PHÉNOMÈNES VITAUX
2599. A dater du moment de son apparition, l’embryon ne fait jamais partie de l’organisme maternel. Ses rapports avec la mère sont de même nature que ceux qui existent entre l’enfant et le monde extérieur. Il vît d’une vie qui lui appartient en propre. C’est ce que démontre le mode de connexion entre les deux organismes que j’ai indiqué précédemment.
Parmi les phénomènes vitaux, ceux qui ont rapporté la formation sont développés au plus haut degré et aux dépens de tous les autres. On en a la preuve dans la rapidité avec laquelle l’embryon augmente de poids et de volume.
Mais les diverses fonctions de la vie nutritive s’accomplissent absolument de la même manière avant et après la naissance, quant aux circonstances essentielles. J’ai déjà fait mention de l’activité de l’appareil urinaire; le canal intestinal et la peau ne sont pas non plus dans l’inaction.
2600. On trouve de. très bonne heure, dans le canal intestinal du fœtus, un fluide qui n’a pas les mêmes qualités à toutes les époques. Jusque vers le milieu de la vie intra-utérine, ce liquide est blanchâtre et muqueux; mais ensuite il devient d’un verd jaunâtre, plus épais et plus visqueux. Peu à peu il acquiert une couleur plus foncée, surtout dans le gros intestin , jusqu’à ce qu’enfin , sur les derniers temps delà grossesse, il offre les mêmes qualités dans tout le canal intestinal,
(1) Autenrieth , Suppl, ad hist. embryon p. 4i5. — Sœmmeriin» , Icônes embryonum, p. 7>.
qu’il remplit de manière à le distendre. On lui donne le nom de méconium [méconium). 11 est composé de deux tiers d’eau à peu près, d’environ un tiers d’une substance particulière, analogue aux matières végétales , et de quelques centièmes de mucus ( i).
Les opinions sont partagées relativement à l’origine du méconium. Les uns voient en lui le résidu de la digestion du fluide amniotique avalé par le fœtus; les autres neteconsidèrentque comme un produit de la sécrétion intestinale.
Quoique le fœtus avale et digère très probablement le liquide amniotique, cependantcomme on a trouvé aussi du méconium dans les intestins de fœtus privés de tête et de bouche (2) , dans une portion du canal située au-dessous d’une cloison qui interrompait la continuité du tube (3), dans un bout d’intestin tout-à-fait séparé du reste , et fermé de toutes parts , d’un rudiment de fœtus adhérent à un autre fœtus régulièrement conformé (4) , enfin dans les intestins d’un second corps parfait (5); il est clair que la déglutition des eaux de l’amnios n’est pas une condition nécessaire pour sa production. Si, par conséquent, on n’en rencontre quelquefois qu’au-dessus de l’obstacle, lorsque le canal intestinal offre une oblitération sur un point quelconque de son étendue (6) , il ne faut pas conclure de là que le liquide amniotique a été avalé , et que le méconium s’est formé à ses dépens (7), mais il s’ensuit tout au plus que la sécrétion s’accomplit principalement à la partie supérieure du tube alimentaire. On expliquerait ainsi la couleur particulière
(1) Bouillon-Lagrange, dans Annales de chimie , t. LXXXVI et
(2) R. de Graaf, De millier, org.; dans Opp. omn., p. 292. — Odhelius, dans Schwed. Abhandlungen , iyS5, p. 176. — Gilibert, Advcrs. mcd. pract., p. i32.
(3) Pied, dans Journ. deméd., an x, frimaire.
(4) Simmons, Medical facts , vol. VIII, Londres, 1800, p. 7.
(5) Brugmans, dans Bernard, Quaest. var. med. argum., Leyde, 1796. De meconi. origine, p. 3i.
(6) Horch, Epli. nat. cur.3 dec. ni a ni, p. 188. — Desgranges , dans Journ. de mcd., an x, thermidor. — Osiander, N eue Denkwiirdiglicitcn, t. I, p. 179.
(7) Osiander , Handbucli der Enlhindungshundc , t. 1, p. 207.
du méconium, qui pourrait être attribuée à la bile, puisque la teinte de cette humeur change à la même époque que la sienne (1), comme j’ai pu m’en convaincre , et que, dans un foetus acéphale à terme, l’intestin contenait une mucosité visqueuse, demi-transparente, non colorée en noir (a).
