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B. FONCTIONS DES ORGANES URINAIRES

2366. Les organes urinaires ont pour fonction de sécréter et d’excréter l 'urine Çurina, lotium).

Les qualités physiques qui caractérisent ce liquide sont sa couleur jaune, sa ténuité, sa transparence, son peu de viscosité , et surtout son odeur particulière.

L’urine est composée d’un nombre très considérable de parties constituantes , dont les proportions , et même aussi le nombre et la nature, varient plus, à des époques différentes, qu’elles ne le font dans aucun autre liquide animal.

Un des principaux caractères de sa composition chimique

consiste dans la grande quantité d’eau qu’elle contient, et qui en forme au moins les neuf dixièmes.

Les substances que, dans l’état normal , on y rencontre toujours ou presque toujours en dissolution dans l’eau, sont:

i° L'urée, la plus riche de toutes les substances animales en azote, puisqu’elle en contient trente-deux parties sur cent, d’après Fourcroyet Vauquelin, quarante-trois suivant Bérard, et même quarante-six selon Prout, tandis qu’il n’y en a qu’environ vingt dans la fibrine;

2° Une matière animale insoluble dans l’alcool ;

3° Plusieurs acides, savoir l'urique (i)etle lactique;

4° Plusieurs sels, tels que lactate d’ammoniaque, sulfate de potasse, sulfate de soude , phosphate de soude, hydrochlorate de soude, phosphate d'ammoniaque, hydrochlorate d’ainmoniaque et phosphates terreux avec un peu de fluate calcaire;

5° Un peu de silice (2).

Outre ces substances qui entrent régulièrement dans la composition de l’urine, les sens y font quelquefois reconnaître la présence de plusieurs principes constituans des corps qui ont été introduits dans l’économie par diverses voies. Ainsi, par exemple, la rhubarbe communique une couleur jaune foncée à ce liquide, et les asperges lui donnent une odeur désagréable.

Quoique ees substances se rencontrent aussi en quantité plus ou moins notable dans d’autres humeurs excrémentitielles , notamment dans celles qui s’exhalent parles poumons et par la peau, ou dans les matières expulsées immédiatement par le canal intestinal, cependant c’est dans l’urine qu’on les trouve de préférence, de sorte que l’appareil urinaire paraît être le principal organe destiné à éconduire tous les matériaux qui ne sont pas susceptibles d’être assimilés. Il doit nécessairement exercer une attraction particulière sur ces substances, afin de pouvoir en débarrasser le sang et remplir sa fonction.

(1) Il paraît probable, d’après les expériences de Prout, que l’acide

urique n’existe point dans l’urine à l’état libre, mais qu’il y est combiné avec 1 ammoniaque ( Traité delà gravetle; trad. par Mourgué, Paris, 1822, p. 27). L’acide lactique serait donc alors la seule cause de l’acidité qui caractérise l’urine dans l’état normal. ( Note des traducteurs.)

(2) Berzelius, Annales de chimie, t. LXXXIX, p. 22.

DE d’appareie URINAIRE. 569

Cet appareil est également le principal agent de la dépuration dans l’état morbide ; aussi l’urine subit-elle des modifications plus ou moins notables dans toutes les maladies générales.

2367. Mais l’urine offre constamment encore des différences relatives au laps de temps plus ou moins considérable qui s’est écoulé entre son émission et l’ingestion des alimens ou des boissons. C’est là-dessus que se fonde la distinction qu’on a établie entre Y urine de la boisson et Vitrine de la digestion ou du sang. Mais il faut convenir que ces différences sont fort légères.

L’urine de la boisson, celle qu’on rend immédiatement après le repas, est très aqueuse et limpide. L’urine de la digestion, celle qu’on rend quelques heures après avoir mangé, pendant le travail digestif, est plus foncée,^ moins aqueuse, plus odorante, et offre ordinairement l’odeur et la saveur des substances alimentaires, surtout de quelques unes d’entre elles. Celle enfin qu’on rend lorsque la digestion est achevée, ou l’urine proprement dite et parfaite, est plus chargée en couleur et moins abondante; elle n’a plus les caractères des substances ingérées dans l’estomac, mais présente au contraire la saveur et l’odeur caractéristiques de l’urine proprement dite.

