D. ÉTAT ANORMAL
2333. La glande thyroïde est quelquefois, mais tr'ès rarement, ainsi que Morgagni l’a déjà dit (i) , partagée en deux moitiés tout-à-fait distinctes et séparées l’une de l’autre. Cette anomalie est très remarquable, à cause de ses rapports avec l’état de l’organe dans les premiers temps de la vie intra-utérine, et parce qu’on la rencontre, à l’état normal, chez la plupart des mammifères. Une disposition qui s’en rapproche, consiste dans l’étroitesse considérable de la portion moyenne ou de l’isthme.
Quelquefois il n’y a qu’une portion d’un lobe qui soit séparée du reste de la glande (2).
Un vice de conformation assez commun, mais presque toujours consécutif, et très rarement congénial, consiste dans l’accroissement, souvent énorme, de la thyroïde, qui constitue le goitre ( struma ), et qui est endémique dans les vallées
(1) Ep. IX, a. 5o.
(2) Haller, El. physiol., t. III, p. 3g6.
étroites, dans les contrées montagneuses. Cependant il s’en faut de beaucoup que le goitre soit toujours dû à une simple augmentation de volume de la thyroïde; il lui arrive fréquemment aussi de n’être que la suite du développement de formations nouvelles dans le tissu de cet organe, ou du moins d’offrir la complication des deux états.
L’hypertrophie de la thyroïde, quand elle n’est point endémique , s’observe beaucoup plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes. Elle se déclare surtout au temps de la puberté (1), de la grossesse , de la parturition ou des couches.
Les formations anormales que l’on rencontre dans la thyroïde, sont principalement des répétitions d’élémens organiques normaux, tels que kystes séreux, remplis de fluides très divers, cartilages, fibro-oarlilages et os. Il arrive fréquemment que toutes ces formations existent à la fois.
2334. De tout ce qui précède, il découle , comme j’en ai déjà fait la remarque ailleurs, que, tant à cause de tous les états morbides auxquels elle est sujette, qu’en raison de sa situation et de sa forme, la glande thyroïde répète la prostate et la matrice dans la moitié supérieure du corps. Ce rapprochement me paraît d’autant plus juste, qu’on rencontre souvent, chez le même sujet, les mêmes anomalies dans ces deux parties du corps à la fois.