Cependant il reste à savoirsi cette hypothèse elle-même est fondée, puisque les auteurs qui décrivent les cas dont je viens de parler indiquent formellement l’existence d’une matière jaune, ayant les qualités du méconium, et que l’analyse chimique n’a point constaté lu présence de la bile dans ce dernier liquide (3).
Quoiqu’il en soit, la bile paraît avoir quelque part à la production du méconium. En effet, dans certains cas, notamment dans celui dont parle Sims, et dont le sujet était un enfant de deux ans, l’oblitération a fort bien pu s’établir d’une manière consécutive. Dans d’autres , particulièrement dans celui que Brugmans a décrit , il est fait mention de quelque différence entre le méconium contenu dans la portion d’intestin qui communiquait avec le système biliaire et celui que renfermait l’intestin inférieur. Ainsi, labile, quoiqu’on ne la rencontre pas dans ce liquide, peut cependant contribuer à sa production. Il se peut aussi que, dans le cas d’absence du foie, le canal intestinal supplée à l’action de cette glande.
2601. La surface du corps du foetus est couverte d’une substance particulière qu’on appelle vernis caséeux ( vernix caseosa ) (4).
Cette substance est d’un blanc jaunâtre , visqueuse et grasse.
D’après sa composition chimique, elle tient le milieu entre la fibrine et la graisse, et se rapproche surtout beaucoup de l’adipocire (5).
(1) Lobstein, p. i32.
(2) Monro, Trans ofa soc. of Edinburgh, t. I, p. 216.
(3) Simmons, toc. cit., p. 7.
(4) J. -J. -G. Schulz, Deortuet usu caseosœ vernicis, Helmstaedt, 1788.
(5) Buniva et Vauquelin, Annales de chimie , t. XXXIII. — Emmert et Reuss, Cltemische Untersuchung des Fruchtmassers ans dem zeitigen Ei und dcr hüsigen Maleric auf der Haut des neugebornen Kindes; dans Osiander, Annalen, t. 11, p. 122.
Elle n’existe pas pendant tout le cours de la grossesse. On ne commence à l’observer que vers le sixième mois à peu près.
Les opinions sont partagées relativement à son origine. Les uns la regardent comme un précipité des eaux de l’amnios, qui se dépose à la surface du corps du fœtus (1); d’autres pensent qu’elle est sécrétée par ce dernier (2).
Cette dernière opinion est très probablement plus exacte que l’autre. En effet ,
1" Le système glandulaire, particulièrement celui des glandes sébacées de la peau, est beaucoup plus développé dans le fœtus qu’aux époques subséquentes de la vie;
20 Le vernis caséeux est surtout abondant dans les endroits où ces glandes existent en grand nombre, à la tête, aux aisselles, aux régions inguinales;
5° On ne le trouve que sur le fœtus ; les membranes de l’œuf et le cordon ombilical n’en offrent aucune trace;
4° Il ressemble beaucoup à la substance fournie par les glandes sébacées du gland, et ses qualités ne permettent pas de le considérer comme un précipité des eaux de l’amnios.
2602. Je démontrerai plus loin que le fœtus respire au moyen du placenta.
J’ai fait connaître ailleurs les différences que la circulation du sang présente chez lui.
2603. Les mouvemens des muscles soumis à l’empire de la volonté sont faibles. En général , ils ne commencent à se faire sentir que vers le milieu de la grossesse , sans qu’on puisse conclure de là qu’ils n’existaient point auparavant, puisqu’ils pouvaient être inaperçus en raison de la petitesse du fœtus et de l’abondance des eaux de l’amnios.
2604. Le fœtus puise nécessairement dans le corps de la mère les matériaux qui servent à son accroissement, à sa conservation et à ses sécrétions. Mais ici se présente une ques-
(1) Boehmer, Dear/uis ex utero gravid. et purlur. projl., Halle, 1769 §. 11. — Schulz, toc. cit.
