PRÉFACE DU TRADUCTEUR
La science didactique doit des remerclments aux esprits laborieux qui veulent bien se livrer au pénible travail de rassembler, dans le cadre d'un Manuel, une branche tout entière de nos connaissances, surtout lorsque cette œuvre, qui exige tant de recherches, tant dé patience, a le mérite d'être complète et de ne pas s'égarer dans le nébuleux domaine des hypothèses.
Considérant l'absence regrettable en France d'un Manuel d'anatomie pathologique à la hauteur de la science , j'ai entrepris de traduire l'ouvrage du D.'' Forster.
On comprend l'intérêt que m'avait offert un ouvrage didactique, conçu et exécuté dans un esprit aussi sage. L'auteur a su écarter toute discussion , éviter tout esprit de système; toujours clair, précis, sobre de cita tjons, il ne cherche pas à faire parade d'érudition. «Il m'eût semblé déplacé , dit-il lui-même dans :$a préface, de remplir tout l'ouvrage de noms d'auteuratet de cita*
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' lions; dans un Manuel ce n'est pas des autorités, mais des faits qu'il faut présenter : seulement là où le nom indique une nouvelle école, ou bien là où les propositions m'ont paru hasardées et trop neuves, alors je l'ai ajouté. •
Pour faciliter l'élude de son livre, l'auleUr a eu l'heureuse idée d'y ajouter des planches destinées, les unes à retracer les principaux objets d'histologie pathologique, les autres à faire connaître les parasites humains et à représenter par des figures schématiques certaines altérations de formes, dont traitent les divers chaphres de l'anatomie pathologique spéciale.
Le P/'FoRSTER nous pardonnera, d'une part, d'avoir augmenté le nombre des planches, et de l'autre, d'avoir remplacé quelques-unes de ses figures d'histologie par les dessins originaux de mon savant ami le D/ Wieger, Chef des Cliniques et F/' agrégé à la Faculté de Strasbourg. Ce dernier a bien voulu revoir tout ce travail avec moi, et grâce à ses vastes connaissances littéraires, nous avons pu élucider parfois certains passages clairs pour des médecins allemands, mais qui n'auraient pas été compris en France.
J'ai fait copier aux sources mêmes les figures des parasites, afin d'en donner une idée plus exacte. L'acarus mâle de la gale, et la larve dans l'œuf, ont été donnés d'après le D.*^ Wibger, qui a fait de nombreuses recherches sur ce sujet. Enfin on trouvera aussi l'acarus de la Plique polonaise, dont la découverte date de ces derniers mois*
Quant à la traduction, il a fallu bannir toute prétention de style, car le langage anatomique est sévère; on ne la trouvera pas élégante, mais ce dont je puis garantir, c'est qu'elle est exacte.
Strasbourg, 1.*^ janvier 1853.
H. K4ULA.
L'anatomie pathologique occupe incontestablement un des premiers rangs parmi les diverses branches de la médecine; étudiée et appréciée par les uns avec autant de passion qu'elle est combattue et rejetée par les autres, sa tâche et sa signification sont souvent méconnues et mal interprétées par ses partisans aussi bien que par ses détracteurs. La nouvelle génération médicale, s'appuyant sur la physiologie et sur l'anatomie pathologiques, attaque vivement la vieille pratique, et puisé contre elle, dans ces deux grands foyers de lumières, les arguments les mieux fondés; mais en même temps grand nombre de ces nouveaux adeptes, si fiers de leur science, oublient complètement la tâche de la médecine , qui est de guérir. Les praticiens , de leur côté, pèchent par Texcès contraire; se targuant de leurs résultats thérapeutiques et de leur expérience, ils regardent l'anatomie pathologique d'un œil de mépris , parce qu'ils con« sidèrent cette étude comme une source.de confusion. On voit donc qu'il est permis de faire précéder un manuel d'anatomie pathologique par quelques considérations générales sur les rapports de l'anatomie pathologique avec la médecine.
Comme on a diversement compris la signification et le but de la médecine, comme les différentes méthodes sur la maladie et sa nature ont amené des doctrines et même des écoles différentes 9 et que l'anatomie pathologique occupe une autre place
2 INVIODUCTION.
dans chacune d'elles, l'examen de ces diverses doctrines sera plus particulièrement l'objet de nos remarques. L^école des philosophes naturistes ajant pour nous cessé d'exister, nous ne nous y arrêterons pas. Nous examinerons d'abord le^ opinions qui ont eu cours depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours parmi les médecins qu'on appelle ordinairement, mais improprement , empiriques ; symplomatistes ou praticiens; piiis nous passerons à Y école anatomo^palhologique proprement dite, et enfin à la noiwelle école physiologique ou doctrine de la science naturelle.
Le symptomatiste en agit dans l'observation de l'homme ma> lade et dans ses réflexions sur ce dernier , à peu près comme les gens du monde. Il saisit exclusivement chez un malade les phénomènes inaccoutumés et les place-, comme un tout détermipé et spécial, en opposition avec l'état normal; il les confii^ dère comme quelque chose d'étrangcyr , de contraire à la «daté, à la vie , et désigne sous le nom de maladie la réunion complexe de ces divers phénomènes. Les mêmes phénomènes se répétant dans le même ordre chez un grand nombre dg m'alades , on réunit ces séries qui se succèdent toujours de la même manière , pour en faire des maladies , des procès morbides. Mais avec. cette méthode naïve et en apparence naturell^e, on s'est accoutumé à regarder la maladie et la santé comme deux choses complètement opposées; aussi se laisse-t-on aller involontairement à les personnifier toutes les deux, et oppose-t-on à la santé qui devient une entité dont les signes sont les fonctions ordinaires de l'économie, la maladie comme une entité hostile qui se traduit par des phénomènes inaccoutumés. Les fonctions du corps à l'état normal deviennent ainsi les fonctions de la santé; celles du corps malade, les fonctions de la maladie, ou bien encore les fonctions de la force médicatrice de la nature, troisième entité que l'on fait intervenir et qui se .reconnaît à certains caractères propres : le corps forme le champ de bataille de ces trois forces. D'ordinaire la santé occupe le corps; mais parfois survient une maladie qui l'envahit; après que la maladie s'est logée dans le corps, elle fixe son siège quelque part,
dans le cerveau, dans Tinteslin, etc., ou bien elle se promène et attaque un organe après Fautre; parfois aussi deux maladies envahissent en même temps réconomie , se disputent la place et l'emportent Tune sur l'autre, ou bien, elles se comportent enseixible et. en produisent même une troisième. A cet envahisseur, la maladie, vient s'opposer la force médica- Irice de la nature qui entre en lice; comme la personnification de la conecience, elle existe toujours dans l'homme à l'état latent, pour apparaître au moment voulu. Les phénomènes qui se produisent pendant le combat sont les manifestations vitales, en partie de la maladie ^ en partie de celte force raédicalrice; la guérison annonce la victoire de cette dernière et consiste dans l'expulsion de la maladie hors du corps; la mort est la victoire de la maladie qui, à la vérité, meurt en même temps que le corps terrassé. Ce système, par lui-même complètement innocent et fi*it pour plaire avec son langage plein d'images attrayantes, a pris peu à peu racine parmi les gens du monde et même parmi les médecins; on le croyait fondé sur des vérités incontestables: il est devenu ainsi la basé d'une roufine trèsfuneste qui s'est glissée à travers les siècles.
