CHAPITRE PREMIER
2040. Les organes digestifs sont composés d’un canal non interrompu , ouvert à ses deux extrémités , et de plusieurs appendices qui communiquent, d’une manière directe ou médiate , avec divers points de l’étendue de ce canal, dans l’intérieur duquel ils versent un liquide préparé par eux.
On donne au conduit le nom de canal ou tube alimentaire (canalis , s. ductus cibarius ). Son extrémité supérieure est la bouche (os) , et l’inférieure Vanus (anus). Ces deux ouvertures sont situées presqu’en face Tune de l’autre, sur la même ligne. On partage le canal en plusieurs portions séparées les unes des autres, d’une manière incomplète, par des saillies valvulaires, auxquelles 011 a donné des noms tirés soit de leur fonction , soit de leur forme. Il convient surtout d’admettre trois de ces parties, différentes sous le rapport de la structure , des fonctions et de la situatioh , et qui offrent toutes trois la répétition du même type. Ce sont la portion supérieure , la portion moyenne , et la portion terminale. La première occupe la tête, le cou et la poitrine. Les deux autres , qui forment la plus grande partie de l’appareil digestif, remplissent presque entièrement la cavité du bas-ventre. La portion supérieure se compose de la cavité orale ( cavurn oris), du pharynx (pharynx), dont la capacité est moins considérable que celle de la bouche, et de l'oesophage ( gula , œsophagus ) , canal encore plus étroit , avec lequel le pharynx se continue. Immédiatement après avoir traversé le diaphragme, le canal alimentaire se dilate pour produire une seconde poche , appelée estomac ( ventriculus , stomachus ) , qui est le commencement de la portion moyenne. Vient ensuite une seconde partie rétrécie , Y intestin grêle (inteslinum tenue) } qu’on partage , d’après de légères différences peu essentielles, en duodénum (intestinurn duodénum) , jéjunum (intestinuni jéjunum ) et iléon ( intestinuni iléon ). Ce dernier se continue 5. 19
avec la portion terminale du canal intestinal, le gros intestin ou colon ( inteslinum colon, s. crassum ) , qu’on divise, d’après ia situation et la direction de ses diverses parties, en colon ascendant (colon adscendens) , colon transverse ( colon transversum ) et colon descendant ( colon descendens ) . Celui-ci se continue aussi avec le rectum (intestinum rectum ), qui aboutit à l’anus. L’intestin grêle et le gros intestin, pris ensemble, portent le nom de canal intestinal (ductus , s. canalis intestinalis ) .
Les appendices ou annexes du canal intestinal sont des organes glanduleux, du genre des glandes conglomérées, les glandes salivaires et le foie.
Les glandes salivaires (glandulæ salivares ) sont situées, les unes autour de la cavité orale, dans laquelle elles versent leur produit, les autres dans la cavité abdominale, au voisinage de l’extrémité supérieure de l’intestin grêle. On les distingue par conséquent en orales ( glandulæ salivares orales ) et abdominales ( glandulæ salivares abdominales ).
Le foie ( jecur , hepar ) occupe également la cavité du basventre. Le fluide qu’il sécrète, et qu’on appelle bile, se verse dans le duodénum, au même endroit que celui qui est fourni par la dernière glande salivaire.
On rencontre en outre, dans-l’abdomen, un organe glanduliforme, mais dépourvu de canal excréteur , qui porte le nom de rate ( splen , lien ) .
Toute la portion de l’appareil digestif qui se trouve contenue dans la cavité du bas-ventre est, à l’exception de la partie inférieure du rectum , enveloppée par une membrane séreuse commune, le péritoine (peritonœum ).
2041. Le canal alimentaire (1) offre plusieurs caractères généraux qui ne subissent que de simples modifications dans les trois portions dont il se compose.
Le tube qu’il représente est composé de plusieurs couches, qui appartiennent à des systèmes difiérens, de manière que chacune d’elles concourt d’une manière particulière à la fonction générale.
(1). F. Gtissoo Ve vcntriculo et inteslinis , Londres, 1676.
La plus intérieure et la plus essentielle de ces couches est la membrane muqueuse ou villeuse (lunica mucosa , s. intima 3 s. cribrosa, s. villosa ). Elle est molle, et plus ou moins abondamment pourvue de vaisseaux sanguins. Elle renferme une multitude de petits culs-de-sac ou de petites glandes mucipares. Le mucus qu’elle sécrète sans cesse, et un autre fluide, moins épais, qui s’en exhale aussi continuellement, humectent sa surface. Elle entre en contact immédiat avec les substances ingérées du dehors. Les liquides qu’elle sécrète établissent également un rapport chimique et dynamique entre elle et ces mêmes substances , puisqu’on vertu de son action sur elles elle modifie leur composition, et les divise en deux parties, dont l’une, le chyle ( chylus ), sert <\ la nutrition, tandis que l’autre, les matières fécales ( fœces ) , n’étant plus propre à rien, se trouve expulsée au dehors. Le chyle, à son tour, opère en elle une modification telle, qu’il pénètre dans les vaisseaux absorbans dont son tissu est parsemé.
