CHAPITRE IV. - LES FINS DERNIÈRES O
Dans les inscriptions d’Agape et de Lucifera, la seule communauté de foi fait appeler frères, comme dans les documents apostoliques, tous les fidèles d’une même église. Mais après le triomphe de l'Eglise, quand le monde entier devint chrétien, les liens de fraternité entre les simples fidèles se relâchèrent. Cependant l'invitation à la prière pour les trépassés ne disparut point, et elle revêtit un caractère de
Figure 213. - Patène de Potgoritza.
suave tendresse chaque fois qu'elle fut écrite par des hommes que la vie monastique avait rendus véritablement frères du défunt. En voici un exemple trouvé en Afrique; l’auteur s’y montre persuadé que les prières et les gémissements des frères ont obtenu au défunt l’admission aux joies éternelles: «..... Il à laissé à ses frères une grande douleur. est allé vers Dieu avec tous les signes du chrétien; chacun à gémi sur Sa mort 66 à prié pour lui, afin qu'il eut part à la miséricorde du Christ dans les tabernacles des justes » (année 796) (1).
(1) D. CaBroOr, Dictionn. d’arch. chrét. et de liturg., fase. XV, col 1054.
Or, c’est bien là la foi enseignée et pratiquée aujourd’hui par l'Eglise au sujet des suffrages à offrir pour les âmes du purgatoire. Et l’on re peut dire que cette foi n’était pas, dans les premiers temps, la foi même de l'Eglise, meis seulement là croyance des gens simples et superstitieux; l'inscription d’Agape suffirait à détruire une prévention aussi fausse. D'ailleurs nombreux sont les exemples de semblables épitaphes qui ont été mis au jour et dans lesquels il apparaît que c’est bien là là doctrine de l'Eglise primitive sur ce point; aussi, pour ne pas être trop long, je me bornerai à attirer l'attention du lecteur sur les inscriptions d’Aberceius et de Pectorius déjà rapportées. Dans la première, après avoir rappelé en langage secret des mystères ineffables,
le défunt recommande à celui qui eomprend ces choses et y croit, de prier pour Abercius:
Haec qui intelligit, quique eadem sentit oret pro Abercio.
Nul ne penser que l’évêque, après avoir vécu plus de soixante-dix ans dans le 11° siècle, ait cru à une pratique superstitieuse, alors qu'il demandait à ses frères dans la foi de prier pour son âme.
L'inscription de Pectorius est rédigée avec une délicatesse si pieuse et si affectueuse qu'elle constitue un modèle du genre. En voici la dernière partie:
"TyOÛt y6 prac) Gox, Athaiw, déoTroTa, oüTnp: EG ebdor u'h Tne, 6e Auracoue, ç&c Oavovrov.
"Aoydvde (Tér ep, Touû xe ya piouéve Duc, dv ui nrot YAvxeo] ua ddéAGEL) oiouv Émotouv, "L(X66oc eiphvn ceo) uvhoeo [lexropiovo.
Rassasie donc avec l’Ichthys, je t’en supplie, 6 Seigneur, Ô Sauveur: Que ma mère repose bien, je t’en prie, o lumière des défunts. Aschandius, mon père,
cher à mon cœur, dors, avec ma très douce mère (?) et mes frères, dans la paix du Seigneur, et souviens-toi de ton Pectorius (Gaule).
Les survivants, enfin, ne se recommandaient pas seulement, eux et les personnes qui leur étaient chères, aux prières des saints; ils se recommandaient aussi à ceux des défunts, que leurs vertus ou leur âge faisaient déjà considérer en possession de la félicité éternelle en la compagnie des saints, et que l’on jugeait par conséquent capables d’intercéder, comme ceux-ci, en faveur des vivants:
ANATOLIUS FILIO BENEMERENTI FECIT QVUI VIXIT ANNIS VII MENSIS VII DIE BVS XX ISPIRITVS TVVS BENE REQVIES CAT IN DEO PETAS PRO SORORE TVA