Structure
2407. Les ovaires sont couverts extérieurement par le péritoine , au-dessous duquel on trouve une membrane fibreuse blanche , très solide et très résistante ( tunica albuginea ). Ces deux tuniques sont unies ensemble d’une manière si intime, qu’on ne peut les séparer. L’interne est perforée, au bord inférieur de la glande, par les vaisseaux qui la traversent pour se répandre dans le tissu de cette dernière.
Lorsqu’on fend les ovaires , on reconnaît qu’ils sont formés d’un tissu brun rougeâtre, abondamment pourvu de vaisseaux, assez ferme et assez solide, dans l’intérieur duquel sont plongées des vésicules.
2408. Ces vésicules (1) portent le nom A' œufs de Graaf ( vesiculœ , s. ovula Graafiânâ ), quoiqu’elles fussent déjà connues de Vésale (2) et de Fallope (3).
Dans l’état normal elles sont composées d’une membrane séreuse, mince et lisse, qui adhère d’une manière intime à la substance de la glande, entièrement closes , et remplies d’un
(1) Bartholin, De fœminarum ovis, Leyde, 1684.
(3) De corporis liumani fabricâ, lib. v, cap. xv, p. 43g.
(3) Obs.anat.; dans Opp. omn., Venise, 1606, t. I, p. 106.
fluide clair et limpide. Leur volume n’est pas le même dans toutes, et elles semblent se développer les unes après les autres. Les plus grosses ont à peu près trois lignes de diamètre. Elles sont plus abondantes À la circonférence de l’ovaire que dans son centre. Leur nombre varie depuis huit jusqu'à vingt, chez les vierges.
b. Trompes de Fallope.
2409. Les trompes de Fallope ( tubœ Fallopianœ , s. mealus seminarii) (1) sont les conduits excréteurs des ovaires. Situées au-devant et au-dessous de ces organes, elles se portent de dehors en dedans , vers le bord supérieur de la matrice, en traversant la partie supérieure du ligament large ( ala vesperti^ionum), à laquelle elles s’attachent.
Elles sont très flexueuses , surtout dans leur portion externe, et vont en s’élargissant peu à peu , de manière que leur diamètre, qui n’est que d’une demi- ligne en dedans, s’élève par degrés jusqu’à trois ou quatre lignes. Elles s’ouvrent dans l’abdomen par un évasement ( ostium abdominale ), entouré d’un rebord découpé, ou lacinié , qu’on appelle morceau frangé ou pavillon de la trompe. Cette ouverture dépasse de beaucoup l’extrémité externe de l’ovaire en dehors. L’orifice interne ( ostium uterinum) s’ouvre dans l’angle qui résulte de la réunion du bord supérieur de la matrice avec ses bords latéraux. On n’y aperçoit aucune trace de valvule ou de saillie. La longueur de chaque trompe est d’environ cinq pouces.
2410. Les trompes sont couvertes par le péritoine , qui forme leur tunique externe , et qui se continue avec la membrane interne sur les bords de l’orifice abdominal.
Au-dessous de la tunique péritonéale se trouve la membrane moyenne, dans laquelle on ne distingue ordinairement pas de fibres, mais qui se compose quelquefois, chez les femmes d’une complexion robuste, de deux couches musculeuses, produites, l’externe par des fibres longitudinales , et l’interne par des fibres circulaires (2).
(1) Bartholin, De tubis uteri , Leyde, 1684.
(2) Santorini, loc. cit .
DES ORGANES DE LA GÉNÉRATION. (ÎOl
La membrane muqueuse interne est lisse et chargée d’un grand nombre de plis longitudinaux.
c. Matrice.
2411. La matrice {utérus , s. matrix) ( 1 ) est la plus volumineuse de toutes les parties dont la réunion constitue l’appareil génital de la femme.
