CHAPITRE IV. - LES FINS DERNIÈRES
Conformément à l’inscription, wx seul des deux anonymes — et nous touchons ici l'erreur capitale des interprètes — est recommandé au divin Juge, celui qui se trouve à la droite de qui regarde. Je dis: Juge, car la scène offre tous les éléments d’un jugement particulier: nous avons le défunt « pécheur », auquel on souhaite la « compagnie des saints » et le « repos éternel »; nous avons les saints avocats qui recommandent leur client, et le Christ, le «juste Juge » dans l’acte de prononcer la sentence et faisant, de la main droite, un des gestes classiques des personnages qui parlent. La sentence ne peut être que favo-
Figure 223. - Cimetière de Domitille.
rable, parce que le défunt est placé sous la protection de deux giands saints: St. André, patron de la Grèce, et St. Clément, pape, mort en exil pour la foi. Ce dernier devrait avoir pour le défunt une prédilection et un amour spécial, car il le recommande avec une grande insistance: il semble énumérer ses mérites et ses titres à la «couronne » promise par le Juge, et accompagne ses propres paroles d’un beau geste de la main droite dirigée vers son client. L’archange Gabriel lui aussi, un des membres de la garde céleste du Christ, s’est. mis du côté du défunt, qu'il presse familièrement contre lui de la main droite, comme pour le protéger. Saint Michel, son vis-à-vis, se tient dans l'attitude accoutumée des «angeli stupentes », pour employer l'expression antique. Saint André, son rouleau dans la main gauche, écoute attentivement la sentence prononcée par le Juge. Le défunt enfin se tient debout, et non à genoux, comme le montre la copie publiée; il est vêtu d’une tunique blanche, et d’une penula ou chasuble châtain foncé, porte dans sa main gauche, comme saint Clément, le livre orné de pierreries, et de la main droite ouverte et baissée fait le geste qui correspond bien aux paroles: « Bonum certamen certavi», etc., mises au commencement de son inscription funéraire (1).
(1) WiLPperT, Le pitture della chiesa primitiva di S. Clemente, pagg. 32-34.
Le personnage qui porte le calice, ne peut être autre que Méthode, le frère de Cyrille, lequel, sans doute, fit exécuter l'inscription dictée par son frère même, car il n’est pas possible que, dans une inscription publique et solennelle, on donnât la qualification de péckeur, à celui qui avait été un apôtre fidèle et zélé de la parole divine. Quand il mourut en 869, Méthode avait été ordonné prêtre depuis quelques mois seulement. Aïnsi «se prévalant de l’antique principe, selon lequel on réunissait en un seul tableau des figures et des actions séparées entre elles par le temps et l’espace, l’artiste représenta Méthode, non point comme un acteur direct dans la scène du jugement, mais comme quelqu'un qui n’y prend qu'une part indirecte, et vient au secours de son frère
Figure 224. - Catacombes de Syracuse.
par le suffrage de ses prières, du sacrifice eucharistique surtout, en vue duquel, dans l’attitude d’un suppliant, 1l offre le calice dans ses mains respectueusement voilées d’une nappe blancke (1). |
Mais la représentation la plus expressive de cé concept dans l’art ancien est une peinture du cimetière de Commodille, 2ttribuée au v° siècle (figure 228). On y voit l’âme d’une défunte appelée Tortore, et présentée par les martyrs locaux Félix et Adauctus: l’un d’eux, en effet, pose avec bienveillance une mein sur l'épaule de 1a défunte, comme le feit, dans la figure précédente, l’archange Gabriel à l'égard de $. Cyrille. Mais au lieu du Christ adulte, siégeant m2ejestueusement sur un trône, on voit ici le Christ enfant sur les genoux de sa Mère, comme sur un trône de miséricorde. Il est regrettable que l'artiste ne se soit pas gardé du défaut qui dominera dans la suite, en faisant poser ses personnages et en fixant leurs regards sur la personne du
(1) WILPERT, loc. cit., pag. 36.