer leur identité.

54. Les principaux caractères par lesquels la race caucasique ou européenne se distingue de toutes les autres sont les suivans :

La peau a une couleur blanche, qui passe cependant jusqu'au brun jaunâtre chez les peuples du midi. Les joues sont colorées, tandis qu'elles ne le sont pas, ou le sont du moins très peu dans les autres races. La teinte des cheveux varie depuis le blond le plus clair jusqu'au brun le plus foncé, cl même au noir. Les yeux, c'est-à-dire les iris, sont bleus, gris, bruns , et rarement tout-à-fait noirs. Le visage est ovale , ni très plat , ni très anguleux. Les os n'y sont nulle part très proéminens, et les pommettes, en particulier, ne font jamais une saillie considérable. Le front est bombé , mais non rejeté

(1) Histoire naturelle , t. III ; llist. mit. de l'homme, Varioles dans l'espèce humaine , p. 7>j.

en arrière; le nez étroit, la bouche moyenne. Les lèvres ne sont pas très saillantes ; l'inférieure est plus forte que la supérieure. Les dents sont perpendiculaires aux deux mâchoires. Le menton est plein et arrondi.

La race caucasique représente, en quelque sorte , un centre , d'où partent des variétés dirigées dans deux sens contraires. En effet, latête, et, jusqu'à un certain point, le corps entier, deviennent, ou pluslarges, ou plus comprimés. La largeur plus considérable caractérise les races mongole et américaine; la compression latérale s'observe dans les races éthiopienne et malaye.

Les caractères principaux de la race mongole sont une couleur jaun5tre, olivâtre, tenant le milieu entre celle du blé et celle des coings cuits , ou semblable à celle de l'écorce d'orange sèche; des cheveux noirs, courts, minces, droits, raides; une tête presque triangulaire, une face large et plate, des pommettes très saillantes, un front très large et plat, des joues presque rondes et rebondies, des yeux très fendus et peu ouverts. La proportion du crâne, par rapport à la face, est un peu plus défavorable que dans la race caucasique, puisqu'elle est à peu près d'un dixième en moins. La stature des peuples septentrionaux qui appartiennent à cette race est très basse ; les extrémités surtout sont fort courtes, même chez les nations assez éloignées du nord, ce qui cependant tient en partie aux habitudes contractées.

La race américaine se distingue des autres par une couleur cuivrée, ou analogue à celle de la cannelle, par des cheveux noirs, fins, droits et rares, par un front court, par des yeux enfoncés, et par un nez légèrement aplati, quoique saillant. La face est large; en général, les pommettes sont proéminentes; mais les parties du visage ne sont pas en même temps plates et déprimées; elles paraissent au contraire très bombées , surtout lorsqu'on les regarde de côté.

Dans la race malaye, le teint est brun, les cheveux sont doux au toucher, bouclés, abondans ; la tête est étroite, le front saillant, le nez large, épaté, épais à la pointe; la bouche grande. La mâchoire supérieure fait une saillie considérable : cependant les parties du visage , vues de côté , sont bien proportionnées.

La race éthiopienne est celle qui s'éloigne le plus de la caucasîque sous différens rapports. La couleur est plus ou moins noire ; les cheveux sont courts, serrés , crépus , fins , brillans, élastiques ; ils ue diminuent pas peu à peu du côté de la nuque , mais se terminent tout-à-coup, en façon de perruque. Les sourcils sont également crépus et peu abondans ; les cils des paupières sont beaucoup plus arqués que dans les autres races et plus serrés. Cependant ces particularités ne se rencontrent pas à toutes les époques de la vie , car à la naissance la couleur est blanchâtre, et les cheveux sont longs, bouclés, non crépus. Le derrière de la tête se continue insensiblement avec la nuque; celle-ci est plus forte , et l'occiput plus faible. Le trou occipital se trouve placé un peu plus en devant, et il est plus grand. La tête est étroite , et comprimée latéralement, ce qui fait paraître le front déprimé. Les joues font saillie, non pas sur les côtés, mais en devant. La mâchoire supérieure est construite d'après le même type , et la saillie des pommettes est évidemment le résultat de cette disposition. Les rebords alvéolaires paraissent, d'après cela , étroits et tirés en longueur. Les dents incisives supérieures se dirigent obliquement en avant. Les os du crâne sont très forts et très épais. De toutes les races humaines , l'éthiopienne est celle dans laquelle la proportion entre le crâne et la face tourne le moins à l'avantage du premier, car l'angle facial n'y est que de soixante-dix degrés, tandis qu'il s'élève à soixantequinze dans la race mongole, et à quatre-vingts dans la caucasique. La superficie delà face, relativement à celle du crâne, est d'un huitième plus étendue dans cette race que dans la caucasique. Les nerfs , surtout ceux de la première , de la seconde et de la cinquième paires , sont également plus volumineux, en proportion du cerveau. Le cerveau lui-même est plus solide. Je n'ai pu découvrir aucune différence dans la couleur de ce viscère ; le peu d'accord qui règne entre les auteurs , sous ce point de vue , annonçait déjà qu'il n'en existait probablement point. Les lèvres, surtout la supérieure, sont grosses et renversées : leur couleur n'est pas le rouge pur, mais un noir bleuâtre , ou tout au plus un rose sale. Le menton fuit plus ou moins en arrière. Le nez, très épais, est

presque confondu avec la mâchoire supérieure , et aplati , même dans les très jeunes embryons. Les yeux sont forts saillans, et souvent si noirs que, chez plusieurs peuples de celle race , il n'y a point de distinction entre l'iris el la prunelle. La fente des paupières est, en général , plus petite que dans la race caucasique, mais le globe de l'œil est un peu plus gros, noirâtre jusqu'à une demi-ligne environ de la circonférence de la cornée , et jaunâtre dans le reste de son étendue. Le rudiment de la troisième paupière est plus grand que dans les autres races. L'oreille externe est plus arrondie, plus analogue à celle du singe, plus écartée de la tête. Les muscles destinés à clore la bouche sont plus développés, ce qui fait que la fosse temporale est plus profonde, et la ligne demi-circulaire des côtés du crâne plus marquée et plus saillante. L'orifice anlérieur des fosses nasales est extrêmement grand, et la superficie de la membrane pituitaire se trouve aussi accrue par quelques anfractuosités de plus dans l'intérieur du nez. Le trou palatin antérieur est plus large ; les dents sont très grandes et très larges ; le bassin est plus étroit que chez les Européens ; les mains et les pieds sont taillés sur de belles proportions, mais plus plats ; les doigts et les orteils sont effilés.

Les organes génitaux offrent, dans cette race, plusieurs particularités, tant générales que propres à quelques peuplades Ce qui les caractérise surtout, c'est leur grand développement. On en voit déjà la preuve dans le volume considérable de la verge el du clitoris. Les petites lèvres (1) s'alongent quelquefois à un degré surprenant, et il paraît même s'y développer, cbez. diverses nations , des parties réellement accessoires , qui contribuent à agrandir l'appareil génital externe (2). Toutes ces

(1) Péron et Lcsueur, dans YAnaiomie comparée de Cuvier, t. IV. — Barrow, dans le Magazin fùr die Naturlchrc de Voigt , t. III, cah. iv . p. 7(|2. Cependant Barrovv prétend que les parties qu'on trouve cbez les femmes des Boscbismans sont des prolongements des petites lèvres.

(2) Le long séjour à Paris d'une femme boschismane, qui y est morte, et qui se faisait voir publiquement, sous le nom de Pènus hottentote , a permis de reconnaître que Péron s'est trompé en admettant un organe spécial. Le prétendu tablier, mal à propos dit des Hottenlotes, puisque les vraies Holtcntotes en sont dépourvues, et qu'iln'appartient qu'aux femmes

particularités sont fort remarquables , à cause de l'analogie qu'elles présentent avec la structure des singes. En effet la race éthiopienne semble faire le passage de la race caucasique à la famille des quadrumanes (i).

55. On pourrait restreindre encore le nombre de ces races , en rapportant à un seul type celles qui s'éloignent, de la même manière , du terme moyen de la conformation particulière à la race caucasique. On n'en compterait alors que trois. Cette classification conviendrait d'autant mieux que la ressemblance des coutumes et des usages parle aussi en sa fayeur. Au reste, non seulement les différentes races passent de l'une à l'autre par des nuances imperceptibles, mais encore il n'est pas rare que certains individus qui appartiennent à l'une se rapprochent entièrement des autres sous plusieurs points de vue fort essentiels , et notamment sous celui de la forme de la tête. J'ai sous les yeux des crânes d'Allemands qui portent à tel point le caractère de la race éthiopienne , qu'il serait difficile de les distinguer d'un crâne de nègre.