(1) J.-A. Pratis, Libri duo de uteris, Anvers, i52 4. — L. Bonaccioli, De uteri sectione , Strasbourg, i52g. — M.-A.Ulmus, Utérus mutiebris, Pologne, 1601. — J. Swammerdam, Miraculum naturie de uteri muliebris fabricâ, Leyde, 1672. — C. Drelincourt, De utero , Leyde, 1682. — M.-B. Valentini, De nova matricis anatome , Giessen, i6S3. — G. Bartholin , De utero, Leyde, 1684. — A. Nuck, Adcnographia curiosa et uteri feminei anatome nova, Leyde, 1692. — F. Ruysch, Tractatus de musculo i?i fundo uteri observato, antca a nemine detecto, Amsterdam, 1726. — A. Vater, De musculo novo uteri, Amsterdam, 172 7. — J .J. Huber, Uteri muliebris partiumque ad eam fucientium prœcipuarum iteraia explicatio; Halleri Icônes fasc. I.-U. Buchwald , De musculo Ruyschii in fundo uteri, Copenhague, 1741. — J. Weitbrecht , De utero mutiebri observationes ; dans N. C. Petrop, t. I, p. 337. — Sue, Recherches sur la matrice ; dans Mcm. prés., t V. — J. -G. Roederer, Icônes uteri humani observationibus illustratœ, Goettingue, 1759. — T. Simson , Observations concerning the placenta , the two cavities 0 f lhe utérus and Ruysch’s muscle in fundo uteri; dans Edinb. med. essays, vol. IV, n. i5. — J. -G. Walter, Betrachtungen liber die Geburtstlieile des weibliclien Geschleclites, Berlin, 1776. — J.-C. Loder, De musculosâ uteri structura, Iéna, 1782. — J. -G. Weisse, De structurâ uteri non musculosâ sed cettuloso-vasculosâ, Wittemberg, 1784. — G. Azzoguidi, Observaticnes ad uteri constructionem pertinentes, Leyde, 1788. — O. -F. Rosenberger, De viribus partum efficientibus generatim et de utero speciatim , rationc substantiœ musculosce et vasorum arteriosorum. Halle, 1791. — C.- H. Ribke, Ueber die Slructur der Gebârmutter , Berlin, 1793. —G. -C. Titius, De uteri structurâ ex ejusdem functionibus , Wittemberg, 1795. — • J. -F. Lobstein, Fragment d’anatomie physiologique sur l’organisation de la matrice, Paris, i8o5. — J.-C. -G. Joerg, Ueber das Gebârorgan des Mcnschen und der Sàugthicre im schwangern und niclit schvoangern Z uslande , Léipsick, 1808. — G. Bell, On lhe muscularity ofthe utérus; dans Med. chir. Irans. , vol. IV, iSi3, p. 335 — J. -B. Belloni, Memona sopra la vera strull ura dell’ utero, Rovigo, 1821.— Mme Boivin, Mémorial de t’ art des accouchemens , Paris, 1824, p. by.
a. Configuration.
2412. Elle est pyriforme , et beaucoup plus étendue de haut en bas que de droite à gauche. Son épaisseur est bien moins considérable encore que sa largeur. Sa partie supérieure, qui est la plus volumineuse, et à laquelle on donne le nom de corps, est triangulaire. Elle se rétrécit peu à peu vers le bas. Les bords latéraux sont droits, le supérieur est très convexe.
On appelle fond [fundus uleri ) la partie supérieure du corps. L’inférieure, connue sous la dénomination de col ( col lum, s. cervix uteri ), est à peu près cylindrique.
La face antérieure et la face postérieure, de la matrice sont fortement bombées , la seconde plus toutefois que la première, de manière que, surtout dans les premiers temps de la vie, on peut admettre deux faces latérales postérieures , qui se réunissent à angle obtus sur la ligne médiane.
La matrice représente une cavité fermée à sa partie supérieure, si l’on fait toutefois abstraction des orifices étroits des deux trompes de Fallope, mais ouverte inférieurement, et qui se continue, dans cette dernière direction, avec le vagin.
2413. Les parois de cet organe* sont très épaisses, fermes et solides dans l’état parfait. La région moyenne de son corps, quien estla partielaplusépaisse, aprèsd’un demi-pouce d’épaisseur. Le corps est un peu plus épais que le col, mais peutêtre ce dernier est-il toujours plus dur que lui.
