CHAPITRE IV. - LES FINS DEINIÈRES
nérées. Ainsi le pape Marcellin voulut être déposé auprès du corps de Saint Crescention: iuxta corpus sancti Crescentionis, et les inscriptions qui nous révèlent cette dévotion ne sont pas rares. En voici les formules usitées à Rome:
Ad domnum Gaiïum, c'est à dire près de la tombe du pape Caius, ad sanctum Cornelium, ad domnum Laurentium, ad sanctam Felicitatem, at Ippolitu (sic), dominu Castulu iscala, ad sanctum Petrum, ad Crescenhionem martyrem in introitu, ante domna Emerita, intra limina Sanctorum, in crypta noba retro sanctos.
Figure 212. - Vibas in pace et pete pro nobis.
Hors de Rome, on trouve, entre autres, les formules suivantes:
Supra sancti corporis ossa, ad sanctos, ad laevam martyris, meruit sanctorum sociari sepulcris, ante pedes Martini, ad Medianus martyres (1), ad domnum Sinerotem ad dexteram.
Fameuses sont, à ce propos, les épigrammes composées par Saint Grégoire de Nazianze; en voici un exemple:
L'âme de Nonna s’est envolée vers le ciel et nous apportons son corps dans le voisinage des martyrs. Daignez, Ô Martyrs, agréer cette illustre offrande, ce corps exténué et associé à votre sang.
Au reste le tombeau du martyr fut souvent l’origine du cimetière chrétien, précisement par le fait de l’agglomération des tombes autour de lui. Bien plus, dans cette dévotion, on alla parfois trop loin, jusqu'à par exemple mettre à côté des martyrs les corps des nouveaux-nés, comme si ceux-ci fussent susceptibles d’un accroissement de gloire; aussi trouve-t’on dans les inscriptions sépulcrales elles-mêmes la satire et la condamnation de ces superstitieux abus.
Passons maintenant à un autre genre d'inscription.
(1) On peut en voir un grand nombre dans le Dictionnaire de D. CABROL, art. Ad Sanctos.
Une inscription du 11° siècle, trouvée dans le cimetière de Priscille et dont nous avons déjà donné le texte, nous fournit un exemple de défunte demandant une prière à ses frères dans la foi, habitués à se réunir dans ce cimetière:
VOS . PRECOR . O . FRATRES . ORARE . HVC . QVANDO . VENITIS
ET . PRECIBVS . TOTIS . PATREM . NATVMQ . ROGATIS
SIT . VESTRAE . MENTIS . AGAPES . CARAE . MEMINISSE
VT . DEVS . OMNIPOTENS . AGAPEN . IN . SAEOVLA . SERVET
Cette inscription nous fait pour ainsi dire assister à une réunion de fidèles près des tombes des martyrs et de leurs chers défunts; il nous semble entendre la voix de la chère Agape s'échapper de l’un de ces loculi, faire entendre sa suave supplication, ef implorer le pieux souvenir des frères réunis en prière.
L'usage de faire parler le défunt dans son épitaphe, est propre à l’épigraphie ancienne; les chrétiens l’adoptèrent eux aussi, non $seulement à Rome, mais en Orient, dans les Gaules et en Afrique. Les plus originales de ces épitaphes sont assurément celles d'Egypte rédigées en langue copte: les défunts ou les survivants y font sentir fortement toute l’horreur qu'ils ont de la mort, ét dans leurs réflexions ou douloureuses remontrances ne manque presque jamais un appel aux chers vivants, afin que ceux-ci offrent leurs suffrages pour les âmes des morts. Ainsi sur une stèle provenant de Kios et se trouvant actuellement au musée Britannique, le défunt dit entre autres: «O imes chers, souvenez-vous de moi afin que Dieu me pardonne ».
Dans une autre inscription conservée au Musée National de Paris, une jeune fille, morte à l’église pendant que ses compagnes portaient leur offrande à l’autel, parle ainsi: (Jeunez tous, afin que Dieu (use de miséricorde) envers mon âme» (1).
Une inscription romaine du Musée du Latran parle le même tendre langage qu'employait Agape, mais ici c’est le mari survivant qui recommande aux fidèles l’âme de sa chère épouse défunte:
Lucifere . coniugi . dulcissime . omnem . dulcitudinem . cum . luctum . Maxime . marito . reliquisset . meruit . titulum . inscribi . ut . quisque . de . fratribus . legerit . roget . Deu . ut . sancto . et . innocenti . spirito . ad. Deum . suscipiatur.
A Lucifera (très douce) épouse de toute suavité. Ayant abandonné dans le deuil son mari Maximus, elle mérita que fut gravé ce titre, afin que tout frère qui le lira, prie Dieu de recevoir près de Lui son âme sainte et innocente (figure 210).
(1) E. RévizLourT, dans Mélanges d'archéol. égyptienne, p. 168.