Pour caractériser les maladies en particulier,. le symptomatisie emploie exclusivement eè qu'on a appelé leurs manifestations vitales, c'est-à-dire, les soi-disants symptômes qui se produisent sur le vivant. Chaque série de symptômes qui paraissent liés ensemble expérimenlalemenl, devient une espèce particulière de maladie. Le diagnostic consiste dans l'art de rassembler les symptômes survenant dans un cas donné, de les adapter à l'un des* groupes établis, et puis après d'y attacher un nom.
Dans le petit nombre des autopsies qui sont pratiquées, on rencontre constamment des changements dans les organes; mais on les considère comme des accessoires, comme les suites de l'action de la maladie, de l'agonie, etc., qu'il ne serait pas possible de diagnostiquer pendant la vie. L'anatomie pathologique est donc aussi peu indispensable pour la médecine que l'anatomie normale.
La thérapeutique du symptomatiste est différente suivant le
4 INTRODOCTION,
degré d'éducation médicale qu'if possède. Pour les moins éclairés, elle consiste seulement à* bien connaître et à prescrire les médicaments dont l'expérience a sanctionné l'emploi contre les groupeis de symptômes. De même que ceux-ci existent dogmatiquement comme des entités morbides déterminées, spéciales, de même aussi les moyens spécifiques à leur opposer sont tout prêts. Le nom de la maladie correspond au remède; catarrhe, par exemple, est synonyme de sel ammoniac. Les plus avancés ne s'attachent pas autant aux groupes de symptômes qui peuvent se présenter dans le cours des maladies les plus diverses, qu'à Tordre dans lequel ils se succèdent, ainsi- qu'aux moyens curatifs que l'expérience a appris à leur opposer avec succès.
Grand nombre de médecins arrivent à cette mamière de voir sans s'en apercevoir, et ils s'en rendent tout aussi peu compte |ue les gens du monde; chez d'autres, îl y a une véritable conviction. Leur raisonnenbent en résumé est le suivant î II n'est pas donné à l'intelligence humaine d'atteindre la \érilaWe nature de la maladie; pour arriver à guérir, nous sommes donc réduits à nous restreindre exclusivement aux données de l'expérience; nous savons que certains symptômes et certains groupes de symptômes disparaissent sous l'influence de certains médicaments, et que la maladie se trouve par là guérie; la tâche de la médecine consiste donc à déterminer expérimentalement les symptômes qui cèdent à l'emploi de moyens déterminés. Or l'expérience de tous les siècles nous ayant appris que des maladies peuvent être réellement guéries par cette voie, la route à suivre nous est tracée; qu'importe alors si un groupe de symptômes que , par exemple , nous avons baptisé du nom d'hydrocéphale aiguë, est occasionné par un épanchement dans les ventricules cérébraux, pourvu que le groupe des symptômes morbides disparaisse par nos moyens , et que le malade recoui^re la santé.
' L'anatomie et la physiologie , tant normales que patholo^ giques, sont un bagage scientifique inutile, qu'il faut rejeter du domaine de la thérapeutique, dont le plus beau fleuron est l'ordonnance, l'apogée de la médecine. Ainsi raisonnent les pra-
ticiens; mais sHl en était ainsi, la médecine se réduirait à un simple métier, qui à la vérité soi^Iagerait Thumanité souffrante. Tout ce raisonnement pèche par la base, et le piteux état de notre thérapeutique après Texpérience de tant de siècles, démontre clairement son insuffisance. Les symptômes et les moyens spécifiques manquent de cette certitude qu'on avait rêvée. Le soi-disant empirisme n'existe pas, ou plutôt n'est qu'un amas désordonné de vérités et de rêveries.
Quand bien même à toutes les époques on s'est représenté la ofaladie comme quelque chose d'opposé au corps à l'état de santé, néanmoins déjà de bonne heure des voix se sont élevées contre la doctrine qui considère la maladre comme une réunion de sjrmptômes; mais c'est seulement dans ces derniers temps qu'une véritable réaction a éclaté contre les sjmptomatistes. A mesure que les nécropsies devenaient plus nombreuses, on s'aperçut de plus en- plus que les noms imposés aux maladies par les symptomatistes^ ne s'accordaient souvent pas du tout avec les altérations rencontrées sur le cadavre. On trouvait des désordres anatomiques semblables, après avoir observé pendant la vie les groupes de symptômes les plus variés, et réciproquement après avoir observé des groupes de symptômes semblables, on rencontrait les lésions anatomiques les plus variées. Aussitôt, sans. chercher à concilier ces données, on rejeta les anciennes descriptions de maladies fondées uniquement sur les symptômes observés pendant la vie, et on s'efforça de les remplacer par des séries de symptômes anatomiques. La maladie devint alors un être caractérisé par une série de lésions anatomiques. L'amphithéâtre fut le lieu de réunion préféré des médecins, et la connaissance des lésions anatomiques du corps (anatomie pathologique) prit la place de la pathologie: elle devait découvrir et représenter les maladies. Tandis que lesymptomatiste cherchait la nature de l'entité morbide dans ses manifestations vitales , l'anatomo-pathologiste poursuivait la maladie plus avant, après son entrée dans le corps : il la cherchait là où elle avait son siège, là où elle s'était localisée.