La forme du corps entier, et surtout celle de la tête, prouvent évidemment que la race caucasique est celle dans laquelle le caractère de l'humanité, la prédominance du cerveau, se manifeste de la manière la plus parfaite, et qu'au contraire, la race éthiopienne est celle qui tient le plus de la nature du singe. Les autres races forment des degrés intermédiaires entre la race caucasique et les autres mammifères. Mais il n'est ni mieux démontré, ni plus probable que la race éthiopienne puisse se

des Houzouanas ou Boschismans , n'est qu'un prolongement exagéré des nymphes , développées , pour ainsi dire , aux dépens des grandes lèvres à peine apparentes. Cuvier a montré que les deux lobes charnus qui forment ce voile, se composent, dans le haut, du prépuce et de la sommité des nymphes, et que tout le reste de sa longueur ne consiste qu'en une extension des nymphes seules. Voyez son Mémoire à ce sujet, dans les Mémoires du Muséum, t. III, p. 259. — Flourcns, Notice sur la Venus holtentote, dans le Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales, t. IV , p. 145. — G. Sommervillc , dans Med. chir. trans., vol. VII , p. ' , p. i54. ( Note des traducteurs. )

(1) Voyez S.-T. Sœmmcrring , Ucber die hœrperliche f'erscliicdcnlwit des Ncgert vom Europœcr , Francfort , 1 785.

perfectionner avec le temps , et que les autres races aient eu jadis la même forme qu'elle , qu'il ne l'est que le genre humain ait eu autrefois une organisation plus parfaite, dont il soit déchu. Bien loin de là il existe une foule de motifs pour croire que l'espèce de l'homme a paru la dernière sur le globe, et que toutes les autres ne sont qu'autant d'essais par lesquels la nature préludait à sa formation. On ne peut pas décider si les diverses races sont des modifications consécutives d'un seul tronc primitif, ou bien si leurs différences sont originelles , et si le nombre des races primitives, qui ont peut-être paru à la même époque, n'est pas infiniment supérieur à celui des races qui se sont formées ensuite par la réduction de plusieurs , très voisines l'une de l'autre , à quelques grands groupes ; cependant la seconde hypothèse est plus probable que la première ( 1). Elle n'empêche pas, au reste, qu'on réduise à trois les racesactuellement admises par les naturalistes.

36. Outre les différences des sexes et des races, la formation humaine en présente encore d'autres d'une troisième sorte. Ces dernières sont communes à l'espèce entière. On les rencontre indistinctement dans les deux sexes et dans toutes les races, quoiqu'elles puissent être plus fréquentes dans un sexe ou dans une race que dans les autres. On les appelle formations anormales ou aberrations de formation. Il existe, en effet, pour le corps entier, de même que pour chaque système en particulier, une forme, tant extérieure qu'intérieure, qui revient plus souvent qu'aucune autre, et qu'on peut, à cause de cela, considérer comme faisant règle. Cette forme régulière se montre en même temps la plus convenable, sinon partout, du moins dans un grand nombre de cas , parce qu'elle est la plus favorable à l'accomplissement des fonctions. On peut donc lui donner aussi le nom de forme saine ou forme en harmonie avec la santé. Toutes celles qui s'en écartent doivent être appelées , au contraire , formations morbides, d'un côté, parce qu'elles troublent souvent la fonction de l'organe, et qu'elles peuvent

(1) Voyez le Mémoire de Rudolphi S«r la distribution des animaux , dans ses Bcilrœge sur Anthropologie ttnd allgemcinc Nalurgcsehichle , Berlin, 1812, n° m.

même , suivant la nature de cet organe, suivant aussi le mode et le degré d'aberration , ne plus permettre à la vie de continuer ; d'un autre côté, parce que la cause de ces aberrations de l'état normal est évidemment une maladie, et qu'un grand nombre d'entre elles, les altérations de texture, succèdent à des maladies.

Ces anomalies font l'objet de Vanatomie pathologique. Cependant il est impossible d'isoler complètement l'étude de la structure régulière et celle de la structure irrégulière, de sorte que l'anatomie générale doit aussi embrasser les considérations les plus importantes parmi celles auxquelles les anomalies de texture fournissent matière (1).

L'essence de toutes les formations anomales est la même au fond; elle consiste dans la rareté, et par conséquent dans un écart de la règle. Cependant on peut distinguer ces formations les unes des autres en raison, soit du volume et de l'importance de l'organe, soit de l'influence que l'anomalie exerce sur sa fonction , c'est-à-dire qu'on peut établir ■entre elles des divisions fondées sur le degré d'anomalie. Mais le3 différences qu'elles présentent sous le rapport des qualités des organes et de la manière dont elles se développent ellesmêmes, sont encore plus importantes.

Plusieurs de ces anomalies n'intéressent, en effet, que la forme extérieure des organes ; d'autres portent sur leur forme intérieure , leur tissu, leur composition chimique et leurs qualités physiques. Plusieurs naissent accidentellement pendant le cours de la vie, et sont acquises , tandis que d'autres sont originelles.Les altérations de texture sont les plus fréquentes, sans cependant être toujours acquises. Les vices de conformation sont congéniaux, lorsqu'ils ne dépendent pas d'une lésion mécanique ou d'altérations de texture antérieures.

37. Les aberrations de la forme , qu'elles soient primitives, ou qu'elles aient paru secondairement, à une époque où la

(i) Cependant ces considérations ne peuvent elrc exposées que d'une manière Fort succincte, soit dans l'anatomie générale, soit dans l'anatomie spéciale, .l'en ai fait le sujet d'un traité ex profe&so , qui a pour titre : Handbueh der patliologischcn Anatomk, Italie , 1812-1815, 5 vol. in-8".

?8 ANATOMIE GENEBALE.

partie qu'elles affectent avait déjà une conformation régulière , se rapportent au nombre, au volume, à la configuration des organes.

i° Sous le premier point de vue , un organe peut manquer en tout ou en partie. Quelquefois ce défaut est originel, mais souvent aussi il n'est qu'accidentel et le résultat d'influences morbides qui ont opéré, d'une manière mécanique, chimique ou dynamique, la destruction partielle ou totale de l'organe. Ainsi, la compression, les frottemens causés par une tumeur ou par des dents qui veulent sortir, font disparaître les os, même les plus durs, les dents de lait; le défaut d'extension fait qu'à la suite d'une ligature, les vaisseaux sanguins s'oblitèrent jusqu'à la hauteur de la première branche fournie par le tronc sur lequel porte l'obstacle à la circulation; les acides détruisent les parties les plus solides, en les dissolvant; les testiticules s'effacent sans laisser la moindre trace , et souvent sans cause appréciable, etc.

On ne peut pas toujours déterminer avec précision si une partie qui manque existait dans le principe , et si elle n'a fait que se détruire, puisqu'une foule d'observations démontrent, que des parties d'abord existantes disparaissent partiellement ou en totalité, soit par l'effet d'une maladie, soit par suite de l'ordre que la nature elle-même a établi. ( Voyez ci-dessus, pag. 47. )

II n'y a pas non plus un seul exemple d'absence d'une partie quelconque, qui n'ait été expliqué diversement par des observateurs différens.

Le contraire du défaut, ou de Y absence , est la pluralité, dans laquelle on observe de nombreuses gradations, à commencerde la multiplication des parties peu volumineuses. Ce vice de conformation est toujours congénial , ou du moins la faculté qu'a l'organisme humain de produire des parties surnuméraires hors du temps où se forment les parlies normales, est extrêmement limitée. A la vérité, toutes les parties ne se forment pas à la fois(pag. ^8); mais, hors celles qui paraissent régulièrement après les autres, l'organisme ne produit tout au plus que dans des conditions analogues à celles qu'exige la formation d'un nouvel organisme, des parties, en quelque sorte composées ,

ayant de la ressemblance avec celles qui existent dans l'étal normal.

a" Les aberrations dans la masse et le volume sont également congéniales ou acquises. Dans ce cas, la masse et le volume restent au-dessous de l'état normal, ou le dépassent , et l'augmentation ou la diminution n'a pas lieu nécessairement dans ces deux conditions à la fois. Un organe peut devenir beaucoup plus volumineux qu'à l'ordinaire, sans que sa masse augmente , et même par suite d'une diminution qu'il éprouve dans cette masse, lorsque son lissu se dilate ou s'étend à un degré considérable : les gonflemens des os et les dilatations des organes creux en fournissent la preuve.

