VICES DE CONFORMATION DES ORGANES GENITAUX BN PATICfLIER
a. Organes génitaux de la femme.
a. Ovaires et trompes.
a5i3. Parmi les vices primitifs de conformation des ovaires et de leurs conduits excréteurs, les trompes de Fallope, on remarque les suivans, qui doivent naissance, pour la plupart, à une suspension de développement:
i° L’absence d’un ovaire , ou plus rarement des deux, avec ou sans absence simultanée des trompes.
2° La petitesse.
3° L’absence des vésicules de Graaf dans les ovaires des femmes stériles.
4° L’occlusion de l’extrémité abdominale des trompes.
Cedernier état sedéveloppe assez fréquemment aussi à lasuite de l’inflammation ; alors il constitue un vice de conformation consécutif.
Une autre anomalie, ordinairement congéniale, mais plus rare, consiste dans la hernie des ovaires et des trompes de Fallope à travers l’anneau inguinal , cas dans lequel ils imitent les testicules.
/?. Matrice.
aSiZj- Les vices primitifs de conformation de la matrice, qui consistent presque tous en des suspensions de développement fi), sont :
i° L’absence totale ou partielle. Dans ce dernier cas, c’est tantôt la partie supérieure, et tantôt la partie inférieure qui manque.
2° La petitesse, avec amincissement des parois.
3° La persistance à un degré primitif de développement, sous le rapport de la configuration.
Ici se présentent plusieurs degrés, dont l’essence consiste le plus souvent en une scission en deux moitiés latérales (2).
Lorsque l’anomalie se trouve portée au plus haut degré possible, la matrice est partagée en deux cornes à sa partie supérieure, et divisée aussi en deux moitiés, par une cloison, à sa partie inférieure. Viennent ensuite deux degrés qui marchent à peu près de front : tantôt le corps de l’organe se prolonge en deux cornes, et le col est simple; tantôt la forme de la matrice est normale ù l’extérieur, mais sa cavité est partagée , dans toute sa longueur, en deux moitiés, par une cloison. Immédiatement après, on en trouve deux autres , qui consistent en ce qu’une échancrure, plus ou moins profonde, au fond de l’organe, le fait paraître incomplètement bicorne, tandis qu’il est simple à l’intérieur, ou bien en ce qu’il est simple au dehors, tandis que son corps se trouve divisé en deux portions.
Enfin, l’anomalie étant aussi légère que possible, la matrice a seulement une forme plus alongée qu’à l’ordinaire.
Ces divers degrés d’anomalie offrent des ressemblances fort remarquables avec les conformations qu’on rencontre chez les animaux, et chez des animaux placés d’autant plus bas dans l’échelle que l’aberration est plus considérable.
(1) Voyez mon Handbuch cler pathologischen Anatomie, t. I.
(2) Thamm (toc. cil.) a donné une liste complète des ouvrages publiés sur cet objet. — F.-J. Hunkelmœller, De vaginâct utero duplici, Berlin,
Les vices primitifs de conformation dont l’essence consisterait en un excès d’activité plastique , sont à peine connus. C’est à tort qu’on donne le nom de matrices doubles (1) à celles qui offrent plusieurs des anomalies dont je viens de pa lier.
Les vices de conformation relatifs à la qualité qui intéressent la forme et la situation, sont rarement primitifs.
Cependant la matriceestquelquefois obi ique, état qu’on confond ordinairement avec son obliquité sous le rapport de la situation (2).
