II. NOUVEL ORGANISME
26i5. Je n’examinerai ici, parmi les anomalies qui peuvent survenir dans la conception et dans la formation du nouvel organisme, que celles qui intéressent le nouvel être tout entier et l’œuf en particulier, puisque j’ai déjà traité des vices de conformation du fœtus, soit en général, soit en particulier, dans plusieurs endroits de cet ouvrage.
i° L’œuf s’écarte d’abord de la règle sous le rapport du lieu dans lequel il se forme. L’anomalie est aussi considérable que possible , en pareil cas , lorsque l’œuf est situé hors de la matrice. Elle constitue ce qu’on appelle conception ou grossesse extra - utérine [conceptio , s. graviditas extra- utérine) (2). L’œuf se développe alors dans l’ovaire , dans la cavité abdominale ou dans la trompe de Fallope (3). Il est de règle générale que l’intérieur de la matrice éprouve des changemens semblables à ceux qui surviennent dans l’état de grossesse, que
(1) Walter, U e ber die Kranhheiten des Bauchfettcs, p. i3. — LangstafF, dans Med. chir. trans ., vol. VIII, p. 5o5.
(2) Voyez mon Handbuch der patlwlogisclien Anatomie . t. II, p. 160-180. — J .-Il . Giessmann, Diss. de conceptione duptici uterinâ nimirum et ovariâ uno codemque temporis momento factâ, JMarbourg, 1820. — F. -F. Suscwind , De gravidilate ovariâ, Berlin, 1820.
(3) Il peut aussi se développer dans la propre substance de la matrice, sans qu’un kyste le sépare du tissu de ce viscère. Ce cas a été observé par Schmitt, Hedrich, Carus et Breschet. Carus ( Zur Lehre von Schwangerschaft und Geburt, Léipsick, 1822) pense à tort que, dans ce cas, l’ovule glisse et se loge entre le péritoine et la matrice.
(/Vote des traducteurs.)
cet organe se développe, se ramollisse, et qu’il s’j forme une membrane caduque. Dans les cas où l’on prétend que celte dernière n’existait pas, il est probable qu’elle avait déjà disparu, ou qu’elle s’élait développée d’une manière incomplète (1). L’œuf en est dépourvu.
Quant au fœtus :
a. Il est régulièrement conformé, phénomène fort rare, qu’on observe principalement dans la grossesse abdominale.
b. Il est mort, ce qui arrive le plus souvent, et détermine dans les parties voisines, principalement le rectum , les tégumens communs, ou le vagin , rarement la vessie , la formation d’un abcès, à l’ouverture duquel il sort ordinairement par lambeaux, plus rarement en entier.
c. Long-temps avant l’écoulement des premiers mois de la
grossesse, et même dès son premier cinquième, la partie trop peu extensible, dans laquelle le fœtus s’était développé, se déchire, et la mère succombe à une hémorrhagie interne, terminaison qu’011 observe surtout dans la grossesse tubaire. \
d. 11 est un peu moins rare que le fœtus et ses enveloppes contractent des adhérences ensemble, et s’ossifient d’une manière plus ou moins complète. La masse se conserve souvent ainsi pendant des années entières, sans faire périr la femme.
Il est plus commun que la situation du placenta dans la matrice varie, et que, ce qui arrive surtout dans les grossesses multiples, il se développe à la partie inférieure de l’œuf, sur le contour de l’orifice de la matrice ( placenta prœvia, s. obiata ).
Enfin , une anomalie plus ordinaire encore à rencontrer consistedans la torsion et l’entortillement du cordon ombilical.
20 La formation simultanée de plusieurs œufs et fœtus. Voici ce qu’on peut dire de plus général à ce sujet :
a. Il existe ordinairement une prédisposition à celte ano<malie, puisque les mêmes païens, et notamment les mêmes mères, produisent presque toujours plusieurs jumeaux.
(i) Ce dernier cas eut lieu dans un fait rapporté par LangstafF. {Med, chir. irons., vol. VII, p. 44 1.)
