‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 7 sur 186 · DU SYSTEME MUQUEUX · texte numérisé non relu

DU SYSTEME MUQUEUX

Le système muqueux (1) , ou tissu cellulaire ( tela seu textus mucosus, cellulosus, cribrosus), est une des deux formes élémentaires auxquelles on peut, en dernière analyse, rappor-

(i) D.-C. Schobinger, De telœ ccltulosœ in fabricà corporis humani dignitale, Goettinguc, 17/(8. — Thierry, E. in cclluloso textu frequentius morbi et morborum mulationcs , Paris , 17/(9, l7^>7 y '788. — Ilunter , Rcmarks ontheccllular membrane and some ofils diseases; dans London med. obs.and tn/jumes, t. II, p. 26. — Th. Bordeu , Recherches sur le tissu muqueux ou cellulaire, Paris, 1767. — J. Abadic, Diss. de corporecribroso Ilippocratis, seu de lextu mucoso Uordevii, Montpellier, 177/j.— G.-F. Wolfl", De tclâ, quamdicunt ccllulosû, obscrvalioncs ; dans Nov. Comment. Pclropol., t. VI,

ter la formation organique tout entière (§5). C'est le fluide coagulable dans l'état de coagulation. On le décrit communément (1) comme un assemblage d'une multitude de lamelles et de fibrilles molles et blanches, dont l'arrangement, varié à l'infini, donne naissance à des cellules de forme et de grandeur très différentes et très variables , qui communiquent toutes ensemble , de manière que le tissu entier ne forme réellement qu'une seule cavité, subdivisée à l'infini, circonstance qui lui a valu le nom sous lequel on le désigne le plus généralement. Mais, lorsqu'on l'examine de près, on reconnaît que cette assertion est au moins trop générale, et que le tissu muqueux est plutôt une substance cohérente, homogène, visqueuse , à peine solidifiée, et dénuée de forme. C'est ainsi qu'il se montre dans les animaux inférieurs et dans les premiers commencemens de toute formation quelconque. En effet, on ne découvre d'abord que cette masse homogène, et presque fluide encore, dans laquelle paraissent plus tard des globules, qui concourent avec elle à former tout l'organisme. Il existe, entre elle et ces globules d'abord , entre elle et les organes ensuite, le même rapport qu'entre la portion, non encore configurée, des humeurs et les globules qui nagent dans leur sein.

On peut se convaincre de l'exactitude de cette image à toutes les époques de la vie. Soit à l'œil nu, soit avec le secours du microscope, on ne voit ni lamelles, ni fibres, ni cellules,

p. 259-276. Contin. j t. VII, p. 278-296. Contln. secund. , t. VIII, p. 269- 287. — Detten , Beytrag zudcr Lettre von der Verrichtwng des Zetlgevoebes, Munster, 1800. — Lucae, Analomisch- physiologische Bemerkungcn iibcr don Zellstoff; dans Annalen der Wetteraaer Gesellscliaft fur die Naturkunde, t. II, 1810, p. 232. — G. R. Treviranus , Ueber die organischen Elcmentc des thierischen Koerpers ; dans Vermisckic Schriflen, t. 1, 1S16, p. 124. — Felici, Cennidi una nuova idea sulla naiura dcttessuto ccllutare , Pavie, 1817. — Heùsinger , System der Histologie , Eisenach , 1823, cah. II, p. 121.

(i) Tel est le point de vue sous lequel il a été envisagé par Haller, Bergen , Schobinger et Thierry. Cette opinion , adoptée par Bichat, et tout récemment par Béclard et Blainville, règne presque exclusivement en France, en Italie et en Angleterre. Celle de Bordeu, que suit Meckel , a été soutenue en Allemagne par Wolff, Autcnricth , Prochaska, Blumenbach, Rudolphi , Treviranus et Heùsinger.

(Noie des traducteurs. )

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et l'on n'aperçoit partout que la substance dont je viens de parler, sans la moindre ouverture nulle part. Cette substance ne paraît composée de fibres et de lames que parce que sa viscosité lui en fait prendre la forme, lorsqu'on exerce des tractions sur elle, et rien n'est plus facile que de voir, avec ou sans microscope, ces lames et ces fibres se produire sous les yeux mêmes de l'observateur. Quand , par exemple, on écarte l'un de l'autre deux muscles, ou deux faisceaux musculaires, la substance homogène qui se trouvait entre eux devient d'abord inégale et parsemée de sillons, sans perdre toutefois sa cohérence ; mais , si l'on continue de tirer, ou si l'on lire plus fort, elle se déchire, et produit des filamens, de petites colonnes cylindriques, qui acquièrent une grande longueur quand on augmente encore l'extension. Si l'on cesse de tirer, de manière que l'espace occupé par cette substance se rétrécisse , les filamens se raccourcissent d'abord, et finissent par se réunir de nouveau en une masse dont toutes les parties tiennent ensemble.

Tandis qu'on exerce ainsi des tractions sur le tissu muqueux , le hasard fait souvent pénétrer l'air dans son intérieur , ce qui produit des vésicules de figure et de grandeur différentes; mais cet air s'échappe dès qu'on cesse de distendre le tissu, qui, en revenant sur lui-même, reparaît sous sa forme primitive. Les cellules qui naissent de celte manière ne sont pas non plus toujours les mêmes; car, quand on écarte une seconde fois les parties, l'air pénètre de nouveau, mais les cellules qu'il produit alors diffèrent beaucoup des premières, soit pour la grandeur, soit pour la configuration. Lorsque ces cellules persistent à la suite d'extensions répétées, l'air se trouve seulement emprisonné par l'effet de l'affaissement que le tissu muqueux éprouve à l'instant où les tractions cessent, de sorte que, quand on renouvelle ces dernières, il reproduit naturellement aussi des cellules de même forme. Quand l'air pénètre dans le tissu muqueux, on peut le pousser en tous sens : on peut diviser, réunir les vésicules auxquelles il donne naissance, et faire varier leur forme à l'infini.

