DE LA PORTION PÉRIPHÉRIQUE DU SYSTÈME NERVEUX
1808. La portion périphérique du système nerveux, comprenant les nerfs proprement dits , se partage en trois sections : les nerfs de la moelle épinière ou spinaux , les nerfs de l’encéphale ou encéphaliques et le nerf ganglionnaire ou le grand sympathique. Le nombre de ces nerfs, y compris le dernier, s’élève à quarante-trois paires. Cependant les anatomistes ne les divisent pas tous de la même manière ; car, non seulement on confondait jadis ensemble plusieurs nerfs cérébraux qui sont considérés aujourd’hui comme des paires distinctes, mais encore, aujourd’hui même, les uns rangent parmi les paires cérébrales quelques nerfs que les autres rapportent aux paires spinales.
Je ferai connaître les différences qui découlent de la première de ces deux sources, lorsque j’exposerai les considéra-
lions générales relatives aux nerfs cérébraux. Celles qui proviennent de la seconde tiennent principalement à la manière dont on établit les coupes de la masse du système nerveux. Si l’on ne considère la moelle alongée que comme le sommet de la moelle épinière, il faut naturellement ranger les nerfsqu’elle fournit parmi les paires spinales , ce qui augmente le nombre de ces dernières et diminue celui des cérébrales.
Ainsi Gordon reconnaît huit nerfs du cerveau seulement et trente-quatre de la moelle épinière. Bichal établit trois classes, comprenant, la première, deux nerfs cérébraux, la seconde, six nerfs du mésocéphale, et la troisième trente-quatre nerfs spinaux. D’autres, comme Portai, admettent tacitement une autre classe intermédiaire, dans laquelle ils rangent le nerf accessoire, qui, d’après la méthode générale, appartient à celle des nerfs cérébraux. D’autres encore, tels que Sabatier, Bichat et Cloquet, imitant "Willis, excluent les premiers nerfs de la moelle épinière du nombre des paires spinales, et les considèrent comme les nerfs cérébraux les plus inférieurs.
Cette dernière méthode est la moins naturelle de toutes; car, quoique la paire supérieure des nerfs de la moelle épinière participe souvent du caractère des nerfs cérébraux et des spinaux, comme on pourra en juger par la description, cependant elle ressemble, en général, bien plus à ceux-ci qu’à ceux-là. Ce qui prouve aussi qu’on ne se montre guère plus exact, quand on considère les quatre derniers nerfs cérébraux comme les premières paires spinales , c’est qu’il y a contradiction entre les caractères de ces quatre nerfs et ceux delà moelle épinière, eri sorte qu’il devient alors impossible d’établir aucune généralité à l’égard de ces derniers. D’ailleurs cette classification est toiut-à-fait inconvenante, puisqu’un examen qui n’a même pas besoin d’être approfondi, pour certains nerfs, tels, par exemple , que l’auditif et le moteur externe, démontre qu’ils naissent de la même région de la portion centrale du système nerveux , et qu’avec un peu de soin et de patience on peut arriver à là même conclusion relativement aux autres. Les mêmes motifs qui m’ont déterminé à séparer la moelle alongée delà moelle épinière, et à la considérer comme une portion de l'encéphale , me mettent aussi dans la nécessité de placer
DES NERFS DE LA MOELLE EPINIERE. 3
les nerfs qui en proviennent parmi les paires cérébrales. Les caractères de ces nerfs , qui se rapprochent plus de ceux des nerfs cérébraux que de ceux des nerfs spinaux, démontrent assez que ma méthode est préférable à toute autre.
J’examinerai en premier lieu les nerfs spinaux, non seulement parce que j’ai traité d’abord de la moelle épiniere, en décrivant la portion centrale du système nerveux , mais encore parce que les nerfs cérébraux, dont il sera question en dernier lieu, feront naturellement le passage aux organes des sens, et, par eux, aux organes plus complexes, par lesquels je terminerai ce traité.