Les lésions anatomiques constituaient la maladie elle-même,
6 INTEODDCTIOIf.
OU ses produits; sa description anatomique donnait le détail *de ses phénomènes caractéristiques. L'anatomo-pathologiste décrivit et arrangea ses préparations anatomiques comme entités morbides, avec la même précision que l'ancienne école avait décrit et disposé ses groupes de symptômes.
Le diagnostic fut alors chargé de déterminer les véritables lésions anatomiques, et comme on. était en quête de nouveaux moyens auxiliaires, on introduisit l'exploration physique des organes, et particulièrement l'auscultation et la percussion^ qui devinrent indispensables. Pour un grand nombre de maladies, les affections des poumons et du cœur entre autres, le diagnostic fut porté à un degré' de certitude qu'on n'avait jamais sotipçonné auparavant. Par contre on négligea d'autres maladies, dans lesquelles les modifications organiques échappent à nos investigations, ou qui ne sont liées à aucune affection locale; Tétude de l'appréciation des symptômes généraux tomba presque complètement dans l'oubli; la^ tâche de la thérapeutique fut aussi entièrement changée.
La maladie consistant dans des lésions anatomiques, il (allait faire disparaître celles-ci pour guérir la première , et comme par avance on tenait la chose pour impossible, on se croisait les bras : la thérapeutique devint ainsi une chose secondaire. La gloire du médecin consistait dans le diagnostic précis d'une affection locale. On niait avec partialité toute espèce de résultat thérapeutique; car on avait oublié que la thérapeutique n'avait pas seulement pour mission d'agir contre les désordres anatomiques , mais encore de modifier les altérations du sang et les troubles de l'innervation. On voit donc que l'école anatomopathologique, à côté d'avantages réels, ne laissait pas que d'avoir de graves imperfections.
Si les médecins sont arrivés à considérer ta maladie comme une entité qui envahit l'économie, caractérisée suivant les uns par ses manifestations vitales, et suivant les autres par les modifications qu'elle produit dans les organes, cela tient à ce qu'ils ont remplacé l'observation expérimentale par des idées spéculatives, par des hypothèses. On observa des malades, eX on se figura
inTRODucnoN. 7
aussitôt l'indiftpcaition occasionnée par des enlitës morbides, puis on oublia les individus pour ne plus voir que les entités. La médecine qui, par son objet. lui-même^ le corps humain, devait être la science de* la nature, devint par ses premiers fôndementis une science spéculative : elle s'égara ainsi à partir de ses principes. Dans ces derniers temps seulement, la méthode naturelle se fit jour et amena peu à peu une transformation dans lés idées et dans l'état de la science. C'est la doctrine de • la philosophie de la nature dans toute sa pureté et sans préventions, en opposition avec cette méthode qui, partant de principes et de lois imaginés par voie spéculative, n'emploie les enseignements des sens que comme des exemples qui prouvent la vérité de sa dialectique, et en opposition avec cette autre méthode qui, par une rputijie irréfléchie, fait une loi de chaque vue tant soit peu plausible, pourvii qu'un fait s'explique passablement par là. Là méthode de la philosophie de la nature est parfaitement caractérisée par ces paroles dé Humboldt:
a L'empirisme commence par des aperçus isolés, que l'on groupe selon leur analogie et leur dissemblance. À l'acte de l'observation succède, mais bien tard, le désir d'expérimenter, c'est- à -dire, de faire naître des phénomènes sous différentes conditions déterminées. L'expérimentateur rationnel n'agit pas au hasard ; il est guidé par des hypothèses qu'il s'est formées par un presseatioofent à demi«instinclif et plus ou moins juste de la liaison des choses ou des forces de la nature. Ce qui a été conquis par l'observation ou par la voie des expériences, conduit, par l'analyse et par l'induction, à la découverte des lois empiriques. » (Cosmos, Iraduct. de FAYii.)
Partant de ce point de vue, si nous retournons au lit du malade et à l'amphithéâtre d'anatomie, c'est-à-dire aux sources des faits qui tombent sous nos sens, les divers phénomènes inaccoutumés, désignés sous le nom de phénomènes morbides, n'ont par eux-mêmes plus rien de particulier ou d'insolite; la vie du malade suit les lois ordinaires de l'existence , seulement celles-ci se manifestent au milieu de conditions inaccoutumées; ainsi donc ce qu'on a appelé les phénomènes normaux où morbides se régit par les mêmes lois.
Prenons un homme qui la Teille encore était plein de tîgueur, dont la respiration était calme, dont le coour battait tranquillement, dont la peau était chaude; aujourd'hui nous le trouvons étendu dans son lit, faible, la respiration fréquente., les battements du cœur précipités, la peau brûlante: nous le disons malade. Cette respiration précipitée, ce pouls fréquent, cette peau brûlante, sont des phénomènes morbides; mais les lois de la circulation , de la respiration et de la production du calorique n'ont changé en rien ; seulement elles se manifestent ' dans des conditions anormales, et par là leur effet se irouve modifié. Le malade meurt; nous trouvons un poumon compacte, dur, granuleux à l'incision; les vésicules pulmonaires sont remplies d'exsudai. Avons-nous ici quelque chose d'extraordinaire? Cet état du poumon, cet exsudât, sont -ils des entités morbides? Mon certainement. Ce poumon, il est vrai, a subi une modification, mais celle-ci n'est pas le produit d'un être qui a pénétré dans l'économie; Texsudat est un plasma modifié dans sa quantité et sa qualité, qui a transsudé des capillaires par l'effet des lois ordinaires de la nutrition; seulement elles se sont manifestées dans des conditions anormales, produites ellesmêmes par la cause pathogénique.
Pour pénétrer ki nature des phénomènes morbides que nous trouvons au lit du malade et à l'amphithéâtre, il faut remonter à la cause, qui la première a modifié dans l'origine les conditions où se manifestentMes lois de la nature. La cause ^ son mode d'action et les conditions anormales une fois trouvées y nous connaissons aussi la maladie. D'après la définition que nous avons donnée plus haut, la maladie n'est rien d'essentiellement contraire à la vie, mais bien une partie de la vie ellemême; elle n'est pas non plus l'antagoniste de la santé: car cette dçrnière n'exprime pas l'état intime de l'organisme, mais représente le nom à l'aide duquel on désigne cet état du corps dans lequel les forces s'exercent librement, état qui quelquefois se concilie très-bien avec la maladie.
