CHAPITRE III. - LA HIÉRARCHIE
d'art, à vouloir représenter tous les traits de la vie ou de la personne de l’Apôtre communs en quelque manière, avec la personne de son divin Maître. Ainsi, parmi les bas-reliefs funéraires, deux personnages ressuscitent les morts: Jésus-Christ et Saint Pierre; Jésus-Christ très souvent, Saint Pierre plutôt rarement et selon le récit biblique de la résurrection de la veuve Tabithe opérée par l’Apôtre. A l’égal du Christ, Saint Pierre tient en mains la verge du pouvoir, est assis sur un trône, est arrêté par les soldats, mis en prison, condamné à la croix. Il existe quelques sarcophages sur lesquels la personne de Saint Pierre, comme le fait généralement celle du Sauveur, domine toute la composition; nous en avons un bel exemple dans un sarcophage de la ville de Fermo, sur lequel les scènes sont ainsi disposées (1):
Saint Pierre ressu- Caïn et Abel offrent|Saint Pierre gardé Saint Pierre tiré scite Tabithe. des dons à Dieu. | par des soldats. | de sa prison.
Nous en avons un autre exemple dans un sarcophage d’Arles (2):
Les femmes pleurant la mort de la veuve Tabithe en présence de Saint Pierre.
Prédication de Pierre Pierre conduit au supplice.
Pierre arrété par les satellites d’Hérode.
Reniement de Saint Pierre.
Pierre reçoit les clefs des mains de Jésus-Christ.
Un troisième exemple nous est fourni par un sarcophage du musée du Latran (3):
Saint Pierre conduit Saint Pierre reçoit le|Jésus-Christ traîné au supplice. volume de la Loi] devant Pilate. en présence de Saint Paul.
Pilate condamne Jésus-Christ à mort.
Jésus-Christ lave les pieds à Saint Pierre assis dans une chaire.
Il n’est pas rare de rencontrer des bas-reliefs dans lesquels, outre les miracles du Christ, on ne trouve rien en dehors du souvenir de Saint Pierre. Un sarcophage mis au jour dans les grottes Vaticanes présente les sujets suivants ainsi distribués (4):
Reniement de Saint Jésus-Christ don- Pierre. ne les clefs à Saint Pierre.
Jésus-Christ guérit Jésus-Christ assisté Jésus-Christ remet l’aveugle-né. par Saint Pierre,) la Loi à Saint guérit l’hémoroisse.| Pierre en présence
de Saint Paul.
Sur un sarcophage inédit, trouvé récemment dans le cimetière des Saints Marc et Marcellin, outre les scènes dans lesquelles Saint Pierre est le sujet principal, c’est à dire le reniement, l’arrestation et le miracle de la source, la figure de l’Apôtre apparaît dans tous les autres épisodes représentés.
La première fois que nous eûmes l’occasion d'exposer, dans une conférence publique, les résultats de nos recherches archéologiques
(1) Garrucoct, Storia dell'arte cristiana., Vol. V, 310, n. 2. MAC aerRuCOLaL ec, Vol: V, 340, n. 5.
MM AReuceL lc, Vol. V,.335, n. 3.
(HA GARRUCCI, V, 330, n. 5.
sur la primauté de Saint Pierre, un groupe d’auditeurs hétérodoxes nous opposa que, après tout, cette prééminence de Saint Pierre sur les autres Apôtres ne se découvre que sur des monuments Romains. Rien de plus contraire à la vérité: l'épisode de la veuve Tabithe, par exemple, apparaît plus souvent dans les Gaules qu'à Rome. Au reste voici un tableau topologique de la distribution des épisodes relatifs à Saint Pierre dans les bas-reliefs funéraires. Nous nous sommes servis, pour le dresser, du volume cinquième, déjà cité, de Garrucei: chacun, en conséquence, pourra en contrôler aisément la véracité.
Saint Pierre ressuscitant T'abithe.
Rome, Fermo, Arles, Châlons-sur-Saône.
Reniement et exaltation de Pierre.
Rome, Civita-Castellana, Syracuse, Arles, Paris, Narbonne, Marseille, Lyon, Madrid, Saragosse, Gênes.
Saint Pierre recevant du Seigneur la loi ou les clefs. Rome, Vérone, Ravenne, Ancône, Milan, Arles, Reims, Aix, Marseille. | Arrestation de Saint Pierre.
Rome, Pise, Milan, Fermo, Arles, Narbonne, Cahors, Clermont- Ferrand, Gerona, Barcelone, Astorga, Saragosse.
Moîise — Pierre.
Rome, Pise, Milan, Arles, Avignon, Narbonne, Marseille, Madrid, Astorga, Gerona, Saragosse.
Iei, n’en déplaise aux protestants, s'impose un parallèle entre l’Eeriture Sainte et les monuments: 1) Dans le texte sacré, comme dans les monuments, Saint Pierre est désigné comme le premier des Apôtres; plus souvent que de tout autre, il est fait mention de lui; ses prérogatives sont exprimées; il y à plus, sur les monuments, le pouvoir des clefs est représenté, non pas seulement comme promis, mais comme déjà accordé; — 2) Pierre, à l’égal du divin Maître, nous est montré persécuté, arrêté et condamné au supplice de la croix; à lui, comme au gardien de l’arche de la foi, est remis par le Seigneur le livre de la loi divine; enfin, Saint Pierre, comme Jésus-Christ, apparaît portant la croix gemmée comme un glorieux étendard et l’on peut répéter, à la suite du poète Dracontius, que Pierre est le chef qui porte l’auguste bannière de Jésus-Christ: Crucis almae signiferum et ducem (1).
(1) DracC., Carm. de Deo, III, 218.