Les vices de conformation acquis sont:
i° La situation anormale. Les principales variétés de cett e anomalie sont les suivantes :
a. La situation delà matrice hors delà ligne médiane } cas dans lequel onia trouve souvent appliquée immédiatement contre une des parois latérales du bassin.
b. L’ obliquité, dans JaqueUe elle se dirige d’un côté à l’autre. Cetétat, surtout lorsqu’il a lieu hors de la grossesse, est presque toujours la suite d’adhérences avec les parties voisines.
c. La rétroversion (5), dans laquelle le diamètre longitudinal de la matrice correspond au diamètre antéro-postérieur du bassin, de manière que son fond se trouve dirigé en bas et en arrière, et son orifice vaginal en haut et en devant. Cette anomalie s’établit surtout dans le cours du quatrième mois de la grossesse.
d. Le prolapsus (4), qui consiste en ce que la matrice, presque toujours par suite d’une inversion du vagin, descend plus ou moins bas dans le bassin. Lorsque le vagin a éprouvé une
(1) F. Tiedemann, Observation d’une grossesse chez une femme dont ta matrice était double; dans Journ. compl. des sc. méd. , t. VI, p. 371. — Me Boivin , Mémorial de l’art des accouchemens, p. 85.
(2) Boer, Abhandlungen geburtsliû/flichen Inhalts, t. I , p. I.
(3) Cuyper, De retroversione uteri , Leyde , 1772. — Korscheck, De rctroverso uterO) Halle, 1799. — On en trouve une figure dans Hunter, De utero gravido, tab. xxvi.
(4) Bœhmer, De prolapsu et inversione uteri , Halle, 1745. — On en trouve des figures dans Ruysch, Obs. med. cliir., obs. 2 et 8. — Baillie, Engr. fasc. ix, 1'. 1. — Clarke, Di^ases of femates, Londres, 1 8 1 4 t tab. i-v.
inversion totale, l’organe utérin se trouve abaissé de toute sa hauteur, et l’orifice inférieur est situé à l’extrémité inférieure de la tumeur qu’il forme entre les cuisses. Ordinairement aussi le col est plus ou moins alongé, et la matrice adhérente à la face primitivement externe du vagin renversé. Cependant l’alongement du col fait que le corps de cette dernière se trouve presque toujours placé hors du sac du vagin. Il arrive rarement, dans ce vice de conformation, que l’orifice utérin soit complètement oblitéré (1).
La matrice fait quelquefois hernie, même lorsqu’elle est remplie du produit de la conception.
20 La configuration anormale. Une anomalie acquise dans la configuration de la matrice se rallie aux vices de conformation proprement dits, en ce qu’elleest accompagnée du déplacement de l’organe.
C’est l 'inversion (2), dont l’essence consiste en ce que la face interne de la matrice se trouve tournée en dehors. Elle présente plusieurs degrés, car tantôt le fond de la matrice se rapproche seulement de l’orifice, et tantôt il fait saillie à travers cette ouverture. La tumeur qui se forme dans ce dernier cas diffère du prolapsus utérin en ce qu’elle est dépourvue d’ouverture à son extrémité inférieure. Cet effet arrive seulement lorsqu’il y a distension considérable de la cavité de la matrice, avec amincissement proportionné de ses parois, et que l’organe se trouve alors soit comprimé, soit tiré par le bas. Aussi l’observe -t -on dans l’accouchement , dans les polypes utérins, etc.
Un vice de conformation de la matrice qui survient dans des circonstances analogues, quoiqu’on ne l’observe guère que dans l’état de grossesse, est sa rupture, qui s’opère quand une ! cause quelconque met obstacle à la parturition , et qui se fait
(1) Béctard et Cloquet, dans Bull, de la fac. demèd., t. V, 1816,
(2) Van Sanden, De prolapsu uteri, Léipsick, 1723. — Saxtorph, Anszûge ausder Abhandtungen der Copenh. Gelleschaft, Halle, ij85. — On en trouve des figures dans Ruysch, Obs. anal. chir. cent., obs.X. — Denman, Introduction to the practice ofmidwifery, tab. xu-xiv. — Baillie, Engra vings, fasc. ix, fig. 2.
(388 anatomie spéciale.
surtout à la partie inférieure de l’organe, dans le sens transversal.
h7 oblitération de la cavité de la matrice est presque toujours partielle , et, la plupart du temps , elle occupe la partie inférieure de l’organe, dans une étendue plus ou moins considérable. Elle est quelquefois congéniale, et peut-être alors conslituet-elle une anomalie primitive ; mais le plus souvent elle survient à la suite de la suppuration et de l’ulcération.
y. Vagin.