DE LA CONCEPTION DANS L’ÉTAT ANORMAL. 8ûl
b. Le nombre des fœtus coexistans ne s’élève pas à plus de cinq. On peut admettre, en général , que les grossesses bi-géminales sont à la grossesse simple ou solitaire dans la proportion de 1 : ioo, les tri-géminales , dans celle de i : 1000, et les quadri-géminales, dans celle de 1 : 5o,ooo — 60,000.
c. Ordinairement, dans le cas de grossesse bi-géminale ou tri-géminale, les placentas sont réunis en un seul; mais il y a deux ou trois chorions, deux ou trois amnios , et deux ou trois cordons ombilicaux, de manière que les deux ou trois fœtus sont tout-à-fait séparés les uns des autres. Lorsqu’on en a trouvé deux renfermés dans la même cavité, il est probable que la cloison intermédiaire avait été détruite.
Les vaisseaux ombilicaux communiquent ordinairement ensemble, à la face interne du placenta, par une forte anastomose transversale, qui naît à la racine de chacun d’eux. Cette anastomose manque rarement. C’est à tort qu’on l’a indiquée comme étant un troisième placenta (1).
On ne sait pas encore comment la vésicule ombilicale s comporte dans le cas de grossesse multiple.
d. A l’égard des fœtus, lors même qu’il n’y en a que deux, l’un d’eux, et quelquefois tous les deux, sont ordinairement plus petits, et imparfaits , souvent même à un degré considérable, car la plupart des monstres qui offrent de grandes anomalies sont des jumeaux (a). Ce phénomène s’observe d’une manière bien plus prononcée encore lorsque le nombre des fœtus surpasse celui de deux, car alors ils sont ordinairement tous beaucoup moins gros et moins bien nourris que de coutume. Quelquefois aussi la présence de deux fœtus devient la cause de la mort de l’un d’entre eux, à une époque plus ou moins avancée.
e. Dans la grossesse bi-géminale, et plus encore dans la tri-géminale, l’accouchement arrive ordinairement avant le terme régulier de la gestation. En général, tous les fœtus, même ceux qui sont morts, sortent de la matrice à la même époque. Quelquefois cependant, l’un d’eux est expulsé préma-
(1) Stalpart Van den Wiel, cent. I, p. 75. — Otto, Path. Anat., p. 38.
(2) Meckel, Handbuch de? pathologischen Anatomie, 1. 1, p. 55.
turément, tandis que le second peste jusqu’à parfaite maturité, et naît à l’époque normale (1). Dans certaines circonstances, ce qui est moins remarquable, l’enfant mort ne sort que quelques jours après la naissance de l’autre, qui est parfaitement à terme (2).
Ordinairement les foetus qui vivent ensemble dans la matrice ont été produits par le même acte générateur. Il est beaucoup plus rare que leur origine soit due à plusieurs actes successifs, ce qui constitue la superfclation ( supcrfetalio ) (3). La possibilité de ce fait est attestée , d’un côté , par les cas dans lesquels on a vu une femme melire au monde deux enfans diversement colorés, et avouer qu’elle avait eu commerce avec des hommes de race différente; de l’autre, par ceux, bien moins authentiques à la vériié, dans lesquels il est fait mention d’enfans à terme, qui sont nés à plusieurs semaines et même à plusieurs mois de distance l’un de l’autre.
2616. On explique la superfétation :
i° Par l’existence d’une matrice plus ou moins divisée (4).
20 Par une copulation fécondante, qui succède à une autre également fécondante, avant que l’œuf produit par cette dernière soit arrivé dans la matiice (5).
5e Par le décollement d’une portion de la membrane caduque, qui fraie à la semence une roule pour arriver jusqu’à la trompe (6).
Ainsi, toutes les théories qu’on en donne sont purement mécaniques. Ces explications ne sont pas sans valeur, à beaucoup près ; cependant il me paraît plus probable que la super-
(1) J. Chapman, Singular case of expulsion of a blighteed fœtus and placenta at seven montlis, a living child still rcmaining the fu II period of uterogeslalion ; dans Med. clùr. trans., vol. IX, p. ig4-
(2) Clarke, dansillerf. and. phys. Journ., vol. XVI, p. 53.