(2) Levret, Art des accoucliemens , 1766, p. r5. — Schulze, Anweisung zur Hcbammenhunsl , Hildburgshausen, 1770, p. 49- — Wrisberg, dans Roederer, Etcm. artis obslet., note ’by. — Emmert, toc. cit., p. 1 34-- — Lobstein, toc. cit., p. 99. — Hunier, Anal, des schwang. Utérus, p. 96.
tion : y a-t-iï plusieurs modes de nutrition , ou n’y en a-t-il qu’un seul ?
Divers auteurs, en particulier Hippocrate , Aristote, Galien, Monro (1) et Danz(a), n’admettent qu’un seul mode de nutrition, et considèrent la veine ombilicale comme la seule voie par laquelle lès matériaux nutritifs parviennent au fœtus.
D’autres croient à l’existence de plusieurs autres voies, qui sont, suivant eux, la peau et le système des membranes muqueuses, dans une plus ou moins grande partie de son étendue. Dans cette dernière hypothèse, les eaux de l’amnios sont la source à laquelle puise le fœtus.
Plusieurs écrivains anciens, eités par Haller (3), et parmi les modernes, Vos (4)» Brugmans (5), Van den Bosch (6) et Osiander (7), admettent l’absorption par la peau.
Les opinions varient beaucoup relativement à l’étendue de la portion du système des membranes cutanées qui concourt à la nutrition.
Suivant Harvey (8), Lacourvée (9), Haller (10), Treu (1 1) et Darwin (12), l’absorption ne se fait que par le canal intestinal
Scheel (i3) prétend qu’elle s’opère aussi par les poumons, dans lesquels les eaux de l’amnios peuvent arriver tant par la bouche que par le nez.
A ces parties, Lobstein (14) ajoute encore les organes génitaux.
(1) Monro, Essay on thenutrition of fœtus; dans Ed. med . essays, vol. II, p. 102.
(2) Zergtiedcrungsliunde des neugebornen Kindes.
(3) El. phys., t. VIII, p. 2o5.
(4) C.-J. Vos, De nulriiione imprimis nervosa , Utrecht, 1789.
(5) Dans Van den Bosch, De naturâ et utilllale tiquoris amnii, Utrecht,
(6) Ibid.
(7) Handbuch der Entbindungshnnde , t. I, p. 20J.
(8) De generatione , Amsterdam, 1662, p. 255, 368.
(9) De nutritione fœtus in utero paradoxa, Dantzick, i655.
(10) El. phys., t. VIII, p. I, p. 201.
(11) De cliylosi fœtus, AltdorF, 1715.
( 2) Zoonomie, t. I.
(i3) De liquoris amnii ulililate, Copenhague, 1795.
(4) Essai sur ta nutrition du fœtus, p. 102.
Enfin, selon Oken (1) l’absorption se fait aussi par les mamelles; mais, au lieu d’admettre, comme on l’avait déjà fait (2), que le fœtus absorbe le lait sécrété par ses propres mamelles, il prétend que ces derniers organes ne s’exercent que sur les eaux de l’amnios, et que le fluide qu’ils y pompent est conduit, par lents lymphatiques , dans le thymus, d’où il passe dans le canal thoracique.
On a aussi considéré comme autant de sources de la nutrition du fœtus ;
i° La liqueur de la vésicule ombilicale (5);
2Ü Celle de l’allantoïde (4) ;
5° La gélatine de Wharton (5).
Ceux qui admettent plusieurs modes de nutrition pensent ou qu’ils s’exercentsimultanément,ou qu’ilss’établiesentles uns après les autres. La première opinion compte plus de partisans que la seconde.
On ne peut guère arriver à des résultats positifs qu’après avoir exposé et discuté les argumens que chaque parti fait valoir.
2Ôo5. Les physiologistes qui pensent que les matériaux delà nutrition sont apportés au fœtus par la veine ombilicale, se fondent sur les faits suivans :
i° L’existence constante et générale du cordon ombilical, du chorion et du placenta.
2° La structure particulière de ces< organes, etlesconnexions qui existent entre eux et le fœtus.
3° Leur existence précoce.
4° Les villosités du chorion ne sont d’abord que veineuses ,
(1) Zeugung, Bamberg, i8o5, p. 162.
(2) Danz, toc. cit., t. II, p. 71.