Les faits d'après lesquels Bichat a cru démontrer que le tissu muqueux est un assemblage de filamens et de lames prouvent

donc seulement , quand on les envisage sous leur véritable point de vue, que cette substance a la propriété de prendre cette forme toutes les fois que les circonstances sont favorables. Ainsi, par exemple, on a prétendu que la distension d'une partie du tissu muqueux du scrotum mettait sa structure lamelleuse et fibreuse en évidence , parce qu'il se montre alors sous la forme d'une couche membraneuse transparente et parsemée d'un grand nombre de filamens irréguliers, qu'une traction plus considérable rend visibles, en augmentant l'étendue des intervalles qui les séparent; mais cette expérience atteste seulement que le tissu muqueux homogène peut prendre la forme de lamelles et de fibres toutes les fois qu'on le distend.

Suivant donc qu'on a simplement recours à l'extension , ou qu'on emploie en même temps l'insufflation de l'air , et que la substance elle-même est plus ou moins visqueuse, on obtient sur le même point , soit des vésicules plus ou moins grandes, soit des filamens, soit enfin des vésicules et des filamens à la fois ; on voit paraître de simples mailles ou de véritables cellules persistantes.

La structure celluleuse qu'on obtient par la congélation ne prouve pas non plus que cette disposition soit originelle. Comme le tissu muqueux est sans cesse pénétré de liquides , le froid doit nécessairement rendre permanens les interstices que ces fluides occupent.

On veut encore que ces prétendues fibres soient des vaisseaux absorbans ou exhalans, parce qu'on ne les découvre que dans les portions de tissu muqueux qui ont été réduites en membranes par l'extension, et qu'on ne les aperçoit pas dans celles qui ont pris la forme de cellules par l'introduction de l'air. Mais il est facile de concevoir que cette différence tient uniquement à celle du procédé qu'on met en usage; car les tractions doivent nécessairement produire des fibres, tandis que la distension par l'air, qui agit dans tous les sens à la fois , ne peut donner naissance qu'à des lames et à des véhicules.

La couleur de cette substance demi-transparente est grisâtre. La teinte blanche qu'on lui assigne communément ne lui

appartient pas; elle est le résultat de la réflexion qu'une infinité de surfaces font éprouver à la lumière quand on a , par des moyens artificiels, provoqué la formation d'un grand nombre de lamelles et de filamens.

La dénomination de tissu muqueux , adoptée déjà par Bordeu, est donc plus exacte que celle de tissu cellulaire dont on fait généralement usage.

48. Tous les phénomènes que présente le tissu muqueux sont aussi faciles, et même plus, à concevoir dans l'hypothèse de cette structure, que dans celle de la conformation qu'on a coutume de lui attribuer.

La plus remarquable est la pénétrabilité ou perméabilité de ce tissu. Des substances qui lui sont tout-à-fait étrangères, qui ne s'y introduisent que par accident, ou qui sortent de la règle à raison de leur abondance excessive , se montrent fréquemment sur des points fort éloignés de celui qui leur a livré passage, ou , quand elles forment une masse cohérente, tantôt elles se répandent dans tout le tissu, et tantôt elles ne peuvent être expulsées que par une seule ouverture. Ici se rangent :

i° Les migrations des corps solides qui ont pénétré dans l'organisme. Ainsi l'on voit des épingles introduites dans l'estomac gagner les doigts , les orteils ou d'autres régions de la surface du corps, les flancs, les lombes. Souvent aussi ces corps étrangers, après avoir été introduits dans une partie extérieure du corps, se transportent ailleurs, et cheminent, par exemple , du bras vers la poitrine , de la main vers la région supérieure du bras , etc.

2° La facilité avec laquelle on détermine un emphysème général en soufflant de l'air dans une portion quelconque du corps, et celle avec laquelle ce même air sort par une seuh ouverture (1). L'air introduit sous la peau ne pénètre pas seu-

avons observé plusieurs de ces emphysèmes généraux, qui sont i communs à la suite des plaies du poumon , el qu'on a vu aussi être «usés par la rupture d'un des arceaux cartilagineux du conduit aérien. -> air pénètre très rapidement dans tout le tissu muqueux ; mais lorsqu'on i ouvert une large voie pour favoriser sa sortie, il ne s'échappe qu'en

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lement au-dessous de l'organe cutané et des parties que ce dernier recouvre dans toute l'étendue du corps ; il pénètre aussi dans les interstices des muscles et dans la substance de tous les viscères. La même chose arrive à la suite des plaies du poumon, l'air, que la respiration renouvelle sans cesse, passant d'abord des ramifications du système bronchial dans son tissu rnuqueux, et de là dans toutes les parties, de manière qu'alors le corps ressemble souvent à un gros ballon distendu par de l'air.

5° La facilité avec laquelle les collections purulentes fusent au loin. La matière des abcès développés dans la poitrine se fraie une route jusqu'aux pieds, à travers le tissu rauqueux qui remplit les interstices des organes. L'uriue qui suinte par une crevasse de la vessie s'infiltre dans le tissu cellulaire du basventre, et même dans la poitrine. Le sang qui coule par une plaie artérielle se répand dans le tissu cellulaire de tout un membre , etc.