(3) J. -P. Gravel, De superfictatione conjecturée , Strasbourg, 170S. — M. Tydeman, De superfictatione, Utrecht, 1 780. — T. Roose, De superfetatione nonnulla, Brême, 1801. — J.-C. Varrentrapp, Comm. m T. Roose de superfclatione, Francfort, i8o3.
(4) Gravel, Roose.
(5) Varrentrapp.
(6) Tydeman.
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fétation tient principalement à ce qu’une seule copulation fait entrer en activité génératrice plusieurs vésicules, qui n’arrivent pas ensemble au même degré d’exaltation vitale, de même que, chez les oiseaux, un seul accouplement suffit pour féconder un nombre considérable de jaunes, qui différent beaucoup les uns des autres, sous le rapport du développement. La superfétation peut aussi, sans aucune cause mécanique, dépendre, dans certains cas, rares à la vérité, de ce que la première conception n’éteint pas, comme elle fait ordinairement , la capacité des organes génitaux et de l’organisme entier de la femme pour une seconde conception, pendant le cours de l’autre; de même que la réceptivité pour plusieurs maladies contagieuses, avec lesquelles la génération a tant d’analogie, s’éteint, en général, par le fait d’une première infection, quoiqu’il en survienne quelquefois une seconde, dans des cas rares ; ou de même qu’il arrive ordinairement à une affection exanthématique d’être supprimée par une autre, quoique le cas n’ait pas lieu toujours.
2617. Le nouvel organisme est quelquefois privé de certaines parties. L’anomalie la plus commune, en pareil cas, est l’absence du fœtus, qui dépend ordinairement, sans contredit, de ce que ce dernier a péri plus ou moins tôt ou tard, puisqu’on trouve en général l’œuf composé de toutes le: parties qui entrent dans sa composition normale, et qu’on y aperçoit même des traces attestant d’une manière plus oumoins évidente que le fœtus a existé autrefois.
Il est plus rare que le placenta manque. Dans un cas de ce genre, qui a été décrit naguère (1) , on prétend que le cordon ombilical s’attachait à la face interne de l’œuf, sous la forme d’un bouton.
On observe plus souvent le défaut seulement d’un vaisseau ombilical , en particulier d’une des deux artères.
Il est plus rare de trouver la veine ombilicale double, ce qui établit une analogie avec la plupart des mammifères.
2618. Les vices de conformation de l’œuf se rapportent principalement au placenta et au cordon ombilical.
(î)Conby, dans Sais. med, chir. Zeitung, 1819, n° 43-
8q4 ANATOMIE SPÉCIALE.
Le placenta est quelquefois , mais très rarement , proportion gardée , partagé en plusieurs lobes {placenta succenluriata) , dont on ne compteordinairement que deux, quoique leur nombre puisse s’élever même jusqu’à sept. Presque toujours un de ces lobes est plus gros que les autres. Cette anomalie consiste en une suspension de développement. Je l’ai observé principalement dans la grossesse bigéminale , et toujours je me suis assuré que les auteurs s’étaient trompés en disant que les vaisseaux ombilicaux se divisent alors plus tôt qu’à l’ordinaire.
Celte division prématurée des vaisseaux ombilicaux , dans l’intérieur même des membranes de l’œuf, est rare; mais il l’est encore davantage que les vaisseaux s’écartent les uns des autres au dehors du corps de l’enfant.
On doit encore ranger ici les nœuds du cordon ombilical, qu’en appelle vrais , lorsqu’ils représentent de véritables nœuds (1), et faux, lorsqu’ils ne consistent qu’en des circonvolutions plus ou moins serrées des vaisseaux ombilicaux.
2619. Le cordon ombilical offre des anomalies dans son tendue. Quelquefois il est trop court, et n’a, par exemple,
que quatre pouces. On l’a trouvé moins souvent beaucoup plus long qu’à l’ordinaire, ayant jusqu’à cinquante pouces d’étendue. Il lui arrive quelquefois aussi d’être très mince, maigre, ce qui tient au peu d’abondance de la g latine de "Wharton. Dans d’autres circonstances, il est plus épais qu’à l’ordinaire.