Par maladie spéciale, par procé* morbide, on entend un état de l'organisme résultant de l'influence d'une cause, qui pro-
duit. une suooession égal* des mêmes phénomènes morbides chez tous les individus placés dans les mêmes conditions pathogéniques. Le caYactère permanent, spécial y d*une maladie ne réside donc pas dans la nature d'un être qui 'pénètre du dehorjfy mais il est dû à une seule et même cause pathogénique produisant toujours les mêmes effets.
Si maintenant nous jetons un regard sur les diverses doctrines que- nous venons d'examiner, nous voyons clairement que la maladie ne saurait être limitée à un ensemble de modifications fonctionnelles, ou bien à un groupe de lésions anatomiques; mais que tout ce qui peut être rapporté à Veffet de la cause mprbidey rentre dans le domaine de l'état appelé maladie.
Étudier les clauses patbogéniques et leurs effets, telle est la tâcbe de ïétiologie, la seule base possible d'une division nosologique scientifique. Ne connaissant les rapports occasionnels que pour un nombre très- restreint d'afiections, il nous faut diriger tous nos efforts vers les recherches étiologiques ; aussi à chaque groupe de {^énomènes dont la cause nous est inconnue, devons-»nous prendre, à tache d'élucider autant que possible, si ce groupe est un procès morbide d'après la définition indiquée ci -dessus, ou bien si l'on a affaire à une réunion de phénomènes produits par des causes différentes.
Les causes pathogéniques «ont-elles purement mé<»niques, leur mode d'action et leurs suites se saisissent facilement; les hernies, les fractures, les luxations, comme toutes les maladies qu'on peut toucher du doigt, sautent aux yeux en raison même de leur nature. D'autre part nous trouvons des procès morbides idiopatbiques dans les états pathologiques produits par un principe contagieux ou miasmatique; la syphilis, les exanthèmes, le typhus, la fièvre intermittente, se rangent dans cette catégorie. Il est, à la vérité, encore beaucoup d'autres maladies dont nous connaissons les rapports étiologiques, mais il en reste tout autant pour lesquelles nous conservons des doutes. Ce n'est d'ailleurs pas ici le lieu de passer en revue et d'analyser les divers états, décrits jusqu'à ce jour comme des maladies; rapprochons^nous du but de cet ouvrage, et examinons ce qu'on a appelé les phénomènes morbides.
fO iNTROBucnon.
Bien que les phénomènes morbides observés sur le virant varient à l'infini d'après les causes, on en distingue cependant de deux sortes, qui se retrouvent dans chaque maladie: les modifications des fonctions physiologiques et les changements dans la structure anatoniique. Les rapports qui lient ces. deux ordres de phénomènes, anatomiques et physiologiques, ne sont pas toujours les mêmes : l.*" tantôt la cause pathogénique a pour effet prochain, un changement anatoipique qui intéresse un ou plusieurs orgaoes, dont les fonctions sont troublées con> séeutivement* La maladie réside alors, eu égard , à la cause principale, dans la lésion anatomique, d'où dépendent les modifications fonctionnelles ^ c'est là ce qu'on a appelé les maladies locales; 2.^ tantôt l'action de la cause pathogériique n'est pas aussi simple, et on ne saurait placer dans un rapport éliologique les modifications fonctionnelles et les ohan* gements de texAure. C'est ainsi que la lésion intestinale dans le typhus, l'affection de la peau dans les fièvres éruptives, l'état de la rate dans les fièvres intermittentes, présentent des rapports encore très*obscurs avec Jes procès morbides. Outre ces maladies, qu'on a appelées générales ^\\ en est un grand nombre dans lesquelles- les altérations anatomiques locales ne sont pas le fait culminant : ces affections reposent surtout sur une modi> fication .fonctionnelle du système nerveux , et forment presque la majeure partie des états morbides légers que le médecin praticien voit journellement arriver. Les troubles de l'inner- .vation constituent ordinairement alors la plus grande et la plus importante partie des phénomènes morbides, que ces désordres aient été produits directement par la cause pathogénique, ou indirectement par la lésion anatomique locale. lU forment ce qu'on appelle les phénomènes généraux; ils deviennent le noyau du tableau sensible de la maladie, et nous fournissent la plupart des points d^arrét pour la thérapeutique.
De ces courtes réflexions il ressort donc que les lésions anatomiques ^ tout en occupant un rang important parmi les phénomènes morbides, ont cependant une valeur très-différente, parce qu'elles forment tantôt la partie essentielle, tantôt la
partie accessoire des accidents produits par les causes pathogéniques. Bien plus, avec la connaissance des altérations anatonoiiques, notre savoir sur une maladie n'est nullement épuisé, et les notions fournies par l'anatomie pathologique spéciale, quelque étendu que soit son domaine , ne sont pas encore des notions de pathologie. Arrivons maintenant à la signification de Tanalomie pathologique.
Vanatomie pathologique est l'histoire des changements qu'éprouve la structure des organes et des tissus dans tous les états que nous nommons maladie. Tout en admettant que les dîrers» changements produits dans le corps par l'efFet d'une cause pathogéniqué, doivent être toujours de nature physique ou ebimique, cependant très -souvent ils échappent à nos moyens. actuels d'investigation, et l'anatomie pathologique est réduite aux changements qui tombent sous nos sens. Il ne faut jamais perdre de vue cette première limite naturelle de l'anatomie pathologique, afin de ne pas tomber dçins l'exagération, en croyant qu'avec le scalpel, le microscope et les réactifs, il .est possible de construire lout l'édifice de la pathologie. Malgré cette restriction , le domaine de Tanatomie pathologique reste encore très-étendue; dans la plupart des cas, des altérations anatomiques visibles forment une partie essentielle des maladies, et il suffit de jeter un coup d'œil sur cette science pour voir quel vaste champ elle offre à l'étude.
Mais la lésion anatomique ne forme pas toujours la partie essentielle, elle peut être coordonnée, subordonnée aux autres symptômes ou manquer complètement, et souvent, du moins dans l'état actuel de nos connaissances, ces rapports mutuels sont obscurs; Il ressort de là une seconde restriction à la valeur de l'anatomie pathologique , dont il faut que nous nous rendions compte, afin de. ne pas croire que la connaissance des lésions anatomiques est identique avec la connaissance des maladies.
