‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologiqueChapitre 258 sur 289 · B. TROMPES DE FALLOPE · texte numérisé non relu

B. TROMPES DE FALLOPE

a55g. Le seul changement que la copulation apporte dans les trompes de Fallope consiste en ce que, bientôt après cet acte, au bout d’un laps de temps plus ou moins long, elles s’appliquent sur les ovaires de manière à en embrasser une portion plus ou moins considérable avec leur pavillon , et à recevoir le fluide versé par le corps jaune , qu’elles conduisent ensuite dans la matrice.

Leur rapprochement des ovaires est favorisé par la portion de l’intestin grêle située dans le petit bassin; car cette portion tend les ligamens des ovaires et les ligamens larges de la matrice, fixe ainsi les glandes en position, et applique les trompe- à leur surface, de telle sorte qu’elles les dépassent un peu en dehors(i).

(1) Autenrieth , Ueber die eigcnlliche Loge der innern weib lichen Geschleclitst belle; dans Reil, À r chie fur die Physiologie, t. VII, p. 294.

G. UATBICÏ.

256o.La structure de la matrice (1) subit des changemens remarquables sous plusieurs rapports, et le nouvel organisme se développe dans son intérieur.

Avant même qu’on aperçoive aucune trace du nouvel être, on trouve déjà la matrice un peu agrandie à sa partie supérieure , sa substance plus molle , plus lâche , plus lamelleuse , les couches dont elle est composée plus sensiblement distinctes, ses vaisseaux dilatés, sa face interne lisse, mais irrégulière, extrêmement vasculeuse , et couverte en outre d’une multitude de flocons très déliés, qu’on ne découvre qu’avec le secours du microscope, enduite enfin d’une matière pultacée dans laquelle les vaisseaux se prolongent, et qui passe sur le col de l’organe, de manière à fermer la cavité du corps. Cette substance ressemble à du sang coagulé. Elle est plus épaisse à sa partie supérieure, endroit où ses connexions avec la matrice sont plus intimes aussi que partout ailleurs. Inférieurement elle est très mince, et unie d’une manière plus lâche à l’organe , ou même elle n’y adhère pas du tout (2 ).

L’orifice vaginal et le col sont en outre remplis d’une substance visqueuse, collante, et analogue à de la gélatine.

Ces changemens augmentent sans interruption jusqu’à la fin delà grossesse , qui dure en général dix mois lunaires.

La texture fibreuse se prononce de plus en plus ; on

(1) Indépendamment des ouvrages que j’ai déjà cités à l’occasion de la matrice, consultez encore : A. Vater, De utero grav ido ,Wittember g,

1725. — Beyer, Utrum in gravidis totus utérus œqualiter extendatur, Paris, 1729. — P. -A. Boehmer, Situs uteri gravide fœtusque, ae sedes in utero , Halle, 1748. — B.-S. Albinus , Tabulée uteri gravidi, Leyde , 1748. — Id . De utero gravido nonnuUa ; dans Annot. acad . , 1. II, cap. v. — J. Weitbrecht, De utero muliebri ( gravido ) observationes anatomicœ ; dans IV. C. Pctrop., t. I, p. 337.

(2) The case ofa young œoman who poisoned herself in tlie first montk of her pregnance , by Th. Ogle; to which is added an account of theappearances after dcath, by J. Hunier; dans London med. trans. forthe improvemcnt of tned. andchir. knowledge, vol. JI, p. 63.

DE Ik CONCEPTION DANS 1,’ÉTAT NORMAL.

ne peut même la bien apercevoir (1) que durant la grossesse, ou dans les états analogues de la matrice, lorsque cet organe augmente également de volume , par exemple, lorsqu’il se développe des formations anormales dans son intérieur. Il est donc incontestable que si les fibres ne se forment pas dans le cours de la grossesse, au moins prennent-elles alors un développement, un surcroît de volume considérable.

Voilà pourquoi la matrice , quoiqu’elle s’agrandisse et se ramollisse beaucoup, n’éprouve pas seulement de la distension, mais augmente considérablement dans sa masse.

Quelques jours même après la parturition survenue au terme régulier de la grossesse, le poids de la matrice s’élève au moins à vingt-quatre onces, comme je m’en suis convaincu en ouvrant douze cadavres de femmes mortes à cette époque; de manière que, même alors, quoique l’organe se soit affaissé déjà, son poids est à celui de la matrice d’une vierge dans la proportion de 24 : 1.

Une autre question se présente maintenant, celle de savoir si les parois de la matrice qui, d’après ce qui précède, n’éprouvent pas seulement de la distension, mais acquièrent en même temps plus de masse, restent les mêmes, ou si elles s’amincissent. Ce dernier cas lui-même pourrait très bien avoir lieu, malgré l’augmentation de masse et de poids, à cause de ^extension considérable que la matrice prend durant la grossesse.

On a résolu ce problème de plusieurs manières très différentes (2).

Ceux qui admettent que les parois utérines conservent la même épaisseur, ou même en acquièrent une plus considérable, expliquent l’assertion contraire en disant que l’épaisseur de la matrice, considérée d’une manière générale, varie dans l’état de grossesse (3), et qu’une matrice remplie du pro-

(1) C’est ce qui avait déjà été remarqué par Vésale [De corp. hum. fab., lib. V, c. xv), et par Santorini après lui [Observ. anat., c. x-i, § i3).

(2) Haller a réuni la plupart des opinions émises à ce sujet [Et. phys., t. VIII, p.n, p. 58).

