La téte, ou l'extrémité supérieure et renflée du tronc
ost en général arrondie. Elle n'est pas susceptible de changer de l'orme dans la plus grande partie de son étendue, parce qu'elle a pour base une charpente osseuse dont toutes les pièces, à l'exception de la mâchoire inférieure , sont articulées à demeure les unes avec les autres. On la partage très naturellement en deux parties, le crâne et Isa face, composées, la première, du cerveau, des parois de la cavité qui le renferme et de l'organe de l'ouïe; la seconde, des organes delà vue, de l'odorat, du goût et de la mastication.
Le crâne ( cranium), qui occupe la partie supérieure et postérieure de la tête, est arrondi. La face (faciès), située en bas et au-devant, a une forme irrégulièrement quadrilatère. Le crâne est toujours beaucoup plus volumineux que cette dernière.
On distingue au crâne une partie inférieure , ou base (basis) , deux faces latérales , divisées elles-mêmes en région antérieure, ou temporale (regio temporalis , tempo ra), et région postérieure, ou auriculaire (regio auricularis) ; une face antérieure, comprenant une région antérieure, le front (regio frontalis), dont la partie moyenne et inférieure porte le nom de glabelle (glabella) , et une région supérieure, ou sincipitale , ou sinciput (regio sincipitalis , s. sinciput) ; enfin une face supérieure, sommet de la tête et de tout le corps, qu'on appelle vertex (vertex), et une postérieure, nommée occyifafe, ou occiput (regio occipitalis , s. occiput).
La face se partage en région nasale (regio nasalis), région orale (regio oralis) et région mentonnière , ou menton ( mentum), qui sont situées, l'une au-dessus de l'autre , sur la ligne médiane, et en deux autres régions latérales, dont les supérieures, appelées jugales (gena , regio jugalis), comprennent presque toute la largeur de la face, avec la saillie produite par les os jugaux, tandis que les inférieures, placées aux deux côtés de la bouche, et appelées buccales (regio buccalis), forment les parois de la cavité buccale (cavum oris).
Les trois grandes excavations du corps, le crâne, la poitrine et le bas-ventre , sont aussi désignées sous le nom commun de ventres , ou cavités splanchniques (cava , s. ventres). Chacune est le siège d'un ou de plusieurs des organes les plus essen-
556 anàtomie spécule.
tiels pour la conservation de l'individu ou de l'espèce. L'abdomen contient les principaux viscères de l'appareil digestif; dans l'intérieur, et à la circonférence de sa partie inférieure, le bassin, on trouve aussi les organes génitaux. La poitrine logo le cœur et les organes respiratoires; le cou, l'appareil vocal; et la tête , le cerveau , avec les organes des sens les plus nobles.
465. Les membres (membra) sont distingués en supérieurs et inférieurs , ou -pectoraux , thoraciques , abdominaux et pelviens. Us ont une forme alongée , et sont composés de plusieurs sections, mobiles lesunes sur lesautres, qui se succèdent dans le sens de la longueur, à partir du tronc, et s'articulent sur ce dernier de manière à pouvoir exécuter des mouvemens, tant dans leur totalité que dans leurs diverses parties. Ils sont formés essentiellement d'os, qui en occupent le centre; de muscles et de tendons, dontla plupart couvrent et assujettissent les pièces osseuses; de ligamens fibreux et synoviaux, qui unissent ensemble ces dernières; de nerfs , de vaisseaux, de peau qui couvre toutes ces parties, et de tissu cellulaire, qui à la fois les unit toutes ensemble et les isole toutes les unes des autres. Les sections dont les membres se composent deviennent de plus en plus petites et faibles à mesure qu'on s'éloigne du tronc; mais tous les systèmes qui concourent à leur formation se compliquent dans la même proportion, de sorte que les mouvemens se multiplient aussi beaucoup. D'ailleurs les membres supérieurs et inférieurs se correspondent parfaitement, non seulement quant au nombre et au volume de leurs divisions, mais encorequant a la distribution générale des divers systèmes.
Les divisions desmembres supérieurs sont, à partir du tronc : Vaisselle (axilla), dontla partie inférieure , qui est enfoncée, porte le nom de fosse axïllaire (fossa axillaris), le bras (brachium) , le coude ( cubitus) , Y avant-bras (antibrachium) , et la main (manus). Cette dernière elle-même se partage en trois parties : la supérieure , qui est la plus courte, s'appelle carpe (carpus); la moyenne porte le nom de métacarpe ( metacarpus), et l'antérieure, qui est la plus longue, se compose des doigts (digiti). Chaque doigt contient trois autres divisions, nommées phalanges (phalanges) , à l'exception du ponce (pollex), qui n'en a que deux.