Vétroitesse anormale, constriction ou coarctation (slrictara, coarctatio ) des organes creux peut aller jusqu'à produire l'effacement absolu de leur cavité, l'oblitération ou Vatrésie [atresid] , qu'on distingue mal à propos en vraie et en fausse.

3°. Les aberrations de situation sont plus souvent acquises que congéniales. Sous ce point de vue, tantôt une partie se trouve du côté opposé à celui où on la rencontre ordinairement, tantôt elle est située plus haut ou plus bas que de coutume. Quelquefois, d'oblique qu'elle devrait être, elle devient perpendiculaire, ou de perpendiculaire oblique. Enfin, elle peut exister ailleurs que dans une cavité où l'on a coutume de l'observer. Quand la partie ne fait qu'abandonner sa situation habituelle, on appelle cette aberration hernie {hernia ), ou luxation ( luxatio ). La hernie a lieu quand un organe renfermé dans l'une des trois grandes cavités du corps s'en échappe. La luxation tient à ce qu'un os abandonne sa cavité articulaire. Lorsque la face interne d'une partie se tourne vers l'extérieur, il en résulte une inversion [inversio). L'inversion produit tantôt une intussusception ou une invagination, quand la partie retournée, ou celles qui l'environnent, passent dans une autre cavité, ce qui a lieu , par exemple, pour le canal intestinal , et tantôt un prolapsus , lorsque ces mêmes parties sont plus ou moins pendantes au dehors. Tout prolapsus commence par n'être qu'une simple intussusception , caractère qu'il conserve plus ou moins long-temps, et qu'il ne porte même quelquefois

8o ANATOMIE GÉNÉRALE.

qu'un instant ; mais les intussusceptions ne dégénèrent pas toujours en prolapsus.

4" La configuration anormale se produit de plusieurs manières très variées ; car les aberrations dont la forme est susceptible dépendent du caractère particulier qu'elle a dans l'état normal. Ainsi , une partie ordinairement arrondie peut être oblongue, ou plus anguleuse, et vice versa; une partie simple peut se partager en plusieurs , et des parties communément réunies peuvent s'offrir séparées et distinctes. Ceux de ces^vices de conformation qu'on rencontre le plus souvent sont la séparation anormale de parties ordinairement unies ensemble, et la réunion anormale de parties généralement séparées. Mais on peut souvent, quoique la chose ne soit pas toujours praticable , rapporter la séparation anormale au défaut ou à l'absence, comme, par exemple, dans les cas de scission du palais ou du bas-ventre. Il en est de même de la réunion anormale , comme de la fusion des deux yeux en un seul , de la réunion des deux oreilles ou des deux ventricules du cœur, etc. Les anomalies de cette classe sont également acquises ou congéniales ; dans le dernier cas, il est très probable qu'elles sont, la plupart du temps, primitives ou originelles.

Les aberrations de la première espèce sont, indépendamment de celles que j'ai déjà citées, la structure lobuleuse de la rate et des reins, la scission du vagin, de la matrice, de la vessie, etc.

Celles de la seconde espèce sont les diverses solutions de continuité accidentelles, déchirures, plaies , fractures, qui peuvent dépendre d'une infinité de causes; les réunions accidentelles de parties primitivement séparées, par exemple , les ankiloses , etc.

38. J'ai déjà dit que les aberrations de la forme, tantôt existent déjà au moment de la naissance, et tantôt ne se développent qu'après cette époque. Mais de ce qu'une de ces anomalies existe déjà quand l'enfant vient au mondes il ne s'ensuit pas qu'elle soit originelle ,' que l'organe altéré n'ait point été bien conformé à une époque antérieure, et que (a monstruosité qu'il présente ne soit pas le résultat d'une

REGIES GÉNÉRALES DE FORMATION. 8l

cause morbifique qui a influé sur lui avant sa naissance. Cependant des argumens irréfutables se réunissent pour démontrer que les aberrations congéniales de la l'orme extérieure sont aussi la plupart du temps originelles. On peut rapporter aux suivans ces argumens, qui font connaître en même temps les conditions les plus essentielles et les plus remarquables des vices de conformation originels :

A. La nature des vices de conformation, considérée en elle-même, annonce déjà qu'ils sont originels. En effet,

a. Il est impossible d'expliquer la plupart d'entre eux d'une autre manière. Tels sont, par exemple, le renversement de tous les organes , ou d« quelques uns seulement, qui a pour résultat de montrer à droite les parties qu'on trouve ordinairement à gauche, et vice versa, d'autant plus qu'alors le renversement n'a pas lieu seulement dans la situation, mais encore dans la configuration ; la multiplication de certaines parties, telles que les doigts et les orteils; les irrégularités dans la distribution et l'origine des vaisseaux, etc. Les tentatives qu'on a faites pour donner une explication mécanique de ces anomalies, sont tellement monstrueuses, qu'elles suffisent pour réfuter l'hypothèse dans l'esprit de laquelle elles ont été imaginées. L'organogénésïe atteste qu'un grand nombre de vices de conformation sont originels , puisqu'on peut démontrer qu'ils dépendent de ce que l'organe est demeuré stationnaire à l'un des degrés qu'il parcourt successivement dans son évolution normale.

b. Les côtes du corps paraissent différer un peu l'un de l'autre , sous le rapport de la fréquence des vices de conformation qu'ils présentent. La plupart, en effet, ne se rencontrent {(ue du côté gauche. Ainsi, par exemple, ce n'est guère qu'à gauche qu'on voit l'artère vertébrale naître de la crosse de l'aorte. Il est plus ordinaire aussi d'observer des anomalies dans les vaisseaux rénaux du côté gauche que dans ceux du côté droit. Pour exprimer cette loi d'une manière plus générale, on peut dire que les régions et les parties qui ne sont que des répétitions incomplètes de parties mieux développées, •ou dans la production desquelles l'activité plastiqué semble déployer habituellement moins d'énergie, sont aussi celles «• 6

Sli AÏUTOMIE GÉNÉRALE.

qui s'écartent le plus souvent de la règle tracée, et qui ont la l'orme la moins constante. Ainsi, le sternum présente tant de difl'érences , sous le rapport du nombre et du volume de ses noyaux osseux, qu'on peut à peine rien établir de certain à cet égard, tandis que les anomalies sont fort rares dans la colonne vertébrale. De même la disposition des vaisseaux du poumon, organe plus noble, plus important , et qui se montre de meilleure heure dans la série animale, est sujette à des variations moins nombreuses et plus rares que celle des vaisseaux rénaux. Cependant cette loi souffre des exceptions. Ainsi, par exemple, ,1a distribution des vaisseaux varie plus souvent dans les membres supérieurs que dans les inférieurs , quoique ceux-ci paraissent plus tard que les pectoraux; mais cette exception n'est peut-être qu'apparente, puisque les extrémités inférieures ne tardent pas, par les progrès de la vie, à devenir plus volumineuses que les supérieures.

c. Certains systèmes sont plus sujets que d'autres aux vices de conformation. La plus grande partie du système nerveux, le système osseux et le système musculaire, offrent bien plus rarement des anomalies que les autres, et, en particulier, que le système vasculairc. Parmi les appareils, celui de la voix et celui de la respiration sont moins sujets à varier que ceux do la génération , de la digestion et des voies urinaires. Ces deux derniers sont, avec le système vasculaire, ceux dans lesquels on rencontre le plus de variations. Sous ce rapport, il existé un contraste remarquable, dans le système nerveux, entre le cerveau, la moelle épinière et leurs nerfs d'une part, cl le nerf grand sympathique de l'autre. La différence que nous venons de signaler entre les divers organes lient certainement, du moins en partie, à ce contraste, puisque les organes qui reçoivent leurs nerfs du cerveau ou de la moelle épinière se distinguent des autres par lu constance de leur forme. Ces organes, qui ont une configuration constante, sont en même temps les plus symétriques , de sorte que les deux conditions semblent reposer sur le même principe. En effet, il n'y a ici qu'une simple différence de relation, la symétrie étant pour l'individu ce que la constance est pour l'espèce.