(3) Needham, De formato feetu , Londres, 1667, p. 79. — Blumenbacb, Specim. physiolog. comp. inter animalia cal. sang. ovip. et virip ., Güttingue, 1786. — Id., Instit. physiot., p. 449- — Sœmmerring, dans Haller, Grandriss dcr Physiologie , 1796, t. II, p. Soo. — Lobstein, loc. cit. — Emmert, Ueber das Nabelblàschen ; dans Reil , Archiv fur die Physiologie, t. X, p. 77. — Joerg, Zeugung, p. 286.
(4) Harvey, Lobstein, Oken.
(5) Tout récemment surtout par Lobstein.
r-86 ANATOMIE SPÉCIALE.
de sorte qu’elles ne peu vent avoir d’autre fonction que celle d’absorber (i).
5° Les suites funestes que l’interruption de la circulation du sang à travers le cordon ombilical entraîne pour la nutrition et la vie du foetus.
Les argumens invoqués par les partisans de la nutrition au moyen des eaux de l’amnios en général, sont:
i° L’existence de matériaux nutritifs dans cette liqueur.
3° La disparition graduelle de ces matériaux et la diminution du liquide lui-même vers la fin de la grossesse.
3° Le foetus continue de vivre et de se nourrir, quoique le cordon soit altéré, oblitéré, et même tout-à-fait séparé du corps, l’ombilic étant parfaitement clos à l’époque de la naissance.
4° Il est de fait qu’aucune substance ne peut être mise en contact avec le corps, sans qu’aussitôt il ne s’établisse action et réaction entre elle et lui.
5° Les parties avec lesquelles le liquide amniotique se trouve en rapport sont douées de la faculté absorbante.
On considère comme faits propres à démontrer l’absorption par la peau en particulier :
i° Les expériences dans lesquelles on a vu les lymphatiques cutanés se remplir du liquide amniotique.
3° Les exemples connus de fœtus sans bouche et sans cordon ombilical.
Les partisans de l’absorption par I&s surfaces muqueuses se fondent sur les argumens suivons :
i°La nécessité que les eaux de l’amnios pénètrent à l’intérieur, dans les cas de scission de la bouche et du palais, sans que l’embonpoint du fœtus en souffre.
2° L’existence de ce liquide dans la partie supérieure du canal intestinal, les poumons et même le vagin.
3° Les produits d’action digestive qu’on trouve dans le canal alimentaire.
4° Les poils soyeux du fœtus qu’on retrouve dans le méconium.
5° Les mouvemens de déglutition qu’on a observés sur des
(i) Lobstein, loc.cit., p. 117.
foetus plongés dans les eaux de l’amnios. Les effortspour mordre et pour sucer qu’ils font pendant et après la naissance.
6° L’existence du méconium à la partie supérieure de l’intestin, lorsque le canal se trouve interrompu dans une portion quelconque de son étendue.
Les physiologistes qui supposent que le liquide de la vésicule ombilicale concourt à la nutrition, citent:
i° L’analogie de cet organe avec le sac vitellin des autres animaux vertébrés, et le passage manifeste du liquide qu’iL contient dans le canal intestinal.
2" Le volume considérable que la vésicule offre d’abord, puis son atrophie, accompagnée d’un changement dans la nature du fluide qu’elle renferme.
J’ai déjà fait connaître précédemment les argumens sur lesquels on se fonde pour admettre que le liquide de l’allantoïde concourt à la nutrition.
Ceux qui autorisent à penser que la gélatine de Wharton contribue aussi à cette fonction sont :
r° Les qualités nutritives dont cette substance est clouée.
2° Son abondance dans les premiers temps de la vie intrautérine, qui est en rapport avec la brièveté et la grosseur du cordon ombilical, puisque le volume de ce cordon ne dépend pas uniquement de la présence d’un plus grand nombre de parties dans son intérieur.
5° Les observations de Noortwyk, Roederer et Uttini, qui ont reconnu qu’on peut faire pénétrer des fluides dans la gélatine de Wharton .
4° Le développement très considérable, proportion gardée, du système lymphatique, tant des vaisseaux que des glandes, dans la moitié supérieure de la face antérieureducorps, àpartir de l’ombilic, mais principalement dans le médiastin antérieur (1), fait dont j’ai toujours pu constater l’exactitude.