4° Dans une anasarque générale, il n'est pas rare que toute la sérosité s'échappe par une seule ouverture due au hasard ou pratiquée à dessein, pourvu que la nature du fluide ne s'y oppose pas.

Ces phénomènes sont communément attribués à ce que les cellules communiquent partout entre elles; mais ils s'expliquent aussi bien par la mollesse et la demi-fluidité d'une substance cohérente. Toutes ces voies insolites ne sont que temporaires , et il est évident que plusieurs des phénomènes dont je viens de parler , comme les migrations des corps étrangers et les fusées purulentes, sont moins favorables à l'hypothèse de la structure celluleuse du tissu qu'à celle de sa structure muqueuse car il ne serait pas vraisemblable que ces corps suivissent précisément la direction d«s cellules. Ils cheminent en détruisant, éloignant , écartant d'une manière purement mécanique la portion de tissu muqueux qui se trouve devant eux : dans le premier cas, le tissu se reproduit

très petite quantité par cette issue , même sous l'inûuence d'une assez forte pression autour de la plaie , ce qui porte à croire qu'il est plutôt absorbé qu'expulsé. ( Note des traducteurs. )

ou s'affaisse sur lui-même après leur passage; dans le second, il y a propagation de la maladie qu: s'élait primitivement développée sur un point peu étendu. S'il n'en était pas ainsi, comment des corps qui ont été avalés passeraient-ils d'une cavité dans une autre ? comment des épingles se glisseraientelles du canal intestinal dans les vaisseaux? comment le tissu muqueux serait-il altéré dans tous les points où il est rempli de pus? Aucun de ces phénomènes ne prouve qu'il ait une structure celluleusc, et plusieurs démontrent le contraire.

£\q. Les rapports du tissu muqueux avec les organes sont de deux sortes ; il en fait ou non partie essentielle. On peut l'appeler, dans le premier cas, tissu muqueux intérieur ou spécial, et, dans le second, tissu muqueux extérieur ou général. Le premier contribue à former les organes, soit à lui seul, soit avec le concours des vaisseaux , des nerfs, et d'une substance particulière qui le pénètre : l'autre se trouve entre les organes, et remplit les intervalles qui les séparent. Mais en même temps ils s'unissent tous deux ensemble, car le tissu muqueux extérieur se confond peu à peu avec celui qui appartient en propre aux organes. Comme ce dernier pénètre toute la substance des parties, la distinction que je viens d'établir n'a rien de bien rigoureux, et la masse entière du corps se trouve plongée dans le tissu muqueux. La différence la plus essentielle entre ces deux sortes de tissu n'a rapport qu'a la fonction : l'intérieur contient les substances diverses qui forment les organes , tandis que l'extérieur renferme seui lement celles qui sont nécessaires pour leur renouvellement continuel et l'entretien de leur activité, la graisse et la sérosité.

5o. Le tissu muqueux extérieur peut cependant être considéré comme formant en quelque sorte un système à part: car il y a des connexions moins intimes, dans les diverses régions du corps, entre lui et le tissu muqueux intérieur, qu'entre ses propres parties. Abstraction faite aussi , et de ce tissu intérieur, et des organes à la formation desquels il concourt, il représente un système non interrompu , qui répèle la forme du corps entier, mais qui, dans certains points, offre des différences considérables, sous le rapport de sa quantité, de sa

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cohésion et de la nature des fluides qu'il contient* Malgré les connexions générales qui existent entre toutes les portions du tissu muqueux, il y a des endroits où celles de ses principales régions qui correspondent aux principales régions du corps passent plus particulièrement de l'une à l'autre par des transitions insensibles. Quoiqu'à la rigueur ces détails soient du ressort de l'anatomie spéciale, je dois les traiter ici par anticipation, car il est nécessaire de les connaître pour acquérir une notion complète du système muqueux.

Le tissu muqueux est rare dans l'intérieur de la colonne vertébrale et du crâne ; cependant le rachis en contient plus que la cavité crânienne, surtout entre la dure-mère et les os; il y est d'ailleurs abondamment chargé d'une substance grasse, qui manque dans le crâne. Ce phénomène est fort remarquable, attendu que, chez plusieurs animaux, en particulier chez presque tous les poissons, on trouve aussi un amas souvent fort considérable de graisse dans le crâne , entre les parois de cette boîte et le cerveau, peu volumineux eu égard à sa capacité, de manière que la substance disséminée entre les organes, à titre de nourriture en réserve , existe là du moins où le cerveau est encore très imparfaitement développé.

On trouve, au contraire, une quantité considérable de tissu muqueux autour de la colonne vertébrale, plus toutelois en avant qu'en arrière, comme aussi autour de la tête. Au tronc, ce tissu non seulement abonde autour des vaisseaux qui marchent le long de la colonne vertébrale , de l'aorte ctde laveine cave, dans les cavités thorachique et abdominale, autour des artères carotides , des veines jugulaires, des nerfs pneumo-gastriques, des nerfs sympathiques et de l'œsophage, au cou, mais encore il est accumulé en grandes masses dans plusieurs points de ces régions. Sur les côtés du cou, il entoure en haut les nombreuses glandes lymphatiques de cette partie et les glandes salivaires^en bas les vaisseaux et les nerfs des membres supérieurs, à leur sortie du thorax. La poitrine en renferme beaucoup dans les deux médiastins et autour des gros vaisseaux: il abonde aussi, au dehors de celte cavité, surtout usa partie supérieure, autour des glandes mammaires, de même qu'entre les deux muscles pectoraux et le grand den-

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telé. 11 y en a encore davantage dans le bas-ventre que dans la poitrine , principalement autour des reins, et sur les points où les vaisseaux pénètrent dans les viscères abdominaux, entre les replis du péritoine, et surtout dans le mésentère. Mais nulle part il n'est plus abondant que dans le bassin , autour du rectum , des organes génitaux internes et de la vessie, disposition qui favorise Pampliation souvent très considérable des parties logées dans la cavité pelvienne. Il s'accumule de même à l'extérieur du bassin , principalement en devant , dans les organes génitaux externes , le scrotum et les grandes lèvres. L'extérieur du crâne en est bien moins abondamment pourvu aussi que la face , où l'on en trouve surtout de grands amas dans les orbites, entre les muscles, dans les joues et autour de la bouche.

