PREMIÈRE PARTIE
458. J'ai déjà fait connaître les caractères particuliers du corps de l'homtne ; il ne me reste donc plus qu'à examiner sa taille et les diverses régions dans lesquelles on le partage.
45g. La taille de l'homme n'est pas la même partout. Comme celle de tous les corps organisés, elle dépend tellement du climat, que les hommes les plus grands se trouvent dans les pays chauds, tandis que les plus petits habitent les contrées froides. Lorsqu'on a égard aux différences normales qui appartiennent à des masses entières , on trouve qu'elle varie entre six pieds et demi et quatre et demi, de sorte que la moyenne proportionnelle est entre cinq et six pieds, que l'homme est un peu plus grand que la femme , et qu'on peut reléguer parmi les assertions inexactes tout ce qu'on a dit de nations chez lesquelles la taille serait généralement supérieure ou inférieure à ces deux termes. Mais , quoique tous les peuples offrent une certaine taille fixe, quand on les considère en masse et d'une manière générale, les individus varient beaucoup à cet égard : tantôt ils dépassent la mesure commune, et tantôt ils restent au-dessous. Si l'on fait entrer ces considérations individuelles en ligne de compte, on trouve que la/ taille de l'homme varie depuis environ huit pieds jusqu'à seize pouces (1).
(i) Voyez plusieurs exemples de géans et de nains, réunis dans Haller, Elcm. phys., t. VIII, art. h, p. 4o-46. — Bonn ( Thés. morb. oss. Hov. , Ainst. y 1783 , p. i5/(.-i36) a donné des mesures de squelettes de géans. — Zitterland, De duorum seeletorum prœgrandium rationibus, Berlin, i8i5. — Les exemples qu'on cite d'hommes dont la taille surpassait huit pieds sont douteux, ou tiennent à ce qu'on a pris des os fossilisés de grands animaux pour des os humains, ou enfin dépendent de ce qu'on a raisonné d'après des crânes développés outre mesure par l'effet d'une hydropisie interne.
CONSIDERATIONS SUR r,E CORPS HUMAIN EN GENERAL. 55 1
Dans l'un et l'autre cas, les rapports qui existent entre les diverses parties du corps s'éloignent presque toujours de la règle ordinaire. En général, les membres inférieurs des géans sont très courts, les supérieurs , au contraire, fort longs; la tête est également trop petite. Cette dernière partie est trop volumineuse chez presque tous les nains, mais le rapport entre les membres supérieurs et inférieurs est ordinairement le même que chez les géans. Le plus souvent ce sont des maladies générales, surtout le rachitisme, qui empêchent l'homme d'acquérir la taille commune.
Indépendamment des cas dans lesquels on voit certains individus acquérir une taille supérieure aux proportions normales de l'espèce, il arrive quelquefois aussi que le corps prend avant le temps tout le développement dont il est susceptible sous le rapport de la stature. Cet état , caractérisé aussi par l'invasion précoce de la puberté, entraîne presque toujours une imperfection proportionnée dans le développement des facultés intellectuelles et une existence fort courte.
460. Le corps humain se compose d'une moitié droite et d'une gauche , d'une moitié supérieure et d'une inférieure, enfin d'une moitié antérieure et d'une postérieure , dont j'ai déjà fait connaître les traits principaux, sous le rapport de leurs analogies et de leurs différences. On le divise aussi en trois parties, le tronc, la tête , et les membres ou extrémités , qui sont elles-mêmes subdivisées en plusieurs régions.
461. Le tronc (truncus ) se partage en trois parties : le col (collum), la poitrine ou thorax (pectus, thorax ), et le ventre ou abdomen (abdomen). Chacune de ces parties est composée de quelques uns des divers systèmes organiques. La poitrine et le ventre forment des cavités (pava) susceptibles d'éprouver des changemens plus ou moins considérables dans leur configuration et leurs dimensions. Ces cavités contiennent des organes qui, dans l'état normal, n'adhèrent point à leurs parois, l'antérieure et la postérieure exceptées , mais qui sont en contact immédiat avec elles, et qu'on appelle, pour celte raison , viscères ( viscera ) de la poitrine , du bas-ventre et au bassin. Le col ne, forme pas une cavité; les parties qui le constituent sont unies ensemble et avec la peau, qui les revêt
toutes par du tissu muqueux, taudis qu'au bas-ventre et à la poitrine, la peau et les os, ainsi que les muscles avec lesquels les tégucuens sont unis d'une manière immédiate, sont séparés des parties sous-jacentes par une membrane séreuse particulière.
La colonne vertébrale fait la base du tronc entier. C'est une colonne creuse, composée d'os empilés les uns sur les autres dans le sens de la longueur , construits en général d'après le même type , mais offrant des modifications dans diverses régions. Elle s'étend de haut en bas , sur la ligne médiane de la face postérieure du tronc. Elle est recouverte non seulement en, arrière et des deux côtés , dans toute sa longueur , mais encore, en devant, au col et à la partie supérieure de l'abdomen, par des muscles destinés à mouvoir soit la colonne ellemême et ses prolongemens, soit la tête, soit les membres, soit enfin les organes logés dans les cavités.