Le placenta est ordinairement beaucoup plus long, mais plus mince qu’à l’ordinaire , dans la grossesse abdominale.
Iciserapporte encorela conversion des vaisseaux du placenta en vésicules plus ou moins volumineuses, tout-à-fuit closes et réunies par des portions rétrécies , qui paraissent tenirà la persistance et au développement ultérieur d’un état primitivement normal.
2620. Les anomalies dans les convexions concernent celles de l’œuf soit avec la matrice, soit avec le fœtus. Quelquefois, mais rarement, les premières sont solides.
(1) Delius, De nodis v cris in funicuto umbUicali , Goettingue, i8o5.
(1 2) Gregorini, De, hydrope uteri, Halle, 1795.
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Le fœtus n’a quelquefois point de connexions avec l’œuf. Ce phénomène n’est pas rare dans les premiers temps delà gestation , et on peut le considérer aussi bien comme le résultat que comme la cause de la mort de l’embryon. Mais les auteurs rapportent aussi des cas dans lesquels un pareil isolement fut observé à une époque avancée de la grossesse, sans qu’il eût influé sur la nutrition, ni sur la vie du fœtus. Ici se rangent les observations de Chatton (i), Stalparl van der Wie! (2), Rommeil (3) , Mason Good (4) et Osiander (5).
Tous ces faits ne sont pas également authentiques. Ainsi, par exemple, Stalpart van der Wiel n’a observé le cas dont il parle que plusieurs mois après la naissance de l’enfant ; il y avait en même temps une inversion de la vessie: l’ombilic, situé trop bas, et confondu avec la partie inférieure de la vessie, paraissait manquer.
D’un autre côté le fœtus a quelquefois des connexions trop intimes avec les membranes de l’œuf.
Ici se rapportent les cas dans lesquels le cordon ombilical gagne une partie du corps autre que celle à laquelle il s’insère ordinairement, et s’y attache dans une étendue plus ou moins considérable, avant de gagner la cavité abdominale (6). Tels sont aussi ceux (7) dans lesquels, indépendamment du cordon ombilical , on a trouvé un ligament qui naissait des membranes de l’œuf, et allait s’attacher au corps du fœtus (8).
2621. Les principales altérations de texture sont la dureté trop considérable des membranes de l’œuf, compliquée presque toujoursde leur épaississement; le développement de formations nouvelles dans le placenta (9), ou de kystes séreüx dans le
(1) Epltem. Caille, ann. , 6?3, fol. 69, cité par Stalpart Van der Wiel, Ois. rar., cent. II, p. J, p. 32g.
(2) Observât, rar. med. chir., cent. II, p. 1, obs. 32.
(5) Epli. nat. cur., dec. II , ann. vii, obs. 209.
(4) Stark, Neues Archiv, t. I, p. 35j.
(5) Annalen, t. I, cah. 1, p. 199.
(6) Meckel, Handbuch der palhologisch.cn Anatomie , t. II, p. 1, p. 56*
(7) Ibid.
(8) C’est à ces brides que Geoffroy-Saint-Hilaire attribue les monstruosités qui déforment si souvent le fœtus. (Nota des traducteurs.)
(9) Clarke, dans P hit. trans» } 1798; p- u*
806 anatomie spéciale.
cordon; enfin, les métamorphoses de l’œuf entier qu’on désigne sous le nom de môles, et qu’on a partagées en plusieursclasses, d’après la diversité des substances qui les constituent.
2622. L’accouchement offre une multitude d’anomalies, dont les causes résident, soit dans le corps de la mcre, soit dans celui de l’enfant, soit enfin dans l’un et dans l’autre à la fois. Ces anomalies deviennent aussi la source de plusieurs d’entre celles que j’ai signalées précédemment à l’occasion des organes génitaux, en particulier de divers vices de conformation, tels que déchirures de la matrice , du vagin et des parties génitales externes, inversions delà matrice, du vagin, adhérence et oblitération de l’oriüce de la matrice, du vagin et de la vulve à la suite d’une lésion.