Les parois antérieure et postérieure s’amincissent peu à peu en dehors, et l’interne en haut, de manière que leur épaisseur diminue depuis quatre ou cinq lignes jusqu’à une, et se rapproche ainsi de celle des trompes , qui parcourent un trajet de quelques lignes dans la substance de l’organe, en suivant une direction oblique de haut en bas et de dehors en dedans.
La forme de la cavité de la matrice correspond eu général à sa conformation extérieure, quoiqu’elle soit extrêmement étroite eu égard à l’épaisseur des parois , d’où il résulte que ses faces antérieure et postérieure se touchent presque. Sa largeur ne s’élève qu’à quatre lignes, terme moyen. Les trois bords y sont concaves en dehors et convexes en dedans , tandis
Go3
qu’à l’extérieur, il n’y a que le bord supérieur du corps qui soit convexe en dehors. Quanta la cavité du col, elle est circonscrite par des faces convexes en dehors, tandis qu’à l’extérieur, cette partie de la matrice est concave, parce que l’organe s’y resserre un peu sur lui-même dans le milieu. La forme de la cavité diffère aussi de celle de la circonférence extérieure, sous ce point de vue, qu’elle se prolonge supérieurement de chaquecôté en une longuecorne, qui se rétrécit peu
Ià peu, et au sommet de laquelle s’ouvre la trompe de Fallope.
C’est dans le col que la cavité est le plus étroite, principalement sur la limite entre le col et le corps, où elle se rétrécit beaucoup. On lui donne , en cet endroit, le nom orifice supérieur ou interne de la matrice ( ostium uteri internum ).
De là le col s’élargit jusqu’au milieu de sa longueur eni viron, puis il se rétrécit de nouveau un peu. Il se termine rj inférieurement, à l’extrémité supérieure du vagin , par deux bourrelets, l’un antérieur, l’autre postérieur , dont le postérieur est ordinairement plus long, mais dont l’antérieur des- : cend un peu plus bas , et entre lesquels on remarque presque toujours une fente transversale, plus rarement une ouverture plus petite, arrondie, qu’on appelle museau de tanche [os tincœ ) , orifice externe ou vaginal de la matrice ( orificium uteri externum , os uterinum). Les deux bourrelets portent le ( nom de lèvres ( labia ) de cet orifice.
La face interne de la matrice est lisse dans le col, mais rugueuse dans le col le long des parois antérieure et postérieur duquel règne une saillie longitudinale qui diminue peu i à peu de haut en bas, et dont les parties latérales offrent des bandelettes obliques qui la rendent fort inégale. Sur les côtés, entre les deux saillies, on remarque aussi de nombreuses élévations , qui s’entre-croisent en manière de réseau. Les lèvres du museau de tanche sont lisses, à moins qu’on n’y aperçoive des déchirures, qui sont toujours accidentelles, et qui surviennent assez souvent pendant le travail de l’accouchement.
/3. Volume.
a4i4* Chez les vierges, la matrice a environ deux ponces de long, étendue dont le col ne Corme pas lout-ù-fait la moitié.
La plus grande largeur du corps est de seize lignes, et celle du col de neuf dix. Les lèvres du museau de tanche ont environ dix lignes de large, et la largeur de l’orifice externe de la matrice s’élève à peu près à six. L’épaisseur de la portion vaginale de la matrice est d’environ six lignes, et la fente est très étroite dans ce sens.
Chez les femmes qui ont eu des enfans, surtout lorsqueltes ont éprouvé plusieurs grossesses , la matrice ne revient ordinairement jamais à ses dimensions primitives; dans le même temps l’orifice du museau de tanche paraît un peu plus large d’avant en arrière.
ri
y. Poids.
La matrice bien développée d’une vierge pèse entre , sept et huit drachmes. Le poids de celle d’une femme qui a eu des enfans, mais dont l’organe utérin s’est rapproché autant que possible du volume qu’il a hors de l’état de grossesse, s’élève souvent à une once et demie.