2606. Ceux qui n’admettent qu’une seule voie pour la nutrition, notamment celle de la veine ombilicale, se fondent, d’un côté, sur ce que les autres voies, en particulier l’absorption des
(1) Lobstein , p. 13p. — Monro, loc. cit., p. i43. — Vand en Bosch, loc.tcit.
r-88 ANATOMIE SPÉCIALE.
eaux de l’amnios par la peau et les membranes muqueuses, seraient insuffisantes; de l’autre, sur ce qu’ilest absolument indispensable que cette voie soit ouverte pour que le fœtus continue de vivre.
i° Les motifs suivans sont allégués comme devant faire penser que la nutrition par les eaux de l’amnios en général n’est point vraisemblable (i) :
a. Le liquide se forme aux dépens du sang du fœtus.
b. Il contient peu de matériaux nutritifs (2).
c. Une altération très notable dans sa composition n’influe ni sur la vie ni sur la santé du fœtus.
d. Le fœtuscontinue de vivre plus ou moins long-temps après l’écoulement des eaux (5).
e. Les exemples qu’on cite de fœtus ayant vécu quoique le cordon ombilical fût interrompu, oblitéré, séparé du corps, ne sont pas authentiques.
f. Il existe une quantité considérable de liquide amniotique à la fin de la grossesse (4).
20 On allègue contre la nutrition par la peau en particulier (5) :
a. L’enduit caséeux qtli la couvre.
b. La stagnation que le liquide éprouverait nécessairement dans le tissu cellulaire, après avoir pénétré.
c. La viscosité des eaux de l’amnios, qui les rend peu propres à pénétrer dans la peau.
3° Les argumons qu’on fait valoir contre la pénétration de ce liquide par la bouche, sont :
a. Le défaut de similitude entre les eaux de l’amnios et le liquide contenu dans l’estomac (6). La dissemblance même qui existe entre ces eaux et le méconium (7).
(1) Danzs, p . 59. y
(2) Van den Bosch, dans Schlegei, p. 458.
(3) Van den Bosch, p. 458.
(4) Munro, p. 166.
(5) Haller, Et. phys., VIII, p. 2o5.
(6) Monro, p. r63. — Van den Bosch, p. 460.
(7) Danz, p. 60.
b. L’impossibilité d’avaler sans la respiration (1).
c. L’occlusion fréquente de la bouche (2).
d. La non pénétration dans les voies orales du lait injecté dans l’amnios (3).
e. Si les eaux de l’amuios pénétraient dans la cavité orale par l’effet d’une pression quelconque, elles devraient s’introduire aussibien dans la trachée-artère que dans l’œsophage^)»
f. Les exemples de fœtus acéphales etastomes, ayant cependant beaucoup d’embonpoint (5).
g. Les produits de la digestion qu’on trouve dans le canal intestinal ne prouvent rien, puisqu’ils peuvent fort bien ne devoir naissance qu’à la seule action de cet organe (6), d’autant plus qu’on a rencontré aussi du méconium au-dessus du point où il existait une oblitération (7).
h. L’existence du méconium et des poils dans l’estomac ne prouve rien non plus, car les poils ont pu se développer dans le canal alimentaire, et le méconium remonterdesintestins dans l’estomac (8).
i. On peut aussi considérer la déglutition et la succion du nouveau-né comme des argumens sans valeur, puisqu’une foule d’autres phénomènes surviennent à l’époque de la naissance, sans que l’économie y ait préludé le moins du monde auparavant, et que d’ailleurs ceux-là avaient commencé déjà avant la parturition, par la déglutition des eaux de l’amnios.
k. L’existence d’un liquide amniotique dans l’estomac est un phénomène contraire à la règle, et le résultat d’une forte compression (9).
(1) Danz, p. 5g.
(2) Monro, p. 17a. — Van den Bosch, p. 458-45g.
(3) Monro , p. iy5.
(4) Danz, p. 59. — G.-J-C. Themelius, Comment, qua nulritionem foetus in utero per vasa umbilicalia solum fieri, occasione monstri ovilli sine ore et faucibus nati ostcnditur, Léipsick, 1751. — Van den Bosch, p. 45g.
(5) Danz, p. 60.
(6) Van den Bosch, p. 461 .