25i5. Quelquefois le vagin n’est pas perforé, ou même n’existe point, et l’on ne trouve qu’un tissu cellulaire lâche;'» sa place. Cette anomalie est presque toujours primitive. Son moindre degré consiste dans l’occlusion du canal, ou dans l’épaisseur et la dureté très considérables de l’hymen.
Le vagin est quelquefois partagé , dans une plus ou moins grande étendue, en deux moitiés, par une cloison longitudinale, dirigée d’avant en arrière, et de telle sorte que, quand la scission s’étend jusqu’à son extrémité inférieure, il existe même deux hymens. Cette anomalie peut-être accompagnée ou non d’un état analogue de la matrice.
Le vagin offre également des vices de conformation primitifs, sous le rapport de la longueur et de la largeur. En effet, il lui arrive quelquefois d’être extrêmement étroit et très court, anomalies qui existent tantôt seules et tantôt réunies.
Le plus commun de tous les vices consécutifs de conformation est le renversement incomplet (i) ou complet du vagin , qu’accompagne le prolapsus delà matrice. Qrdinairementalors la vessie se trouve tirée en bas , et il arrive très souvent aussi qu’on y rencontre des calculs, qui peuvent, tantôt avoir donné lieu à la maladie, et tantôt avoir été produits par elle (2).
(1) Naudin, Mémoire sur les chutes partielles du vagin; dans Journ. gèn. de inèd., t. LVI , 1816, p. 25g.
(2) Ruysch, Obs. mèd. chir., obs. 1. — Paget, (Lond. r.\ed. and phys. journ., t. VI, p. 091) parle d’une pierre de vingt-sept onces, accompagnée de plusieurs autres petites, qui fut trouvée dans un cas de prolapsus de la vessie.
Le vagin se déchire quelquefois, dans les mêmes circonstances que la matrice, mais plus rarement qu’elle.
S. Grandes lèvres.
a5i6. Les grandes lèvres manquent quelquefois, par un vice primitif de conformation, ou sont adhérentes l’une avec l’autre sur la ligne médiane. Ces deux anomalies sont le résultat de la persistance d’un état primitif de conformation.
Il est rare qu’elles renferment des viscères abdominaux qui se soient échappés par l’anneau inguinal.
Quelquefois elles acquièrent un volume très considérable, soit tout-à-coup, par le transport d’autres maladies, notamment delà blennorrhée, soit d’une manière lente et graduelle.
£. Petites lèvres.
Il arrive aussi quelquefois que les nymphes n’existent pas, ou qu’elles sont adhérentes. Ces deux états peuvent être primitifs ou accidentels, et développés à la suite d’une inflammation.
Dans certains cas, elles offrent une anomalie inverse, et sont doubles, ou même triples (1).
Leur accroissement extraordinaire est presque toujours un vice de conformation consécutif ou acquis.
b. Organes génitaux de l’homme, a. Testicules.
2519. Les vices de conformation des testicules sont :
t° L'absence d’un ou de cesdeux organes, qu’il faut bien distinguer de l’absence apparente, tenant à ce que la glande est demeurée dans l’abdomen .
20 La petitesse.
y La persistance dans les rapports primitifs delocalité. Cette anomalie offre un grand nombre de degrés , depuis le cas où le
(1) Neubauer, De triplici nympharum ordine, léna, 1774.
testicule reste au-dessous du rein, jusqu’à celui où l’on rencontre l’oblitération incomplète du canal de communication, qui persiste encore pendant quelque temps après sa sortie du bas-ventre. C’est ce dernier vice de conformation qui devient la cause de la hernie inguinale congéniale.
4° L’interruption du canal déférent, sa terminaison en culde-sac, l’absence des vésicules séminales (1).
5° La pluralité des testicules. Cette anomalie est très problématique. Il est fort rare aussi que le nombre des vésicules séminales s’élève à plus de deux (2).