ê. Situation.
2416. La matrice est située entre la vessie et le rectum. Elle a sa moitié supérieure engagée dans la cavité du péritoine , dont un repli se colle d’une manière intime à sa surface. Dans l’état parfait, elle se trouve renfermée tout entière dans le petit bassin , et son fond ne s’élève pas jusqu’au niveau du bord supérieur de la symphyse pubienne. Cette partie est dirigée en devant et en haut ; le museau de tanche, au contraire, en arrière et en bas , de manière que le diamètre longitudinal de l’axe de l’organe correspond presque à l’axe supérieur du bassin, et qu’il coupe l’axe du corps en arrière et en bas.
£. Attaches.
2417- La matrice est attachée aux parties voisines par plusieurs replis du péritoine (1), qui se continuent avec iji tunique séreuse de son corps, d’où ils naissent en dedans.
Les plus considérables sont les ligamens latéraux ou larges ( ligamenta uteri lateralia , s. lata ). Ils partent des bords latéraux de la matrice , reçoivent les vaisseaux de cet organe entre leur feuillet antérieur et leur feuillet postérieur, se portent transversalement en dehors vers le pourtour du petit bassin, partagent cette cavité en deux moitiés, l’une antérieure, l’autre postérieure , dont la première a moins d’étendue que la seconde , et se continuent avec la paroi latérale du péritoine.
Indépendamment des vaisseaux , ce repli de la membrane péritonéale renferme des fibres musculaires transversales plus ou moins prononcées , qui partent du bord latéral de la matrice , et se perdent peu à peu en dehors (1).
Un autre repli beaucoup plus petit, alongé et arrondi, forme, de chaque côté , le ligament postérieur inférieur ou repli semi- 1 lunaire de Douglas ( ligarnentum uteri inferius poste rius , s.
Iplica semilunaris Douglasii), qui s’étend d’avant en arrière, depuis la partie inférieure de la face postérieure de la matrice Jusqu’au rectum.
Ce ligament renferme aussi des fibres musculaires dirigées dans le sens de sa longueur (2).
Un troisième, plus petit encore, le ligament antérieur infé- • rieur {ligarnentum uteri inferius ante rius) , dont il existe également un de chaque côté , s’étend d’arrière en avant, depuis la partie inférieure de la face antérieure delà matrice jusqu’à la vessie , embrasse celte dernière , et renferme aussi , du moins souvent , des fibres musculaires.
(i) J.-C. Schutzer, De fabricâ et morbis ligarnentum uteri , Harderwyck,
1 1729. — A. Petit, Description anatomique de deux ligamens de la matrice nouvellement observes; dans Mim. de Paris , 1760. — A. Portai, Observ. sur la structure des parties de la génération de la femme; dans Mcm. de Paris, 1770, p. i83.
(2) Sue, Recherches sur la matrice ; dans Mem. près., t. V, p. 248.
(3) Idem , ibid.
Enfin on trouve encore , de chaque côté , un ligament très long et arrondi, quipart de la partie supérieure du bord latéral de la matrice, immédiatement au-dessous et au-devant de l’extrémité interne de la trompe de Fallope , et qu’on nomme ligament rond ( ligamentum uteri rolundum , s. teres). Ce ligament, placé d’abord entre les deux feuillets du ligament large, passe derrière l’artère ombilicale, et devant les vaisseaux hypogastriques , se dirige de bas en haut et de dedans en dehors, immédiatement derrière le péritoine , vers 1 ’orifice supérieur et externe du canal inguinal , se réfléchit en cet endroit sur l’artère épigastrique , s’engage ensuite dans le canal inguinal , y marche de haut en bas , de dehors en dedans et d'arrière en avant, sort par l’anneau inguinal, et se perd, en se partageant en plusieurs faisceaux, dans les graisses du mont de Vénus et dans la partie supérieure de la grande lèvre.