d. Il y à de l'analogie entre les aberrations d'un même organe. Ainsi, quand il y a deux langues, elles ne sont pas placées à côlé , mais au-dessus l'une de l'autre. Les anomalies dans la manière dont les gros vaisseaux naissent du tronc de l'aorte varient beaucoup , à la vérité , mais chacune ressemble cependant toujours à elle-même. Si, par exemple, l'artère sousclavière droite ne provient pas du tronc innominé , le plus ordinairement aussi son origine est placée au-dessus de celle de l'artère du côlé gauche, et il n'y a pas seulement scission du tronc innominé. Quand l'artère vertébrale forme un troncà part , c'est constamment la gauche qui présente cette irrégularité , et presque toujours elle prend naissance entre les gros troncs du côté gauche, au lieu de s'implanter au-dessous de l'artère sous-clavière correspondante, quoique, dans l'anomalie précédente, l'origine de la sous-clavière droite soit placée plus bas même que celle de cette dernière. La perforation de la cloison du cœur, la scission de l'urètre, la coarctation de l'estomac , ont toujours lieu dans un point déterminé.

e. Il y a, dans les anomalies d'un organe , transition graduelle de l'une à l'autre. On peut établir une série depuis l'anomalie à peine sensible d'un organe jusqu'à la défiguration la plus considérable de l'organisme entier. Ainsi, la duplicité de l'organisme entier, par exemple, commence par la multiplication des orteils, du cœur, de la tête, et s'arrête au cas où il existe deux corps réunis parla tête, la poitrine, le bas-ventre. De même, pour la monstruosité contraire, il y a une gradation parfaite, depuis le rapprochement des deux yeux jusqu'à l'existence d'un seul œil sur la ligne médiane, avec laquelle coïncident les anomalies qui l'accompagnent dans les autres parties de la tête. Il y en a une aussi depuis l'inversion des membres inférieurs jusqu'à l'existence d'un seul membre pelvien, également central, et très imparfaitement développé. Cette loi ne contrarie pas la précédente; elle ne fait qu'y apporter des restrictions, d'autant plus que les divers degrés d'anomalie des organes ne se rencontrent pas une seule fois , mais s'offrent fréquemment dans divers individus d'une même espèce et d'espèces différentes.

f. Les vices de conformation sont renfermes dans certaines

limites. A quelque degré que la forme d'un organe ou de l'organisme entier s'écarte de la règle, elle ne devient jamais toutà— lait méconnaissable, même dans les cas où l'organisme se trouve défiguré par plusieurs vices simultanés de conformation. Ainsi , l'on n'a pas encore vu le cœur sur le dos , les poumons dans le bas-ventre, le crâne entre les extrémités inférieures , etc. Les organes ne s'écartent donc jamais assez de la règle pour que des parties hétérogènes soient confondues ensemble; par exemple, des nerfs avec des vaisseaux, l'aorte avec l'œsophage, etc. C'est l'un des plus forts argumens contre l'hypothèse qui fait dépendre les monstruosités d'influences mécaniques.

g. Les anomalies légères sont beaucoup plus fréquentes que les anomalies considérables , tant sous le rapport du volume des parties, que sous celui de l'influence que l'anomalie exerce sur les fonctions. Les petites branches et ramifications des vaisseaux varient beaucoup , tandis que les grosses sont plus constantes. Il est bien plus commun de voir l'artère radiale naître de la brachiale dans la région de l'aisselle , ou la vertébrale gauche provenir immédiatement du tronc de l'aorte , que de voir la sous-clavière droite se détacher au-dessous de la gauche, ou l'aorte se partager en trois troncs, soit complètement, soit incomplètement. Les anomalies les plus rares à rencontrer, dans le système sanguin , sont celles qui donnent lieu au mélange du sang pulmonaire avec le sang du corps , et qui portent ainsi atteinte à la santé, la perforation de la cloison du cœur, l'implantation de l'artère pulmonaire sur l'aorte, celle de l'aorte sur le ventricule droit, celle de l'artère pulmonaire sur le ventricule gauche. On peut exprimer cette loi d'une manière générale, en disant qu'une anomalie est d'autant plus fréquente, que la disposition des parties s'écarte moins de l'état normal. Mais, ainsi rendue, elle n'est point exacte; car, par exemple, la perforation de la cloison du cœur est une conformation normale pendant les premiers temps de la vie fœtale , et cependant il est bien plus rare de la rencontrer que les variétés dans la distribution des vaisseaux qui ne sont jamais normales.

B. Le rapport qui lie les vices de conformation à d'autres

conditions situées hors des organes monstrueux eux-mêmes , prouve encore que ces anomalies sont originelles.

a. L'existence simultanée de plusieurs anomalies dans le même organisme. Quoiqu'en général il n'y ait qu'un seul organe qui s'écarte de la règle, circonstance qui se rattache a la loi précédente, cependant il n'est pas rare d'en trouver, dans le même corps, plusieurs qui ont une conformation vicieuse. Alors les anomalies présentent tantôt le même caractère, et tantôt un caractère différent; quelquefois même elles en ont un opposé. Ainsi, dans certains cas, tous les organes imparfaitement symétriques ont éprouvé une inversion; ceux du côté droit se trouvent à gauche, et ceux de gauche sont placés à droite; dans d'autres, plusieurs systèmes sont rendus difformes par un défaut de développement; souvent, et c'est même là le cas le plus ordinaire, quelques parties sont absentes, tandis que d'autres se sont développées outre mesure. Mais il est rare, ou même il n'arrive jamais, que, dans un corps dont la forme générale porte le caractère d'une trop grande activité de la force plastique, on rencontre encore des organes surnuméraires, par exemple, qu'un monstre double porte plus de cinq doigts ou de cinq orteils. Ainsi, généralement parlant, l'activité plastique paraît ne déployer plus d'énergie sur un point qu'aux dépens de celle qu'elle développe sur un autre, et une partie ne reste en arrière que parce qu'une autre prend trop d'accroissement.

b. L'existence simultanée de plusieurs fœtus monstrueux , ou la coexistence d'un semblable fœtus avec un autre bien conforme'. Il n'est pas rare de rencontrer ensemble deux ou trois fœtus qui présentent dans les mêmes organes des vices de conformation semblables, presque toujours dus à un défaut de développement, et il est encore plus commun d'en trouver ensemble deux ou trois qui sont monstrueux par suite d'un défaut considérable de développement, c'est-a-dire en général par défaut. Quelquefois même il règne à cet égard un singulier rapport d'une grossesse à l'autre; le doigt, par exemple , qui manque à un enfant, se trouvant en excès chez celui qui vient ensuite au monde. Celte loi est la même que la précédente, mais appliquée à d'autres objets.

c. L'hérédité des monstruosités de même espèce dans certaines familles. Celte hérédité ne s'éteint même pas par l'union avec d'autres familles, quoiqu'elle saute quelquefois plusieurs générations. Les exemples les plus connus, sous ce rapport, sont les familles à doigts surnuméraires. Mais le bec-de-lièvre, la scission du palais, l'hypospadias, etc. , sont également héréditaires dans certaines familles. Quelquefois c'est moins la monstruosité de tel ou tel organe que la tendance à produire des anomalies qui se transmet ainsi, quoique ordinairement alors le genre d'aberration soit le même. La prédisposition ne s'étend souvent qu'à une seule génération; cependant on peut demander si les cas de cette nature ont été bien observés, et si, lorsqu'une tendance pareille s'est développée dans une génération, elle ne se transmet pas au moins aux suivantes , de même qu'on voit les maladies contagieuses se manifester quelquefois quand les circonstances sont favorables , et se transmettre alors d'individu à individu.

d. L'influence du sexe. On peut poser en principe que les vices de conformation sont plus communs chez la femme. Ce phénomène me paraît se rattacher à la huitième loi , puisque l'organisation de la femme n'est elle-même que le résultat d'une évolution arrêtée à un degré inférieur. De là vient aussi que les vices de conformation absolument opposés dans leur essence sont plus ordinaires chez la femme que chez l'homme. Cependant, il se peut que certains organes fassent exception à cette règle. Ainsi, par exemple, divers vices de conformation du cœur (1) et de la vessie (2) se rencontrent plus fréquemment dans l'homme que dans la femme.

