CHAPITRE IV. - LES FINS DERNIÈRES
encore une erreur, et nous croyons inutile de dépenser des arguments pour la réfuter; il suffit pour cela de rappeler ce que nous avons dit du banquet céleste, de l’Agape et de la joie des célestes demeures. Remarquons seulement que l’image du banquet, figurant les joies
Figure 251. - L'introduction au paradis.
du Paradis et non des jouissances sensibles, n’est pas une création des premiers chrétiens ; ellé est d'origine scripturaire; elle à été recueillie sur les lèvres du Sauveur, qui l’appliqua non seulement aux Apôtres (dans le texte de Saint Luc cité plus haut), mais encore à tous les fidèles «qui viendraient de l'Orient et de l'Occident pour s'asseoir au festin dans le royaume de Dieu » (1). La phrase recumbent
Figure 252. - Raptus eterne donvus.
in regno Dei a bien ce sens, car le grec porte: &vaxAbñcovra, ce qui veut dire se coucher sur les lits des repas.
Sans insister sur les nombreux textes liturgiques qui expriment par l’image du banquet le bonheur céleste, nous avons donc le droit de conclure que cette inscription, peut-être la plus ancienne de la Bithynie, malgré son ton ampoulé et le caractère présomptueux de son auteur, peut être considérée comme un témoignage en faveur de la rétribution immédiate.
Luc, XXII, 29 seq.
Trouverait-on des témoignages discordants, qu'il n’y aurait pas lieu de s’en étonner, puisque les Pères ne sont pas toujours d'accord sur ce point, et que les différentes opinions ont dû avoir leur écho dans le peuple chrétien. Mais si l’on considère le nombre restreint des formules que l’on peut nous opposer, en face de la masse de témoignages favorables à la doctrine plus tard définie par l’Église, il est permis d'affirmer que cette doctrine à été presque universellement admise par les chrétiens.
Enfin les innombrables inscriptions recueillies dans toutes les parties du monde chrétien nous permettent d'avancer une autre conclusion: c’est qu'à Rome spécialement, la doctrine de la rétribution immédiate domina nettement et fut admise non seulement par le peuple, mais encore par le Siège apostolique. L'inscription du diacre Severus re-
Figurs 253. - Saints au paradis.
présente sans aucun doute la pensée même de l’autorité ecclésiastique romaine. On peut dire la même chose à meilleur droit encore des poèmes damasiens. Ce saint et savant pontife n’hésitait pas à emprunter des expressions et des phrases aux auteurs profanes, à Virgile particulierement; mais il n’'employa jamais un mot qui laissât un doute sur la nature de la récompense méritée par les martyrs ou par les personnes chères dont il ornaïit et chantait la sépulture. Voici quelques vers et l’on pourrait facilement en citer de semblables:
1. Quam sibi cum raperet melior tune regia coeli (10-11) (1). 2. Sublimes animas rapuit sibi regia coeli (12-3).