D’après des expériences comparatives, l’urine de la boisson ne contient qu’un treizième de l’urée, un seizième de l’acide urique et un quart des sels de l’urine de la digestion ou du sang.

2368. Depuis long-temps on agite, sans l’avoir encore résolue , la question de savoir si les matériaux constituans de l’urine ne sont conduits à l’appareil urinaire que par le système vascu-, laire , ou s’ils y arrivent immédiatement par une voie plus courte, si par conséquent il existe ou non des voies urinaires clandestines (vice urinanœ clandeslinœ).

Les argumens qu’011 cite en faveur de l’existence de ccs voies sont (1) :

(1) C.-G. Kratzenstein, Theoria fluxits diabetici ejusque sanandi methodus, Halle, 1746. — Darwin , Zoonomie, t. 1.— Wollaston , dans Phit r

i° La rapidité avec laquelle les boissons , l’eau froide surtout, sont expulsées par les urines, et principalement la grande quantité de liquides qui se trouve évacuée en peu de temps par cette voie, soit que ces liquides aient été introduits dans le canal intestinal , soit qu’on les ait injectés dans la cavité du bas-ventre.

2° Le passage de plusieurs substances dans l’urine sans qu’elles aient éprouvé aucun changement , et dont j’ai rapporté des exemples plus haut.

3° La présence dans l’urine, ou dans les vaisseaux lymphatiques situés entre le mésentère et l’appareil urinaire, soit de ces substances , soit d’autres matériaux , engendrés même dans le corps, comme le sucre des diabétiques , quoique le sang n’en renferme aucune trace.

4° La présence de l’urine dans la vessie, quoique les reins eussent été détruits, que les uretères eussent été liés, que les reins n’existassent même point , ou qu’il n’y eût au moins pas de communication entre eux et les uretères.

5’ La présence dans la vessie de corps solides introduits dans le corps par la voie de la déglutition , ou de toute autre manière.

6° La sympathie très active qui existe entre la vessie et l’estomac.

Quant à la manière dont les substances contenues dans l’urine pourraient arriver l’appareil urinaire sans passer par le système vasculaire , ou l’explique de plusieurs manières différentes :

i° Suivant les uns , il n’y a pas de voies visibles, mais le phénomène dépend d’une simple transsudation qui se fait des parties voisines, et notamment du canal intestinal, dans lu vessie , par l’intermédiaire du tissu muqueux (î).

trans. 1S11. — Treviranus, Biologie t. IV, p. 5i3-5îi. — Morichini, dans Mem. delta soc. ital. , t. XVII. — Tiedemann et Gmetin, Recherches sur la route que prennent diverses substances pour passer de l’estomac et du canal intestinal dans le sang , sur la fonction de la rate et sur les voies eqehées de l urine, trad. de l’allemand, Paris, 1821.

(1) Treviranus, Biologie, t. IV, p. 5i3-52 1 .

de l’appareil URINAIRE. ^ 5?I

2° D’autres admettent un mouvement rétrograde dans les vaisseaux lymphatiques et l’appareil urinaire , et allèguent même en leur faveur des cas dans lesquels on aurait trouvé les valvules de ces vaisseaux dirigées en sens inverse et tournées contre le cœur.

13° Quelques uns enfin admettent des canaux particuliers , situés entre l’estomac et l’appareil urinaire.

2569. Mais il est très facile de réfuter soit les argumens eux-mêrnes , soit les méthodes d’exploration (1).

On ne peut rien conclure des deux derniers argumens , car la sympathie entre l’estomac et l’appareil urinaire ne dépend pas de connexions mécaniques entre les deux organes , et la pénétration des corps solides dans la vessie est le résultat de voies insolites que ces corps se fraient en vertu de la compression qu’ils exercent.