e. L'analogie de la' plupart des vices de coiiformation avec ce qu'on observe chez les animaux. Il n'y a, pour ainsi dire, pas une seule manière dont les organes de l'homme s'écartent de la règle, qui ne conduise à quelque analogie avec les animaux. On pourrait écrire un livre entier sur ce sujet, et des observations exactes multiplieraient à l'infini Je nombre des

(1) Schuler, De morbo cmrutco , Mulildoiï, 1S10, p. 29. (a) Voyez le Mémoire de Duucan sur un vice de cou formation des organes urinaires , dans Edinh. mcd. and sur g. Journal, t. I , p. iTv>.

afeCLES CÉNëIULES DE l'OKRUTlON. 87

faits que nous pouvons déjà invoquer en faveur de cette loi intéressante. Elle se fonde sur cette autre loi , que l'embryon humain parcourt plusieurs formations dans son développement, et que les monstruosités dont l'essence consiste en ce qu'A s'est arrêté à l'un ou à l'autre de ces degrés sont les plus communes, précisément parce qu'elles étaient normales dans les premiers temps de son existence. Cependant certaines anomalies qui n'ont jamais été normales présentent aussi des traits de ressemblance avec l'organisation des animaux; telles sont l'inversion des organes moins symétriques et la plupart des variétés des vaisseaux. Celte loi peut donc se traduire en termes généraux de la manière suivante : tous les organismes ont un même type primitif fondamental, et c'est pour cela qu'ils peuvent se transformer l'un dans l'autre (1).

f. L'apparition spontanée de phénomènes semblables pendant lavie, sans qu'ils soient l'effet d'une lésion extérieure. Les allé rations de texture et les formations nouvelles se développent ordinairement d'une manière spontanée. Combien donc n'esl-il pas probable, d'après cela, et à part même les argumens exposés jusqu'ici, qu'à plus forte raison les monstruosités congédiâtes sont originelles, qu'elles ne dépendent pas d'influences extérieures? Mais il est un vice particulier de conformation qui parle surtout en faveur de cette opinion. Chez plusieurs animaux, notamment de la classe des oiseaux, l'âge efface tellement Ic-

(1) Celte loi a été parfaitement développée par Geoffroy Saint-Hilaire , qui s'est surtout attaché à démontrer que l'organisation des animaux ver libres peut vire ramenée à un type uniforme, c'est-à-dire que chez tous ce sont les mômes matériaux qui , variant de grandeur, de formes et d'usages, selon les besoins de l'animal et le milieu qu il habile, deviennent les pièces constituantes de son organisation. Si leurs formes, lcui grandeur varient , leurs connexions ne changent jamais, leurs rapports sont invariables. Les mêmes matériaux étant donnés et animés par une somme de vie à peu près uniforme dans chaque classe , le développement en plus de l'un ne pourra avoir lieu sans qu'une ou plusieurs parties environnantes n'en souffrent et ne perdent de leurs droits, 'tels sont les principes de la théorie éminemment philosophique que Geollïoy SainttHilaiw a pressentie depuis long-temps et développée ( Philosophie anatoini</itc . ■'S 18) sous le nom de Théorie des analogues. ( Note des traducteurs. )

88 AN A.TOMIE GENERALE.

Tonnes et les mœurs du sexe féminin, quoique les organes génitaux restent les mêmes, que, sous ce rapport, l'oiseau appartient dés lors au sexe masculin. Il est vrai qu'au premier aperçu , ces phénomènes semblent s'élever contre la doctrine des monstruosités originelles, puisqu'ils attestent la possibilité d'une métamorphose totale; mais ils lui sont réellement favorables en ce qu'ils combattent l'opinion qui fait provenir ces mêmes monstruosités de l'influence des causes mécaniques. Il ne me paraît pas hors de toute vraisemblance que des parties originellement bien conformées dans les premières périodes de la vie, prennent ensuite d'elles-mêmes une forme anormale; que, par exemple, des parties simples dans le principe deviennent doubles, au lieu de pouvoir tout au plus acquérir un volume anormal , puisque les organismes inférieurs, avec lesquels l'embryon a tant de ressemblance, ont la faculté non seulement de grossir, mais encore d'augmenter le nombre de leurs parties dans des circonstances qui amènent tout au plus un accroissement de volume chez les animaux supérieurs.

59. Ainsi, presque toutes les aberrations congéniales de la forme normale sont primitives, ou du moins n'ont pas été produites par l'influence de causes mécaniques (1). La classification la plus commode pour l'étude est celle qui les envisage dans leur essence. En effet, il n'est pas impossible qu'en les produisant, l'activité plastique ne diffère que par le degré de ce qu'elle est dans l'état normal , et cette proposition , quoique sans preuves aujourd'hui , n'est au moinspas invraisemblable.

(1) Geoffroy Saint-Hilairc a encore mis celte importante proposition hors de doute { Des monstruosités humaines , Paris, 1822 ). Les monstres lui ont fourni une nouvelle preuve en faveur de la doctrine qui établit l'unité de composition chez les animaux vertébrés. En effet, il a remarqué que le rapetissement ou le développement outre mesure de l'une des pièces constituant l'être à l'état normal annonce la plupart du temps seul ces anomalies, mais que les pièces elles-mêmes sont souvent en nombre égal , et toujours dans les mêmes rapports. Quoique ces observations n'aient été faites que sur les monstruosités de la tète, elles suffisent pour autoriser à conclure , par voie d'induction, que toutes les autres rentreat aussi dans la loi commune, et que leur origine est vraiment dynamique et vitale. ( Note des traducteurs. )

RÈGLES GÉNÉRALES DE FORMATION. 8l)

On peut donc partager les monstres suivant qu'ils pèchent par la quantité ou par la qualité. La première classe comprend, i" les monstres par clé faut , dont l'essence consiste dans un défaut d'énergie (i) ; a" les monstres par excès, dont l'excès d'activité plastique forme le caractère (2). On partage les seconds, i° en ceux qui dépendent de la réunion des caractères des deux sexes dans un même individu, ou les androgj nes (3), et en ceux qu'on ne peut rapporter à aucune des classes précédentes.

A la première classe de la première section se rapportent le défaut, la petitesse et la permanence trop long-temps continuée dans des formes ou des situations depremière jeunesse; à la seconde, la pluralité, le volume excessif, et la précipitation dans le développement. Les objets de la seconde section sont exprimés d'une manière générale parla définition même. Quant à ce qui concerne les classes de la première, il paraît qu'à part les deux premières conditions qui sont communes à tous les organes , la même espèce d'anomalie présente autant de différences , dans chaque organe, que la forme et le développement de ce dernier en offrent dans l'état naturel. Outre les différences relatives à la fréquence des anomalies, que j'ai déjà signalées précédemment, on peut encore remarquer que les organes dans lesquels les monstruosités sont le plus fréquentes à rencontrer sont aussi ceux qui passent par les formes les plus différentes à l'époque de leur développement, parce que cette circonstance multiplie le nombre des formes temporaires auxquelles ils peuvent s'arrêter. Peut-être y a-t-il des organes qui sont plus particulièrement disposés à telle ou telle classe de monstruosités. Ainsi, par exemple, la multiplication anormale s'observe surtout aux membres, tandis qu'il est presque sans

(1) J'ai donné l'histoire complète de ces monstruosités dans le premier volume de mon Handbitch der patholotsisclicn Anatomie.

(2) On trouve l'indication des lois générales et des conditions particulières de ces anomalies dans mon ComtUenlaritm de dupticitalo monsirosà, Halle, i8i5.

(5) Indépendamment de plusieurs traités sur les hermaphrodites , dont quelque» uns, ceux surtout d'Ackermann et de Uurdach, sont excellcns, consultez le second volume de mon Ilandùuch (1er imlholo^ischen Analomic.

exemple que des organes internes ou le tronc seul deviennent multiples. On pourrait donc établir en loi générale que l'exaltation de l'activité plastique se tourne de préférence en dehors, et sa diminution en dedans. Cependant il n'y a qu'une différence en plus ou en moins, car rien n'est moins rare que les monstruosités par défaut dans les parties extérieures.

4o. Les altérations de texture s'étendent à toutes les qualités qui sont le résultat de la composition intime, c'est-à-dire principalement à la couleur, à la densité , au nombre et à la composition des particules qui contribuent à former une partie , enfin à la composition chimique.