Les vices de conformation consécutifs sont :
i° L’accroissement anormal du volume.
20 L’atrophie.
Cesdeuxétats sont le plus sou vent accompagnés d’altérations de texture.
(}. Prostate.
2520. La prostate est surtout sujette à augmenter de volume, état qu’accompagne la transformation de son tissu. Dans ce cas on a coutume de dire qu’elle est devenue squirrheuse. Mais, quoique cette assertion soit vraie dans le plus grand nombre des circonstances, elle ne l’est cependant pas toujours. L’hypertrophie de la prostate dépend souvent de ce qu’il s’est développé dans sa substance des formations fibreuses ou fibro-cartilagineuses , qu’il est tout aussi commun de rencontrer dans l’organe auquel elle correspond, la matrice (3).
Le lobe moyen delà prostate est souvent le siège d’un gonflement anormal; mais cette tuméfaction n’a pas lieu toujours, comme Home le prétend.
(1) Voyez mon Handbucli der patltologlschen Anatomie , t. I, p.685. — H. Bosch, Diss. sistens observalionem de vesiculoe seminalis sinistrée defeetu, inteçris teStibus, vasevero deferente sinistro clauso, Leyde, i8i3. — Seiler a publié une relation excellente de l’ouverture du cadavre d’un homme cryptorchide ( loc . cit., p. 43).
(2) Meckel, De duplicitate monstrosa , et Handbuch der pathologischen Anatomie, t. II, p. 3i.
(3) Dupuytren, Sur les calculs de la prostate; dans Bull.delafac.de méd., t. VII, p. i55.
y. Verge.
2521. La verge est sujette à un grand nombre de vices primitifs de conformation , qui dépendent principalement d’une suspension de développement, ou de la persistance d’une forme primitive. Tels sont:
i° L’absence.
20 La petitesse.
3° L’imperforation totale ou partielle, qui présente plusieurs différences , sous le rapport soit du degré , soit de la qualité , depuis l’occlusion du prépuce jusqu’à l’ouverture de l’urèthre au périnée, et qui est accompagnée ou non de la petitesse anormale du pénis; dans ce cas l’urèthre, et par conséquent la verge, sont réellement fendus à leur face inférieure (1).
4° L’étroitesse du prépuce, ou le phimosis, qui est plus souvent accidentel.
5° La scission de la verge à sa face supérieure, qui coïncide souvent avec celle de la vessie , et qui , quand elle existe seule, fait le passage de cette dernière anomalie à la conformation normale.
6° La scission complète de la verge en deux moitiés. Ce vice de conformation est beaucoup plus rare que le précédent (2).
D’un autre côté, quelquefois la verge est double, d’une manière plus ou moins complète.
Peut-être doit-on considérer comme un premier degré de cette anomalie, la séparation totale des voies urinaires et séminales, qui a été observée quelquefois.
Lorsque l’organe est parfaitement double, les deux verges sont situées l’une à côté, ou l’une au-dessus de l’autre. Cette dernière anomalie offre une analogie remarquable avec la duplication de la langue, l’organe qui correspond au pénis. La première pourrait être regardée comme un développement plus considérable de la scission de la verge.
(1) Sixtus, De diffisione genitaliunt , Würzbourg, 18 1 3.
(2) Bamberger, De intussusceptione membranœ urethrce internée, Würzbourg, 1795.
6g2 ANATOMIE SPECIALE.
Les vices (le conformation consécutifs comprennent l’accroissement insolite de la verge , qui survient ordinairement à la suite du développement de formations accidentelles.
11 est rare que la membrane interne de l’urètre se renverse (i).
c. Mamelles.
2522. Les mamelles manquent quelquefois, soit d’un seul côté, soit des deux côtés.
Leur petitesse insolite chez la femme, et leur volume anormal chez l’homme , constituent un premier degré d’hermaphrodisme, surtout lorsque, dans le second cas, elles sécrètent du lait.
