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II. ORGANES FORMATEURS

A. OVAIKES.

2557. Les organes internes de la génération sont modifiés, non pas par l’acte vénérien en général, mais seulement parla conception.

Il se développe dans l’ovaire un corps particulier, qu’on appelle corps jaune ou glanduleux ( corpus luteum s. glandulosuni) (4). C’est un tissu arrondi, mou, très vasculaire, composé de plusieurs lobes, qui fait saillie au-dessus de la surface de l’ovaire, atteint à peu près le volume d’une cerise, et renferme

(1) Osiander ( toc . cit., p. ilÇ) en rapporte plusieurs cas.

(2) Tolberg, De var. hym., p. i4- — Je conserve dans mon cabinet la pièce anatomique, qui est fort remarquable.

(3) M. Malpighi, De cornuum vegetatione, utero, viviparum ovis ; dans Opp. omn., Leyde, 1687, t. I, p. 211. — A. Bertrandi, Observations sur les corps glanduleux, sur la matrice et sur l’ovaire dans l’état de grossesse; dans Miscett. Taur., t. I, 1758.

(4) Brugnone, De ovariis eorumque corpore luteo observationes anatornicce; dans Mém. de Turin, 1790. — Roose, CJeber die getben Kûrper und Eierstôche, Brunswick, 1800.

une cavité qui s’ouvre à l’extérieur. Le nombre des corps jaunes correspond ordinairement à celui des organismes nouveaux qui ont été produits.

D’après les expériences faites sur les animaux, ces corps doivent naissance à la métamorphose d’une, et probablement pas de plusieurs des vésicules de Graaf , qui, de simple membrane séreuse qu’elle était , se convertit en un organe glanduleux, c’est-à-dire prend une organisation plus compliquée , et acquiert ainsi la faculté de produire un liquide différent de la sérosité des vésicules. Comme le corps jaune diffère de toutes les autres glandes par sa structure, le fluide qu’il fournit est aussi de nature particulière; c’est le fluide générateur, la semence de la femme.

L’influence du sperme masculin est la cause ordinaire et régulière de celte métamorphose, qui paraît cependant pouvoir s’opérer aussi sous l’empire d’autres stimulations, peut-être de l’imagination ou de jouissances contraires à l’ordre établi par la nature. À la vérité plusieurs des cas rares dans lesquels on a trouvé des corps jaunes chez des femmes non mariées et des fdles vierges, sous le rapport physique, ettoujours accompagnés des phénomènes indiqués plus haut (§ 2556), permettent de supposer que la formation de ces corps avait été précédée de l’acte vénérien et de la fécondation. Cependant, comme on les a rencontrés aussi dans des animaux ordinairement stériles , par exemple dans des mules, l’opinion que je viens d’émettre peut se soutenir aussi pour la femme avec beaucoup de vraisemblance; mais aucun fait n’autorise à admettre que la conversion des vésicules de Graaf en corps jaunes puisse être produite autrement que par une exaltation insolite du penchant à la reproduction (i). On parle de corps jaunes qui ont été trouvés dans des animaux nouvellement nés ou très jeunes; mais il est facile de répondre à cette objection que toute substance jaune qu’on rencontre dans l’ovaire n’est pas un corps jaune. L’argument tiré de ce que le nombre des corps jaunes ne correspond point toujours à celui des petits, n’est pas plus péremptoire. Si l’on trouve moins de corps jaunes que la femelle n’a produit de

(i) Joerg, Von der Zcugung, p. i5i.

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petits, cette circonstance se concilie avec leur signification, puisqu’un seul corps jaune peut, tout aussi bien qu’un seul testicule, suffire à la production de plusieurs organismes nouveaux. D’ailleurs il se pourrait aussi qu’un ou plusieurs de ces corps eussent disparu, ou que plusieurs fussent confondus ensemble. Dans le cas où leur nombre surpasse celui des petits , i° il faudrait indiquer exactement si ceux qui existent en surplus ne provenaient pas de conceptions antérieures; 2° il serait possible, même en admettant que l’animal n’ajamais conçu auparavant, que la génération n’eût pas été au-delà de la production d’un corps jaune, ou que son produit se fût perdu. Au reste je suis très disposé à ne voir que des observations très incertaines dans les cas où l’on prétend qu’il y avait disparate entre le nombre des corps jaunes et celui des petits, car l’examen de plus de deux cents femmes et femelles de divers mammifères, dans l’état de grossesse, m’a convaincu que le nombre des corps jaunes qu’on peut, en raison de l’identité absolue de tous leurs caractères, considérer comme les produits d’un meme acte générateur, correspond toujours à celui des petits. Les observateurs connus par leur exactitude sont arrivés au même résultat (1), tandis que les assertions contraires portent le cachet de la légèreté sous tous les rapports.