En même temps rappelons-nous toujours que l'étude de la structure des organes n'est qu'une partie de la science du corps; l'étude du développement et.de la vie de ces organes, la physiologie, constitue l'autre partie, et même la plus importante.
La physiologie pathologique ne s'occupe pas du produit inanimé; elle le ressuscite en quelque sorte , elle reprend 'son histoire , scrute les conditions de sa production et son mode de déve* loppement; enfin elle nous apprend à connaître la maladie comme un état où les lois physiologiques se manifestent .dans des conditions anormales. Sa tâche est donc d'étudier : les aiodifications de la nutrition (développement des blastêmes pathologiques)^ les changements dans l'activité des nerfs et des muscles, dans la circulation, dans la respiration, et la nature elle-Tnéme de ces changements. Si maintenant nous cherchons à établir la tâche de Tanatomie pathologique, nous voyons qu'elle e^t chargée de nous faire connaître la partie anatonuque des maladies; et du moment que nous considérons ces dernières comme une phase de la vie, alors l'anatomie pathologique nous fournit un concours important pour la science de la vie. L'ensemble des modifications vitales fait l'objet de la physiologie pathologique ou de la pathologie. C'est encore sur cette manière de voir que reposent les principes d'après lesquels il faut apprécier les changements anatomiques pris isolément.
Nos observations commencent au lit du malade : ici les lésions anatomiques nous sautent aux yeux, ou .nous les recherchons à l'aide de l'exploration physique, ou bien nous y concluons d'après les modifications fonctionneUes; car il est nécessaire que nous reconnaissions déjà sur le vivant les altérations anatomiques, pour déterminer leurs causes et leur histoire. . Pour porter un jugement au lit du malade sur les divers états morbides, il faut d'une part, être au courant de toutes les altérations anatomiques possibles et de leur influence sur les fonctions, et de l'autre, connaître parfaitement les lois physiologiques de la vie; sans cela leur manifestation dans des conditions inaccoutumées paraîtrait quelque chose d'étrange, produit par des lois en dehors des conditions de la vie et par une entité morbide.
Les oui'ertures de corps chargées de nous montrer les altérations anatomiques^ ont plusieurs problèmes à résoudre : I.° considérant- toujours le cas particulier que nous avons sous
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les jeux, nous devons rapjHsocber les résultats nécroscopiques des phénomènes observés sur le vivant , afin de rassembler des données expérimentales pour les cas analogues et d'établir ainsi le diagnostic des diverses maladies; 2^" en appréciant les rapports des altérations que nous voyons avec les faits analogues déjà observés, nous devons chercher à leur assigner un rang dans l'histoire d'un genre déterminé de lésions , afin d'arriver à une htaloire complète des altérations, et par là aussi afin de connaître la dépendemce éiiohgique des lésions anato^ miques entre elles. Tel est k véritable but scientifique des ouvertures de corps, malbeureuflement très- négligé jadis, alors que régnait la manie de courir après des descriptions minutieusement détaillées d'individualités morbides anatomiques.
Quand on étudie, appuyé sur la physiologie, toutes les modifications vitales, sans s'en tenir aux seuls caractères anatomiques (qui ne sont, rigoureusement parlant, qu'un capot môrtuum) , alors la mort vient jeter des lumières sur. la science de la vie et nous apprendre à connaître le coups humain dans les deux états de santé et de maladie. Et si le symptomatiste cherche la connaissance des maladies dans les symptômes extérieurs, et Tanatomo-pathologiste dans des produits anatomiques, pour notre part , nous la cherchons dans une histoire de l'ensemble des phénomènes vitaux. Pratiquons donc le plus d'ouvertures de corps possibles; dans ces autopsies, tenons compte de l'état de tous les organes; mais en même temps rapp'elonsnous qu'il ne suflEit pas de visiter les pièces sur la table de l'amphithéâtre, nfiiis qu'un examen exact anatomique, chimique et microscopique, doit venir compléter la simple inspection des parties.
Pour décrire ime pièce anatomique, pour lui appliquer une désignation généralement admise (induration, ramollissement etc.) , il n'est pas nécessaire sans doute d'avoir recours à l'examen microscopique; mais si l'on veut obtenir une notion approfondie de la nature des maladies, c'est <à*dire, de leurs causes et des conditions anormales qu'elles produisent ; si l'on veut remonter à l'impulsion donnée aux lois dei la nature par
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ces conditions anormaies, on ne saurait y parvenir sans le concours du microscope et de la physiologie»
L'importance de la physiologie potir la pratique médicale réside dans l'explicalion qu'elle donne sur la manifestation des lois de la nature, explication sans laquelle nous ne pouvons pas comprendre la vie malade; son importance pour la thérapeutique repose sur les éclaircissements qu'elle fournit aux principes, sans lesquels l'empirisme serait impossible.
Le microscope a été encore plus méconnu dans sa valeur que la physiologie. Le sy mptomatiste lui demanda des prescriptions , le chirurgien des corpuscules spécifiques , et comme lé pauvre microscope ne pouvait fournir ni l'uii ni l'autre^ on se détourna avec méfiance de ce moyen d'investigation. La valeur du microscope pour la pratique consiste, outre les secours qu'il fournit au diagnostic, à édairer le jugement du médecin, en lui permettant de mieux apercevoir le mode de production des altérations anatomiques.
Enfin l'anatomie pathologique trouve encore un auxiliaire dans l'expérimentation directe, qui pose à son gré les conditions où se produisent les états morbides, et ouvre* ainsi un vaste champ à l'observation.
a Une question scientifique est une hypothèse logique qui, partant d'une loi connue, progresse par voie d^analogie et d'inductijCïn. La solution est fournie par l'expérimentation indiquée dans la question elle-même. L'expérience est la voie logique, nécessaire et certaine pour atteindre un but* déterminé. Tout homme connaissant les faits et en état de raisonner avec justesse , est à même par l'expérimentation , de faire donner à la nature une réponse à une question , pourvu toutefois qu'il possède les matériaux voulus pour entreprendre les expériences. L'étude de la nature suppose donc la connaissance des faits, un raisonnement logique et des matériaux; l'alliance méthodique de ces trois conditions produit la science de la nature.» (Wirchow, Àrchiv.)