Elles se multiplient quelquefois à la manière de celles des mammifères. Dans le premier degré de cette anomalie, une mamelle porte deux mamelons ; ensuite on trouve plusieurs mamelles l’une au-dessus de l’autre, deux, et même trois, de chaque côté ou d’un seul côté.
B. ALTERATIONS DE TEXTURlI.
a. Organes génitaux de la femme.
2Ô2Ô. De toutes les parties de l’appareil génital, les ovaires sont celles dans lesquelles on rencontre le plus souvent des altérations de texture, celles aussi dans lesquelles se développent les formations nouvelles les plus diversifiées et les plus régulières. C’est presque toujours à la formation de ces productions accidentelles qu’on doit attribuer l’accroissement du volume des ovaires, quoiqu’il ne soit quelquefois , surtout dans l’origine, qu’une simple hypertrophie, soit de toute la substance de la glande , soit , ce qui a lieu plus souvent , d’une seule de ses parties constituantes, des vésicules. L’augmentation de l’ovaire est souvent énorme , et portée jusqu’à un tel
(0 Stiebel, Miinnliches Hymen; dans Deutsclies Archiv fur die Physiologie, t. VIII, p. 207.
DES ORGANES DE EA GENERATION. 6q5
degré, qu’on a trouvé l’organe pesant cinquante-cinq (i) , quatre-vingt-cinq et même cent deux livres (2).
L’altération de ce genre qui s’écarte le moins de l’état normal est Vliydropisie de l'ovaire (5). Cet état offre quelques différences. Tantôt , en effet, le liquide est contenu dans une seule poche , tantôt il remplit plusieurs vésicules , dont le volume n’est pas le même. Il varie d’ailleurs beaucoup, non seulement sous le rapport de la quantité, qui est quelquefois énorme, mais encore, et même quelquefois dans les divers kystes du même ovaire, sous celui de la couleur, de la consistance, etc.
Les kystes sont la plupart du temps adhérens à la substance de l’ovaire; mais souvent aussi on les trouve tout-à-fait libres et très nombreux dans la cavité de cet organe , où ils semblent avoir été produits par un épanchement de sérosité. Cette altération morbide dépend tantôt de l’accroissement des vésicules de Graaf, tantôt d’une répétition de ces vésicules simulant les effets de la génération, et, par conséquent, d’une formation de membranes séreuses. Il n’est pas rare non plus que ces membranes séreuses contiennent de la graisse ou de l’adipocire.
Indépendamment des membranes séreuses, il se développe assez souvent aussi dans les ovaires des membranes muqueuses accidentelles, aj ant également la forme de kystes, qui contiennent un fluide plus ou moins épais, et appartiennent au genre des athérômes ou à celui des mélicéris.
Une autre altération de texture de l’ovaire, qu’on rencontre fréquemment seule, ou accompagnée de la précédente, con-
(1) Normand, Observation sur la transformation d’un ovaire; dans Journ. gèn. demèd., t. LVI, p. x 45. — Valentin, Ibid., t. LVIII, p. 218.
(2) Van den Bosch, dans Voigtel, Handbuch der pathologiscben Anatomie, t. III, p. 54i.
(3) Fehr, De virgine, hydropc ovarii laborante, Strasbourg, 1762. — Huth, Casus virginis bydrope ovarii cxtinciœ, Strasbourg, 1768. — Murray, De hydrope ovarii, Upsal, 1780. — Rossum, De bydrope ovariorum, Louvain, 1782. — Julia-Fontenelle , Analyse de quelques substances contenues dans les ovaires dans certains états morbides; dans Archi.v. gén de méd., t. IV, p. 257.
6g4 ANATOMIE SPÉCIALE.
siste dans la formation de substance fibreuse, fibro-cartilagineuse, cartilagineuse ou osseuse, qui se développe souvent en masses arrondies très considérables, et augmente ainsi de beaucoup le volume et le poids de l’organe. C’est ici qu’il faut rapporter, sinon en totalité, du moins en grande partie, les formations qui ont été décrites sous les noms de stéatôme, sarcome, squirrhe, ostéosarcome et ossification de l’ovaire.