Aux membres, sa quantité est en raison directe de l'étendue des mouvemens qui s'exécutent dans les diverses régions. Aussi est-ce à l'aisselle et à l'aine qu'il y en a le plus : la première en contient encore davantage que la seconde. On en trouve moins autour des articulations qui suivent. Il n'est pas non plus aussi abondant entre les muscles du bras et do la cuisse qu'entre ceux de l'avant-braset de la jambe, delà main et du pied.

Les amas de tissu muqueux intérieuret extérieur, dansles diverses régions du corps, communiquent principalement ensemble par les ouvertures que ces régions présentent et les vides qu'elles laissent entre elles. Ces points sont donc surtout ceux par lesquels les substances dont laprésence n'est pas conforme aux lois de l'organisme passent d'une région à une autre.

Le tissu muqueux de la cavité durachis communique, principalement par les trous de conjugaison , avec celui qui garnit l'extérieur de la colonne épinière, et celui de la cavité crfmienne avec celui de l'extérieur du crâne et de la face? par les ouvertures destinées au passage des nerfs, ainsi que par les grandes et les petites veines émissaires. Celui de la face se continue , particulièrement sur les côtés de la mâchoire inférieure, avec le tissu muqueux du cou. Ce dernier Se trouve uni, dans l'endroit où les vaisseaux et les neffVdu bras sortent de la poitrine , avec celui de la cavité thora-

chique, qui va gagner celui du bas-ventre le long des gros vaisseaux, notamment de l'aorte , le long aussi de l'œsophage, en traversant les ouvertures du diaphragme destinées au passage de ces canaux, et se glissant en même temps à travers les perforations moins considérables du muscle. Le tissu inuqueux abdominal communique principalement avec celui des membres pelviens par l'anneau inguinal, l'arcade crurale, l'échancrure sciatique , le trou ovale et le détroit inférieur du bassin.

5i. Le tissu muqueux qui est en connexion immédiate avec les organes, et auquel on ne saurait donner une épithète plus convenable que celle de spécial, se partage à son tour en deux parties : l'externe, qui sert d'enveloppe à chaque organe, se continue insensiblement avec le tissu muqueux général, et forme le passage de celui-ci au tissu muqueux spécial; l'interne, au contraire, concourt à la formation des organes, avec les matériaux provenant des autres systèmes.

La portion externe du tissu muqueux spécial forme, autour de chaque organe, une couche qui la sépare des autres. On peut donc dire, avec Bordeu, que ce tissu représente des espèces de ballons. Cette séparation, en manière de couche, est produite, d'un côté, par la vie propre du tissu muqueux, de l'autre, par la graisse et la sérosité dont il est imbibé. En général donc, les organes les plus importans sont plongés dans la masse la plus considérable de ce tissu , toutes les fois que d'autres moyens n'ont pas été employés pour les isoler, quoique, dans certains cas, les deux dispositions réunies concourent à produire ce dernier résultat. Dans les organes formés de plusieurs couches superposées , tels que le canal intestinal, la vessie, etc. , on trouve toujours, entre les diverses tuniques , une couche particulière de tissu muqueux, qu'on peut regarder comme faisant le passage de eelui-ci au tissu muqueux intérieur, puisque, s'il est interne par rapport à l'organe entier, H est externe aussi à l'égard de chacune des différentes couches.

Ce sont, en partie du moins, ces poches de tissu muqueux qui font que les organes voisins, et que les couches

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superposées d'un organe ne contractent qu'avec le temps les maladies qui viennent à attaquer l'un d'eux ou l'une d'elles. Cependant, d'un côté, le tissu muqueux n'est point un isolateur parfait , de sorte qu'en général la maladie d'un organe ou d'une couche finit par le traverser, et par gagner l'organe voisin ou la couche voisine; d'un autre côté, il ne fait que concourir à cet isolement des maladies des organes, qui dépend principalement de la structure propre à chaque partie, et des différences de la vie dont elle jouit. Celte proposition semble au moins fort probable quand on se rappelle que les nerfs et les vaisseaux se trouvent tout-à-fait à nu , sans qu'ordinairement leur intégrité ait souffert le moins du monde, quoique tout soit détruit autour d'eux par la suppuration; mais le caractère de l'affection elle-même n'est pas non plus sans influence, car il y a des maladies qui s'étendent plus facilement que d'autres aux parties environnantes.

D'ailleurs , le tissu muqueux extérieur est aussi en rapport avec les mouvemens des organes , ce qui fait qu'on en trouve toujours davantage autour des parties les plus mobiles.