On distingue au bras quatre faces, l'externe (regio s. faciès externa , s. extensoria) , V interne (regio s. faciès interna , s.jlexoria), l'antérieure (regio s. faciès anterior , s. abduc~ toria), et la postérieure [regio s. faciès posterior, s. adductoria); deux seulement à l'avant-bras, l'externe et l'interne; quatre à la main, l'antérieure ou radiale (margo anterior, s. radialis), la postérieure ou cubitale (margo anterior, s. cubitalis), l'externe ou supérieure , appelée dos de la main (faciès externa , s. superior , s. dorsum), et l'interne ou inférieure, nommée paume de la main (faciès externa, s. inferior , s. vola ).
Les divisions des membres inférieurs sont : la cuisse (femur), le genou (genu), dont la face postérieure porte le nom de fosse poplitée (poples , s.fossa genu ) ; la. jambe (crus ), dont la partie postérieure et supérieure, qui est charnue, s'appelle mollet (sura); le pied (pes), subdivisé en tarse (tarsus), métatarse (metatarsus), et orteils ( digiti pedis ) : ces derniers sont composés de phalanges disposées de la même manière que celles des doigts.
La solidité et la force font le caractère des membres inférieurs, la souplesse et la mobilité celui des supérieurs. Les premiers servent à porter et mouvoir le corps, les autres à saisir et palper les objets extérieurs. Les membres pelviens sont en général beaucoup plus volumineux que les pectoraux; cependantquelques unes de leurs parties, telles que les orteils, sont plus petites et moins développées que les doigts.
466. La configuration du corps offre des différences remarquables aux diverses époques de la vie, sous le rapport de la forme et du volume des parties qui le composent (1).
Dans le principe, les faces antérieure et postérieure du corps sont fendues longitudinalement sur la ligne médiane.
Chez l'homme qui a pris tout son développement, la longueur de la tête est le septième de celle du corps entier, mesuré depuis le vertex jusqu'aux orteils , et l'espace compris
(1) Sur les proportions du squelette de l'homme, examine depuis l'âge le plus tendre jusqu'à celui de vingt ans , soixante et au-delà ; dans Métn. présentis, t. II , p. 572.
558 ANAT0M1E Sl'ÉCIALE.
entre les bras étendus égale à peu près cette dernière longueur. Mais, dans les commencemens , !a tête n'est point distincte du reste du corps; elle acquiert ensuite un surcroît de volume très considérable. Le cou n'est pas séparé du tronc. On n'aperçoit d'abord aucun vestige des membres. Ceux-ci ne paraissent que dans le cours de la sixième semaine, sous la forme de petits moignons pointus, dont les supérieurs sont plus gros que les inférieurs. Chez l'adulte, les membres pelviens sont plus longs que les thoraciques, de quelques pouces; mais, dans le fœtus, les pectoraux ont plus de longueur jusqu'au huitième mois, de sorte que le défaut de proportion diminue peu à peu. Jusqu'à cinq ans , les quatre membres ont à peu près la même longueur; mais, à cette époque, les inférieurs s'alongent par degrés , de sorte qu'après l'entier développement leur longueur égale celle de la tête et du tronc réunis.
En général toute la moitié inférieure du corps est beaucoup plus petite, en proportion de la supérieure, dans les premiers temps de la vie que chez l'adulte.
L'abdomen fait une saillie considérable, tant a cause du grand développement du foie, qu'à raison de la petitesse du bassin, qui ne permet pas à la vessie et aux organes génitaux internes delà femme de descendre dans la cavité pelvienne.
Cependant la portion lombaire offre alors une longueur proportionnelle bien plus considérable que chez l'adulte, ce qui tient sans doute au volume excessif du foie, ainsi qu'au peu de développement des organes respiratoires et de la cavité pectorale, qui n'est pas seulement moins haute, mais encore beaucoup plus plate.
Les principales différences relatives aux sexe>;« sont (1) , indépendamment de celles que j'ai déjà fait connaître, le volume considérable du crâne par rapport à la face, et de la tête par rapport au reste du corps , l'ampleur bien moins grande de la cavité pectorale, la largeur plus uuiforme de la cavité abdominale dans toute sa hauteur, chez la femme , tandis
(i) Ackermann, Dç discrimine sexutim prœtcr gcnilatla, Mayence, î-SS.
CONSIDÉRATIONS SUR LE COUPS HUMAIN EN CENÉnAl. 55q
qu'elle est plus étroite supérieurement et plus large inférieurement chez l'homme ; sa longueur plus considérable, et enfln la capacité, bien plus grande dans tous les sens, du bassin de la femme. Il résulte de là que, quand l'homme se couche sur le dos, la face antérieure de sa poitrine fait une forte saillie au-dessus de la symphyse pubienne, ce qui n'a pas lieu chez la femme.