A ces répétitions anormales de tissus normaux , qu’on rencontre aussi dans d’autres parties du corps, mais bien moins communément que dans les ovaires , il faut en ajouter une encore, qui est sinon tout-à-fait , du moins presque entièrement exclusive à ces glandes. Je veux parler des poils et des dents (i). Les poils, bien plus fréquens que les dents, se développent dans la graisse, et les dents au milieu de kystes remplis d’une masse gélatineuse, de manière qu’ici nous retrouvons parfaitement le type normal, tant sous le rapport de l’organe dans lequel s’opère la formation nouvelle, que sous celui de la fréquence proportionnelle de son apparition.
La nature de l’organe dans lequel se trouvent ces productions osseuses, pileuses et dentaires, et qui est l'atelier de la génération, l’époque de la vie à laquelle elles se développent le plus souvent, la circonstance qu’elles ont été souvent précédées par le coït, enfin les cas assez nombreux de grossesse ovarienne, ont déterminé beaucoup de physiologistes à les considérer comme des débris d’un foetus qui se serait développé dans l’ovaire. Mais une pareille hypothèse est absolument inadmissible; car la disparité totale qu’on observe souvent entre ces productions anormales, sous le rapport du nombre, de la forme et du volume , et le fait remarquable que les poils, les os et les dents sont les seules parties qu’on rencontre ainsi, tandis que, dans les grossesses extraordinaires, toutes les parties du foetus se conservent long-temps, prouvent assez que l’acte générateur, s’il en a fallu un pour les produire, n’a au moins pas donné naissance à un fœtus complet ,
(i)J.-F. Meckel, Mémoire sur les poils et les dents (/ui se développent accidentellement dans le corps ; dans Journ. compl. du dict. des sc. mèd . t. IV , p, 122 et aiy.
DES ORGANES DE IA GENERATION. 6g5
et s’est borné déterminer le développement des seules parties qu’on trouve.
Quoiqu’il soit incontestable que, dans une foule de cas, le développement, non seulement de ces formations plus parfaites, mais encore de toutes les autres formations anormales que l’on rencontre dans l’ovaire, ne s’opère qu’à la suite d’un accouplement qui ne suffit pas pour donner naissance à un organisme normal , à cause de l’état maladif d’un ou des deux parens , de leur âge avancé, ou d’une autre cause qui affaiblit en eux la faculté génératrice, cependant on ne saurait admettre que le concours de l’homme soit nécessaire pour déterminer leur production , puisqu’on les a rencontrées chez de très jeunes filles, dont les organes génitaux étaient parfaitement intacts, et qu’on les trouve aussi dans d’autres parties du corps, non seulement chez la femme, mais même chez l’homme.
Si elles sont plus communes et plus parfaites dans l’ovaire que dans tous les autres organes , c’est parce que l’activité plastique est plus énergique dans cette glande. Il n’en faut pas conclure que l’union sexuelle doit nécessairement les avoir précédées, et encore moins qu’elles sont les débris d’un fœtus ovarien détruit.
Les altérations de texture tout-à-fait anormales sont beaucoup plus rares dans l’ovaire, probablement par la même raison, et parce que l’énergie plus grande de l’activité plastique fait que les tentatives ayant pour but de créer des formations nouvelles, y sont plus souvent couronnées de succès.
Une altération extrêmement rare, sous le rapport de la configuration, qui appartient exclusivement à l’ovaire, et dont on n’a point encore examiné la nature, consiste dans sa transformation en une grosse masse arborescente, composée de plusieurs tubercules solides, réunis par des filaraens. Cette anomalie a été observée par Prochaska (1).
Otto a rencontré une production analogue, mais qui n’avait que le volume d’un pouce (2).
J’en ai aussi sous les yeux deux exemples, qui se sont offerts
(1) Disquis. organism. anat. phys., § 58, tab. v.