La formation d'un tissu différent du tissu normal, soit dans une seule partie, soit dans toutes, constitue l'essence des altérations de texture, envisagées d'une manière générale. Cependant ,

i° Les couleurs anormales sont très souvent accidentelles, et étrangères au tissu qui les présente. C'est ce qui a lieu lorsque, comme dans la jaunisse, la cyanopathie, etc., la couleur de ce tissu est due seulement à l'état morbide d'autres organes, ou quand elle n'a pas son siège en lui-même, mais dans les fluides qu'il contient : alors aussi elle s'efface dès que la maladie qui la causait est guérie. Au contraire , (a couleur est rarement, ou n'est même jamais normale , quand le tissu s'écarte de la règle sous un autre rapport; dans ce cas, elle est plus foncée, plus claire, ou tout-à-fait différente. Généralement elle devient plus claire quand ce n'est pas un développement excessif de vaisseaux qui constitue l'essence de l'altération mox-bide.

2° La densité est tantôt plus considérable et tantôt moindre. Dans le premier cas, les organes sont durs et solides; dans le second, ils sont lâches, mous , fragiles , cassans.

3° Assez ordinairement le tissu qui a éprouvé une altération morbide est moins tranché, plus uniforme; le nombre des vaisseaux est souvent augmenté, souvent aussi diminué, etc.

4° La composition chimique varie également beaucoup. Toi s'applique tout ce que j'ai dit plus haut à l'égard de la composition intime.

Il faut observer, en général, que les organes se compot -

RÈGLES GÉNÉRALES DE FORMATION. Qt

tent de deux manières différentes dans les altérations de texture. Tantôt un organe dont la conformation est régulière se convertit totalement ou partiellement en un tissu anormal ; tantôt il se développe, dans son voisinage, un tissu nouveau et anormal, qui est tout-à-fait différent de l'ancien, et qui le fait disparaître à mesure que lui-môme s'accroît. Cependant cette différence n'est qu'apparente ; car , dans le dernier cas même, le tissu nouveau, étranger à celui dont il a pris la place, n'est qu'une métamorphose d'un autre, ordinairement du tissu muqueux, qui a pris un état anormal.

La condition la plus générale des altérations de texture , la cause la plus générale qui leur donne naissance, est {'inflammation , qu'on peut définir un état dans lequel le sang afflue en plus grande abondance vers un point de l'économie, avec tendance à une formation nouvelle.

Les altérations de texture elles-mêmes sont, ou desrépétitions d'un tissu qui existe déjà régulièrement dans l'état normal, ou des formations tout-à-fait anormales, qui n'existent point dans l'état régulier.

Toutes les parties n<<se répètentpas d'une manière anormale ; cependant presque toutes, et spécialement les plus simples, sont sujettes à cette répétition. Ainsi l'on voit se produire, contre la règle, le tissu cellulaire, contenant alors des fluides de différente nature; le tissu des os, même l'ivoire; celui des cartilages , les fibro-cartilages , le tissu fibreux, la peau , plusieurs portions du tissu épidermoïde, notammentles parties cornées et les poils; le tissu séreux, qui, de même que le cellulaire, contient des fluides divers; le tissu synovial et le tissu muqueux.

Comme les vaisseaux et les nerfs entrent , plus ou moins évidemment, dans la formation de plusieurs de ces tissus, on peut dire qu'ils se reproduisent aussi d'une manière anormale, soit d'ailleurs qu'ils émanent ou non des vaisseaux cl des nerfs anciennement existans.

Il n'y a que la substance musculaire et le tissu glanduleux qui paraissent ne point se reproduire.

Ces répétitions de la formation normale ont lieu principalement dans deux circonstances différentes : tantôt pour ré-

parer une perte de substance, et par conséquent à l'endroit même où l'organe existe dans l'état ordinaire ; tantôt à la suite d'un pur accident, et dans d'autres endroits. Cette différence est purement accidentelle; ce qui le prouve, c'est que les parties qui se reproduisent facilement et parfaitement après avoir été détruites, ou celles qui naissent déjà plus d'une fois dans l'état normal, sont aussi celles qui se développent le plus souvent et le plus complètement, d'une manière anormale, sur d'autres points de l'économie. Ici se rangent le tissu muqueux, les os, les dents, les poils, et surtout le tissu épidermoïde.

Au contraire, la substance médullaire et la substance des glandes ne se régénèrent point.

Les formations nouvelles de cette espèce ressemblent , sous le rapport des caractères les plus essentiels , aux parties qu'elles répètent : leur texture et leur composition chimique sont les mêmes; elles parcourent les mêmes périodes de développement; elles n'exercent une influence nuisible sur la santé et sur la vie qu'à raison des effets mécaniques qu'elles produisent, ou parce qu'elles détournent l'activité plastique des autres organes. Les différences accidentelles qu'on observe dans les parties qui se répètent d'une manière anormale sont une configuration moins parfaite, une composition chimique qui souvent n'est pas complètement identique, et qui a quelquefois une durée moins longue.

Les formations anormales tout-à-fait nouvelles sont beaucoup plus difficiles à classer, parce qu'il n'existe entre elles que des nuances insensibles. En général, elles bnt cela de commun, qu'elles offrent d'abord une solidité supérieure à celle des organes dans lesquels elles se développent , ou qui se convertissent en elles, ce qui amène leur destruction et celle de ces organes, et que, dans toutes les périodes de leur existence, mais particulièrement durant les dernières, elles ont une propension marquée à envahir tout l'organisme.

4*. XL La forme organique présente partout des traces d'harmonie. Il est impossible de méconnaître qu'une intelligence, quels que puissent être ses rapports avec la matière, a réglé la formation des corps organisés. Ce qui l'atteste sur-

*out, ce sont les dispositions purement mécaniques qu'on rencontre sur une foule de points, et la protection plus grande accordée aux organes essentiels à la vie. Parmi les phénomènes du premier genre , nous citerons les valvules établies dans les vaisseaux auxquels manque un puissant moyen immédiat d'impulsion , tels que les veines et les lymphatiques ; là multiplicité de ces replis, soit dans les points où le frottement est le plus fort, comme dans les petites veines et les vaisseaux lymphatiques en général, soit dans ceux où il n'y a pas la moindre impulsion mécanique, comme dans le système lymphatique. Au contraire, les valvules" manquent dans les veines lorsque des troncs différens viennent à s'anastomoser ensemble. On trouve aussi , dans d'autres régions du système vasculaire, à la base de l'aorte et de l'artère pulmonaire, entre les ventricules et les oreillettes, des valvules qui s'opposent au reflux du sang. Une disposition semblable se rencontre également la où des parties d'une même cavité, dans lesquelles s'exécutent des fonctions distinctes, doivent être séparées l'une de l'autre, par exemple, à la jonction de l'estomac avec l'intestin grêle, à celle de ce dernier avec le gros intestin, etc.

Quant aux phénomènes du second genre, on voit que les organes les plus essentiels à la vie, le cerveau et la moelle épinière sont renfermés, en totalité ou du moins en grande partie, dans des cavités osseuses, le crâne , la colonne vertébrale et la poitrine, qui sont aussi particulièrement remarquables en raison de leur forme circulaire. De même les veines sont situées moins profondément que les artères.

La duplicité de la plupart des organes mérite aussi d'être citée sous ce point de vue, puisqu'elle permet à la fonction de persister, lors même qu'un organe ou la moitié d'un organe est détruit. Alors on voit tantôt l'organe restant augmenter de volume, ce qui arrive, par exemple, aux reins, tantôt la portion intacte redoubler seulement d'activité, comme au cerveau, au poumon, quoiqu'à la vérité une moitié ne soit jamais parfaitement remplacée par l'autre.

La texture et la forme extérieure de tous les organes paraissent en harmonie avec le but final de l'organisme , puisque la plupart des aberrations suspendent aussitôt les fonctions.

94 ANA.TOMIE GÉNÉRALE.

42. Chaque organe a sa fonction propre. Cependant il y a certaines conditions à l'égard desquelles les fonctions de quelques organes s'accordent mieux ensemble qu'a l'égard des autres. C'est Ià-desssu que repose la classification des fonctions. La première division, la plus générale, est celle qui partage les actions organiques en fonctions qui se rattachent à la conscience, à la vie spirituelle, qui mettent l'esprit en rapport avec le monde extérieur, les fonctions animales proprement dites , et en celles qui sont immédiatement relatives à la vie matérielle, à la conservation de la substance, qui s'accomplissent sans conscience, les fonctions nutritives. Ces fonctions forment, par leur réunion , les premières, la vie animale, et les autres la vie végétative , organique , automatique , division sur laquelle Buffon , Grimaud et Bichat ont appelé l'attention des physiologistes. Ce dernier assignait aux deux vies, et entre autres à la forme de leurs organes , des caractères particuliers, qui ont été adoptés dans des ouvrages modernes (1) , et qui se réduisent aux suivans.