467. Telle est la forme' normale du corps humain. Mais elle présente de nombreuses anomalies , parmi lesquelles je ne ferai qu:indiquer brièvement celles qui sont primitives.
i° Anomalies relatives à la quantité.
A. Développement incomplet. Le plus haut degré de cette anomalie estle non développement d'uue plus ou moins grande partie de la moitié supérieure du corps, qui constitue Yacéphalie [acephalia) (1). Cette monstruosité est susceptible d'un nombre infini de degrés, depuis l'existence d'un seul membre inférieur jusqu'à un très léger vice de conformation des os du crâne, d'où résulte l'occlusion incomplète de la cavité crânienne. On la distingue en ace'phalie vraie [acephalia vera) et ace'phalie fausse [acephalia spuria); mais cette dernière devrait être appelée simplement acranie , anence'phalie. De même aussi il manque plus que la tête dans l'acéphalie vraie. A l'opposé du développement incomplet du crâne se trouve celui de la face , qui a pour caractère principal la simplification, c'est-à-dire, la fusion des deux yeux ou des deux moitiés du nez , la petitesse et l'absence de la mâchoire inférieure.
Le contraire de ce développement incomplet de la moitié
(i) Mappus , De acephalis. — Meckel , Bcylrâge zur vcrgleichcndcn Anatomie, 1808, t. I, cah. 11. — Id., Pathologischc Anatomie , 1812, t. I, ch. m et iv. — Tiedcmann, Anatomie der hopfloscn Missgcburten , Landshut , i8i4- — P. Hostecks , Dtss. de monsirosilatum origine , Berlin ,
1819. — Feiler, Ucber angeborne mcnscliticlic Missbildungen , Léipsick,
1820. — Geoffroy Saint-IIilairc , Philosophie analomiquc ; monstruosités humaines. Paris , 1823. — Serres , Essai d'une théorie analomique des monstruosités animales ; dans Bulletin de la soc. mcd.d'Em. , septembre ,
1821. — Dugès , Considérations sur les causes et les différences des monstruosités du crâne et du rachis chez le fœtus ; dans Revue médicale , T. x . p. 553.
56û ANATOMIE SPÉCIALE.
supérieure du corps est celui de la moitié inférieure , caractérisé par la réunion des deux jambes en une seule, placée sur la ligne médiane, et dans le même temps retournée sur ellemême , de manière que sa face antérieure soit devenue postérieure, et la postérieure antérieure.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que le développement incomplet de la moitié inférieure du corps n'arrive jamais à un degré aussi considérable que celui de la supérieure, ce qui tient probablement aux lois de l'organogénésie , car, chez, les oiseaux du moins, le tronc paraît se former de bas en haut.
Le développement incomplet des faces antérieure et postérieure du corps s'exprime par la non réunion des deux moitiés latérales , par la formation incomplète des cavités , par des scissions; à la tête, par la scission du crâne dans la fausse acéphalie , et par les divers degrés de non réunion des deux moitiés du palais; au tronc, en arrière par le spinabifida, et en devant par la scission de la poitrine et du bas-ventre, qui a pour résultat la procidence de différens viscères. L'essence de ces scissions consiste en ce que la partie demeure stationnaire à quelqu'un des degrés qu'elle parcourt dans son évolution successive Cependant nul phénomène n'autorise à admettre, comme le pense Tiedemann (1) , qu'elles reconnaissent pour cause le non développement de. vaisseaux qui, dans l'état normal, se réunissent sur la ligne médiane. Il est bien plus exact de considérer les vices de conformation de toutes les parties situées dans l'endroit de la scission comme les effets communs d'une seule et même cause. Je passe ici sous silence les scissions dans quelques organes en particulier qui coïncident avec ces monstruosités.
Le développement incomplet des membres, qui présente tant de degrés, est l'expression de celui des deux côtés du corps. Quelquefois les membres manquent tous et tout-à-fait: d'autres fois, il n'y en a qu'un seul qui manque, en totalité ou en partie; souvent enfin ils ne présentent que quelque défaut de développement.
f i) Anatomie dcr kopflosen Missgcburlen, p. io5.
468. B. Le contraire du développement incomplet des organes est leur multiplication anormale. Ce vicede conformation offre un nombre prodigieux de variétés. La principale se rapporte au mode d'union des parties surnuméraires avec les autres, qui permet de partager la multiplication anormale en ordinaire et en générique. Dans la première, les orgaues surnuméraires sont unis aux autres de la môme manière que ces derniers le sont ensemble. Dans la seconde, ils le sont de la même manière que le fœtus l'est avec l'organisme maternel.