Il est composé principalement de tissu cellulaire et de vaisseaux, mais renferme en outre des fibres musculaires longitudinales très prononcées, dont les supérieures naissent de la couche externe des fibres utérines, tandis que les inférieures proviennent du bord inférieur des deux muscles larges internes du bas-ventre , et qui sont dirigées de bas en haut.
Ces ligamens maintiennent la matrice en situation. Les fibres musculaires des ligamens larges servent aussi à rapprocher les trompes des ovaires.
Lorsque les fibres du ligament large et du ligament rond d’un côté agissent avec plus de force que celles du côté opposé, il en résulte que la matrice se trouve ramenée, passagèrement ou à demeure, dans une des moitiés latérales du bassin , disposition que j’ai observée plusieurs fois, sans qu’elle dépendît d’aucune cause mécanique, ou sans que les parties qui servent à retenir l’organe utérin offrissent aucune altération de texture.
Ç. Texture.
2418. Au premier abord, le tissu de la matrice semble être homogène ; cependant on y distingue déjà hors de l’état de grossesse, plusieurs couches superposées d’arrière en avant,
DES ORGANES DE LA GENERATION. 6o?
qui ont une couleur jaune rougeâtre, et entre lesquelles se trouvent ries bandelettes blanchâtres.
Entre ces couches marchent, tant sur la face antérieure qu’au voisinage de la postérieure, les vaisseaux utérins, qui sont très flexueux, et qui s’anastomosent fréquemment ensemble.
aa. Fibres.
2419. Il n’est peut-être pas, en anatomie, de sujet sur lequel les opinions soient plus partagées qu’à l’égard des fibres de la matrice, ou pour préciser davantage l’état de la question, à l’égard de l’existence même de ces fibres en général, de leur nature et de leur disposition.
i° Plusieurs anatomistes, en particulier , Walter, Bœhmer, Blumenbach, Azzoguidi et Ribke, nient formellement l’existence des fibres, qui est admise , au contraire, par Vésale , Piccolomini, Malpighi , Morgagni , Diemerbroek, Verheyen , Yieussens, Ruysch , Yater, Santorini , Buchwald , Woitbrecht, Monro , Noorlwyk, Ileister, Haller, Sue, Astruc, Levrct, Roederer, Meckel, Hunter, Wrisberg, Loder, Mayer, Simson , Calza , Lobstein et Bell. Ainsi la seconde opinion , à laquelle je me range aussi , est celle en faveur de laquelle se réunissent le plus d’autorités.
Mais les anatomistes qui la partagent diffèrent entre eux, sous ce point de vue que quelques uns considèrent la texture fibreuse de la matrice comme un phénomène constant, tandis que les autres , et ceux-là sont en bien plus grand nombre , ne croient à l’existence des fibres que dans certaines circonstances, en particulier dans l’état de grossesse. Ce qu’il y a de positif, en effet , c’est que ces fibres sont au moins fort peu apparentes hors de l’état de grossesse. Cependant elles ne se forment pas seulement pendant la durée de cet état , mais encore toutes les fois que l’activité plastique de la matrice vient à être exaltée. Déjà Lobstein les a trouvées fort ‘apparentes chez une femme dont la matrice était aussi distendue , par une tumeur stéatomateuse, qu’elle a coutume de l’être au septième mois de la gestation. Il attribue ce phénomène à la distension occasionée par la tumeur; mais je l’ai observé aussi, d’une
manière plus ou moins sensible dans des matrices qui n’avaient pas éprouvé une distension très considérable, chez des femmes qui portaient des tumeurs analogues dans cet organe et les ovaires, de sorte que je crois plus exact d’admettre qu’il dépend de la perversion du mode de vitalité propre à la matrice.
2° La plupart des anatomistes considèrent ces fibres comme étant de nature musculeuse. A la vérité, elles diffèrent des fibres rouges qui constituent les muscles soumis à l’empire de la volonté, parce qu’elles sont moins rouges, aplaties, et fortement entrelacées les unes avec les autres; mais ce qui annonce qu’elles sont réellement de nature musculeuse, c’est qu’elles exécutent des contractions très énergiques, soit, pendant l’accouchement, pour procurer l’expulsion du fœtus et des secondines, soit après, pour resserrer la matrice, dont elles oblitèrent presque entièrement la cavité avec beaucoup de rapidité. Ces deux caractères les rapprochent de la plupart des muscles qui n’obéissent pas aux déterminations de là volonté.