Quant au quatrième argument , il suffît , pour l’écarter , de faire observer qu’on 11e trouve réellement point d’uf'ne dans la vessie lorsque les reins ont été entièrement détruits , qu’ils reste encore une partie de la substance de ces organes dans les cas où ils paraissaient avoir éprouvé une destruction totale, qu’il ne s’amasse point d’urine dans la vessie, lorsqu’après avoir appliqué une ligature sur les uretères , on a soin de bien vider le réservoir, et enfin que les observations relatives à la non communication entre les uretères et les reins sont fort douteuses.

Au troisième argument , on peut opposer que les principes immédiats des substances animales ne se rencontrent pas, du moins tous , dans le sang, et que ceux qui s’y trouvent n’y sont pas exactement semblables ù ce qu’on les voit être dans le corps , que ce n’est pas seulement dans l’urine qu’on rencontre des substances produites par l’action des organes qui n’existent pas dans le sang, et qu’on trouve ces mêmes substances dans d’autres parties du corps d’où il n’est nullement prouvé qu’elles passent dans l’appareil urinaire ; qu’il serait

(1) P. -J. Hartmenn, Super urines diapedes quæstiones, Utreeht , 1776. — G. -G- Erhardt , De secretione lotii unica et sufficicnle, Erfort, 1799. — J. Jacopi, Estime délia doctrina di Darwin sul moto rctrogrado dei litiuidi nei vasi linfalici, Pavie, i8o4.

très possible que la substance dont on constate la présence dans l’urine eût déjà disparu dans le sang, ou qu’elle y fût masquée d’une manière quelconque ; qu’on n’a pas cherché ces substances dans le sang artériel , mais dans le sang veineux; enfin que , suivant Magendie , on peut constater l’existence de l’une de ces substances , l’hydrocyanate de potasse , dans l’urine, en quelque proportion qu’elle s’y trouve , tandis qu’après l’avoir mêlée avec le sang , même hors du corps, on ne parvient à l’y reconnaître , au moyen des réactifs chimiques , que quand elle y est en grande quantité.

D’ailleurs on a constaté réellement l’existence simultanée de plusieurs substances, par exemple delà rhubarbe, dans l’urine et dans le sérum du sang (1).

Suivant Trcviranus (2) , ce phénomène ne prouverait rien , parce que le sérum du sang contenait moins de rhubarbe que Turine. Mais rien n’est plus facile que d’écarter une pareille objection, en faisant observer que la rhubarbe était répandue dans toute la masse du sérum, et qu’il n’y avait pour ainsi dire que l’appareil uiinaire qui pût en débarrasser ce dernier.

Les vaisseaux lymphatiques situés au voisinage du mésentère pourraient, ou avoir puisé ces substances dans l’appareil urinaire, ou leur avoir accidentellement imprimé un mouvement rétrograde contraire à celui que les fluides ont coutume d’y suivre, sans qu’on fût autorisé à conclure de laque les substances étrangères pénètrent toujours par cette voie dans les organes urinaires, ni même qu’en admettant le mouvement rétrograde dont je viens de parler, elles s’y fussent introduites à sa faveur.

Les faits allégués à l’appui du second argument ne se prêtent en aucune manière à l’explication qu’on en donne. La formation et la non-décomposition de certaines substances ne seraient pas plus faciles à concevoir d’après cette théorie ; car, même en admettant cette voie, qui n’est pas beaucoup plus courte, elles ne s’en trouveraient pas moins soumises à l’action organique: or les observations de Davy constatent que des corps peuvent être, sous l’influence de l’électricité, séparés les uns des autres

(1) Home, dans Pliit. trans., 1808,

(2) Biologie , t. IV, p. 520.