(?) Handtouchdcr pathologischcn Anatomie , p. 378, note 33.
à moi depuis peu. Eu ouvrant le cadavre d’une femme publique, âgée d’entiron trente ans, qui offrait des traces d’inflammation de l’ovaire, je trouvai les trompes adhérentes et fort épaissies, et, de plus, l’ovaire gauche considérablement grossi, très mou, et converti en une multitude d’éminences diversement contournées. Dans un autre cadavre, appartenant à une femme d’une quarantaine d’années, l’ovaire droit présentait, à sa surface, trois kystes , de quatre lignes de diamètre environ, dont la face interne , très plissée, offrait des circonvolutions tout-à-fait analogues. Le premier de ces deux cas surtout était très probablement le commencement de la formation décrite par Prochaska, qui aurait pu également se développer dans le second, si les kystes eussent été déchirés , et que leur face interne eût végété.
a52./j. Les altérations de texture de la matrice sont très fréquentes.
Parmi les répétitions anormales de formations normales , on doit citer principalement les corps fibreux, fibro-cartilagineux ou osseux, qu’il faut bien distinguer des squirrhes, quoiqu’ils aient été souvent décrits sous ce nom, à cause de leur dureté.
Ces productions sont arrondies, tantôt isolées, tantôt réunies en grand nombre , et très peu adhérentes à la substance de la matrice. On les trouve presque toujours à sa face externe , mais quelquefois aussi à sa face interne. Elles ont une teinte blanche jaunâtre, avec une structure irrégulière et pluSsOu moins sensiblement fibreuse. Presque toujours elles s’ossifient sur quelques points , sans que leur volume influe sur ce phénomène. Il leur arrive quelquefois alors d’acquérir un degré énorme de dureté , tel même qu’on a beaucoup de peine à les scier. On les rencontre principalement, vers le milieu de la vie, chez les femmes qui ont vécu dans le célibat, et qui n’ont pas eu d’enfans.
Il est plus rare qu’en pareille circonstance il se forme de la graisse et des poils dans la substance de la matrice.
Toutes ces formations , même les dents , se développent quelquefois aussi àla face interne et dans la cavité delamatrice (1). (*)
(*) t'oyez mou Ilandbuch der patliologischcn Anatomie j t I, p. 525 -54-2.
Les circonstances au milieu desquelles on les rencontre dans ces deux derniers endroits, permettent de les considérer comme des produits imparfaits de la génération. Quant à celles qu’on trouve dans la substance même de la matrice, elles se développent le plus souvent sans la coopération de l’homme, quoique leur formation y puisse être déterminée aussi quelquefois par l’influence de l’acte vénérien. Sous ce rapport, elles ressemblent aux formations anormales de l’ovaire. Ce qu’il y a de très remarquable, c’est que les phénomènes qu’elles déterminent dans l’un et l’autre organe, imitent quelquefois ceux de la grossesse (1).
Il n’est pas rare non plus qu’au milieu des mêmes circonstances , il se développe , dans la cavité de la matrice , d’autres formations qui peuvent être considérées comme les résultats d’un effort insuffisant pour produire un nouvel organisme, et qui ressemblent, soit à la membrane caduque, soit, lorsqu’elles ont la forme de vésicules minces, remplies d’un fluide séreux, aux membranes internes de l’œuf.
Les altérations de texture tout-à-fait anormales de la matrice sont :
1“ La dégénérescence squirrheuse et cancéreuse (2). Cette altération ne se montre pas, comme les corps fibreux, sous la forme de masses séparées du reste de la substance de la matrice. Elle est le produit d’une métamorphose qui commence ordinairement à la partie inférieure de l’organe, et qui l’envahit peu à peu tout entier. Les parties qui en sont le siège deviennent d’abord dures, se tuméfient plus ou moins, suppurent ensuite dans le même ordre, et se détruisent ainsi peu à peu, d’où résultent des ouvertures anormales, qui communiquent soit avec la cavité abdominale, la vessie ou le rectum , soit avec plusieurs de ces parties à la fois. Ici, comme dans
(1) Cochon-Dupuis, dans Mcm. de Paris, 1698, p. 53p. — A. Monro, Four cases of the lumcficd ovarium; dans Med. essays of Edinb., vol. VI, p. 298. — Dans les deux cas, il survint des douleurs, d’abord à neuf mois, puis à dix.