Les principales circonstances de la multiplication ordinaire sont :
i° Le degré de la multiplication varie sous le rapport tant du nombre que du développement des parties.
a. La multiplication des parties surpasse rarement, ou même ne surpasse jamais l'état normal du double, de sorte qu'on peut lui donner aussi le nom de duplication.
jfi. La duplication s'étend plus souvent à une petite partie du corps qu'à une plus étendue, car les organes peu volumineux sont plus souvent doubles que ceux d'un grand volume. Il est plus commun de trouver des doigts surnuméraires qu'un membre tout entier, un tronc ou une tête.
y. La partie surnuméraire est souvent au-dessous de l'état normal à l'égard de la grandeur et du nombre de celles dont elle se compose. Les doigts surnuméraires ne sont souvent que des appendices cutanés remplis de chairs; leurs os, que de simples apophyses d'un os normal, etc. Cependant la multiplication s'étend plus fréquemment à toute une région qu'à un seul système. Si le nombre des vertèbres se trouve augmenté d'une , il en arrive autant aux nerfs, aux vaisseaux et aux digitations musculaires de la même région.
20 II arrive plus souvent de rencontrer les parties extérieures doubles , que de voir les intérieures ou centrales offrir le même vice de conformation sans qu'il s'en présente un semblable à l'extérieur. C'est ainsi qu'on trouve plus fréquemment des doigts que des vertèbres surnuméraires : les premiers existent même souvent sans augmentation dans le nombre des parties correspondantes du métacarpe, du métatarse, du tarse et du carpe, tandis que le contraire n'a jamais lien. De même il n'est 1. 7)6
56a AN ATOSIlli GKNÉlULE.
pas rare de trouver plus de deux mamelles, tandis que la multiplication des viscères intérieurs est un cas fort extraordinaire.
5° Les parties qui sont déjà multiples dans l'état normal se multiplient bien plus fréquemment d'une manière anormale que celles qui sont simples ou tout au plus doubles. Il est bien plus commun, par exemple, de trouver des dents, des doigts ou des orteils, que d'autres parties, surnuméraires.
4° Les parties très composées se présentent moins souvent doubles que celles dont la structure ne l'est pas beaucoup.
5° La multiplication sur un point est ordinairement accompagnée d'une restriction dans le nombre ou le développement sur un autre point.
6° La multiplication du corps entier a lieu dans le sens de l'épaisseur , en devant ou en arrière ; dans celui de la longueur, en bas ou en haut; dans celui de la largeur, à droite ou à gauche.
/j(ig. a. Altérations relatives à la qualité. Des deux classes d'anomalies que cette section comprend, la première se rapporte à la configuration , ou à la situation, ou à toutes deux en même temps.
a. La configuration anormale s'exprime principalement par la division de parties simples clans l'état normal , et la réunion de parties qui sont ordinairement séparées. Le système vasculaire, le système osseux et la rate fournissent surtout des exemples du premier genre; les deux premiers systèmes et les reins en donnent du second.
(3. La situation anormale seule est rarement primitive , dans le sens qu'on doit y attacher ici , quoiqu'on la rencontre souvent lorsqu'elle résulte d'un retardement de développement. Cependant on trouve quelquefois une portion plus ou moins considérable du canal intestinal dans la poitrine, les reins situés beaucoup plus bas qu'à l'ordinaire , le cœur trop bas , quelquefois même , quoique fort rarement, dans l'abdomen, etc.
y. On doit considérer comme une réunion d'anomalies dans la situation et la configuration , l'inversion des parties , puisque non seulement on trouve à gauche celles qui sont à droite dans
CONSIDÉRATIONS SUR Llî CORPS HUMAIN EN GÉNÉRAL. f>(>3
l'état normal, et vice versa, mais encore qu'elles sont formées entièrement d'après un type opposé. Cette inversion. latérale offre également plusieurs degrés fort différens. L'inversion de devant en arrière se rapproche de celle d'un côté à l'autre; son plus haut degré a lieu quand la moitié supérieure du corps se trouve tournée en devant et l'inférieure en arrière. L'inversion d'avant en arrière s'exprime à la surface même du corps; l'autre n'est pas apparente au dehors, parce qu'elle ne peut affecter que des organes non symétriques.
b. La seconde espèce d'anomalies relatives à la qualité , ou l' hermaphrodisme , s'exprime dans la forme générale, indépendamment de celle des organes génitaux, soit lorsque l'extérieur du corps porte un caractère contraire à celui du sexe, soit quand une partie du corps est construite sur le type du sexe masculin, et l'autre sur celui du sexe féminin.