ARTICLE UNIQUE
On peut reconnaître le caractère de l’art décoratif des Basiliques d’après l’esprit de l’époque, la raison du monument eë surtout les moyens dont pouvaient alors disposer les artistes.
L'art chrétien, né dans les catacombes, eut, je l’ai déjà dit, un caractère funéraire et symbolique, qui se révèle partiellement dans les bas-reliefs des sarcophages, mais qui ne pouvait que peu convenir aux basiliques. La décoration de ces dernières à dû avoir son origine, à l’instar de celle des cimetières, dans la prière liturgique, mais non dans les prières faites spécialement pour les morts ou les mourants: dans là basilique, tout devait traduire l’idée du triomphe et de la paix et refléter la Jérusalem céleste. De là une prédilection marquée pour les épisodes de l’histoire du peuple choisi entrant dans la terre promise après tant de persécutions, les mystères joyeux et glorieux de Jésus-Christ et de la Vierge Marie, la Majesté du Seigneur, la gloire céleste des élus, les visions et les symboles de l’Apocalypse. Plus tard, cet art reproduira aussi les victoires sur les hérésies eï le schisme, et la prédominance de certains cycles iconographiques montrera l’état d'esprit qui animait les chrétiens après tant de discussions théologiques subtiles et de définitions conciliaires (1). Peu à peu, viendront aussi les scènes plus douloureuses de la passion, si soigneusement évitées dans les peintures des cimetières et au commencement de l’art chrétien. Le crucifix commencera à faire son apparition, d’abord un peu voilée, plus clairement ensuite, mais avec le Sauveur revêtu de la tunique et quelquefois couronné comme un roi, enfin dans un réalisme trop évident, comme nous le verrons en son lieu (2).
(1) Voir mon travail sur les mosaïques de Sainte-Marie Majeure. Rome, 1910. Pustet, p. 11 et suiv.
(2) Notiones, Vol. II, pars III, pag. 188 et suiv.
Les basiliques gréco-romaines n'avaient pas d'apparence extérieure, mais il en était tout autrement à l’intérieur: à peine entré dans l’atrium, on voyait deux et parfois quatre rangées de colonnes qui faisaient le tour de la cour. De ei de là, entre les colonnes, étaient de riches sarcophages et au milieu de l’atrium se trouvait la fontaine destinée
Figure 98. - Mosaïque de la voûte cylindrique du mausolée dit de $. Constance (près le cimetière de Sainte Agnès).
aux ablutions. Le tympan de la façade était généralement orné de l’Agneau divin debout sur une montagne d'où découlaient quatre sources et entouré d’autres agneaux représentant les apôtres ou les élus; parfois aussi il portait, en mosaïque sur fond doré, les images du Sauveu et des élus. Souvent la facade était magnifique, les portes en étaient travaillées avec beaucoup d'art, mais parfois 1l n’y avait que de simples tentures. L'intérieur était resplendissant de mosaïques ; ces dernières, disposées d’après un plan harmonieux tant au point de vue de l'esthétique que du symbolisme, recouvraient tou à fait ou presque l’abside du fond, l’arc triomphal où commençait le béma, et parfois aussi les carrés au-dessus des colonnes de la nef centrale. Les sujets les plus en usage dans la décoration, étaient la grande figure du Sauveur, debout sur le globe du monde, ou assis sur un trône entre les princes des apôtres et remettant à $S. Pierre le volume de la loi,