(7) Brugmans, dans Van den Bosch, p. 461 2 3 4 5 6 7 8*
(8) Monro, p. 177,178.
{9) Danz , p. 5g, 60.
4" J’ai déjà réfuté précédemment les argumens sur lesquels on s’est fondé pour prétendre que la liqueur de l’allanloïde contribue à la nutrition.
2607. Il reste à savoir maintenant si tous les argumens qui ont été allégués contre l’hypothèse de la nutrition du fœtus par les eaux de l’amnios suffisent pour la réfuter.
Un examen approfondi démontre qu’ils sont insuffisans. En effet :
1° Rien ne prouve, et il est même hors de toute vraisemblance, que les eaux de l’amnios tirent leur source du sang de l’embryon , puisque les vaisseaux du chorion n’ont pas besoin d’être autre chose que des organes de nutrition, et que le liquide amniotique peut être sécrété par la matrice.
2° La faible proportion de matériaux alibiles ne prouve rien , d’un côté , parce que la nutrition se fait très bien avec des substances qui en contiennent encore moins, de l’autre parce que les eaux de l’amnios en renferment davantage dans l’origine, enfin parce que l’énergie plus grande de l’activité plastique , chez le fœtus, offre une compensation suffisante.
3° Le troisième et le quatrième argument prouvent tout au plus que le liquide amniotique n’est pas l’unique source de la nutrition du fœtus, ou que le fœtus pourrait en supporter l’absence pendant quelque temps sans périr; encore même cette derniere conséquence ne s’ensuit-elle pas, car il n’est pas vaisemblable que les eaux de l’amnios ne se reproduisent point après leur écoulement.
4° On ne saurait appliquer- i plusieurs cas bien avérés d’enfans venus au monde avec le cordon ombilical réellement oblitéré, l’objection trop générale que tous ceux de ce genre ne sont point authentiques; cependant la seule conclusion qu’il soit permis d’en tirer, c’est que le fœtus peut supporter pendant quelque temps l’interruption de scs communications avec la matrice par l’intermédiaire du cordon.
5° L’existence d’une grande quantité de liquide amniotique à la fin de la grossesse est un argument sans valeur, puisqu’en général la quantité absolue elle-même des eaux se trouve diminuée de beaucoup à cette époque. Si elles sont moins abondantes dans les derniers temps de la gestation, la seule een-
DE LA CONCEPTION DANS L’ÉTAT NORMAL. 7g I
clusion qu’on puisse tirer de là, c’est qu’elles sont moins nécessaires alors, circonstance qui se concilie avec l’hypothèse suivant laquelle elles servent à la nutrition, en disant que les actes formateurs n’ont plus autant d’énergie, et que d’ailleurs un autre mode de nutrition s’est peut-être développé d’une manière plus efficace.
îl est facile de réfuter les argumens qu’on a invoqués contre la nutrition par la peau en particulier.
i° Le vernis caséeux n’existe pas dans les premiers temps de la grossesse, c’est-à-dire à l’époque où le liquide amniotique contient le plus de matériaux nutritifs, et où les actes de formation marchent avec le plus de rapidité. Lors même qu’on le rencontre, il ne produit pas sur la peau une couche uniforme qui la couvre au point de rendre l’absorption impossible.
a°eto° Rien ne prouve la nécessité que le liquide amniotique stagne sous la peau, et l’impossibilité dans laquelle il serait de pénétrer plus avant. Cette stagnation est, au contraire, hors de toute vraisemblance.
Les raisonnemens qu’on a produits contre la nutrition par la bouche ne sont pas non plus concluons: car,
i° La dissemblance entre le fluide contenu dans l’estomac et les eaux de l’amnios s’explique sans peine par un changement que ces dernières auraient subi; d’ailleurs on a souvent remarqué une identité parfaite entre les deux liquides.
2° L’impossibilité d’avaler sans respiration n’est pas démontrée, et n’a même pas lieu réellement. En outre les eaux de l’amnios peuvent pénétrer dans toutes les cavités, même sans le secours de la déglutition.
-5° L’occlusion de la bouche est un argument sans valeur, puisque cette oblitération n’a pas lieu toujours , et qu’on a observé la bouche ouverte dans les eaux de l’amnios.