DE D’APPAREIL PRIMAIRE

contre les lois de l’affinité chimique, et charriés assez loin par des fluides, sans se combiner avec d’autres substances que contiennent ces derniers, et qui ont beacoup d’aflinité pour eux.

Enfin, quant à ce qui concerne le premier argument, la rapidité avec laquelle les boissons et certaines substances passent dans l’appareil urinaire, n’est réellement pas aussi grande qu’on le prétend, et d’ailleurs on l’explique sans peine par le peu d’étendue du trajet qu’elles ont parcouru, même en admettant que le système sanguin est la voie qu’elles suivent.

Si l’on rencontre déjà la rhubarbe dans l’uriueau bout de dix sept minutes, qu’elle disparaisse de ce liquide au bout de quelques heures, qu’elle colore les matières excrémentitielles après un laps de temps de six ou sept heures, etqu’alorson la retrouve de nouveau dans l’urine, ce fait ne prouve pas, comme le prétend Treviranus (i), que la rhubarbe qu’on a trouvée en premier lieu , soit arrivée à l’appareil urinaire par un chemin plus court que celle qu’on observe ensuite.

La rhubarbe qui s’est montrée en premier lieu dans l’urine, a passé incontestablement de l’estomac, à la face interne et absorbante duquel elle s’est offerte, sans avoir subi encore de décomposition , dans le système sanguin , et l’intervalle de dixsept minutes n’est réellement pas trop court pour qu’elle parvienne de ce dernier à l’appareil urinaire. Peu à peu l’action de la rhubarbe sur la face interne de l’estomac et du canal intestinal détermine la membrane muqueuse de ces organes à fournir une sécrétion plus abondante, qui l’enveloppe de toutes parts, cl qui diminue l’absorption. Lorsque cette surexcitation est apaisée, la rhubarbe se trouve absorbée de nouveau. Mais il existe encore une autre cause à laquelle on doit très probablement attribuer la disparition de la rhubarbe dans l’urine durant un certain laps de temps : c’est que l’action des reins devient moins énergique pendant que celle du canal alimentaire se trouve exaltée.

2370. A l’égard des conduits, on peut dire :

i° L’opinion suivant laquelle le tissu cellulaire sert de conduc-

(1) Biologie, t. IV, p. 519.

teur est tt-ès peu probable, d’un côté parce que l’application des phé nomènes observés chez les animaux inférieurs à la théorie de ceux qui se passent chez les animaux des classes supérieures, ne conduit jamais qu’à des données fort incertaines, d’un autre côté parce qu’en admettant cette supposition , il devient difficile d’expliquer pourquoi le passage s’effectue de préférence par les reins.

2° Le mouvement rétrograde dans les vaisseaux lymphatiques est un phénomène fort peu probable, du moins dans l’état normal, à cause de l’existence des valvules. Les cas dans lesquels on prétend avoir trouvé les valvules disposées en sens inverse de celui qui leur est ordinaire, ne constituent que de pures exceptions, ou même ne sont pas suffisamm ent constatés. D’ailleurs celte disposition ne saurait être générale, attendu qu’alors il ne pourrait point se faire d’absorption ayant la vessie pour point de départ. Il n’est pas non plus démontré que les valvules soient disposées d’une manière dans certains lymphatiques , et d’une manière inverse dans certains autres.

5“ Les canaux spéciaux n’ont jamais été constatés par des observations authentiques, et les conduits qu’on a regardés comme tels, étaient évidement des formations accidentelles et morbides.

4" Enfin une dernière circonstance s’oppose encore à ce qu’on les admette , c’est qu’on n’a jamais trouvé , entre le canal digestif et les voies urinaires, aucune substance qui existât dans ces deux appareils sans être contenue dans le système sanguin , et que, quand bien même ce phénomène aurait lieu, oh pourrait toujours l’expliquer, en disant que les substances trouvées en cet endroit, notamment dans les vaisseaux lymphatiques, y sont venues de l’appareil urinaire.

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