Telle est, en effet, la manière dont les fibres de la matrice se comportent, et leur substance offre, dans les différens états de cet organe, les diverses modifications qu’on observe dans le système musculaire de la vie organique, c’est-à-dire qu’elles ressemblent, hors de la grossesse, aux fibres des artères, et, pendant la gestation , à celles des autres muscles soustraits à l’empire de la volonté, le cœur seul excepté.
D’ailleurs, la matrice de la femme contient , d’après Schwilgué, une grande proportion de fibrine.
Enfin, on peut citer aussi l’analogie avec les mammifères, chez lesquels la matrice est manifestement musculeuse à toutes les époques de la vie, en ajoutant toutefois que, par une disposition fort remarquable , les fibres de la matricle de la femme n’acquièrent bien évidemment ce caractère que quand l’activité plastique de l’organe se trouve exaltée.
3° La marche des fibres n’est pas décrite de la même manière par tous les anatomistes. Cependant la plupart d’entre eux s’accordent à dire qu’elles suivent au moins deux directions, celle de la longueur et celle de la largeur, de manière qu’elles ressemblent encore, sous ce point de vue, aux fibres
DES ORGANES DE LA GÉNÉRATION. 6og
des muscles de la vie organique; seulement elles sont plus composées , puisqu’on trouve plusieurs couches qui se dirigent en des sens différens, que des couches composées de fibres dont la direction est la même se répètent plusieurs fois de dedans en dehors, et qu’enfin les diverses eouches s’entrelacent fréquemment les unes avec les autres.
Quelques auteurs, en particulier Malpighi et Monro (1), soutiennent que les fibres ne sont pas disposées d’une manière régulière.
Ruyseh n’admettait qu’un seul muscle impair et circulaire , situé dans le fond de la matrice. Quoique plusieurs anatomistes , tels que Vater, Monro et Simson, se soient rangés à son avis, il est certain cependant que les fibres utérines ne présentent pas une disposition aussi simple. D’ailleurs, la description que Ruyseh a donnée de son muscle n’est pas parfaitement exacte.
Voici ce qu’on peut établir de plus général à l’égard de la disposition des fibres musculaires de la matrice :
i° Il existe deux couches, l’une externe, l’autre interne, qui sont séparées l’une de l’autre par la substance vasculeuse de l’organe.
2° Les divers plans et les couches s’entrelacent ensemble d’une manière si intime, qu’il est extrêmement difficile de les séparer les uns des autres.
3° La couche externe est beaucoup plus épaisse que l’interne.
4° La substance musculeuse est bien plus épaisse à la partie supérieure de la matrice, notamment à son fond, que dans les autres- régions. Elle n’existe pas du tout dans le col (2), ou du moins elle y est fort mince.
5° Généralement parlant, les fibres longitudinales l’emportent de beaucoup sur les autres. Cependant les fibres circulaires sont plus développées au fond de l’organe, tandis que les longitudinales le sont davantage auprès de l’orifice inférieur.
(1) Dissection of a vvoman willi child, with remarks on gravid utérus; dans Edinb. pbys. and mcd. Essays , t. J, p. 459 et 4/°-
(?) Bell, loe. cil., p. 342.
(jl© ANATOMIE SPÉCIALE.
6° Le plan externe se compose d’abord de fibres longitudinales qui, partant du milieu du fond, se répandent, de haut en bas, sur les faces antérieure et postérieure, suivent une direction oblique, transversale même, et disparaissent vers le col. De ces fibres longitudinales , les unes sont irrégulières, les autres se continuent avec les ligamens ronds.