Les différences que cette membrane présente sont relatives principalement :
i° A son degré d’épaisseur;
20 A la quantité de vaisseaux sanguins qu’elle reçoit ;
3° A sa couleur, qui dépend du nombre de ses vaisseaux;
4° A sa solidité ;
5J A son étendue, mesurée comparativement à celle de s autres membranes ;
6“ A la présence ou à l’absence de prolongemens et de plis saillans dans son intérieur, et d’un volume plus ou moins grand, qu’on appelle, les premiers, valvules, les autres, villosités ;
70 A la nature de sa surface, qui est lisse ou rugueuse, circonstances qui dépendent toutes deux de la condition précédente;
8° Au nombre des glandes mucipares;
90 Au volume de ces glandes;
io° A leur disposition et à leur situation.
On peut établir en loi générale que e développement des inégalités de la face interne est en raison in verse de celui des follicules mucipares, ou, pour exprimer le fait d’une ma-
aga anatomie spéciale.
nière plus générale , que les saillies sont en raison inverse des excavations, que les premières sont d’autant plus prononcées qu’il y a davantage de matière nutritive dans la substance qui remplit le canal intestinal, et que les excavations sont d’autant plus marquées que la substance contenue dans ce canal se rapproche davantage des matières excrémenlitielles.
Considérée depuis le commencement de l’estomac jusqu’à l’extrémité du canal intestinal, cette membrane a pour caractère général d’être parsemée d’une multitude d’ouvertures très petites, et serrées les unes contre les autres, qui sont les orifices de glandes simples et très peu volumineuses (i).
A sa surface on trouve une seconde membrane, appelée nerveuse, ou mieux celluleuse ( tunica nervea , cellulosa ).
Cette membrane n’est autre chose qu’un tissu muqueux condensé, dans lequel les plus gros troncs des vaisseaux et des nerfs se répandent avant de gagner la membrane muqueuse.
Elle contribue beaucoup à déterminer la forme du canal intestinal et de ses replis.
La membrane la plus extérieure est la tunique musculeuse s( tunica musculosa ).
Cette membrane se compose partout de plusieurs couches superposées, dont on compte au moins deux, qui sont placées immédiatement l’une au-dessus de l’autre, et qui ne sont séparées que par une couche très mince de tissu muqueux.
En général la couche extérieure est formée de fibres longitudinales , qui marchent parallèlement à l’axe du canal intestinal ei du corps. Elle est plus mince que l’interne, et la plupart i du temps elle n’est pas étendue d’une manière aussi uniforme sur l'intestin.
L’interne, au contraire, est composée de fibres circulaires , et plus forte que l’externe. Elle entoure complètement le tube> de l’intestin.
Les différences que cette tunique musculeuse offre, dans les diverses régions du canal alimentaire, sont relatives :
(l) Galeali, De tunica inicstinorum cribrosâ; dans Comm. Bonon. 1. 1, — Duverney, OEuvres anatomiques , t. I, p. 48°, — A. Meckel, Sur ta structure de la membrane muqueuse des intestins dans l’homme et dans quelques animaux; dans Journ. compl. des sc. méd. , t. VII, p. 209.
i° Au rapport qui existe entre elle et le principe spirituel , suivant que les mouvemens dont elle est susceptible reconnaissent ou non l’empire de la volonté;
20 A son épaisseur et à sa force ;
3° A sa texture plus ou moins complexe ;
4° A sa couleur ;
5° A ses attaches , suivant qu’elle s’insère à des os , ou qu’elle ne tient aux parties voisines que par le moyen du tissu muqueux.
Outre ces trois couches, il en existe encore deux autres, moins généralement répandues: l’une, analogue à l’épiderme, tapisse la membrane interne ; l’autre , fournie par le péritoine, enveloppe la tunique externe.
Le caractère le plus général des appendices glanduleux du canal alimentaire consiste en ce que ces parties, la rate exceptée, sont des prolongemens de la membrane muqueuse et de la tunique celluleuse, qui se ramifient chacun à la manière des branches d’un arbre. Elles ne diffèrent donc des glandes mucipares dont la face externe de la tunique villeuse est parsemée, que parce qu’elles sont en quelque sorte plus individualisées, parce qu’elles sont plus concentrées sur quelques points du canal alimentaire.
ARTICLE PREMIER