ÉTAT AHOBUAL
2046. L’état anormal le plus remarquable de la cavité orale est celui qui arrive quand elle persiste dans sa configuration primitive, c’est-à-dire lorsque sa communication avec la face et les fosses nasales se maintient , et que les fissures primordiales ne s’oblitèrent point. Cet état est désigné, à la lèvre supérieure, sous le nom de bec-de-lièvre , et à la voûte palatine, sous celui de scission du palais (1). Ordinairement alors la solution de continuité , soit à la lèvre , soit au palais, la luette exceptée, ne correspond point à la ligne médiane, mais se trouve sur l’un ou sur l’autre côté, attendu que cette situation est aussi celle des fissures par lesquelles les deux lèvres communiquent primitivement avec la face. De même , dans la simple scission du palais , on remarque presque toujours que c’est la portion antérieure et inter-maxillaire de l’os maxillaire supérieur d’un côté, qui est séparée de la postérieure; du moins est-il rare que la solution de continuité soit située sur la ligne médiane, que les os intermaxillaires tiennent chacun à l’os maxillaire correspondant , et que les deux os maxillaires eux-mêmes, avec les palatins, soient séparés symétriquement l’un de l’autre et de la cloison des fosses nasales (2). La manière dont la luette se développe explique pourquoi c’est sur la ligne médiane qu’on observe les scissions qu’elle peut offrir.
Ce qu’il y a de remarquable c’est que , quelque considé-
(1) Sandifort, De laiilo leporino congenito , duplici et compticato ; dans Obs. anat. palltol. , lib. IV, c. ni.- — Tenon, Sur quelques vices de la voûte palatale; dans ses Mém. et obs. sur l’anatomie, Paris, 1816, p. 2^5.
(2) Tenon , loc. cit. , obs. 1.
rable que soit ce vice de conformation, on le voit quelquefois disparaître dans un âge plus avancé , et se réduire aux conditions normales du type régulier; la portion osseuse du palais prend de l’accroissement, soit d’elle-même, soit après la guérison du bec-de-lièvre, et le vide qui existait entre les cavités orale et nasale se remplit peu à peu. Ce fait vient à l’appui de la conjecture que j’ai émise précédemment (§ 2046), celle que, dans le fœtus lui-même, les deux moitiés de la luette s’unissent quelquefois ensemble après l’époque à laquelle se fait ordinairement leur jonction.
La cavité orale est sujette aux altérations de texture qu’il est ordinaire de rencontrer dans toutes les membranes muqueuses. Une des plus rares anomalies de ce genre consiste dans le développement de poils, qui ont été observés une fois à la surface d’une tumeur enkystée, dans l’arrière-gorge d’un enfant nouveau-né (t). On prétend aussi en avoir vu sur la langue (2).