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CHAPITRE III. - LA HIÉRARCHIE

Mais plus éloquente que toutes les scènes de ce genre, est celle que nous offre un sarcophage de la moitié du 1v° siècle, trouvé l’an dernier sur la vie Appienne près de la basilique de Saint Sébastien. Jésus y est représenté ayant à ses pieds le coq qui rappelle comme à l’ordinaire le triple reniement de Saint Pierre, et en même temps il tend un volume fermé devant la poitrine de l’Apôtre. Ce dernier tout en faisant de la maine droite le geste accoutumé du repentir, reçoit de la gauche le: rouleau présenté par Jésus. Ici on ne peut douter que l'artiste n’ait voulu représenter les trois moments de la vie de Saint Pierre dont il à été parlé plus haut; et le souvenir de la chute et du repentir de Pierre et la tradition du volume trouvent leur explication dans les paroles déjà citées de l'Evangile de Saint Luc: Æt tu aliquando conversus confirma fratres tuos (figure 161).

Une autre particularité &rvistique nous montre quelle supériorité sur les autres Apôtres était attribuée à Saint Pierre par les premiers chrétiens. Non moins que les Pères, les monuments rappellent partout la traditio clavium faite au seul Pierre, soit isolément, soit en présence du Collège apostolique. Les protestants auront beau répéter à satiété que le pouvoir des clefs à été donné à l'Eglise universelle, C’est à dire à tous les Apôtres indistinctement: vaines prétentions, car les monuments nous montrent constamment le contraire, et, il est bon de le répeter, leur qualité d’extériorisation de l’art et de la pensée qu'ils sont destinés à représenter, fait des monuments l'indice le plus authentique de la mentalité d’un peuple. On à dit que, répondant à Jésus-Christ par ces paroles mémorables: Tu es Christus Filius Dei vivi, Pierre parla au nom de tous les Apôtres, et que Jésus, en donnant à Simon le nom de pierre et en lui conférant Les clefs du royaume céleste a toujours entendu s'adresser à l’ensemble du collège apostolique. En réalité, abstraction faite des absurdités auxquelles expose l’altération que fait subir au sens naturel et obvie de l’Ecriture une interprétation aussi sibylline, les monuments s'opposent à cette violence faite au texte: le plus souvent en effet ils nous représentent là tradition des clefs faite à Saint Pierre isolément, ou en présence de Saint Paul, lequel pourtant n’a pas assisté à cette promesse. Si donc les artistes qui ont, de cette manière sensible et matérielle, représenté Jésus Christ tenant la promesse des clefs du ciel faite par lui à Saint Pierre, avaient pensé que ce pouvoir avait été confié à tous les Apôtres, ils auraient réalisé cette scène d’une tout autre manière; au moins, ils y auraient fait assister tous les Apôtres. Le peuple chrétien croyait done que Pierre seul avait reçu le pouvoir des clefs, et si même nous devions ne baser nos raisonnements que sur l’analogie des textes scripturaires,

il nous faudrait encore reconnaître qu'il s’agit ici d’un pouvoir exac-

tement semblable à celui qu'expriment les paroles d’Isaïe: « Et dabo

clavem domus David super humerum eius (d’Eliacin); et aperiet, et.

non erit qui elaudat; et claudet, et non erit qui aperiet » (1). D'ailleurs

dans l’Apocalypse les clefs sont précisément aussi le symbole de la

Figure 161. - (Catacombes de $. Sébastien).

dignité et du pouvoir suprême du Christ: « Haec dieit sanetus et verus.. qui habet clavem David» (2). |

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