CHAPITRE PREMIER
DES NERFS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
180g. J’ai déjà fait connaître les caractères généraux des nerfs de la moelle épiniere (i). On les divise en autant de sections qu’il y a de régions à la colonne vertébrale, par conséquent en cervicaux , thoraciques , lombaires et sacrés.
Je décrirai d’abord les nerfs thoraciques, à l’exception du premier, parce qu’ils sont les plus simples et qu’ils naissent les premiers; puis les nerfs des membres, qui proviennent, les inférieurs de la plupart des sacrés et des lombaires, les supérieurs du premier dorsal et des quatre derniers cervicaux; enfin les quatre nerfs cervicaux supérieurs, qui conduisent aux cérébraux par des transitions fort remarquables.
Avant de passer à la description spéciale des nerfs de ces diverses régions, je crois devoir faire connaître les caractères suivans, qui leur appartiennent en commun, et qui sont importans sous le rapport de la topographie :
i° 11 n’existe pas de différence constante entre les nerfs du côté droit et ceux du côté gauche.
2° Les nerfs ne sont pas parfaitement symétriques. Il arrive
('. ) J. -J. Huber, De medutlâ spinali, speciatim de nervis ab eâ provenientibus, Gœttingue , ij4i. — G. Frotscher, De medullâ spinali ejusque nervis , Erlangue, 1788.
souventque l’un estsitué plushautque l’autre, etlenombre des cordons est fréquemment plus considérable de deux ou de trois sur un côté que sur l’autre. Mais cette différence se trouve presque toujours compensée, parce qu’alors les paires voisines varient en sens inverse.
3° Les paires supérieures et inférieures sont bien plus rapprochées les unes des autres que les moyennes. Il y a surtout si peu de distance entre celles-ci, à partir des dernières dorsales, qu’elles ne semblent plus constituer des nerfs distincts. Elles sont aussi beaucoup plus rapprochées dans les premières périodes de l’existence, et même durant les premières années de la vie extra-utérine, qu’aux époques subséquentes. Ce rapprochement considérable, dans les régions supérieure et inférieure, tient à la disproportion qui existe entre le volume de ces nerfs et le peu d’étendue de la portion de moelle épinière d’où ils proviennent. Voilà pourquoi les nerfs thoraciques les plus petits, et qui ne naissent pas beaucoup au-dessus de leur sortie du canal rachidien, sont plus écartés les uns des autres, pourquoi aussi tous les nerfs spinaux sont moins rapprochés chez les animaux, dont le col est plus long, et dont la moelle épinière descend d’ailleurs plus bas qu’elle ne fait chez l’homme.
4° Les ganglions formés par les racines postérieures sont situés dans les trous de conjugaison, à l’exception de ceux des nerfs sacrés, qui se trouvent dans la cavité du sacrum.
Ces ganglions n’ont pas exactement le même volume dans toutes les régions, et leur développement n’est point en raison directe de celui de leurs nerfs. Il n’est pas rare en effet qu’un ganghon ordinairement très gros soit remplacé par un autre fort petit, et vice versa. Les ganglions des nerfs dorsaux sont, en général, les plus volumineux, et ceux des nerfs sacrés, surtout les derniers , les plus petits.
5° Tous les nerfs spinaux se partagent, bientôt après leur sortie de la colonne vertébrale, en deux branches, l’une antérieure, l’autre postérieure, dont la première est souvent bien plus considérable que l’autre, si l’on excepte toutefois le second , nerf cervical, qui offre une disposition inverse. Les branches antérieures se tournent d’abord en dehors , puis en devant et
DES NERFS DE LA MOELLE EPINIERE
en dedans, et se terminent au voisinage de la ligne médiane antérieure, ou sur cette ligne même. Les postérieures se portent directement en arrière. Celles-ci se répandent dans les muscles qui remplissent la gouttière creusée entre les apophyses épineuses et les apophyses transverses des vertèbres , ou dans ceux qui les répètent au crâne, et dans la peau de cette région. Les premières se jettent dans les muscles antérieurs , qui répètent ces muscles dorsaux sur les côtés et en devant, et dans ceux des membres.
G0 Tous les nerfs spinaux communiquent ensemble, d’une manière très constante, par un ou plusieurs rameaux plus ou moins considérables, qu’ils fournissent à peu de distance de leur sortie du canal vertébral, et qui s’anastomosent avec leurs analogues. Les rameaux anastomotiques naissent la plupart du temps de la partie antérieure des nerfs, ou n’appartiennent qu’à leurs branches antérieures, et marchent au-devant des apophyses transverses, sur les parties latérales des corps des vertèbres. C’est uniquement de cette manière que sont formés les plexus brachial, lombaire et sacré. La disposition qu’on remarque ici diffère de celle qui a lieu ordinairement, parce qu’elle est plus complexe, attendu que les rameaux anastomotiques en produisent d’autres qui s’anastomosent même plusieurs fois avec les voisins. Des points de réunion, soit simples, soit multiples, naissent ensuite des nerfs composés de filamens appartenans à plusieurs troncs dont l’origine est différente.