Suivant quelques auteurs, Rosenberger par exemple, le plan externe n’est formé que de fibres longitudinales; cependant il existe réellement , au-dessous de ces fibres , d’autres fibres transversales qui se rendent également aux ligamens ronds et aux trompes de Fallope.
8° On remarque, en outre , dans ce plan, des fibres obliques dirigées en des sens très différens, et ^flexueuses , qui interrompent particulièrement les couches longitudinales, et qu’on trouve surtout à la partie inférieure du corps.
9“ Les fibres obliques n’existent pas dans le col; cependant il est composé, du moins souvent, de plusieurs couches superposées de fibres longitudinales et transversales.
io° Le plan interne, qui est plus mince, comprend deux couches. L’externe se compose de deux muscles circulaires , situés chacun autour d’un des orifices des trompes , et qui se confondent ensemble sur la ligne médiane, en avant et en arrière, par la partie interne de leur circonférence. Très probablement l’une de ces couches circulaires est le muscle de Ruysch , qui aura pris la paroi latérale de la matrice pour la supérieure, et qui n’aura point fait attention à l’ouverture de la trompe.
îi® Au-dessous de cette couche se trouvent des fibres obliques et des fibres longitudinales, qui se réunissent de chaque coté, en devant et en arrière, pour produire deux triangles alongés , dont les sommets se confondent dans l’orifice de la trompe.
i2° Au-dessous de ces fibres, et entrelacées avec elles, en marchent d’autres transversales très faibles, qu’on aperçoit surtout à la partie inférieure de la matrice (î).
(i) Mmc Boivin décrit autrement les fibres de la matrice. Après une macération de quelques jours, dit-elle, on remarque, sur chaque face de 1 organe, six faisceaux fibreux, trois à droite et trois à gauche de cha-
bb. Surface interne.
2420. La face interne de la matrice est tapissée par une membrane muqueuse rougeâtre, presque lisse, garnie seule -
que paroi, plus un autre vertical, qui forme la ligne médiane. Ce dernier plan, qui s’étend depuis le contour du fond jusqu’au bas du corps, présente des fibres longitudinales. Chacun des autres semble prendre naissance do la ligne médiane : i° sur le milieu du fond, deux faisceaux , un de chaque côté , s’étendent transversalement sur le contour du fond jusqu’aux angles supérieurs, où ils se replient en forme de tubes, qui s’isolent et se prolongent pour former la trompe ; 2n au-dessous de ce premier plan de la face antérieure, deux autres plans plus larges, qui occupent la moitié supérieure du corps, vont de la ligne médiane se rendre horizontalement de chaque côté, et un peu au-devant de l’angle tubaire, pour se réunir à d’autres plans de fibres , et former là l’origine du ligament rond; 3° au tiers inférieur de la ligne médiane, deux autres plans de fibres se dirigent obliquement de bas en haut , en s’écartant sur les côtés; une portion de ce faisceau va se réunir au trousseau de fibres des ligamens ronds, et l’autre va se confondre et s’enlacer avec les fibres transverses des régions postérieures de l’organe. Sur la paroi postérieure de la matrice., la disposition des plans fibreux est à peu près la même que sur la paroi antérieure. Le plan médian, plus saillant que celui de la face antérieure , présente également des fibres longitudinales. Les plans fibreux de la région supérieure s’étendent en travers , en partant de la ligne médiane, jusqu’à l'origine des trompes, et un peu au-dessous, où ils se réunissent pour se rendre auxovaires, dont ils forment le ligament. Audessous est un autre plan, qui remonte obliquement , et se divise , en s’éloignant de leur point de départ, en deux portions; l’une, supérieure et latérale , se contourne sur le côté , et va se réunir en devant aux ligamens ronds; l’autre s’épanouit en forme d’aileron pour se rendre à la base de l’ovaire. A l’extrémité inférieure de la ligne médiane, dans la région moyenne extérieure du col, deux autres faisceaux , qui se composent d’une portion des fibres de la ligne médiane du col , s’écartent l’un de l’autre de quelques lignes, s’isolent , vont s'attacher sur les bords latéraux de la région moyenne du sacrum, et forment les ligamens posté rieurs.