D'après les principes que nous venons d'exposer, on com-
INTROMJGriON. 15
pren4 rinfluence que l'élude de l'^natoniie pathologique doit exercer sur le Diagnostic e( la, Thérapeutique. En effet s'il est établi que la plupart des maladies s'accompagnent de c^iatigei^entsanatomiques, il est évident que la connaissance de ces chaS)gements facilitera beaucoup te diagnoatic. Malheureusement il est seulement un très- petit nombre de procès morbides qui nous sont dévoilés, et la plupart des maladies se présentent comme des étals vaguas » dont l'étiologie est inconnue et dans lesquels la succession des sjmptômes n'a rien de constant. Aussi faut-il toujours savoir renoncer à ces diagnostics. types, bien .arrondis, bien façonnés; inieux vaut considérer isolément les états morbides, 31 variés, jusqu'à ce que les recherches permettent de les ranger* dans un cadre nosologique» Cette tendance hâtive à arranger symétriquement de beaux types de maladies, a dolé la médecine allemande d'un fatras fantastique de symptôme& complexes, avec des dénominations artifi* cielles; Tobservatiori pure et simple avait au contraire fait entrer de bonne heure les Français et les Anglais dans une voie plus juste et plus rationnelle* En réfléchissant à l'imperfection de iios connaissiances sur la nature d''une foule de maladies, on est tenté au premier abord de justifier les symptomatistes, quand ils renoncent coniplétement à rechercher la nature des modifications vitales , pour se contenter de réunir des groupes de symptômes contre lesquels ils dirigent l'action de leurs médicaments; Tappréciation exacte des faits démontre cependant leur erreur.
Ces considérations nous conduisent à la question principale de la médecine pratique , ^ savoir : la connaissance des symptômes obs.ervé$ sur le vivant, suffît- ella pour guérir les maladies, ou bien est-il nécessaire d'avoir une connaissance (anatomique et physiologique) approfondie .de toutes les modifications vitales survenuesr pendant le cours de .la maladie?
Les symptomatistes, connme nous l'avons déjà vu plus haut, répondent affirmativement pour la première ps^rtie de la ques* tion; nous au contraire, qui nions ce que les symptomatistes adoptent, et qui adoptor^s ce qu'ils nient , nous devons démon^
16 immofxiGnoii* X
Irer que ^ns l'anatomte pathologique, il est impossible de procéder à une guérisou par le choix des moyens et de se rendre compte de leur action.
Pour celui qui ne ponnaît pas la pratique de la médecine ^ qui n'a jamais exercé, il paraîtra étonnant qu'on Teuilie encore, démontrer quelque chose qui Bembte se comprendre de soimême; puisque la maladie représente une partie de la tie humaine, puisque les phénomènes morbides se composent de changements anatomiques et de modificflftioiis physiologiques, la guérison des maladies est seulement possible à la condition d'une connaissance exacte de la Tie malade! Et cependant à toutes les époques^ le plus grand nombre des médeeins, et de beaucoup, s'est rangé du côté de ceux qui, aTeoou sans con'* naissance de cause, regardent la maladie comme un composé* de symptômes, et celte méthode comme la seule à suivre. L'enthousiasme avec lequel, dans ces derniers temps encore, les médecins allemands ont accueilli les rêveries d'un vieux praticieii, de RADBMACBSft, montre clairement l'état actuel de la médecine dans ce pays. . •
Pour mieux comparer lès deux. écoles, plaçons^nous avec un symptomatiste au lit des malades, et apprécions les moyens que les uns et les autres nous avons à notre disposition pour arriver à guérir.
Le symptomatiste étudie, avec toute l'exactitude, possible, tous les symptômes extérieurs apparents; puis il se demande dans quelles conditions lui ou d'autres praticiens ont observé les mêmes symptômes, et quels moyens ils ont employé pour les combattre; après cela il fait sa prescription.
Que laisons-nous? Tout d'abord nous en agissons absolument comme les symptOmatistes : nous commençons par étudier toute espèce de phénomène extérieur appréciable; seulement nous ne passons pas immédiatement à la prescription ; mais après les symptômes extérieurs nous cherchons à coadure aux phénomènes internes,, aux changements . anatomiques. À cet effet, nous mettons à profit l'exploration physique et l'anatomie pathologique* De là nous arrivons à nous demander quelles $ont
DITRODOCnOlf* 17
les conditions des altérations qui se présentent, et enfin nous cherchons à établir leur histoire, c'est-à-dire, à connaître là vie du malade, telle qu'elle s'offre à nous dans le cas actuel. Celle manière d'envisager la maladie étant encore de date récente, on peut admettre qu'avec la suite des années bien d'aulriçs points doivent s'éclaircir encore, et qu'on aura une méthode dont la direction offre un appui solide à une thérapeutique rationnellcf
Dans quel rapport se trouve donc notre pratique avec celle des symptoma listes?
1/ JNous avons pour nous, et c'est là notre premier avantage, bon nombre de cas où les connaissances que nous possédons sur la vie, quelque faibles qu'elles soient, fournissent cependant des indications pour le traitement;
2/ Même lorsque les données anatomiques et physiologiques ne nous apportent aucune indication thérapeutique, et lorsque nous sommes réduits à nous conduire comme les symptomalistes, nous pouvons encore opérer sur une base solide, sans laquelle la médecine des symptômes est une voie incertaine et irrationnelle. Cette base, nous la trouvons dans le diagnostic scientifique. Alors les symptômes deviennent pour nous des points d'arrêt sur lesquels nous pouvons nous reposer avec certitude, ou des auxiliaires qui nous permettent d'établir des analogies rationnelles et des rapports vraisemblables;
3.'' Des indications thérapeutiques positives n'étant possibles qu'à l'aide d'un diagnostic scientifique, c'est seulement par cette voie, la nôtre du reste, qu'il est donné d'arriver à un jugement certain de l'action des moyens thérapeutiques. Quand les symptômes sont déjà par eux-mêmes variables et douteux, la modification produite dans l'économie par les remèdes devient encore plus incertaine; notre embarras se dévoile alors au lit du malade, si, appréciant son état uniquement et simplement d'après les symptômes, nous ne joignons pas à cet examen l'analyse exacte et répétée des changements anatomiques et des modifications physiologiques.
