‹ Manuel d'archéologie chrétienneChapitre 116 sur 305 · CHAPITRE I. - DIEU ET MARIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. - DIEU ET MARIE

manque l’épithète «un seul », de pareilles variantes ont une valeur historique et locaie. Rufin d'Aquilée et Ambroise attestent que l’église romaine donnait à ses catéchumènes le symbole sans la parole «un seul » par suite d’une tradition contraire au symbole de Nicée et remontant à un temps immémorial. De plus l’église d’Aquilée, qui suivait l’église romaine relativement à cette omission, avait l'habitude de dire credo in Deo, plutôt que in Deum. Et il est juste de constater que ces notions sont d'accord avec la formule grecque IIZTEYSAYA EN OEQ XPIZTO : indice assez clair que le symbole, rapporté en latin par les écrivains Sous-nommés, fut littéralement traduit du symbole grec employé par l’église romaine vers la première moitié du r1e siècle et du temps de Zéphyrin et de Calliste.

Figure 107. - (Cimetière de $S. Calixte).

La précieuse inscription funéraire me donne l’occasion d'ajouter une autre considération. Il est certain que la particule xai fut employée dans le symbole pour exprimer la distinction des personnes divines. Dans le livre des Philosophumena, Zéphyrin et Calixte sont accusés d’avoir confondu le Père avec le Fils, et d'avoir soustrait cette particule dans leur formulaire de Foi... IL est très opportun de trouver dans le même cimetière de Zéphyrin et de Calliste et dans les inscriptions attestant la foi de leurs disciples ou de ceux qui ont vécu à leur époque, cette particule xx, marque distintive des personnes divines, exprimée avec tant de solennité. Dans les inscriptions du cimetière de Calixte, nous trouvons plus d’un exemple de cette formule. Aux paroles grecques citées font écho les paroles latines avec leurs acclamations: Augurine in Domino et Jesuw Christo, Pax Domini et Christi cum Faustino Attico. Enfin dans les inscriptions de la plus ancienne épigraphie du cimetière de Calliste, se trouve une allusion à la troisième personne divine dont on rencontre rarement la mention directe dans les titres funéraires.

Le peu d'exemples signalé par De Rossi de mention du S. Esprit dans les inscriptions trouve son explication dans le fait qu'il y à eu peu d’hérésies contre la divinité de la troisième personne de la Trinité, tandis qu'il y en à eu un grand nombre concernant la divinité de Jésus-Christ.

Un autre motif de cette abstention est que Jésus attire à lui le coeur humain d’une manière plus sensible, en tant qu'auteur de la rédemption et de la grâce. Aujourd’hui encore, n’invoquons-nous pas Jésus

Christ avec plus de facilité que les autres personnes de la Très Sainte Trinité ? |

Au quatrième siècle, alors que les alentours et les vestibules des basiliques vinrent à être remplis de sarcophages reproduisant des faits de l’histoire, les scènes de la Bible employées habituellement dans les peintures, perdirent leur style strictement funéraire, pour revêtir plutôt un caractère parfois peut-être historique, souvent même symbolique et doctrinal. Alors aussi la Sainte Trinité se trouve gravée sur les tombeaux, et un magnifique sarcophage, conservé au musée

de Latran, nous offre un exemple de cette représentation (fig. 109) (1).

Figure 108. - (Cimetière de S. Calixte) « Pax Domini et Christi cum Faustino Attico ».

Dieu le Père est assis, dans l’acte de créer l’homme, près de lui est le Fils, et derrière le siège, le Saint-Esprit. Que le Fils et le Saint-Esprit soient représentés par les deux figures qui assistent le Père dans la création, cela ressort évidemment de l'égalité parfaite des deux personnages debout avec la personne assise: chacune des trois, on peut le dire, est la copie exacte des deux autres. C’est la représentation à plus ancienne de la Trinité dans l’&rt chrétien, ex 1l est très important de noter qu’on y trouve toute la Trinité, quoique l’acte de la création y soit spécialement assigné au Père, et que l'artiste, écartant tout signe distinctif des trois Personnes, vise à traduire leur égalité, quoique dans une autre scène du même sarcophage la personne du Verbe ait le type accoutumé de jeunesse, sans barbe, et différent du type des trois personnages indiqués. Quelques auteurs protestants ont voulu y voir deux anges assistant Dieu dans l’acte de la création, mais la parfaite ressemblance des $ypes s'oppose à une semblable interprétation qui, outre qu'elle est arbitraire, créérait bien des difficultés même à un docteur protestant. Au contraire, le fait de ces trois hommes représentant la Trinité est conforme à l’Ecriture Sainte; et rappelle l’épisode de la Genèse où il est question de la fameuse vision de Mambré.

(1) Notiones, Vol. II, pars. III, p. 115 et ss.

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