II. THYMUS
A. Etat normal.
2335. Le thymus ( glandulus thymus , s. corpus thymianum ) (2) est un corps irrégulièrement carré ou triangulaire ,
(1) Journal de médecine de Sédittot, t. LVII, p. 4.16. On y lit le cas remarquable d’un garçon de quatorze ans, chez lequel la thyroïde se tumétia tellement, sans cause externe, qu’elle détermina la suffocation.
(2) G. -B. Metzger, Hist. anat. med. thymi , Tubingue, 1679. — G. -H. Muller, De glandulâ thymo, Leyde, 1705. — Verheyen, De thymo, Leyde, «706. — G. Bidloo, Defens. exer. , de thymo, Leyde, 1707. — J.-G. Duvernoy, dans Comm, Petrop., t. VII. — A.-L. de Hugo, De gtandulis et speeiatim de thymo, Goettingue, 1746. — G. Hewson, Experimental inqniries, pars ni, Londres, 1717. — Lucæ, Anatomische Untersttchungen der Thymus in Menschen und Tliieren , Francfort, 1811-1812.
dont la base regarde en bas et le sommet en haut, qui occupe la partie supérieure et antérieure du médiaslin antérièur, où il se trouve placé immédiatement derrière le sternum , devant la base du cœur et les gros vaisseaux. Il remonte aussi plus ou moins hors de la poitrine , â un demi-pouce de distance à peu près , et s’étend sur la face antérieure du cou , où il est couvert par les muscles sterno- hyoïdiens et sterno- thyroïdiens.
Sa hauteur et sa largeur surpassent de beaucoup son épaisseur. Ordinairement aussi il est plus long que large. Quoiqu’il se rétrécisse peu à peu vers son sommet , cependant il offre presque toujours un renflement plus ou moins considérable à son extrémité supérieure.
2356. Sa couleur est le blanc rougeâtre, et sa consistance molle.
Ses vaisseaux, qui ne sont pas très considérables, et qui naissent en devant, y pénètrent de haut en bas, d’arrière en avant et d’avant en arrière. Mais chacun de ses lobes n’a pas de troncs qui lui appartiennent en propre , et en reçoit toujours de plusieurs régions à la fois.
2337. Indépendamment d’une enveloppe extérieure, qui lui est fournie par lemédiastin antérieur , le thymus a encore une capsule propre celluleuse , moins dense et moins solide , au-dessous de laquelle la graisse s’amasse de distance en distance, chez les sujets qui ont de l’embonpoint, mais sans cependant s’y accumuler jamais en quantité bien considérable.
Après qu’on a enlevé cette capsule , le thymus se partage de lui-même en deux moitiés, l’une à droite, l’autre à gauche. Ces deux lobes latéraux ne tiennent ensemble que par un tissu cellulaire, très lâche, et par les vaisseaux qui les pénètrent, de manière qu’il serait réellement plus exact d’admettre deux thymus.
Ces deux moitiés , qui sont également triangulaires , et dont les faces internes s’appliquent immédiatement i’une contre l’autre, dans toute leur longueur, ont de l’analogie ensemble pour la forme et le volume , mais ne se ressemblent cependant pas entièrement , et l’une d’elles est quelquefois d’un dixième environ plus volumineuse et plus pesante que l’autre.
Il suffit de contempler l’enveloppe extérieure du thymus pour se convaincre que sa surface n’est pas lisse et uniforme , mais partagée en plusieurs lobes de grandeur différente , qui sont eux-mêmes composés de lobules moins profondément séparés les uns des autres , entre lesquels les deux enveloppes externes ne s’enfoncent pas plus qu’entre les deux grands lobes latéraux, et qui ne sont unis que par un tissu cellulaire lâche et par des vaisseaux.
2358. Lorsqu’on coupe le thymus , il en découle spontanément, ou par la pression , un liquide différent de sa propre substance, plus ou moins abondant , assez épais, et blanchâtre, qu’on ne peut mieux comparer qu’â celui qui se rencontre, chez les ruminans, entre la portion du placenta qui appartient à la mère et celle qui appartient au foetus.
Les opinions sont partagées à l’égard des relations qui existent entre ce liquide et la substance de l’organe. A cette question se rattache celle de savoir si le thymus renferme ou non une cavité-
Suivant plusieurs anatomistes il n’y a point de cavité dans la glande , et le fluide dont il s’agit se trouve contenu , par conséquent, dans sa substance même. Selon d’autres, les lobules seuls sont véritablement creux. Quelques uns enfin admettent une grande cavité dont les parois sont formées par la substance de l’organe.