Tout ce que nous venons de dire, l'histoire de la médecine
1 8 INTRODflCTtON.
le confirmera facilement. En effet en parcourant les ouvrages de nos prédécesseurs, on trouve que toutes les observations^ dues à des praticiens ontologistes , sont complètement sans utilité pour nous, parce qu'ils combattaient des êtres imaginaires, et tombaient ainsi d'une illusion dans une autre. Il en est de même pour les travaux de ces praticiens qui, tout en reconnaissant ce que la pratique ontologique avait de malencontreux, se tenaient aux groupes de symptômes, sans s'inquiéter des entités morbides; bien que nous puissions tirer de leurs ouvrages maint enseignement précieux, et qu'il soit de notre devoir de metlre à profit leur expérience, souvent leurs indications et leurs jugements sur l'action des agents thérapeutiques sont empreints de trop de vague et d'incertitude pour les utiliser sans restriction. Il leur manquait un diagnostic scientifique, et quoique la perspicacité de leur intelligence leur ait souvent mantré la bonne voie, ils n'en sont pas moins tombés dans de nombreux écarts.
En un mot, ce que nous voulons, c'est une médecine vraiment scientifique , dans laquelle nous donnons un des premiers rangs à l'anatomie pathologique, comme base d'un diagnostic rationnel.
MATOMIE PATHOLOGIQll GÉNÉRALE.
Vanatomie pathologique générale est chargée de considérer les attéralions anatomiques sous des points de vue généraux; c'est à Tanatomie pathologique spéciale à nous faire connaître ces altérations dans les divers organes et dans les cas particuliers. Mais la plupart du temps on ne peut considérer ces changements sous un point de vue général , qu'à la condition d'un examen microscopique. Car c'est ordinairement dans les parties les plus ténues et qui échappent à la vue, dans les parenchymes des tissus, en un mot, c'est dans leurs éléments microscopiques que se passe tout ce que les changements pathologiques ont de caractéristique. On voit par là que Yhislologie pathologique constitue une subdivision de l'anatomie pathologique générale, aussi importante que digne d'intérêt.
Pour circonscrire plus exactement le domaine de l'anatomie pathologique générale, jetons un coup d'oeil sur tous les changements qui ont lieu dans le corps humain ; nous trouvons d'abord qu'un certain nombre d'entre eux reposent sur des troubles dans le développement de tout le corps de l'embryon ou de quelques organes en particulier. L'appréciation de ces troubles, qui se traduisent chez l'enfant par des difformités ou monstruo^ sites {vida primée conformationis) , appartient à l'embryologie; nous laissons à cette branche de la physiologie le soin d'étudier ces anomalie; seulement dans l'anatomie pathologique spéciale nous examinerons les monstruosités des divers organes, quand elles présentent un intérêt pratique.
D'autres altérations reposent sur les changements de position et de rapport. Les étudier en général, serait sans aucune utilllé
20 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNénAtE.
et ne conduirait qu'à une exposition ingrate de faits; nous apprendrons mieux à connaître ces désordres dans leur apparition sur les divers organes. Les modifications dans la couleur y la consistance y le contenu des organes, se prêtent tout aussi peu à des considérations générales; nous saisirons plus nettement \e^ conditions particulières de leur apparition, en examinant les changements de texture qui les produisent.
La majeure partie des altérations anatomo - pathologiques , celles qui constituent la partie principale de Tanatomie pathologique générale , intéressent la texture des organes , et reposent pour la plupart sur des troubles de la nutrition. Nous rangeons ici les altérations qui se présentent comme hypertrophie, atrophie, inflammation, gangrène et formation de tissus nouYCaux.
Vhfpérémie et Vanémie locales, ainsi que l'exsudation du sang hors de ses vaisseaux, produivsent aussi des changements dont la connaissance est de notre ressort.
Les organes solides, et principalement les sécrétions, renferment parfois des produits pathologiques , composés d'éléments inorganiques, des pierres et des concrétions; Texamen de ces néoplasmes non organisés appartient surtout à la chimie pathologique; nous les étudierons en même temps que les métamorphoses rétrogades, et dans les divers organes en particulier (vessie, vésicule biliaire, etc.).
Un grand nombre de tissus peuvent devenir le siège d'ammaux et de plantes parasites; les changements de texture qui résultent de leur présence, trouveront leur place dans la description des divers organes où on les rencontre, et nous chercherons à donner leur histoire naturelle, en tant qu'elle présente de l'intérêt pour la médecine. Dans cette première partie , nous avons seulement à considérer les conditions générales dans lesquelles les parasites sont introduits dans le corps et s'y propagent.
Enfin les modifications du sang, qui sont pour la plupart chimiques, nous occuperont sous le point de vue anatomique. En étudiant les conditions générales de l'organisation pathologique, nous apprendrons à connaître la signification étiologique des crases.
ANATQMtB PATnOrX>GIQtE GÉNIÈRAIE. 21
!• Des Tariatlonsde la quantité du têang dans les orgranes^et des épanebements sanfgralus* (Hypérémle. «— Anémie. — IlémorrtaasIesO
A. Hypérémie.
On appelle hjrpérémie , to,ute augmentation anormale de la quantité de sang dans un organe ou dans une partie du corps; la congestion sanguine se passe tantôt dans les capillaires, tantôt dans les veines et les artères d'un petit calibre, ou bien dans Pun et l'autre système à la fois; en général alors les grosses veines sont intéressées. Là où l'on admet ordinairement une augmentation de Tafflux sanguin dans les capillaires, il paraît qu'il se fait seulement une augmentation des globules rouges du sang (excès des globules par rapport au sérum). Comme nous ne pouvons pas déterminer par des mesures précises l'état hypérémique d'un organe, mais seulement l'estimer approximativement, c'est dans les. préparations analomiques et dans les autopsies qu'il faut chercher à acquérir une connaissance exacte de la quantité .normale du sang et de ses oscillations dans les organes.
Nous distinguons de l'hypérémie (excès de replétion des vaisseaux sanguins, la circulation capillaire continuant à se faire) la stase, état d'bypérémie avec arrêt complet de la circulation.