4° On en peut dire autant de la non pénétration du lait, car l’animal était mort dans ces expériences.
5° La pénétration du liquide amniotique dans la trachéeartère n’entraîne aucun inconvénient; peut-ê.re même est-elle utile. D’ailleurs l’observation semble démontrer qu’elle a lieu réellement.
jrg 2 ANATOMIE SPECIALE.
6° Les foetus acéphales attestent seulement que celte voie n’est pas la seule par laquelle s’opère la nutrition.
7° Le développement de poils est un phénomène si rare, que l’existence constante de ces mêmes poils dans le méconium peut être considérée comme un argument très péremptoire en faveur de l’introduction des eaux de l’amnios dans les voies alimentaires, quoique la présence du méconium en lui-même ne prouve rien. D’ailleurs ces poils ressemblent parfaitement au duvet soyeux du fœtus.
8° Quoiqu’on rejette avec raison l’opinion suivant laquelle la déglutition des eaux de l’amnios serait une sorte de prélude à la succion et â la déglutition proprement dite, il ne s’ensuit pas que, quand on trouve ce liquide dans l’estomac, on doive considérer sa présence comme un phénomène insolite.
2608. Ainsi la nutrition du fœtus par les eaux de l’amnios demeure au moins un fait très vraisemblable.
Il n’est pas moins difficile de révoquer en doute celle par la liqueur de la vésicule ombilicale et par la gélatine de Wharton. Tout porte à croire que le fluide blanchâtre contenu dans le placenta passe continuellement dans le corps du fœtus par le cordon ombilical.
Mais il est fort peu probable que la liqueur de l’allantoïde contribue à sa nutrition (1).
260g. Maintenant il me reste à examiner si la nutrition par la veine ombilicale repose sur des bases aussi solides que le prétendent ceux surtout qui la considèrent comme unique source.
(1) Geoffroy Saint-Hilaire ( Monstruosités humaines , p. 279) ayant ren contré dans le canal intestinal d’un anomocépliale de véritables matières fécales moulées même et réunies en crottins dans l’instestin post-cœcal, s’est trouvé conduit par ce phénomène à examiner la nutrition propre du fœtus. Il pense que le mucus sécrété dans les voies alimentaires, et qui est trop abondant pour ne jouer que le rôle de fluide lubrifacteur , est l’aliment sur lequel agit d’abord la digestion ; que pris d’abord par l’appareil digestif, ensuite par les voies chylifères , il est la source du fluide nutritif, qui afllue ainsi sans, cesse dans l’appareil circulatoire , et qui , a chaque passage, éprouve une animalisation graduelle. Considérée de la sorte , la nutrition du fœtus se rapprocherait de celle de l’adulte. Celte hypothèse, d’après laquelle l’écoulement du mucus
DE LA. CONCEPTION DANS L’ÉTAT NORMAL. rçfi
On ne saurait au moins disconvenir que l’opinion contraire ne soit susceptible d’être soutenue, puisque les faits allégués “■^testent seulement la nécessité de la circulation du sang dans ie chorion et le placenta, sans rien établir relativement ù l’essence de la fonction qui s’exécute dans ces parties.
Comme en outre la nutrition s’opère par trois autres voies, et qu’on ne saurait démontrer que ces trois voies ne sont pas suffisantes, il est bien permis d’admettre que la circulation du sang dans le placenta, par le moyen des vaisseaux du foetus, n’a pas les usages qu’on lui attribue communément, pourvu toutefois qu’on lui en assigne d’autres qui réunissent des probabilités en leur faveur.
Or c’est ce que l’on peut faire. En effet, cette fonction correspond à la respiration; aussi plusieurs physiologistes, tant anciens que modernes, ont-ils comparé le placenta aux poumons ( i).
Les argumens favorables à cette opinion sont : i" La généralité du besoin de respirer, qui ne paraît pas pouvoir être satisfait d’une autre manière.
a° L’analogie entre les circulations pulmonaire et placentaire, le poumon et le placenta recevant tous deux le sang aux dépens duquel les sécrétions et la nutrition du corps se sont opérées, et qui a par conséquent besoin d’être renouvelé.
3° L’analogie qui en résulterait entre les animaux qui respirent par des branchies et le fœtusdes animaux pulmonés.