(2) Patrix, Traité sur te cancer de la matrice et sur tes maladies des voies urinaires, Paris, r820.
tous les autres cas de cette dégénérescence, le système lymphatique se trouve infecté, et la mort en est la suite nécessaire. Tous ces caractères les distinguent des productions fibreuses et osseuses.
2° Les polypes se développent si souvent à la face interne de la matrice, que, sur vingt cadavres, Portai en a trouvé treize qui en offraient (1). On les distingue, d’après le lieu dans lequel ils sont implantés, en polypes du fond, du corps et du col; d’après leur degré de solidité, en mous et durs. Ils varient beaucoup sous le rapport du nombre et du volume.
Le vagin participe ordinairement à l’état squirrheux de la matrice, du moins à sa partie supérieure. Il s’y développe aussi des polypes, surtout à son sommet, mais bien plus rarement que dans la matrice.
Il croît quelquefois des poils à la face interne des grandes lèvres.
b. Parties génitales de l’homme.
a525. Les altérations de texture des testicules sont principalement :
i° L’induration à la suite de l’inflammation.
20 L’hydropisie de la tunique vaginale, appelée hydrocèle. Cette maladie s’observe, souvent. Ordinairement le liquide est séreux et limpide; mais quelquefois aussi on a trouvé, au lieu de sérosité , une substance solide et opaque , ou bien, quand le liquide est plus épais et plus visqueux que de coutume, il contient des lamelles d’apparence micacée , qui ressemblent beaucoup à des paillettes de cholestérine, mais qui diffèrent de cette substance, en ce qu’elles ont une pesanteur spécifique plus considérable, et se dissolvent plus facilement dans les alcalis (2).
3° L’ossification, qui a principalement son siège dans l’épi-
(1) Observations sur ta structure des parties de la génération dans ta femme; dans Mém. de Paris , 1770, p. 190. — C. Mayer, Diss. de polypis uteri, Berlin, 1820.
(2) Béclard et Cloquet, Deux observations d’hydrocèles rares, dans Bulletin de la fac. de méd. , t. V, p. 38.
didyme et la tunique vaginale. Il n’est pas très rare non plus de rencontrer dans la membrane albuginée des plaques cartilagineuses et osseuses arrondies , qui finissent par se détacher, et par devenir libres dans la cavité de la tunique vaginale. Ces productions sont moins communes dans le cordon spermatique.
4° Il s’y développe très rarement des poils.
5° Les formations albumineuses et tuberculeuses ne sont pas rares dans la substance de cette glande.
6° On y trouve aussi des squirrhes, qui dégénèrent en cancers.
70 Des formations fongueuses.
8° Des kystes remplis d’un liquide qui ressemble au sérum du sang.
Quelquefois, mais rarement, il se forme des calculs dans les vésicules séminales (i), ou dans la glande prostate (2). Ces derniers au moins sont composés de phosphate calcaire.
Les altérations de texture de la verge sont presque toujours d’origine syphilitique , ulcères, excroissances, etc.
c. Mamelles.
2526. Les mamelles de l’homme ne sont sujettes à presque aucune maladie. L’altération de texture qu’on rencontre le plus souvent dans celles de la femme est le squirrhe. Cependant on désigne sous ce nom les formations nouvelles , quelque différentes qu’elles soient , car elles peuvent se développer presque toutes, soit seules, soit accompagnées d’autres, dans le tissu de la glande mammaire.
(b) Hartmann, De catculis in vesicula seminali, Erfurt, 1765.
(?)Pohl, Decalculis in prostata inventis, Léipsick, 173 7,