Un ou plusieurs des rameaux anastomotiques communiqnent en même temps avec les branches du système ganglionnaire, dans les ganglions limitrophes de ce dernier.
Indépendamment de ces rameaux anastomotiques antérieurs, qui forment, le long de la colonne vertébrale, une série d’anses dont le nombre correspond à celui des vertèbres, les branches postérieures s’anastomosent aussi, par des rameaux analogues, surtout à la région supérieure du cou , quoique cette disposition soit moins générale en arrière qu’en devant.
ARTICLE PREMIER
DES NERFS DORSAUX
1810. Les nerfs dorsaux, thoraciques, costaux ou intercostaux {nervi thoracici , s. dorsales, s. costales, s. intercostales ) sont, comme les vertèbres dorsales, au nombre de douze. Cependant quelques anatomistes, Haller entre autres (1), n’en comptent que onze, et réunissent aux nerfs lombaires celui qu’on regarde ordinairement comme le douzième. Je n’examinerai ici que les onze inférieurs, attendu qu’il est plus convenable de décrire le premier avec les quatres cervicaux inférieurs.
Les caractères généraux de ces nerfs sont les suivans :
i° Ils font partie des nerfs les moins volumineux de la colonne vertébrale, et sont surtout bien moins gros que les cervicaux inférieurs, les lombaires et les sacrés supérieurs.
20 La plupart d’entre eux, notamment les inférieurs, sont, de tous les nerfs spinaux, ceux qui naissent i\ la plus grande distance les uns des autres. Cependant les supérieurs sont plus rapprochés que les cervicaux supérieurs ne le sont entre eux.
3° La plupart ne communiquent point ensemble par des filets intermédiaires dans le canal de la colonne vertébrale. Cependant j’ai trouvé très souvent, entre la première paire et la seconde, ainsi qu’entre la seconde et la troisième, des filets qui se portaient obliquement de haut en bas et de dedans et dehors , depuis le bord supérieur du nerf inférieur jusqu’au bord inférieur du nerf placé immédiatement au-dessus. Ils m’ont toujours paru beaucoup plus petits entre la seconde et la troisième paire, qu’entre la première et la seconde.
4° Leur tronc. fournit, à sa sortie , ou immédiatement après, quelques branches minces et courtes, qui se dirigent en devant, et vont se jeter , soit dans le ganglion limitrophe le plus voisin du nerf ganglionnaire , soit, ce qui est plus rare , dans le filet de jonction entre deux de ces ganglions limitrophes. Ensuite il
(1) Et. phys. , lit». X, not. 38.
DES NERFS DORSAUX
se partage , à très peu de distance de sa sortie , en deux branches, l’une antérieure , intercostale ou sous-costale ( mrnus intercostalis, s. subcostalis ) , l’autre postérieure ou dorsale [ramus dorsalis).
La branche antérieure marche sous la côte au-dessous de laquelle le tronc sort du canal vertébral, entre les muscles intercostaux externe et interne, et s’avance aussi loin que s’étendent ces derniers. Elle accompagne les vaisseaux intercostaux, logée plus ou moins immédiatement dans le sillon de la côte. Dans son trajet elle s’éloigne peu à peu de la côte supérieure, en sorte qu’à sa partie antérieure elle est plus rapprochée de l’inférieure que de la supérieure. Elle perce ensuite les muscles intercostaux près du sternum, et devient extérieure. Chemin faisant elle fournit à ces muscles, à la partie supérieure de ceux du bas-ventre, enfin aux muscles des membres supérieurs et à la peau qui couvrent les intercostaux. ‘Ces derniers filets, appelés nerfs thoraciques externes ( rami pectorales externi), percent, l’un après l’autre, les muscles intercostaux d’arrière en avant , mais naissent tous très loin derrière l’endroit par lequel ils sortent.
Non loin de son origine , chaque branche antérieure envoie en devant plusieurs rameaux, dont les internes , la plupart du temps multiples, vont, indépendamment de ceux qui proviennent du tronc, gagner les ganglions limitrophes du nerf ganglionnaire et leurs filets de jonction, et s’anastomosent, en cet endroit, avec des rameaux analogues des nerfs dorsaux voisins, tandis que les externes, qui sont simples, passent sur la face interne des côtes, et communiquent avec ceux des deux nerfs dorsaux voisins qui vont à leur rencontre. Ces derniers manquent quelquefois dans les paires moyennes; maison n’observe pas toujours leur absence, de même qu’il n’est pas rare non plus de les y rencontrer, quoiqu’ils soient plus développés dans les paires supérieures et inférieures.