Un organe bypérémié est plus foncé, rouge (dans toutes les nuances , depuis la teinte claire jusqu'à la plus foncée), sa coloration normale s'efface et disparaît parfois complètement; cet organe augmente en général de dimension , devient plus lourd , plus consistant; incisé, il laisse écouler du sang en abondance. L'bjpérémie des capillaires produit une rougeur distribuée uniformément; les petits vaisseaux ne se distinguent plus séparément à l'œil nu : les veinules et les artérioles apparaissent comme injectées en rouge et forment un réseau rouge, des injections arborisées, etc. — L'examen microscopique nous montre les capillaireis gorgés de globules sanguins rouges; ces, vaisseaux^
92 ANATÔMIE PiTHOLOGIQI»! GilfilUiE.
dilatés parfois uniformément, rarement variqueux, permettent souvent de reconnaître encore rhypérémie, quand elle n'est déjà plus sensible à la vue sur le cadavre.
Âprèsavoir produit sur la membrane natatoire d'une grenouille une hvpérémie artificielle, par un obstacle à la circulation ou par l'application de substances irritantes » on observe les phénomènes suivants : d'abord le raleutissemenl de la circulation et une augmentation de rougeur dans te contenu des vaisseaux , par suite de l'accumulation des globules rouges du sang; puis ensuite une augmentation des globules blancs. La colonne san* guine commence à éprouver des interruptions, elle se met à osciller, et enfin le cours du sang s'arrête complètement (stase); parfois les capillaires et les vaisseaux d'un petit calibre se dilatent, ou bien quelques-uns éclatent et le sang s'épanche au dehors. Si l'arrêt de la circulation se prolonge, les formes des globules du sang deviennent confuses , et le plasma se colore en rouge ; plus tard le parenchyme environnant prend aussi une teinte rouge.
Les conditions de l'hypérémie et de la stase sont très-variées; mais comme au point de vue anatomique, tous les organes se comportent alors à peu près de la même manière , l'examen de ces conditions nous offre ici moins d'intérêt.
Ces conditions sont dues tantôt à des rapports mécaniques (obstacle au retour du sang veineux ; obstacle au cours du sang artériel, augmentation et diminution du choc du cœur, etc.), tantôt à l'action des agents irritants (calorique, froid, contagium , etc. ). Le& médecins distinguent de plus des bypérémies (zctwes (sthéniques Andral) , lorsqu'elles s'accompagnent de fièvres; passives {asthéniques Andral), lorsqu'elles se présentent sans phénomènes fébriles; mécaniques, quand il existe des obstacles matériels à la circulation; hypostatiques , quand le sang s'amasse dans les organes les plus déclives, en même temps que les battements du cœur sont faibles.
L'hypérémie se rencontre encore comme phénomène cadavérique; elle tient à ce que te sang est entraîné vers les parties profondes , et le plus souvent à Texosmose du sérum' du sang
ANATOMIB PATROLOGTQUE GiN^RALE. 23
coloré par rbématin^. C'est surtout en été, avec une température élevée, par suite de laquelle le sang conserve sa fluidité et qui favorise la putréfaction , qu'on observe ces hypérémies , apparentes sur les cadavres de malades qui sont restés longtemps couchés, qui étaient très-affaibiis, ou dont la maladie a amené une coagulation incomplète du sang après la mort. Une hypérémie bypostatique augmente toujours après la mort par la position inclinée du cadavre. L'explication de i'bypérémîe, ooname phénomène cadavérique, se trouve moins dans les conditions anatomiques spécifiques des parties, que dans Texpéfience nécroscopique ; Thypérémie cadavérique est en général capillaire veineuse et sa couleur d'un bleu foncé; les tissus environnants sont imbibés d'un sérum rouge. La seule imbibition des tissus par du sérum rouge suiBt déjà pour leur donner cet aspect -bypérémique , rougeur d'imhibition; dans les parties très-vasculaîres, il n'est souvent possible de la différencier de l'bypérémie capillaire qu'à l'aide du microscope; au contraire, dans les parties dépourvues de vaisseaux, Tépiderme, la membrane interne des vaisseaux par exemple, le diagnostic différentiel est facile.
Les hypérémîes sont très-fréquentes : elles peuvent par ellesmêmes produire des modifications fonctionnelles des organes et constituent souvent la base anatomique des maladies. Elles représentent parfois l'origine de désordres ultérieurs, des œdèmes, des épanchements , des hypertrophies, des inflammations, ou bien elles disparaissent et la circulation redevient normale.
B. Anémie.
On appelle anémie {Oiigémie), la diminution de la quantité normale du sang dans un organe. Cette diminution n'est quelquefois qu'apparente; bi^n qu'on i'adinette, il n'existe en réalité qy'une diminution des globules du sang (vid. Hydreihië); son appréciaUon repose sur les mêmes bases que celle de i'hypérémie.
Un état de vacuité sanguine absolue est un phénomène peu
34 ANÂTOKIE PATHOLOOIQCF GÉnillALE.
vraisemblable^ dont la détermination d'ailleurs n'est plus dans les limites de nos moyens de diagnostic.
Tout organe anémique est pâle, décoloré (la couleur normale d'un organe résulte de la teinte naturelle qui appartient aux tissus et qui forme le fond de sa coloration , à laquelle vient s'ajouter la couleur des vaisseaux remplis de sang; la disparition des particules rouges doit donc amener, dans les divers tissus, des décolorations très-différenies, leur couleur spéciale variant avec leur nature); il devient moins volumineux, plus léger; une incision n'en fait découler que très-peu ou pas du tout de sang; les vaisseaux visibles sont coUabés, plus pâles. L'examen microscopique montre les capillaires vides ou .contenant peu de sang, et les éléments. des tissus intacts.
. L'anémie locale est occasionnée d'abord par l'anémie ^éné< raie, qui survient après les grandes pertes subies par l'oi^anisme; ensuite par les obstacles à l'arrivée ou au cours du sang dans l'intérieur des organes, dus au rétrécissement et à l'oblitération des vaisseaux, à leur compression, à l'inactivité de l'organe; enfin par des oscillations souvent inexplicables dans la circu-* lation et dans la distribution du sang, par suite de causes irritantes, le froid par exemple.
L'anémie est capable, à elle seule, de produire sur le vivant des désordres fonctionnels dans les organes et des phénomènes morbides. Quand elle persiste pendant longtemps , elle entraîne l'atrophie et le défaut de sécrétion de l'organe.