Ces divers plans fibreux changent de direction dans l’état de grossesse. A mesure que le corps de la matrice s’alonge et s’élargit, les plans de fibres des régions supérieures, de transversaux qu’ils étaient, deviennent obliques, leurs extrémités médianes s’élèvent vers le milieu du fond, et leurs extrémités latérales s’abaissent, dans la même proportion, jusqu’au tiers inférieur des bords latéraux de l’organe, de manière que , dans la grossesse à terme, les plans fibreux des régions supérieure cl I a té-
ment de villosités très fines, qui se continue supérieurement, et de chaque côté , avec celle des trompes , inférieurement avec celle du vagin. Dans l’état frais , cette membrane adhère d’une manière si intime à la substance fibreuse sous-jacente, qu’on ne peut l’en isoler, quoique sa structure annonce assez qu’elle appartient à la classe des membranes muqueuses; mais, avec du soin et des précautions, on parvient à en détacher quelques lambeaux, après avoir soumis la matrice à la macération.
Son union intime avec le reste de la substance de la matrice a fait révoquer son existence en doute par plusieurs anatomistes (i).
raies présentent une disposition rayonnée telle qu’on pourrait les comparer à une tête garnie de longs cheveux , séparés dans toute l’étendue de la ligne médiane du crâne, lisses de chaque côté du front, et liés très près, et au-devant de chaque oreille : cette réunion en un seul faisceau de ces plans fibreux supérieurs forme, en devant, et de chaque côté , les ligamens larges. Les plans de fibres de la région inférieure du corps ont perdu progressivement la direction oblique qu’ils affectaient d’abord, pour en prendre une demi circulaire. Ces plans fibreux , qui parlent de la portion inférieure de la ligne médiane, vont se réunir, sur les côtés et en devant de la région moyenne de la matrice, aux ligamens larges, à un pouce au-dessous de la réunion des faisceaux supérieurs. Les plans fibreux de la paroi postérieure ont éprouvé à peu près le même changement, dans leur direction, que ceux de la face antérieure. Ces plans, auparavant transverses , sont rangés obliquement de haut en bas, et se contournent de chaque côté. Une portion est attachée à l’ovaire, qui forme alors saillie à la face latérale de la matrice, et l’autre passe au-dessous de ces glandes, pour se réunir en devant aux faisceaux antérieurs qui forment les ligamens ronds, d’où il suit que non seulement les plans fibreux de la région antérieure de la matrice, mais encore une portion des plans moyens de la région postérieure concourent à la formation de ces ligamens. Les plans médians, dont la disposition est longitudinale, s’étendent depuis le fond jusqu’à l’origine de l’orifice interne du col, perdent, en s’écartant progressivement sur les côtés, leur direction verticale et n’offrent plus , à la fin de la gestation, qu’une espèce de lacis de fibres entre-croisées, d’où partent de chaque côté les autres plans de fibres qui viennent d’être décrits ( Mémorial de l’art des accouchemens , Paris, 1824, P- 62 et 90, pl. XI, fig. 1, 2, pl. XII.) ( Note des traducteurs. )
(1) C’est l’opinion de Chaussier et de Ribes. Me Boivin dit aussi n’avoir jamais aperçu cette membrane muqueuse, et pense, que la face interne de la matrice n’est formée que par l’extrémité des vaisseaux exhalans qui s’y ouvrent. [Mémorial des accouchent en s, p. 66.) Une pareille ex-
On ne trouve quelques glandes mucipares qu’au col, principalement à sa partie inférieure. Il n’est pas rare que leur orifice s’oblitère, peut-être par suite de l’inflammation. Elles forment alors des kystes plus ou moins nombreux et volumineux, remplis d’un liquide limpide produit par l’accumulation de leur sécrétion habituelle. Ces kystes sont désignés sous le nom d 'œufs de Naboth (ovula Nabothiana , s. ovarium secundarium ) (i). On les a regardés mal à propos comme analogues aux œufs de Graaf.