La branche postérieure se jette en arrière, entre les apophyses transverses des vertèbres entre lesquelles elle naît, arrive sous le muscle multifide du dos, et là se partage ordinairement en rameaux externes et internes, dont les derniers sont les plus petits, ceux aussi qui manquent lorsque la division n’a pas lieu.
Les rameaux internes se répandent dans le muscle multifide du dos, les demi-épineux, l’épineux, le ventre interne du sacro-lombaire, le digastrique de la nuque, le grand complexus, le petit complexus, le transversaire, la partie inférieure du splénius, les rhomboïdes, le trapèze et le grand dorsal.
Les rameaux externes se portent en dehors, sortent entre les muscles scalènes et le ventre interne du sacro-spinal, et pénètrent en cet endroit entre les deux ventres de ce dernier, dans lesquels ils se répandent, ainsi que dans les muscles superficiels du dos.
En outre ces deux rameaux s’étendent ordinairement jusqu’à la peau, ce qui ne leur arrive cependant pas toujours.
Tous les nerfs dorsaux n’ont pas le mêmç volume. Si l’on excepte le premier, qui est le plus considérable, ils vont en augmentant beaucoup de grosseur depuis le second jusqu’au dernier.
Cependant ils ne grossissent ordinairement pas d’une manière uniforme de haut en bas, suivant la remarque de Haller (1), dont Sœmmerring a constaté l’exactitude, et qui s’accorde aussi avec les résultats de mes nombreuses dissections : le quatrième , le sixième et le huitième sont plus petits que le cinquième, le septième et le neuvième.
1811. Les différences que les nerfs thoraciques présentent dans leur distribution roulent principalement sur les branches antérieures ou intercostales.
Le premier se distingue surtout des autres d’une manière remarquable. Il se dirige aussitôt en haut et en dehors, audessus de la première côte, vers le plexus brachial, et se partage, vis-à-vis de cette côte, en deux branches. L’une, proportionnellement très petite, se porte en avant, et marche sous la première côte, à la manière des branches antérieures des autres nerfs thoraciques. La seconde, beaucoup plus volumineuse et ascendante , correspond aux petits rameaux anastomotiques des autres nerfs thoraciques ; elle se réunit surle-champ avec le plexus brachial, à l’occasion duquel je décrirai son trajet ultérieur.
(1} De part. corp. hum. , t. VIII, p. 3gg.
DES NERFS DORSAUX
Les branches antérieures du second et du troisième nerl thoracique ont cela de commun qu’ellesTournissent à la peau du bras un rameau subalterne , qu’on peut appeler brachial. Toutes deux envoient d’abord quelques filets aux muscles intercostaux, percent ensuite les externes, descendent dans les tégumens de l’aisselle , se réunissent , mais non d’une manière constante, avec le nerf cutané interne du bras , et se répandent dans la partie supérieure et interne des tégumens du bras, de sorte que leurs filets, surtout ceux de la seconde paire , descendent jusqu’à l’articulation huméro-cubitale.
En devant , les branches antérieures de ces deux nerfs se terminent dans la partie antérieure des muscles grand pectoral et triangulaire du sternum. Dans leur trajet, elles ne fournissent au moins pas de rameaux constans aux muscles abdominaux.
Dans ces deux muscles , la peau de cette région et le thymus, se répandent aussi les rameaux de l’extrémité antérieure des branches antérieures des second, troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième nerf thoracique. Les rameaux pectoraux externes de ces paires pénètrent dans la partie supérieure du muscle oblique externe et du muscle droit du basventre, ainsi que dans la peau qui les couvre.
Les extrémités antérieures des branches antérieures des huitième, neuvième, dixième et onzième paire thoracique passent au-dessus des digitations costales du diaphragme , se glissent entre les muscles oblique interne et transverse du bas-ventre, distribuent des filets à ces muscles , et se portent ensuite à la face postérieure du muscle droit, ainsi qu’à la peau qui le couvre.
Les rameaux pectoraux externes de ces branches se répandent dans la partie supérieure du muscle oblique interne du bas-ventre et dans la peau sous-jacente.
Le onzième nerf thoracique donne des filets à la partie postérieure du diaphragme.
Le douzième, que Haller a décrit comme premier lombaire, s’anastomose, par une forte branche, avec la première paire lombaire, donne des filets au diaphragme, passe ensuite au devant de la partie supérieure du muscle carré des lombes,
entre lui et le tendon postérieur du transverse , lui fournit des filets, et se partage, à son bord externe, en rameaux abdominaux, profonds et superficiels. Les premiers passent entre les muscles transverse et oblique interne du bas-ventre, dans lesquels il se perdent, ainsi que dans la partie inférieure du droit et du pyramidal. Les seconds marchent entre les deux obliques, traversent l’externe, et se distribuent auxtégumens du bas-ventre , jusqu’à l’os des îles.
ARTICLE II