1" Les organes de la vie animale sont symétriques , ceux de la vie organique ne le sont pas. A la première classe se ' rapportent le cerveau et la moelle épinière, avec leurs nerfs et appendices, ou le système nerveux de la vie animale, le système musculaire, le système osseux et l'organe vocal. La seconde comprend le système vasculaire, le nerf grand sympathique, l'appareil digestif, l'appareil respiratoire et celui des voies urinaires. Cette différence s'exprime jusque dans les aberrations de l'état normal, qui envahissent les deux côtés à la fois dans le premier cas, et qui n'existent que d'un seul côté dans le second.

Depuis, on a voulu établir, entre les divers systèmes de la vie animale des différences fondées sur le plus ou moins de perfection de la symétrie, et naguère encore on a prétendu que le système nerveux l'emportait sur tous les autres à cet égard (2).

2° Les organes de la vie animale sont construits d'après un

(1) Sprengel, 7ns/. mcd. , 1. 1, p. 197-198.

(2) lîartels, Physiologie, Frcyberg, 1S09, p. ai,

type plus constant que ceux de la vie organique. Ici les anomalies sont aussi fréquentes qu'elles sont rares là.

3° L'influence réciproque de la forme et de l'activité des organes est tout-à-fait différente dans les deux vies. Une anomalie dans la forme d'un organe de la vie animale trouble instantanément sa l'onction , tandis que les aberrations les plus considérables dans celle d'un organe de la vie organique n'entraînent pas de conséquences Tricheuses. La régularité des deux moitiés des organes de la vie animale est surtout nécessaire pour que leurs fondions se fassent régulièrement, car toute altération de l'une d'elles est suivie sur-le-champ d'un trouble dans la fonction du tout. Au contraire , une partie d'un organe de la vie organique peut être malade sans inconvénient pour la fonction , attendu que l'autre portion prend sa place. D'un autre côté la symétrie fait qu'une moitié d'un organe de la vie animale peut tomber malade tandis que l'autre persiste dans un parfait état de santé , au lieu que les maladies d'une moitié d'un organe de la vie organique dérangent la fonction du tout.

Quoique ces caractères soient jusqu'à un certain point exacts, ils ont le défaut d'être trop généraux. Il est vrai, et la remarque en a déjà été faite (§ a5), que les organes de la vie animale sont disposés d'une manière plus symétrique et plus constante que ceux de la vie organique. Mais il n'y a, sous ce rapport, qu'une différence du plus au moins, et non pas un contraste direct. Les organes de la vie animale ne sont point non plus tout-à-fait symétriques , et lorsqu'on invoque les divers moyens énumérés précédemment, la symétrie des organes de la vie organique semble encore plus parfaite. Cette différence n'a surtout pas une valeur générale, puisque Panatomie comparée démontre qu'elle ne s'observe point dans la grande majorité des animaux , car, chez la plupart d'entre eux, les organes de la vie organique ne sont pas moins symétriques que ceux de la vie animale, quoique Bichat paraisse admettre le contraire. D'ailleurs , même chez l'homme, le système générateur est disposé avec autant de symétrie qu'aucun système de la vie animale, et cependant il n appartient qu'à la vie organique. Bichat le sépare, à la vérité, des organes attribués à cette dernière, en disant qu'il n'a point rapport à l'individu; mais il se trompe, puisque l'essence

do la fonction que remplit ce système correspond parfaitement à celle des autres organes de la vie animale. Il est faux que les anomalies des organes de la vie animale existent des deux côtés à la fois, et que ceux de la vie organique se rencontrent d'un coté seulement. J'ai presque toujours trouvé les variétés dans la distribution des vaisseaux des men.' res supérieurs, des reins, etc., sur les deux côtés en même temps, tandis que les anomalies des muscles et des os ne se sont fréquemment offertes à moi que d'un seul côté. Il est absolument faux que le système osseux soit plus symétrique que ne le sont les autres systèmes de la vie animale. Ce même système démontre aussi la trop grande généralité de la proposition suivant laquelle le type de formation est ici plus constant que dans les organes de la vie organique , puisqu'on rencontre des variétés de forme dans les os, aussi souvent au moins que dans le système vasculaire. Au reste, la fréquence plus grande des anomalies dans les organes de la vie organique tient au nombre plus considérable de degrés d'évolution qu'ils parcourent. Lorsque ces degrés sont nombreux, comme cela arrive dans le système osseux, et notamment dans quelques unes de ses parties, les aberrations" de la forme normale sont aussi très fréquentes.

La troisième proposition surtout est beaucoup trop générale. Tout ce qu'elle contient de vrai, c'est que les anomalies dans la forme d'un organe influent sur sa fonction, quand sa disposition mécanique prend part à cette dernière. Il est indifférent que les reins soient lobuleux ou non, confondus ou séparés, que l'estomac, le cœur, se trouvent à droite ou à gauche, etc.; mais quand les reins sont trop petits, ou qu'un rein manque, quand les uretères sont oblitérés, quand l'estomac est étranglé dans son milieu, quand les valvules manquent, on sont adhérentes, quand il n'y a qu'un seul ventricule, au lieu de deux, quand l'aorte naît de ces deux cavités ù la fois , etc. , il résulte certainement de là des troubles plus considérables que quand le cerveau est oblique, quand un côté du crâne présente des oswormiens, ou quand un muscle s'attache à quelques côtes de plus que de coutume.

Cette prétendue différence n'a donc aucun fondement , et tant par cette raison que parce que la duplicité a été confondue avec

la symétrie, les propositions rassemblées par Bichat dans sa troisième loi se contredisent absolument. La disposition normale des deux moitiés d'un organe de la vie animale n'est nécessaire que quand, par leur structure et leurs rapports avec les objets extérieurs, elles forment un organe unique, et que la forme extérieure prend part à la fonction, comme il arrive, par exemple, dans les organes des sens. Lorsque ce cas n'a pas lieu , l'anomalie d'une des moitiés n'exerce aucune influence fâcheuse , parce que celle qui n'est pas frappée de difformité la remplace. La maladie d'une moitié d'un organe de la Yie organique ne porte pas toujours le trouble dans la fonction du tout : lorsqu'un rein est atteint de'dégénérescence . l'autre augmente de volume. La maladie d'un organe de la vie organique affecte bien la fonction des autres, mais seulement alors que ces différens organes sont des parties d'un tout ; ainsi une maladie du foie trouble la digestion , parce que le foie fait partie de l'appareil digestif.

43. Occupons-nous maintenant des conditions générales de la composition chimique, et des actions de l'organisme humain.

44- Le corps humain , comme tous les corps organisés, est composé de matériaux chimiques prochains et éloignés, de même qu'il contient des parties prochaines et éloignées de la forme.

Parmi les matériaux éloignés, aucun ne lui appartient en propre ; tous se rencontrent aussi dans l'organisme général. Il contient, au contraire, quelques-uns des élémens qu'on trouve dans la nature entière, mais non pas tous.

La réunion de plusieurs matériaux éloignés donne naissance aux matériaux immédiats, qui appartiennent en propre aux corps organisés. On trouve surtout de Poxigène, de l'hydrogène, du carbone, de l'azote et du phosphore dans presque tous les matériaux immédiats. La prédominance de l'un ou de l'autre de ces principes contient la raison des particularités qui distinguent les matériaux entre eux, de même que celle de l'azote et du phosphore forme le caractère de la composition chimique des animaux, par conséquent aussi de l'homme. Parmi ces matériaux immédiats , quelques uns sont plus gênéh 7

<j8 ANATOMIE GÉNÉlïALE.

ralement répandus , et concourent à la formation d'un plus grand nombre de parties solides et fluides que d'autres qu'on ne rencontre que sur certains points.

Les plus généralement répandus sont Y albumine , Xajîbrine, la gélatine , le mucus, qui se rapproche beaucoup de la gélatine, et qu'on a long-temps confondu avec elle, la graisse et plusieurs sels, qui se rencontrent aussi hors du corps organique. La fibrine, la gélatine et l'albumine ne sont que des modifications d'une seule et même substance : on peut les convertir l'une dans l'autre par l'art, de même que les formes les plus variées se laissent réduire , en dernière analyse, à un certain nombre de termes plus simples (§ 5).