Peu à peu l’ouverturede la cavité du corps jaune s’oblitère; le corps lui-même diminue, s’affaisse et s’endurcit. Ceschangemens n’arrivent pas précisément à la même époque, et j’ai remarqué en général, soit dans l’espèce humaine, soit dan» les animaux, que, sous le rapport au moins de la grosseur du corps , ils ne sont pas très considérables pendant la grossesse , tandis qu’après la parturition ils marchent sensiblement d’une manière plus rapide. Ce phénomène est remarquable en ce qu’il nous apprend que, quoique la fonction du corps jaune et de l’ovaire en général soit passée à cette époque , cependant la vie continue d’être plus active en eux à cause de l’exaltation de vitalité qui règne dans la matrice. Au reste il est rare que le

(i) Haller, El. phys ., t. VIII, p. 11, p. 29-38. — Hunter, Anatomlsehe Beschreibung des menschlichen schwangcrn Utérus , Weimar, 1803, p. 20.

p;38 anatomie spéciale.

corps jaune disparaisse tout-è-fait, quoiqu’il se rapetisse extrêmement.

Haller (1) et plusieurs autres depuis lui ont attribué la découverte des corps jaunes à Volcher Coïter (2); mais elle appartient réellement à Fallope (3) , qui a parlé de ces corps douze ans avant Coïter, et à peu près dans les mêmes termes.

Malpighi (4) et de Graaf (5) ont découvert leurs usages.

2558. Suivant Osiander (6) , les vésicules de Graaf et les corps jaunes sont sans rapport avec la génération, parce que les premières n’ont point d’ouvertures. Il prétend qu’après l’acouplement les parties qui se convertissent en nouveaux organismes se développent , à la surface de l’ovaire, sous la forme de vésicules miliaires, dont une se détache et tombe dans la matrice. Il ajoute qu’on doit considérer ces corpuscules comme des œufs : i° parce qu’ils ne paraissent jamais avant la fécondation; 20 parce qu’on les observe toujours après un accouplement suivi de fécondation ; 3° parce qu’on en rencontre beaucoup dans les cadavres de jeunes femelles mortes après un petit nombre de grossesses ; 4* p;irce que plusieurs sont turgescentes, d’autres vides, d’autres enfin semblables à de simples cicatrices; 5° parce qu’ils disparaissent entièrement lorsque la femelle cesse d’être féconde.

Ces raisons ne me paraissent pas péremptoires. Les vésicules lont il s’agit pourraient très bien se développer à la suite de 'accouplement, et disparaître dans le cours de la vie, sans qu’elles fussent réellement des œufs, puisque l’accouplement, surtout lorsqu’il est suivi delà conception, produit des changemens tout aussi considérables, et jusqu’à un certain point

(1) El. pliys., t. VIII, p. 38.

(2) Obs. anal., i5j3, p. 124. Vesiculce queedam continebant aquam limpidc.m, quœdatn tuteum liumorem.

(3) Obs. anat., Venise, i56i. Vidi quidem in iisdem ( ovariis ) quasdam veluti vesicas aquavel luimore aqueo, alias lutco, alias vero limpido (urgentes; dans Opp. omn., Venise, 1606, p. 106.

(4) LoC. cit., p. 223.

(6) Handbuch der Entbindungskunst, Gœttingue, 1802, t. I, p. 129-145.

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même analogues, dans des parties éloignées etdansl’organisme entier.

D’ailleurs j’ai trouvé plusieurs fois les ovaires de filles vierges au physique, et probablement aussi au moral, couverts d’une éruption miliaire très serrée, et les vésicules y étaient en trop grand nombre pour qu’on pût admettre l’opinion d’Osiander à leur égard.

Enfin on peut alléguer contre cette hypothèse l’histoire exacte des changemens que les vésicules de Graaf éprouvent après la fécondation.

Le seul argument qu’Osiander invoque pour rejeter la signification attribuée aux vésicules de Graaf, n’a de valeur que contre une opinion peu digne de nous arrêter, celle que la vésicule elle-même se détache, et que le corps jaune naît à sa place ; mais il n’a plus aucun poids lorsque , ce qui me paraît plus exact , on considère le corps jaune comme une vésicule métamorphosée qui, d’après toutes les observations, se trouve pourvue, à la surface de l’ovaire, d’une ouverture communiquant avec sa cavité, et par laquelle le liquide formateur peut très bien sortir.

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