52. En général, il entoure chaque partie danstoutesa circonférence ; la peau seule fait exception à celte règle, puisqu'elle n'est revêtue qu'à sa face interne. On a comparé la peau , sous ce rapport, aux membranes muqueuses et séreuses, et même aux vaisseaux ; mais la comparaison manque de justesse, en ce que ces organes creux sont de toutes parts enveloppés de tissu muqueux. A la vérité , leur surface interne n'en est pas garnie, de sorte que, quand on les ouvre et qu'on les étale de manière à les réduiiie en membranes plates, ils sont analogues à la peau; mais tout les autres organes n'offriraient-ils pas le même phénomène, si on les déployait ainsi? Au reste, la peau ne fait réellement pas non plus exception à la règle, puisqu'on peut considérer l'épiderme qui la revêt comme du tissu inuqueux endurci, et comme une enveloppe ou capsule extérieure.

53. La substance propre , les vaisseaux et les nerfs des organes sont plongés dans la portion intérieure du tissu muqueux spécial, qu'on peut diviser elle-même en deux autres parties. Chaque branche d'un vaisseau, d'un conduit excréteur

Il ; ANATOMIE GENERALE.

ou d'un nerf, dans l'intérieur d'un organe , a sa couche particulière, sa gaîne celluleuse propre, qui est plus solide que le reste. Entre ces gaines, se trouve un tissu muqueux plus lâche. Les faisceaux et les fibres d'un muscle sont entourés de gaines propres, qui se comportent, à l'égard du tissu muqueux moins serré contenu dans leurs intervalles , de la même manière que le tissu muqueux capsulaire d'un organe entier à l'égard du tissu muqueux général. Le dernier élément revêtu d'une forme appréciable est également enveloppé de tissu muqueux.

Ainsi, en dernière analyse, le tissu muqueux représente une cavité mille et mille fois plissée de dehors en dedans, qui enveloppe étroitement le corps entier et tous les organes, jusque dans leurs plus petites particules.

On n'aperçoit pas, à l'œil nu, dans tous les organes, une égale quantité de tissu muqueux, eu égard aux autres élémens composés qu'ils renferment: plusieurs mêmes semblent en être tout-à-fait dépourvus. Ainsi, on en voit peu dans le cerveau, la moelle épinière, les os, les tendons, etc., tandis qu'on en découvre beaucoup dans les muscles et les glandes lobuleuses.

54. Quoique des vaisseaux et des nerfs, de gros et petit calibre, serpentent au milieu du tissu muqueux, on ne saurait cependant les considérer comme des parties qui entreut dans sa composition, puisqu'ils le traversent seulement pour se rendre aux organes dont ils font la base avec lui ; mais on ne peut douter que les ramifications les plus déliées des vaisseaux exhalansetabsorbans (1) ne fassent partie de son organi-

(1) Les vaisseaux inhalans et exhalans n'existent point ; personne ne les a vus. On les a imaginés pour expliquer les phénomènes de l'exhalation et de l'absorption. Mais avant d'y avoir songé on concevait très bien ces phénomènes par la transsudation et l'imbibition. On doit à Magendie et à Fodera d'avoir ramené les physiologistes à cette ancienne doctrine. Fodera pense que l'exhalation et l'absorption dépendent de la capillarité des tissus, que ce double phénomène peut s'opérer dans toutes les parties, et que les liquides dont elles sont imbibées , peuvent être également charriés , soit par les vaisseaux lymphatiques , soit par les vaisseaux artériels et veineux. Voyez ses Recherches expérimentales sur l'absorption et VcxImlalion, Paris, 1824- ( Note des traducteurs. )

•k il

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salion , et très probablement elles n'y ont pas de parois spéciales qui établissent de distinction entre elles et le reste du tissu.

Sous le rapport de la composition chimique, il appartient à la classe des organes principalement formés de gélatine.

55. Le tissu muqueux est éminemment élastique, de sorte qu'ils'étend beaucoup, et qu'il se resserre dans la mêmeproportion; cependant son élasticité diminue par l'effet de l'inflammation et d'autres dégénérescences qui le rendent fragile.

La force plastique ou de formation y est développée à un haut degré; de là vient qu'il se reproduit facilement, promptement et complètement, quand il a été détruit, et qu'il répare la perte des parties qui ne peuvent point sè régénérer d'une manière parfaite, comme les muscles et les tendons. Toute reproduction débute donc par une formation de tissu muqueux. Ce tissu est aussi très difficile à détruire. Quant aux autres phénomènes vitaux, l'irritabilité et la sensibilité, on ne les observe point en lui : du moins ne jouit-il de l'irritabilité que dans quelques régions et à un faible degré; encore même les phénomènes d'où l'on a conclu qu'il lapossédaitne fournissentils aucune preuve péremptoire , car ils peuvent tout aussi bien se passer dans le système vasculaire, ou dans le tissu cutané, que dans le tissu muqueux.

56. Le tissu muqueux renferme toujours deux espèces différentes de fluides, une sérosité analogue à celle du sang, et de la graisse.

La sérosité se trouve partout : il n'en est pas de même de la graisse; cependant la sérosité n'existe pas sur tous les points dans la même proportion , et sa quantité paraît être en raison inverse de celle de la graisse. Ainsi, il y en a davantage dans le scrotum et les paupières , qui ne contiennent pas de graisse dansl'état normal, etelle s'y amasse plus facilementqu'ailleurs : cette accumulation constitue Yanasarque. De même que tous les fluides séreux, la sérosité du tissu muqueux contient beaucoup d'albumine , jointe à une petite quantité de matière mucilagineusc coagulable et à quelques sels. Si l'on en juge d'après les expériences faites sur la sérosité que les épispastiques attirent abondamment entre la peau et 1'épidermc, la

matière animale s'y trouve, par rapport à l'eau , en quantité: moindre que dans le sérum du sang (1).