Je crois devoir me ranger à cette dernière opinion ; car , en examinant des thymus très frais-, j’ai plusieurs fois aperçu une grande excavation dans chacun des deux lobes latéraux , soit seulement en les coupant , soit en y poussant légèrement de l’air. Cette cavité est tapissée par une membrane mince et lisse. Elle communique avec celles qui existent dans les lobules, et contient uue grande quantité du fluide dont j’ai parlé plus haut.
Cependant j’ai quelquefois trouvé cette excavation moins apparente, de manière qu’il est très possible que la disposition intérieure du thymus ne soit pas toujours parfaitement la même. C’est ainsi que, dans certaines circonstances, les cavités latérales sont divisées en plusieurs compartimens par des cloisons intermédiaires. On rencontre même quelquefois
DES ORGANES DE L\ RESPIRATION. 54g
la disposition que les partisans de la seconde opinion disent être constante , et à laquelle la précédente conduit par une gradation insensible.
233g. Le thymus ne persiste pas pendant toute la vie.
On commence à en apercevoir les premières traces au troisième mois de la grossesse.
Il est d’abord, proportion gardée, plus petit qu’à une époque plus avancée, et son volume proportionnel augmente jusqu’au moment de la naissance.
Dans le fœtus à terme, son poids s’élève à une demi-once, terme moyen, et il pèse quelquefois une drachme de plus lorsque l’enfant est d’une complexion robuste.
Il se développe de haut en bas, mais s’accroît de bas en haut.
Quoique son volume proportionnel ne soit plus aussi considérable jusqu’à la fin de la première année, et quelquefois même jusqu’à celle de la seconde, il continue de croître, pendant toute cette période , dans la même proportion que chez le fœtus à terme.
Mais, à cette époque, il s’atrophie, ses vaisseaux se rapetissent, et le fluide qu’il sécrète diminue. Il s’efface en sens inverse de celui dan9 lequel il s’était formé , c’est-à-dire de bas en haut.
On n’en trouve ordinairement plus aucune trace à douze ans, et la place qu’il occupait est alors remplie par de la graisse.
De tout cela on doit conclure qu’il ne subsiste que pendant un cinquième à peu près de la vie, et que l’énergie de sa fonction baisse long-temps avant qu’il s’efface. L’époque à laquelle il est le plus florissant correspond par conséquent à une tout autre période que celle pendant le cours de laquelle la plupart des autres organes ont atteint leur plus haut degré de développement.
234o. J’ai déjà indiqué d’une manière générale les fonctions qu’il remplit. Plusieurs portent à croire qu’il a des connexions très intimes avec la respiration , et qu’il la supplée plus ou moins. Cependant on peut très bien concilier les deux conjectures l’une avec l’autre, puisque, d’après cc que j’ai dit plus
haut, le thymus aurait pour usage de préparer le sang à subir l’élaboration parfaite qui doit lui être imprimée par la respiration.
B. État anohmal.
a34i- L’anomalie la plus considérable du thymus consiste dans son absence , que l’on observe ordinairement dans la véritable acéphalie.
Sa petitesse , lorsque d’ailleurs le développement de l’organisme est parfait sous le rapport du nombre des parties, coïncide surtout avec l’état languissant de la nutrition générale. J’ai quelquefois aussi rencontré cette anomalie avec la fausse acéphalie.
Il est rare que, dans la même circonstance, le thymus soit partagé en plusieurs lobes, dont on a compté jusqu’à cinq (1).
Sa persistance au degré de développement qui le caractérise dans les premiers de la vie, accompagne quelquefois les vices de conformation du cœur et les états des poumons qui s’opposent à ce que l’hématose se fasse d’une manière parfaite (2). Elle fournit donc un argument à l’appui de l’opinion que j’ai émise au sujet de ses fonctions.
Cet organe disparaissant de très bonne heure, il est proportionnellement rare d’y rencontrer des altérations de texture. Cependant on peut citer comme telles des tumeurs de diverses espèces , quoique, dans beaucoup de cas, celles dont parlent les auteurs se soient développées seulement à l’endroit qu’occupait autrefois le thymus et après sadisparition,
(') Meckel, Handbuch dcr palhologischcn Anatomie, t. I, p. 488.
(2) Meckel, Abhandlungcn, p.
DE L’APPAREIL URINAIRE