4° La rapidité avec laquelle l’interruption de la circulation à travers le placenta occasione la mort.
serait dû à l’irritation des membranes muqueuses par la bile , est ingénieuse, mais peu probable. Elle obligerait, en effet, à admettre que le tube alimentaire exerce deux actions totalement différentes à l’égard du mucus, l’une en vertu de laquelle ce mucus est formé , et l’autre qui a pour but de le transformer ensuite et de le convertir en chyle. ( Noie des traducteurs. )
(r) Mayow, Duveruey, Vallisneri, Cheselden, Hérissant, Boerbaave et Jampert, dans Haller, Elem. physiol. , t. VIII, p. ?,54- — Eckardt, Questio an duœ arlcriœ umbilicales fœlui pulmonum loco inserviunt, Iéna, 1761. — E. Darwin, Zoonomic, t. I, — B. -N. -G. Schrcger, De fonctionc placentas uterinas, Erlangue, 1795. — Lobstein, loc. cil. — Okeu, Dec, tlmungsproccss des Fût us; dans Lucina, t. 111, p. 294.
5° L’analogie avec les oiseaux et les reptiles, chez lesquels le sang des vaisseaux ombilicaux respire réellement à travers la coquille de l’œuf.
Très probablement donc le sang du fœtus éprouve, dans le placenta, un changement analogue à celui qu’il subit dans les poumons , et le sang artériel de la mère remplace le milieu ambiant, rôle que l’oxygène qu’il contient lui permet de remplir.
On ne peut pas alléguer contre celte hypothèse qu’il n’y a point de différence, sous le rapport de la couleur, entre le sang de la veine et celui des artères ombilicales, ainsi que l’ont constaté plusieurs observateurs dignes de foi, et que j’ai pu m’en convaincre moi-même dans diverses occasions ; car il serait possible que le fœtus ayant peu besoin d’oxygène, son sang n’absorbât qu’une petite quantité de ce principe, et n’éprouvât par conséquent qu’une très légère altération dans sa couleur.
Schweighæuser a émis une opinion directement contraire à celle-là (i). Il attribue au placenta , pour fonction, de convertir en sang veineux celui que les veines ombilicales y apportent, et qui n’a pas subi ce changement dans le corps du fœtus lui-même , afin de le rendre propre à la sécrétion de la bile et à la formation des parties solides, notamment du système nerveux. Mais celte hypothèse ne repose sur aucun fait, tandis qu’il y en a plusieurs qui s’élèvent contre elle. Ainsi la nutrition en général et celle du système nerveux en particulier se font aux dépens du sang artériel ; la bile elle-même peut fort bien être tirée de ce sang. D’ailleurs la fonction respiratoire du placenta est incomplète , par conséquent la différence entre le sang de la veine et celui des artères ombilicales se réduit presque à rien. On ne peut pas considérer celui de la veine comme du sang artériel pur , puisqu’il a déjà circulé en grande partie dans la moitié supérieure du corps. Enfin , dans l’œuf des oiseaux, le sang de l’artère ombilicale est noir et celui de la veine vermeil.
(i) Sur quelques points de physiologie relatifs à la conception et à l’économie organique du fœtus , Strasbourg, 1812, p. 19.
DE LA CONCEPTION DANS L’ÉTAT NORMAL. 7q5
Le placenta est donc principalement un organe respiratoire, par le moyen de la circulation des vaisseaux ombilicaux (i).
Il est très probable que le foie l’aide dans cette fonction , puisque la veine ombilicale s’y ramifie en grande partie avant de conduire le sang dans la veine cave inférieure.
Quant à la substance aiibile plus grossière, elle s’introduit par les voies dont j’ai parlé plus haut.
Mais toutes ces voies ne subsistent pas pendant la vie intrautérine entière.
La vésicule ombilicale devient inactive la première , dès le second mois de la grossesse. Après la première moitié de la gestation, la nutrition par le moyen des eaux de l’amnios diminue beaucoup, parce que le liquide devient moins abondant, moins riche en matériaux nutritifs , et que le vernis caséeux diminue l’absorption par la peau. Il paraît donc ne plus guère rester, dans les derniers temps , d’autre voie que la gélatine de Wharton.