5y. La graisse (2) est jaunâtre et moins fluide que la sérosité du tissu muqueux. Cette substance se trouve en masses, de forme variable, composées elles-mêmes de vésicules arrondies, régulières, et plus ou moins serrées les unes contre les autres. Les masses et les vésicules sont formées de tissu muqueux, qui contient la graisse , sans avoir rien de commun avec elle , et qui les unit toutes ensemble. Leur grandeur n'est pas partout la même, quoique WolfF prétende l'avoir vue telle chez l'homme; car les petites masses qu'elles renferment varient beaucoup à l'égard du volume. En général, les plus grosses sont situées à l'intérieur, et elles vont toujours en diminuant à mesure qu'elles se rapprochent de la circonférence, où elles sont également plus serrées. Cependant, on en trouve aussi de petites parmi les grosses. Elles ont le même volume dans toutes les régions du corps , quoique celui des masses varie à l'infini.

Quant a la composition chimique, la graisse diffère de toutes les autres substances animales, par l'absence de l'azote; elle n'est formée que d'oxigène, d'hydrogène et d'azote. Chevreul y a reconnu, comme dans beaucoup d'autres corps gras, deux portions, l'une fluide, appelée oléine, l'autre solide, nommée stéarine ; cette dernière a les plus grands rapports avec celle de la graisse de mouton, mais elle s'en distingue principalement en ce qu'elle donne, par la saponification , de l'acide margarique, sans acide stéarique. Elle est blanche et peu éclatante; après avoir été mise en fusion , elle cristallise , par le refroidissement, en très petites aiguilles, dont la masse est terminée

(1} Rîarcet, A chcmical account of various dropsical flulds ; dans Mcd. chir. iransact., vol. II, p. 542-384. — Bostock, On tlic analysis of animais fluids ; dans Medico-chirurg. trans., vol. IV, p. 53.

(2) Malpighi, De omento , pinguedinc et adiposis duclibus ; dans ses Epist. anal. , Londres , 16S6 , p. 55. — Jansen, Pingucdinis animalis consideralio pliys. et pathol. , Leyde , 1784. — Wolff, Dcadipe; dans Nov. Act. Petrop. t. VII, 1789, p. 278. — Reussing, Diss. de pinguedinc sanà ci mQto bostï, te ha', 1791. — Allnier, Diss. sislcns disq. anal, pinguedinis animalis, léna , 1823.

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par une surface plane. Quant à l'oléine, elle est incolore, et a l'aspect d'une huile ; elle est encore liquide à quatre degrés au-dessous de zéro , et ce n'est qu'à plusieurs degrés au-dessous de cette température qu'elle commence à se prendre en une masse formée d'aiguilles; elle est inodore, ou à peu près; elle a une saveur douceâtre , qui n'est pas désagréable , quand elle est fraîche.

La quantité et la nature de la graisse ne sont pas partout les mêmes.

On peut distinguer deux états sous lesquels oelte substance se présente, l'état libre et l'état de combinaison.

Il est des parties du corps, telles que l'intérieur du crftrce, du cerveau , de l'œil , du nez et de l'organe de l'ouïe , les poumons, le canal intestinal et les glandes , qui ne contiennent point de graisse à l'état de liberté ; mais on en trouve beaucoup sous la peau, à l'exception du scrotum, de la verge et des paupières. Elle est très abondante surtout ù la face, au col , au bas-venlre, aux fesses, à la partie supérieure des membres, à la paume des mains, à la plante des pieds , entre les muscles soumis à l'empire de la volonté, dans l'intervalle des faisceaux et des fibres desquels elle pénètre, autour de certaines membranes séreuses, telles que le péritoine, et surtout sesprolongemens, l'épiploon et le mésentère, dans le bassin, sous le feuillet interne du péricarde, par conséquent à la surface du cœur, et à l'origine des gros troncs vasculaires, dans les médiastins, autour de certaines glandes, telles que les salivaireset les reins , autour des nerfs, entre les faisceaux desquels elle pénètre ordinairement en quantiléconsidérable , enfin dans l'intérieur des os, notamment des os longs , où elle prend le nom de moelle. Elle s'accumule surtout dans les parties qui exécutent des mouvemens étendus et fréquens, et dans celles ou il peut être nécessaire que la chaleur se concentre. Elle manque, au contraire , partout où elle trouble les fonctions chez les personnes chargées d'embonpoint , et où sa présence compromettrait même la vie.

La graisse existe, combinée avec d'autres matériaux immédiats des corps organisés , dans plusieurs endroits où il est rare de la trouver h L'état libre, et où elle ne se montre même jamais

Il8 ANATOMIE GÉNÉRALE.

sous cette forme , eu particulier dans le cerveau, qui, de même que le système nerveux en général, contient une quantité assez considérable de deux substances grasses d'espèce différente.

On ne trouve de graisse, soit à l'état libre, soit à l'état de mélange, ni dans la substance des organes fibreux, ni dans les cartilages, les os et les membranes séreuses, quoiqu'elle s'amasse quelquefois en quantité considérable autour de ces parties.

Le degré de consistance de la graisse n'est pas non plus le même partout. Ainsi, par exemple, elle est très dure autour des reins, plus molle sur le cœur et dans les orbites.