Les matériaux immédiats généralement répandus sont, à l'exception de la gélatine, contenus dans le fluide nutritif commun , le sang. Ce dernier se compose de globules et d'un fluide coagulable, qui consiste lui-même en sérum et en fibrine, premiers élémens de la forme.

La graisse est une substance généralemeut répandue , mais qui n'entre pas dans la composition des organes , et ne fait que les envelopper.

Quant aux principes immédiats qu'on ne trouve que dans certains points , ce sont ou des acides et des sels, ou d'autres composés qui apparaissent principalement dans les produits des sécrétions, auxquels ils impriment leur caractère particulier.

Ces principes immédiats concourent, dans des proportions variées, à la formation des divers organes et des divers fluides, et l'on peut les considérer, même sous le rapport chimique, comme les élémens les plus prochains de l'organisme.

Tous les mélanges organiques , à un fort petit nombre d'exceptions près, se font d'une manière contraire aux lois ordinaires de l'affinité; aussi se réduisent-ils plus ou moins promptement, après la mort, en d'autres composés qui obéissent à ces dernières lois , et qui diffèrent principalement d'eux parce qu'ils contiennent moins d'élémens , parce qu'ils sont plus simples.

Quoique les parties solides et fluides diffèrent les unes des autres par la prédominance d'un principe immédiat qui leur

apparlientplus ou moinsen propre, etque celteparticularitédépende à son tour de la prédominance d'un principe médiat, on peut cependant les partager toutes, plus ou moins facilement, en deux classes, qui sont opposéesl'une à l'autre, sousce rapport que l'acide libre prédomine dans la première, et l'alcali libre dans la seconde , contraste que l'influence de l'électricité développe aussi dans les fluides hétérogènes (i)<

45. Les organismes sont doués de forces mortes et vivantes, qui diffèrent les unes des autres en ce que les dernières ne leur appartiennent que pendant un certain laps de temps appelé vie , durant lequel seulement on peut les considérer comme des corps jouissant d'une existence à part. Cependant les forces mortes elles-mêmes varient beaucoup dans l'état de vie et après la mort, car elles dépendent de la formé et de la composition des parties, en sorte que le changement que la mort apporte dans cette forme et cette composition doit nécessairement aussi amener d'autres phénomènes.

Les forces vivantes des corps organisés peuvent être rapportées à trois, d'après les divers phénomènes qu'elles produisent: la productivité, ou force plastique, la molilité et la sensibilité.

Tous les phénomènes auxquels ces forces donnent naissance peuvent également se réduire, d'après la différence du principe qui en fait la base, à deux classes, les matériels et les intellectuels; car on aperçoit des changemens de substance clans les phénomènes de formation et de mouvement, tandis qu'on n'en voit pas dans ceux de sensation.

L'essence des phénomènes de formation consiste dans laproduction d'une substance particulière , formée aux dépens d'une autre , qui ne lui ressemble pas. La force plastique se manifeste en conservant l'état normal, ou en y ramenant

(1) Otitre les ouvrages généraux de Thomson et Thénard , on peut consulter, sur la chimie animale, J.-J. Berzclius, Foèrelucsningar i Djurhcmien , Stockholm, 18021806, 2 vol. — Id. , Vcberblkk itbcr die Zusammcnsctiung tter lliierischcn FtûssigkcUen , Nuremberg, i8i/|. — Id., l'ebersicht der Fortschritte und des gcgcnvoacrligcn Zustandcsder iliicrischon Chrmie , Nuremberg, i8i5. — J.-F. John , Chcmischc Tabcllcn ttéi Thiefreich», Berlin, i8i/(.

l'étal anormal. Si l'état anormal est tellement ramené à l'état normal qu'une partie nouvelle se forme à la place de celle qui a été détruite , ce phénomène s'appelle régénération ou reproduction, de même que la conservation de l'état normal de l'espèce, par la formation d'une nouvelle créature, se nomme génération. La substance avec laquelle toutes les formations nouvelles sont produites, est le fluide nourricier commun, le sang, qui provient lui-même de substances hétérogènes, en vertu des mêmes lois d'après lesquelles tous les produits organiques sont tirés de lui. La quantité du fluide nourricier général augmente donc, d'une manière locale ou générale, pour que chaque nouvelle formation s'effectue, et l'on peut donner le nom générique d' inflammation à cet état.

L'essence des phénomènes de mouvement consiste en un changement alternatif dans le degré de cohésion et dans la forme, qui, augmentant le volume dans un sens , s'opère aux dépens de ce même volume dans une autre direction. Lorsqu'une partie douée de celte faculté se contracte et se raccourcit, elle se gonflé beaucoup et devient plus épaisse. Quand elle s'alonge, elle devient en même temps plus mince. Mais, dans le premier de ces deux états, elle est aussi beaucoup plus dure que dans le second ; et, soit en raison de cette circonstance, soit parce que le premier état est la suite immédiate d'une irritation qui agit sur la partie, on le désigne sous le nom d'état actif de l'organe susceptible d'exécuter des mouvemens. Ce qu'il y a de certain, c'est que, quoique le volume et la masse soient les mêmes dans les deux cas, cependant l'essence des deux étals est tout-a-fait différente, lors même qu'il ne s'opérerait aucune modification dans la composition chimique de la partie, et que la différence consisterait seulement dans un changement de cohésion.

Cette molililé vitale diffère beaucoup des forces mortes analogues, en particulier de l'élasticité , quoiqu'elle ait quelques traits d'analogie avec elles. Il ne faut pas non plus la confondre avec V extensibilité et la contractililé de tissu admises par Bichat, qui les représente comme les principes de phénomènes particuliers , lesquels sont ou des phénomènes de formation, ou de simples phénomènes d'élasticité.

nÈGLES GÉNÉRALES DE FORMATION. 101

Les phénomènes de mouvement ont encore été classés, soit d'après la manière dont le mouvement se manifeste, soit d'après le rapport qui existe entre lui et la cause d'où il dépend. Ainsi, on les a distingués en volontaires et involontaires, ou en animaux, qu'on a regardés comme n'appartenant qu'aux seuls animaux, et en organiques. Ces derniers l'ont été à leur tour en sensibles et insensibles. Mais si la première classification, fondée sur le rapport du phénomène à sa cause éloignée, est bonne, la seconde ne l'est pas, puisque la motilité organique insensible ne repose que sur des phénomènes qui s'effectuent vraisemblablement d'une toute autre manière.

La sensibilité' est la faculté de recevoir des impressions et de les propager. Elle appartient au système nerveux. Ce dernier doit être considéré comme l'organe du principe intérieur, on V organe de Vàrne, puisque c'est dans une de ses parties que le principe spirituel éprouve, a la suite des impressions reçues à son extrémité périphérique, les changemens spontanés qui sont ensuite transmis aux autres organes par la portion purement conductrice du système.

Comme tous les nerfs ne propagentpasles impressions qu'ils reçoivent jusqu'à la partie du système nerveux dans laquelle s'opèrent les changemens corrélatifs aux phénomènes intellectuels, ou qui en sont la cause immédiate, comme, d'un autre côté, tous les changemens intellectuels ne se transmettent pas aux mêmes organes, on peut distinguer la sensibilité en animale et organique, et quoique cette différence n'ait proprement trait qu'aux nerfs, l'étendre aux organes eux-mêmes, de manière qu'on assigne la première à certains d'entre eux, et la seconde à certains autres. Cependant il est permis de demander si, pour établir cette distinction, on n'a pas donné trop d'extension à l'idée de sensibilité, ou si on ne l'a pas confondue à tort avec celle de réceptivité en général. Alors il n'y aurait que ta sensibilité animale qu'on pourrait continuer d'appeler sensibilité, en déclarant insensibles toutes loe parties qui n'en sont pas douées. Les phénomènes qu'on allègue à l'appui de l'hypothèse d'une sensibilité organique, apparente ou non, ne prouvent nullement sa réa-

lité, de même que, d'un autre côté, beaucoup de ceux qu'on assure démontrer l'existence d'une prétendue sensibilité purement organique, dans certaines parties, ne suffisent pas pour justiûer l'admission de cette autre hypothèse.

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