CHAPITRE IV. - LES FINS DERNIÈRES SD
on peut également y reconnaître une allusion à la prière: Libera, Domine, animam servi tui, sicut liberasti Isaac de hostia et de manu patris sui Abraham. Tout autour se trouve une série de sujets bibliques, disposés en partie comme dans là prière récitée pour les mouranës; en d’autres termes, trois de ces sujets se sucsèdent dans le même oxrdre, tant dans la prière que sur la patène.
Exemple:
PBRICREDEZL'Ordo. INSCRIPTIONS DE LA patène.
Libera, Domine, animam servi tui, Dañiel au milieu des lions : sieut liberasti Danielem de lacu leonum. DANIEL DE LACO R). Amen. LEONIS
Laibera, Domine, animam servi tui, sicut liberasti tres pueros de camino ignis ardentis, et de manu regis
Les trois jeunes gens dans la fournaise :
TRIS (tres) PVERI DE EGNE
ie v MAS (igne) CAMIni Libera, Domine, animam servi tui, Susanne et les veillards : sicut liberasti Susannam de falso SVSANNA crimine. DE FALSO CRI R). Amen. MINE
Or qui ne voit qu'une telle coïncidence ne peut être fortuite, et,
en outre, que l'inscription de chaque sujet est une formule déprécatoire identique à celle de la prière liturgique citée ? A plus forte raison doit-on croire que sur les tombeaux les mêmes scènes ont été inspirées par la liturgie funéraire et que l’on peut y voir, en même temps qu’une décoration souverainement convenable, une invitation à prier pour les défunts.
Les cycles de scènes bibliques sur les tombes étaient done comme un écho de la prière pour les morts, écho fixé par les artistes, matérialisé par les couleurs sur les parois, des catacombes; aussi, après avoir saisi de la sorte le caractère des peintures funéraires, on ne peut voir celles-ci sans sentir naître spontanément le désir de reconstituer la pensée liturgique qui les à inspirées.
Mettons-nous, par exemple, en face de la figure de Jonas, rejeté: par le monstre marin sur le rivage (figure 214). Non moins que celle de Daniel l’histoire de Jonas était rappelée dans les prières liturgiques, afin d'obtenir de Dieu qu'il délivrât l’âme de la mort éternelle. « Exaudi me orantem, lisons-nous dans une oraison du IrI° siècle, sicut exaudisti Jonam de ventre ceti, sic exaudias me et elicias me de morte ad vitam ». Et une prière des Constitutions apostoliques s'exprime ainsi: «Qui Ionam viventem ac illaesum tertio die eduxit e ventre ceti is non carebit viribus ad suscitandum nos quoque». Dans un Ordo
commendationis animae rapporté par Martène on trouve cette oraison: «Libera eam, Domine, sicut liberare dignatus es. Ionam de ventre ceti». Comment pourrait ne pas sauter aux yeux la correspondance de ces idées avec la peinture de Cagliari reproduite dans la figure 214 ? Le défunt était un fidèle, un agneau reçu dans le vaisseau de l'Eglise, ce vaisseau du haut duquel les Apôtres jettent le filet de la parole divine. IL meurt et est délivré par la puissance divine de la dent du dragon infernal, comme Jonas est délivré du ventre du monstre; il
Figure 215. - (Catacombe de Cagliari - dètail de la fig. 214).
est admis au rafraîchissement et porté sur les épaules du Bon Pasteur dans le troupeau des élus. Notons en outre que la scène de Jonas et la prière y relative ressemble à celle de Daniel, en tant qu'il s'agissait de délivrer le prophète de la morsure d’une bête féroce, laquelle, sur les épitaphes comme dans les prières, était la figure de Satan et de la mort éternelle. Ainsi, une épitaphe trouvée à Rome porte: « Domine, nequando adumbretur spiritus Veneris ». Seigneur, faites que l'âme de Vénus ne soit pas enveloppée par les ombres de la mort (fig. 217). Et cela répond au concept répété tant de fois et sous des formes si diverses dans la liturgie des morts: «Ne quando rapiat ut leo animam meam... Libera eas (animas fidelium) de ore leonis.. ne cadant in obscurum. Domine, libera animas omnium fidelium defunctorum de poenis inferni et de profundo lacu: libera eas de ore leonis ne absorbeat eas tartarus ».
Or, pour éclairer et démontrer le lien qui unit les prières et les monuments, voici un exemple frappant de ceïte concordance entre la prière suivant et là figure 216: |