L'absence constante de la graisse dans quelques parties du corps, tandis qu'elle est fort abondante sur d'autres points; l'accumulation plus considérable de la sérosité ou de l'air, dans les parties dépourvues de graisse , chez les personnes atteintes d'anasarque ou d'emphysème, tandis qu'à quelque degré qu'arrive l'embonpoint, il ne s'amasse jamais de graisse dans ces parties , même lorsqu'elles sont , comme le scrotum , situées de manière qu'un fluide contenu dans le tissu muqueux s'y précipiterait par le seul fait de sa pesanteur; la différence qu'on observe, même dans les anasarques les plus volumineuses, entre les points du tissu muqueux qui sont remplis d'eau et ceux qui contenaient autrefois de la graisse ; cette autre circonstance que les portions graisseuses du tissu muqueux ne cèdent pointa la pression, comme celles qui contiennent de la sérosité en excès, et que la graisse en général n'est point susceptible de passer d'un lieu à un autre , tous ces faits avaient engagé G. Hunter à conjecturer que la graisse est sécrétée par un appareil glanduleux particulier, distinct du tissu muqueux ordinaire, et composé de vésicules ( i). Mais il me paraît plus

(i) Wolff paraît être le premier qui ait pensé que les molécules de la graisse ne sont pas contenues dans des cellules particulières , mais seulement dans l'écartement du tissu muqueux au milieu duquel elles se logent. Cetteopinion , adoptée par Heusinger , nel'a pointété parBéclard, qui , fidèle aux anciennes idées , continue d'admettre un tissu adipeux spécial, de même qu'il est demeuré attaché aux traditions de l'école de Bichat en ce qui concerne la structure du tissu muqueux.

( Note des traducteurs. )

vraisemblable que cet appareil spécial n'existe pas , et que les cellules adipeuses sont tout simplement produites par les globules graisseux, qui pénètrent dans le tissu muqueux à mesure que la graisse se forme. Je fonde mon opinion sur ce qu'on voit aussi la graisse se montrer sous la forme de globules, indépendamment du tissu muqueux, ce dont il est très facile de se convaincre quand on détruit une masse adipeuse.

L'opinion de Riegel est encore moins vraisemblable. Ce physiologiste pense que la graisse se forme dans toutes les glandes, mais principalement dans les capsules surrénales (i).

La graisse sert à plusieurs usages. Elle facilite beaucoup les mouvemens des organes par son onctuosité. Etant peu conductrice du calorique, elle les préserve du froid, en supposant à la dispersion de la chaleur animale. Elle sert surtout à former un fonds de substance alibile en réserve, quoique, par cela même qu'elle ne contient point d'azote , elle ne 6oit animalisée qu'à un faible degré.

Aussi, comme sa formation est favorisée parle repos, et que les organes qui demeurent long-temps dans l'inaction, les muscles entre autres, finissent par se transformer en graisse , de même on la voit disparaître sous l'influence du jeûne , des travaux corporels ou intellectuels, et des épuisemens de toute espèce. La facilité avec laquelle elle se produit tient sans contredit à sa nature peu animalisée; voilà pourquoi on la voit non seulement paraître dans les circonstances qui viennent* d'être indiquées, mais encore remplacer les parties qui se sont atrophiées, ou qui ont été enlevées ; par exemple, prendre la place du testicule dans le scrotum, ou de l'œil dans l'orbite, après l'extirpation de ces organes.

58. Le tissu muqueux et les fluides qu'il contient sont fort différens d'eux-mêmes , sous plus d'un rapport , aux diverses époques de la vie. A l'instar de toutes les autres

(i) De iisu glandularum suprarenalium in animalibus , nccnondc origine adipis , disquititio analornico - physiologica , Copenhague, 1790. Riegi'l a très bien développé l'importance de la graisse, quoique son opuscule renferme beaucoup d'assertions arbitraires, dénuée» de preuves, à moitié vraies seulement , ou tout-à-fait fausses.

Ï30 ANATOMIE GÉnÉRAUJ.

parties, ils sont d'autant plus fluides que l'organisme est plus jeune. Le tissu muqueux paraît d'abord absolument homogène, très mou, et peu ou point différent de la sérosité, dont il se distingue plus tard par l'accroissement de solidité qu'il prend. C'est pour cette raison que, durant les premières périodes de la vie, on réussit aisément à disjoindre des parties qui, plus tard, deviennent presque inséparables. Ce phénomène est surtout sensible dans celles qui se composent de plusieurs couches superposées et unies par du tissu muqueux.

Le tissu muqueux existe aussi en quantité d'autant plus grande que l'organisme est plus jeune. Il le constitue à lui seul dans l'origine, époque à laquelle il ne forme qu'une substance partout homogène. Après même que les organes se sont développés, sa masse est encore proportionnellement plus considérable, parce qu'il contient peu de substances qui lui appartiennent en propre. C'est ce dont on a la preuve dans les muscles, dont les faisceaux sont très petits en proportion du tissu muqueux, et dans les glandes , qui sont composées d'un grand nombre de lobules réunis par un tissu muqueux très lâche, et faciles à séparer les uns des autres.

