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III. CRISTALLIN

2002. Le cristallin (le ns crystallina ) (2) est un corps mou, arrondi, parfaitement transparent dans l’état normal , dont la

(1) Mèm. de lu soc.mcd. d’cmul , t. VIII, p. 622-624.

(2) A. F. Walter, De lente cristaltina oculi humant, Léipsick, 1712.— Petit, Mémoire sur le cristallin de l’œil de l’homme, des animaux à quatre pieds, des oiseaux et des poissons; dans Mèm. de Paris , 1 7J0, p. 4-33. — - S. -G. Sattig, De lentis crysiallince structura fibrosa , Halle, 1794. — B.- F. Baerens , Diss. sislcns lenlis crystalUnœ monograpliiam, 1819. — Leiblein , Bcmerhungen iiber dus System der Krystallinse bey Sdugtbicren und V ogeln Wurzbourg, 1821.

largeur el la hauteur sont presque toujours doubles de l’épaisseur , et dont laface postérieure est beaucoup plus bombée quel’antérieure; du moins est-il extrêmement rare qu’on trouve un rapport inverse entre ses deux faces; mais il ne l’est pas tout-à-fait autant qu’elles se ressemblent à cet égard. Ordinairement la face postérieure est un segment d’une sphère d’environ six à neuf lignes de diamètre, tandis que celle dont l’antérieure est un segment a un diamètre d’à peu près cinq lignes.

L’épaisseur et la courbure du cristallin ne sont pas toujours dans le même rapport , comme il n’en existe pas non plus un constant entre ces deux qualités et la largeur ainsi que la hauteur de la lentille.

Les cristallins des deux yeux du même homme ont quelquefois une forme très différente.

Ce corps est situé au-devant du corps vitré, dont la concavité de la face postérieure reçoit sa face postérieure au-dessous du corps ciliaire, dont la face interne s’attache en partie à sa grande circonférence. Il est placé derrière l’iris , avec lequel il n’a point de connexions.

Cependant il n’est pas libre. Une membrane mince, mais solide, transparente et beaucoup plus épaisse que celle du corps vitré, l’enveloppe exactement de toutes parts (1). Cette membrane, appelée capsule cristalline ( capsula cristallina ), est l’intermédiaire des connexions dont je viens de parler entre le cristallin et les parties voisines.

Le cristallin est libre dans sa capsule. Il n’y tient au plus que par des vaisseaux extrêmement déliés, qui se détachent de cette membrane pour pénétrer dans sa substance.

Entre lui et sa membrane capsulaire, se trouve un fluide également transparent et très ténu , qu’on nomme humeur de Morgagni ( liquor Morgagnii ) (2). ,

aoo3. Le cristallin est composé de deux substances , l’une

(1) Petit, De la capsule du cristallin ; dans Mém. de Paris, ijoo, p. 6,22-643.

(2) Graefe, Ueber die Bestimmung der Morgagnischen Feuchtigheit der Linscnkapsel und des Faltcnkranzcs; dans Reil, Archîv fur die Physiologie , t.IX, p. 225-236, et dans Abhandlungen der Erlanger Soc., t. I, p. 389-396.

DE L’ORGANE DE LA VUE

externe et molle, l’autre interne et plus dure. Ces deux substances se confondent ensemble par une gradation insensible. On appelle la première couche corticale , et la seconde noyau. Il est facile d’écraser la substance corticale entre les doigts et de la séparer du noyau.

Pour apercevoir cette structure il n’est besoin d’avoir recours à aucun procédé particulier.

Mais lorsqu’on emploie des moyens moins simples , on reconnaît que la structure du cristallin est plus compliquée qu’elle ne semble l’être au premier abord, et l’on parvient constamment à le réduire en un certain nombre de parties (1).

En effet, par la macération et par l’action des acides , ce corps se partage, dans toute son épaisseur, d’avant en arrière , en plusieurs segmens triangulaires dont les sommets sont tournés en dedans et les bases en dehors, de manière qu’ils se réunissent au centre delà lentille. En outre, chacun de ces segmens se divise lui-même en une multitude de petites lamelles, qui sont placées les unes au-dessus des autres, de dehors en dedans, et qui se recouvrent comme les tuniques d’un ognon.

Ces lames se réfléchissent d’avant en arrière sur la grande circonférence du cristallin , dans le milieu duquel elles se terminent, d’après cela, par deux pointes, l’une antérieure et l’autre postérieure. Cependant il arrive souvent que leur moitié antérieure se détache de la postérieure , et que le cristallin tout entier paraît plus ou moins sensiblement partagé en deux segmens, l’un antérieur, l’autre postérieur, par une fissure étendue de la circonférence au centre.

