durée de l’état embryonnaire et naissance
2610. L’état e ■ bryonnaire dure ordinairement dix mois lunaires, A l’expiration de cette période, le fœtus naît [parties), c’est-à-dire se détache du corps de la mère, et entre en rapport immédiat avec l’organisme général, parce qu’il est désormais capable de se suffire à lui-même.
Cependant il lui arrive assez souvent de se séparer avant le
(1) Geoffroy Saint-Hilaire ( Philosophie anatomique , pag. 558) pense que le fœtus respire par tous ses pores, comme les insectes aquatiques, qu’il sépare l’air des eaux ambiantes, et que la matrice fait office du ventricule droit, en poussant le fluide amniotique sur tous les points tégumentaires du corps. Cette opinion a été fortifiée par la découverte que Lassaignc a faite d’un gaz très analogue à l'air atmosphérique, dans les eaux de l’amnios. Muller l’a amplement développée [De respirationo fœtus Commcnlallo pliysiologica , Léipsick, iSîS). Suivant cet auteur, la nécessité de la respiration du fœtus est à celle de l’enfant dans la proportion de 10 : i5,’ou de 2 : 5. Mais indépendamment des eaux de l’amnios, il y fait concourir aussi le placenta. A cette grande question se rattachent naturellement les belles expériences d’Edwards sur l’asphyxie des batraciens, qui pourront aider a la résoudre. ( Note des traducteurs.)
tonne normal de la grossesse : c’est ce qui constitue l'avortement ( abortus ). Il est beaucoup plus rare que l’union entre les deux organismes se prolonge au-delà de ce terme : c’est ce qu’on appelle naissance tardive ( partus tardivus , s. serotinus ) (1).
Ce n’est qu’au sixième mois de la grossesse que le fœtus est susceptible de vivre sans l’influence directe de sa mère; encore même lui arrive-t-il rarement de ne pas succomber (2).
On a long-temps disputé sur la question de savoir jusqu’à quel point la naissance peut être retardée au-delà du terme ordinaire , et la discussion n’est point encore terminée. La possibilité du fait ne saurait être révoquée en doute, et plusieurs exemples authentiques se réunissent pour l’attester. Cependant on ne peut disconvenir qu’un grand nombre de ceux qu’on rapporte ne tirent leur source du besoin qu’éprouvaient les mères de légitimer une conception survenue après la mort de l’époux.
261 j. L’accouchement est produit par les contractions de la matrice, aidées de celle des muscles abdominaux. Ces contractions commencent par le fond de l’organe, tandis que les fibres plus faibles du col cessent peu à peu d’agir. Il résulte de là que la cavité de la matrice se raccourcit et se rétrécit , que, par conséquent , toutes les parties de l’organe , l’inférieure exceptée, exercent une compression considérable sur le fœtus , et que ce dernier s’échappe par l’endroit qui lui offre le moins de résistance, c’est-à-dire par l’orifice utérin dilaté , d’où il passe dans le vagin, puis traverse l’ouverture extérieure des parties génitales.
Ordinairement, à peu près mille fois contre une, les membranes de l’œuf, qui s’engagent les premières , crèvent avant que le fœtus soit sorti de la matrice, et les eaux de l’amnios s’écoulent en grande partie. C’est seulement après l’expulsion de l’enfant que la matrice se débarrasse de l’œuf, dont la chute
(1) Ueber friili-und spâtreife Geburlen, Mannheim, 1807.
(2) On a rapporté dernièrement le cas d’un fœtus âgé, dit-on, de cinq mois, qui vivait encore neuf mois après sa naissance. V. Rodmann, dans Ed. mcd. and. suri;., Journal , vol. XI, p. 455; vol. XII, p. 25i.
DE LA CONCEPTION DANS l’ÉTAT NORMAL. rgy
tient à ce que le resserrement de l’organe, qui succède à la parturition , diminue beaucoup l’étendue de la surface par laquelle il y adhère, et déchire les vaisseaux qui unissent le placenta. Une fois l’arrière-faix détaché , les dernières contractions de la matrice en procurent la sortie.
II est très rare que les connexions entre l’œuf et la matrice se détruisent dès les premières contractions de cette dernière, et que l’enfant naisse enveloppé dans ses membranes, comme les petits des mammifères. Ce cas n’arrive probablement que dans les grossesses prolongées. Il est de règle, au contraire, dans l’avortement.
2612. Après la parturition, la lactation établit encore , pendant un laps de temps plus ou moins long, une connexion matérielle entre la mère et l’enfant.
Les mamelles éprouvent, pendant la grossesse, un changement analogue à celui qui survient dans la ‘matrice. Elles deviennent plus volumineuses, plus abreuvées de sang, plus molles et plus lâches. Leurs granulations sont plus distinctes les unes des autres. En un mot, elles s’élèvent au rang des autres glandes, dont l’activité sécrétoire continue sans interruption, tandis que la grossesse assimile la matrice aux muscles qui agissent toujours.
La sécrétion du lait commence à s’établir dès les dernières semaines de la grossesse, mais elle est encore fort imparfaite à cette époque.
Le lait de la femme , comme celui des autres femelles de mammifères, se décompose, par le fait du seul repos, en deux parties, l’une grasse et jaunâtre, l’autre séreuse. La première, ou la crème, se partage elle-même en beurre et en lait de beurre. La crème et le lait écrémé renferment tous deux une substance analogue à l’albumine, la matière caséeuse, qui existe en très petite quantité dans le lait de la femme, et y est plus molle, moins coagulable que dans celui des autres animaux. La chaleur et les acides la coagulent, et permettent ainsi de l’obtenir tout entière à part. La portion séreuse du lait, lorsqu’elle a été totalement débarrassée du caséum, a une saveur douceâtre, dont elle est redevable au sucre de lait, que Je lait de la femme surtout renferme
en abondance. On trouve beaucoup de sels calcaires dans la matière caséeuse. La quantité peu considérable de cette dernière et sa mollesse font que le lait de la femme ne se coagule pas, ou du moins se coagule faiblement. On prétend que sa crème ne donne point de beurre, cependant elle en contient réellement.