Les parois de l'abdomen, si l'on excepte le milieu de leur face postérieure, ne sont formées, à leur parlie supérieure, qui est la plus étendue, que de plusieurs couches superposées de muscles, la plupart larges et plats, appelés muscles du basventre. Aussi est-ce dans cette partie que ses dimensions et sa forme sont le plus sujettes à varier. Sa portion inférieure , au contraire, ou le bassin {pelvis), est la plus immobile, parce qu'elle se compose , en grande partie, d'os solidement articulés ensemble, le sacrum, réunion de vertèbres élargies, et les os coxaux, qui s'unissent en arrière avec lui, en devant l'un avec l'autre. Cette portion inférieure du bas-ventre est en même temps la plus étroite des cavités splanchniques, circonstance qui , jointe ace que les organes qu'elle loge tiennent à ses parois par des attaches moins lûches et plus multipliées, la rapproche jusqu'à un certain point du cou.
Les parois de la cavité thoracique , à l'exception de l'inférieure, qui les sépare du bas-ventre, et que forme un large muscle appelé diaphragme , sont composées des côtes , prolongemens latéraux mobiles de la portion du rachis qui en fait la base, du sternum qui répète la colonne vertébrale en devant, et des muscles situés sur, entre et sous les côtes. II résulte de cette disposition que ses parois, quoique mobiles,
ne sont pas susceptibles de changemens aussi considérables dans leurs dimensions que ceux qu'éprouvent les parois abdominales, que sa forme est plus constante, et qu'elle dépend de ces mêmes parois, tandis que celle de l'abdomen est sous la dépendance des parties que la cavité renferme.
Enfin le cou est la portion la plus étroite et la plus courte du tronc. Celui-ci va en s'élargissant depuis le cou jusqu'à la partie inférieure de la poitrine et au sommet de l'abdomen; mais, à partir de ce point, il se rétrécit peu à peu jusqu'à l'extrémité du bas-ventre , où il se termine par une ouverture fort étroite, mais susceptible d'ampliation , à cause de la mobilité des muscles qui s'attachent aux dernières pièces de la colonne vertébrale.
462. La circonférence des divisions du tronc que je viens d'indiquer se partage elle-même en plusieurs régions. A cet effet, on conçoit l'abdomen divisé en trois parties situées l'une an-dessus de l'autre, par deux lignes transversales qui l'entourent plus ou moins complètement.
De ces deux lignes, la supérieure passe sur les dernières côtes, cl l'inférieure sur le sommet des os coxaux. Chacun des trois départemens qu'elles produisent, et dont le supérieur se trouve au-dessus de la ligne supérieure, le moyen entre elle et l'inférieure, l'inférieur enfin au-dessous de cette dernière, se partage lui-même en plusieurs régions, au moyen de lignes en grande partie perpendiculaires.
La région supérieure porte le nom d'e'pigaslrique ( regio epigaslrica). Elle n'embrasse pas toute la circonférence du corps, mais seulement sa face antérieure et ses faces latérales. Elle est triangulaire, et se compose de quatre autres régions , deux latérales et deux moyennes. Les deox latérales, l'une à droite, l'autre à gauche , sont appelées hypochondres ( regiones hypocondriacœ , hypocondria). Elles ont pour limites, en haut, le bord antérieur des cartilages des cinq côtes inférieures, en bas, la ligne transversale supérieure, et en dedans, la partie supérieure des deux lignes perpendiculaires antérieures. Les deux moyennes sont situées l'une au-dessus de l'autre; l'antérieure, qui est la plus étendue, porte le nom de région gastrique , ou épigastrique proprement dite ( regio gaslrica , s.
epigaslrica stricte sic dicta); l'aulre, plus petite, située audessous de l'extrémité inférieure du sternum , s'appelle région précordiale , cardiaque , ou fossette du cœur (scrobiculus cordis , s. regio cardiaca).
La région moyenne a repu le nom de mésogastrique (regio umbilicalis , s. mesogastrica). Elle entoure, en manière de ceinture, le milieu de l'abdomen entier, et des lignes perpendiculaires la partagent en cinq autres régions, situées l'une à côté de l'autre. La moyenne est la région ombilicale (regio umbilicalis) , ainsi appelée parce que l'ombilic se trouve au centre. Les suivantes, qui occupent la partie externe de la face antérieure, et la partie antérieure des faces latérales, sont les régions iliaques ( regiones iliacœ). Enfin les postérieures, qui se confondent l'une avec l'autre sur le milieu de la paroi postérieure de celte région, sont les régions lombaires ( regiones lumbares).
La région inférieure est appelée hypogastrique ( regio hypogastrica). Elle occupe la partie supérieure du bas-ventre, mais seulement en devant, et se compose de trois autres régions, une moyenne, la région hypogastrique proprement dite ( regio hypogastrica stricte sic dicta ), étendue depuis la limite supérieure de cette région jusqu'au pubis, au bord antérieur du bassin; et deux latérales, les régions inguinales (regiones inguinales), qui sont situées entre la précédente et les os des îles.
A la partie inférieure du bas- ventre, ou au bassin, on distingue, en devant, la région pubienne (regio pubis), qui renferme les organes externes de la génération, et se continue supérieurement avec le mont de Vénus ( mons Veneris); en arrière et en bas, au-dessous des pubis, entre eux, l'anus et les deux cuisses, le périnée (perinœurn , s. interfeminœum); enfin, en arrière, les fesses ( nates).
463. A la poitrine, on distingue, en devant, sur les côtés et en haut, les trois régions mammaires (regiones mamillares), et en arrière , les régions scapulaires ( regiones scapulares ). A l'égard du cou, on y distingue aussi , en devant et en bas , la gorge (jugulum), en arrière, lu nuque (cervix , s. nucha).