Les lames qui entrent dans la composition du cristallin sont unies ensemble par des fibres qui s’étendent de l’une à l’autre. Elles sont composées elles-mêmes de fibres dont la direction

(1) A. Leeuwenhoek, De formatione liumoris crystallini in variis animatibus, de substantia fibrosaquœ in oculo apparet , etc., dans Arc. nat. detect. , Delft, 1695, p. 70. — Morgagni , dans Epist. anat. A. 3o , 3i , 5a, 33. — Sattig , De lentis crystallines structura fibrosa , Halle, 1793. — Young, dans Phil. trans., 1793. — Monro, On the structure of the body of the crystalline lens and wliether the fibres whiclt enter into its composition are muscular; toc. cit., p. 85.

est parallèle à leur propre diamètre longitudinal. Par conséquent ces fibres commencent au centre du cristallin. Ainsi le tissu du cristallin estlamelleux et fibreux (1).

Entre les lames se trouve une humeur diaphane, plus abondante en dehors qu’en dedans , qui paraît ressembler à celle qu’on trouve entre la lentille et sa capsule.

Les segmens du cristallin, dans le sens de l’épaisseur, et leur texture lamelleuse, sont plus prononcés au côté externe qu’au côté interne de la lentille. C’est au contraire dans la partie interne de cette dernière qu’on aperçoit le mieux la texture fibreuse.

2004- Le cristallin se dissout presque entièrement dans l’eau. Il ne laisse pour résidu qu’une petite quantité de substance membraneuse, transparente et insoluble. Berzelius y a trouvé , sur cent parties : eau , 58,o ; substance de nature particulière , 35,9 1 hydrochlorates , lactates et matière animale , tous solubles dans l’alcool , 2,4; matière animale, soluble seulement dans l’eau, avec quelques phosphates, t,3; résidu membraneux insoluble, 2,4 (2).

Ce qu’il y a surtout de remarquable, c’est qu’à la couleur près, la substance de nature particulière, qui se coagule par l’effet de la chaleur, ressemble parfaitement à la substance colorante du sang, sous le rapport de la composition chimique. Elle contient un peu de fer, tandis qu’il y a beaucoup de carbone et de fer dans le pigment. Le sang paraît donc éprouver une décomposition telle, que les humeurs aqueuse et vitrée ne contiennent que l’eau qui contribue à le former. Voilà aussi pourquoi ces deux humeurs ne se coagulent pas.

2003. La capsule cristalline reçoit le sang par l’artère centrale de la rétine et par les vaisseaux du corps ciliaire (3).

(1) Berzelius suppose, mais à tort, qu’il renferme en outre une membrane divisée en plusieurs compartimens, par des cloisons intérieures, comme celle du corps vitré (Djurkcmi, t. II, p. 212.) Du reste, il fait observer, avec raison, qu’on ne peut pas rapporter ce corps à la classe des organes fibreux, ainsi que l’ont fait , jusqu’à un certain point , Mayer ( Ueber H islotogie, p. i3) , et , sans aucune restriction, Heusinger (Histologie. cah. I, p. 42), puisqu’il est soluble entièrement dans l’eau.

( Note des traducteurs.)

(2) Loc. cit. , p. 254. __

(3) J. G, Walter, De venis oculi et arteria centrali retinæ, Berlin, 1778.

de l’organe DE LA VDE. 2^7

L’artère centrale de la rétine se répand, en grande partie, par ses branches antérieures, sur la face postérieure de la capsule; car ses dernières ramifications, parvenues au bord antérieur du corps vitré, se réfléchissent de dehors en dedans, et convergent vers le centre de cette face. Mais il y en a aussi plusieurs petites qui passent sur le bord externe de la capsule, et qui vont se jeter sur sa face antérieure.

Quant aux artères qui proviennent du bord antérieur du corps ciliaire, elles se portent exclusivement sur la face antérieure de la capsule cristalline, et s’y anastomosent avec les ramifications de l’artère centrale de la rétine. Dans le fœtus, elles envoient, d’arrière en avant, un nombre considérable de ramuscules, qui se répandent sur la face postérieure de la membrane pupillaire.

Les vaisseaux de la capsule cristalline et ceux de la membrane pupillaire se correspondent toujours d’une manière remarquable, tant sous le rapport de la disposition que sous celui du degré de développement (i).

Enfin , les artères de la capsule, notamment celles qui naissent de la centrale de la rétine, envoient à la lentille ellemême plusieurs ramuscules très déliés, qui se répandent entre ses lames, de manière que la nutrition de ces dernières ne se fait pas, du moins entièrement , par l’absorption du liquide qui les entoure.

On n’a pas encore démontré d’une manière précise les veines de la capsule cristalline, quoiqu’on en connaisse qui marchent sur sa face postérieure. Celles-ci se jettent dans les veines de la choroïde , avec lesquelles elles s’abouchent à la face externe de la lame ciliaire (2).

Au reste, dans l’état normal, il ne circule de sang rouge ni dans le cristallin ni dans le corps vitré.

On n’a point découvert de nerfs dans le cristallin, non plus que dans sa capsule. '

(r) Huhter, datts Med. commcnlarics , Londres, 1762, p. 63 , note.

(a)W lter, loc. cil., p. 28, 29.

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