‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologiqueChapitre 189 sur 289 · I. GLANDE THYROÏDE · texte numérisé non relu

I. GLANDE THYROÏDE

A. ÉTAT PAIIFA1T.

2320. La glande thyroïde ( glandula thyroidea ) (1) est située en devant et sur les côtés de la partie supérieure de la trachée-artère et du pharynx.

Elle se compose d’une partie moyenne , la plupart du temps un peu rétrécie, mince, et haute de quatre lignes environ, qu’on appelle isthme ( islhmus ), et de deux parties latérales, ou cornes , qui se dirigent de bas en haut, et se terminent en pointe.

La partie moyenne est située immédiatement au-dessous du larynx, au-devant des trois ou quatre anneaux supérieurs de la trachée-artère. Les deux cornes s’étendent inférieurement jusqu’au sixième ou au septième anneau, et supérieurement jusqu’à la corne inférieure du cartilage thyroïde.

Ordinairement on voit se détacher plus ou moins de son milieu, une corne médiane, la plupart du temps simple, rarement double, que Lalouette appelait la pyramide. Il est rare que cette corne soit parfaitement cylindrique, et la plupart du temps elle correspond davantage au côté gauche qu’au côté droit (2), ce qui mérite d’être remarqué à cause du

(1) P. Evertze, De glandula thyroidea, Leyde, 51708. — Santorini , Obs.anat., cap. vi-xvii. — Duvernoy, Obs. anat. 2, 3, 4î dans Comm. Petrop, t. VII, iy4o, p. 216-218. — Lauth, De glandulâ ihyroideà, Strasbourg. 1742- — Morgagni, Ep. anat., Venise, 1763, t. IX, § 3o-4o. — Uttini, De glandulce thyroidece usa ; dans Comm. Bonon. , t.VII, p. i5- 23. — Lalouette, Recherches anatomiques sur ta glande thyroïde-, dans Mém. près., t. I, 1750, p. 159-175. - — Gunz, Obs. anat. I. sur la glande thyroïde, ibid., p. 283-284. — Schmidtmuller, Ueber die Ausfùhrungs gange dcr Sehilddritse , Landshut, 1804.— B. Hofrichter, Mémoire sur la thyroïde, dans Journ. compl. des sc. méd., t. X, p. 21.

(2) Duvernoy, loc. cit. — Lalouette, loc. cit. p. i63. — Morgagni, Ep. IX, a. 34. — Schmidtmuller , loc. cit.

développement plus considérable que l’hyoïde olïYe presque toujours de ce même côté. Elle remonte en devant du cartilage thyroïde jusqu’à l’os hyoïdien moyen, où elle se perd, en s’amincissant peu à peu.

L’existence de cette corne est un fait bien plus commun que son absence (1) ; il faut donc attribuer au hasard ou à des dissections peu soignées, les assertions des auteurs qui prétendent !e contraire (2).

232 7. Elle est ordinairement entourée d’un muscle particulier et impair, l 'élévateur de la glande thyroïde ( musculus levalor glandnlœ thyroideœ), dont l’extrémité supérieure s’attache en général au corps de l’hyoïde, mais qui, quelquefois aussi, ne s’étend pas aussi haut, et prend son insertion au bord inférieur du cartilage thyroïde. Dans ce dernier cas, la corne moyenne est elle-même très peu développée.

Ce muscle participe à la disposition non symétrique de la corne moyenne de la glande thyroïde, de manière qu’ordinairement il appartient davantage à la moitié gauche de celte dernière qu’à sa moitié droite; cependant il ne s’attache pas toujours au même côté de l’hyoïde ou du cartilage thyroïde, mais passe quelquefois obliquement devant la trachée-artère ou lelarynx, pourgagner le côté opposé. Cette disposition, qui le rend en apparence moins symétrique encore, quoiqu’elle tende réellement à rétablir la symétrie, a lieu surtout lorsqu’il se fixe au cartilage thyroïde; il prend alors son insertion au bord interne de ce dernier, en dehors du muscle crico-thyroïdien.

2328. Chacune des cornes latérales a ordinairement deux pouces de haut, tandis que la hauteur de l’isthme n’est que d’un pouce. La largeur totale de la glande est de trois pouces environ; celle de chaque corne, de neuf lignes. La glande entière pèse environ une once.

2329. La glande thyroïde est d’un rouge sale-, d’un tissu

(1) Je l’ai trouvée presque toujours, et Morgagni ( Ep . annt. IX, a 36) n’a observé son absence que six fois sur un nombre considérable de cadavres.

(2) Schmidtmuller, toc. cit p. 29.

assez ferme et assez solide. Sa surface est lisse. Elle n’a point de capsule propre, et n’est entourée que par un tissu cellulaire condensé. Elle se compose de grands et de petits lobules arrondis, irréguliers, enveloppés chacun par une gaine celluleuse, et entre lesquels se répandent les vaisseaux. Elle ne renferme pas de cavité dans l’état normal ; cependant lorsqu’on pratique une incision, soit sur les lobules eux-mêmes, soit entre eux, la plaie laisse suinter une grande quantité d’un fluide analogue à la sérosité du sang.

235o. Depuis long-temps on agite la question de savoir si la glande thyroïde a des conduits excréteurs.

Plusieurs anatomistes, en particulier Vater (1), Santorini (2), Coschwitz (3) et Schmidtmuller (4), ont cru apercevoir un ou plusieurs conduits qui s’étendaient de la glande dans le larynx ou la trachée-artère. Ils ont surtout tenté de faire considérer la corne moyenne comme un canal excréteur, tant à cause de sa forme qu’en raison des ouvertures que le larynx offre précisément à la hauteur de son extrémité supérieure. Mais les observations qu’on invoque à l’appui de cette opinion sont si peu péremptoires, et les plus recommandables parmi les anatomistes qui les ont faites, y ont attaché euxmêmes si peu d’importance, qu’on est réellement fondé, jusqu’à présent, à considérer, avec Duvernoy , Morgagni et autres , la glande thyroïde comme dépourvue de conduits excréteurs , ou comme n’en ayant d’autres que les vaisseaux lymphatiques.

Comme la thyroïde est bien plus volumineuse, proportion gardée , durant les premières périodes de la vie , et qu’en particulier sa corne moyenne est alors beaucoup plus développée que chez l’adulte, peut-être le canal excréteur existe-t-il à cette époque, et s’oblitère-t-il à mesure que la glande se trouve restreinte dans son développement, de même qu’il arrive sou-

(1) Denov. duci.saliv. in linguâ liumanâ ; dans Haller, Colt, diss, t. I, p. 63.

(2) Loc . cit., p. 1 15.

(3) Ductus salivai, novus plurib. observ, itlastr., Halle, 1729, p. 10.

(4) Loc. cit., p. 45-5 1.

vent que le développement incomplet des glandes , par vice de conformation, est le résultat de l’absence ou de l’oblitération de leurs conduits excréteucs.

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