(3) Par exemple, F.-A.Walter, De polypis ; dans Annot. Ac. Berol.,ij&6.

duit de la conception n’a pas la même épaisseur partout (1). On pourrait dire en outre qu’il arrive quelquefois à la matrice, par suite d’un état pathologique, de ne pas se développer convenablement, et de se borner à éprouver de la distension, ce qui est peut-être une des causes qui contribuent à rendre l’accouchement laborieux.

Mes observations , qui ont été faites sur seize matrices prises à toutes les époques de la gestation, me font penser qu’il est extrêmement probable que les parois augmentent un peu d’épaisseur dans le principe, mais que cet accroissement n’est pas très considérable, et que, vers la fin de la grossesse, elles s’amincissent beaucoup d’une manière graduelle.

En effet j’ai trouvé l’épaisseur des parois utérines de six lignes , trois semaines après la conception ; de cinq, au commencement du troisième mois; de quatre, au commencement du quatrième ; à la fin de ce mois, de quatre dans deux cas ; de trois à la partie supérieure, et de quatre à l’inférieure, dans un troisième, et de cinq dans un quatrième; à cinq mois, de trois dans un cas, de deux supérieurement et de quatre inférieurement dans un autre ; ù six et àsept mois , d’un peu moins de trois; à huit mois, de deux lignes à deux lignes et demie dans un cas, et, dans un autre , de trois lignes à la partie supérieure et de plus de quatre à l’inférieure : elles m’ont paru encore un peu plus minces à neuf mois.

Au contraire, la matrice, revenue sur elle- même après l’accouchement, a ordinairement un pouce d’épaisseur au bout de sept, de huit et de neuf mois.

Les veines et les artères de cet organe sont extrêmement dilatées, à tel point même que les troncs veineux égalent les veines axillaires pour le calibre. Ces deux ordres de vaisseaux deviennent d’autant moins flexueux que la matrice s’agrandit davantage.

Les veines dilatées de la matrice ont reçu le nom fort impropre de sinus.

L’endroit où les vaisseaux sanguins sont le plus développés

(1) Hunier, tocs cil. , p. 21.

DE LA CONCEPTION DANS L’ÉTAT NORMAL. n[\5

est celui où le nouvel organisme s’unit immédiatement à celui de la mère, c’est-à-dire l’insertion du placenta.

256i. La forme de la matrice éprouve aussi un changement considérable. Comme il n’y a que le corps de l’organe qui se développe pendant la plus grande partie du cours de la grossesse, la disproportion entre lui et le col devient toujours de plus en plus considérable, et même, comme lorsque le col finit par prendre part à la distension, dans les derniers temps de la grossesse, il se raccourcit à mesure qu’il s’élargit, la disproportion ne fait que devenir encore plus sensible, de sorte que la matrice est plutôt ovalaire que pyriforme, surtout à une époque voisine de la parturition.

Dans le même temps, cet organe acquiert, d’avant en arrière, une épaisseur plus considérable, en proportion de sa largeur, que celle qu’il avait auparavant, quoiqu’il continue cependant encore d’être un peu plus large qu’épais.

L’orifice vaginal commence à s’arrondir dès le premier mois.

256a. II survient aussi de grands changemens dans la situation de la matrice.

Pendant les deux premiers mois de la grossesse, la matrice s’enfonce un peu plus dans le bassin, de sorte qu’il est plus facile de porter le doigt jusqu’à son orifice par le vagin ; mais à trois mois elle commence à remonter, et change en même temps de direction, son fond se portant plus en devant, et son orifice plus en arrière. Ces changemens augmentent tellement, par les progrès de la grossesse, qu’il devient de plus en plus difficile de porter le doigt sur le museau de tanche, et d’autant plus que la partie inférieure de la paroi antérieure de la matrice se trouve refoulée de haut en bas, au-devant de lui, par la partie inférieure de l’enfant, qui est sa tête. Dans la plupart des cas, à mesure que la matrice se développe, son fond s’élève, et devient sensible à travers les tégumeos distendus du bas-ventre.

La face antérieure de l’organe, surtout dans les derniers mois de la grossesse, est appliquée immédiatement derrière la paroi antérieure de la cavité abdominale. Elle repousse l’intestin grêle en haut , en arrière et sur les côtés ; du moins est-il très rare que cet intestin descende entre la matrice et la paroi

y44 ANATOMIE SPECIALE.

antérieure du bas-ventre (1), et. ce cas n’arrive probablement jamais/ sur la fin de la gestation.

a563. Après l’accouchement, la matrice se resserre beaucoup sur elle-même, et, au bout de quelques jours, ses parois ont plus d’un pouce d’épaisseur (2).

Peu à peu, et même dès les premières semaines, son volume revient presqu’à celui qu’elle avait avant la grossesse, ses vaisseaux se resserrent, et, dans le même temps, elle perd sa structure lâche et lamelleuse. Cependant elle reste toujours un peu plus grosse et plus molle que chez la femme qui n’a point eu d’enfans. C’est seulement dans l’âge avancé qu’elle commence à diminuer beaucoup et à devenir plus dure.

L’orifice vaginal qpi, dans la dernière période de la grossesse , s’était converti en une ouverture arrondie, reprend son ancienne forme; mais presque toujours il a éprouvé des déchirures plus ou moins profondes, qui le rendent inégal et raboteux. Les lèvres, surtout les postérieures, sont plus épaisses et plus longues. Elles s’appliquent moins exactement l’une contre l’autre.

ARTICLE II

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