La graisse est d'autant plus liquide , transparente et blanche, que l'organisme se rapproche davantage du moment de son origine. Sa quantité n'est pas non plus la même à toutes les époques de la vie. Durant la première moitié de l'existence fœtale, elle manque , dans les organes mêmes qui doivent en contenir le plus par la suite. C'est au cinquième mois qu'elle commence a paraître sous la peau, et à y former de petits pelotons isolés. Cet endroit même est encore le seul où elle se soit réunie en masse dans le foetus à terme; car les parties intérieures, celles même qui en seront un jour abondamment garnies, comme l'épiploon , le cœur, la surface des reins, les muscles , en sont tout-à-fait dépourvues, ou n'en offrent presque pas de traces, tandis que le plus souvent elle est abondante à la surface de la peau. Cette disposition rappelle celle qui a lieu chez les cétacés, dans les parties internes desquels on trouve peu de graisse, tandis qu'il y en a des- masses énormes à l'extérieur du corps. Peu à peu elle augmente aussi dans l'intérieur ; mais, gé-

néralement parlant, cet état de choses n'arrive que vers le milieu de la vie. Au temps de la puberté , la graisse diminue à l'extérieur, de même que, chez les animaux hibernans, on la voit disparaître à mesure que la sécrétion du sperme devient plus active (i) , et de lamême manière aussi que, chez les insectes, les organes génitaux se'développentà ses dépens , de sorte que les individus qui restent neutres , ou qui perdent leur sexe , sont plus gras que les autres.

Enfin il est assez général que la graisse disparaisse sur tous les poinls du corps à un âge avancé, et que le sujet tombe dans un état de maigreur absolue. Les deux extrémités de la vie se ressemblent donc encore sous ce rapport. Cependant le corps du vieillard diffère de celui de l'enfant en ce que, quoique les couches graisseuses y diminuent , les organes n'en demeurent pas moins pénétrés d'une grande quantité de graisse , donf, par conséquent, le corps ne se dépouille jamais entièrement. Il n'y a qu'une hydropisie grave et longue qui amène ce dernier résultat , lequel est du sans contredit à ce que la formation abondante de la sérosité empêche celle de la graisse.

5g. Le tissu muqueux ne fait pas seulement la base de tous les tissus réguliers , il est aussi celle de tous les tissus irréguliers. On pourrait donc placer ici l'histoire de toutes les altérations de texture, puisque toutes se développent par lui et dans son sein ; mais comme elles ont des caractères qui leur sont propres , comme elles se manifestent de préférence dans le tissu muqueux de certains organes , il convient mieux de les faire connaître en traitant de ceux dont elles sont des ré-

(i) H. Reeve , De animalibus liycme sopitis. Londres, i8o3. — Idem , An cssay on the torpidily of animais , Londres , 1809. — Mangili ,'Saggio di osscrvazioni per servira alla storia de'i mammiferi soggctti al periodico lelargo. Milan , 1807. — Id. Mémoire sur la léthargie périodique de quelques mammifères ; dans Annales du Muséum , t. x , p. 434.— J. A. Saissy , liccherches expérimentales , analomiques , chimiques , elc. , sur la physique des animaux mammifères hibernans. Paris , 1808. — Prunelle , Recherches sur les phénomènes et les causes du sommeil hivernal de quelques mammifère» , dans Annales du Muséum, t. XVIII , p. 20.

123 ANA.TOMIB GÉNÉRALE.

pétitions , ou dans la substance et au voisinage desquels elles se développent.

Une altération morbide assez commune du tissu muqueux , est son induration , qu'on rencontre particulièrement cbez les enfans en bas âge. Elle attaque surtout celui qui se trouve sous la peau. La graisse et la sérosité semblent y participer aussi , car en pratiquant des incisions dans le tissu muqueux endurci il s'en écoule un fluide jaunStre.

La sérosité du tissu muqueux pèche surtout par excès dans Vanasarque générale. Dans cette maladie , la graisse a plus ou moins complètement disparu , et elle s'est convertie en une substance muqueuse , analogue à la gélatine.

La graisse elle-même s'écarte souvent de l'état normal , principalement sous le rapport de sa quantité. J'ai déjà indiqué d'une manière sommaire les circonstances dans lesquelles elle se trouve en défaut ou en excès. Son accumulation générale ou locale est quelquefois énorme. Généralement parlant, elle augmente de préférence sur les points où l'on en trouve déjà plus dans l'état de santé , quoique partout ailleurs elle ne dépasse pas la proportion ordinaire : c'est ce que j'ai particulièrement observé dans le grand épiploon. On peut en dire autant de la surface du cœur et du médiastin. Aussi est-ce dans l'épiploon qu'on rencontre surtout les lipomes. Mais il ne faut pas confondre les congestions graisseuses avec les tumeurs dites lardacées , qui ne méritent pas ce nom, puisque ce sont, ou de simples condensations du tissu muqueux, ou des répétitions d'autres tissus réguliers, ou enfin des tissus morbides particuliers.

Presque toujours les lipomes ressemblent parfaitement à la graisse normale: il est rare de les trouver entourés d'un kyste particulier; ils se continuent d'une manière immédiate avec la graisse voisine , quoique leur volume et la saillie qu'ils forment les fassent apercevoir sur-le-champ. Ceux qui se trouvent sous la peau peuvent être confondus avec d'autres maladies, notamment avec des hernies, lorsqu'ils paraissent dans les endroits où les viscères deviennent sensibles au dehors après avoir abandonné la cavité qui les renfermait. J'en ai vu quelques exemples, et je conserve encore les pièces dans mon cabinet.

DU SYSTÈME VÀSCULAIIIE. 1 'i5

Cependant la graisse se développe aussi quelquefois d'une manière irrégulière sur des points où l'on n'en trouve pas dans l'état normal : tels sont, d'abord les ovaires, puis la face interne de la membrane muqueuse du canal intestinal , et fort rarement l'intérieur du crâne. Dans l'ovaire, le développement de la graisse est fréquemment accompagné de la formation de poils, et comme, dans l'état normal , le tissu muqueux contient à la fois de la graisse et de la sérosité , de même on trouve presque toujours des collections de ce dernier fluide dans les ovaires surchargés de graisse.

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