CHAPITRE IV. - LES FINS DERNIÈRES
enant aux fidèles le chant des Psaumes et la lecture des Saints Livres. Dormant maintenant dans le lieu saint sous l'égide du Christ sans tache, il est allé demander au prince de l'être, la vie et une place aux joyeux banquets de la de-
meure céleste; après avoir accompli sur la terre 16 ans sans reproche, il attend maintenant la gloire sans ombre.
Figure 245. - Arcosole du cimetière de S. Calixte
On ne peut nier que cette inscription rappelle quelque peu le langage symbolique de celle d’Abercius; le concept du «troupeau du Dieu Très Haut » et du « Christ sans tache » répond à celui du Pasteur chaste qui paît son troupeau par les monts et les plaines. Mais bien que ce langage, pour cette raison, puisse paraitre obscur, une chose reste évidente: la distinction entre le défunt qui dort dans le lieu saint, ce qui s'entend du corps, et le défunt qui est allé demander la vie et sa
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Figure 249. - Marbre du cimetière de S. Damase.
place au céleste banquet de la demeure céleste, ce qui ne peut $’appliquer qu'à l’âme, dès lors qu’il ne s’agit que d’un seul et unique défunt. Ce langage n’a rien d’étrange et aujourd’hui encore nous l’employons, avec la liturgie. Ceux qui, selon la phrase de Saint Paul, dorment dans le Christ, dans le sommeil de la paix, dit la liturgie romaine, sont les mêmes dont les âmes se trouvent déjà au Paradis ou au Purgatoire. Si l’on n’admet pas la distinction que nous proposons,
nous nous trouvons en présence d’une contradiction et dans la nécessité d'admettre que l'expression de Saint Paul et celle de la liturgie latine (qui a des parallèles dans les liturgies orientales) sont inexactes ou même erronées. Mais le sens de ce langage est parfaitement expliqué soit par l’Apôtre soit par l’Église dans ses prières; nous l'avons retrouvé dans d’autres épitaphes, particulièrement dans celle de Sévérien qu’il ne sera pas inutile de rappeler ici:
DVLCIS ET INNOCENS HIC DORMIT kR SEVERIANVYS IN SOMNO PACIS....CVIVS SPIRITVS IN LVCE DOMINI SVSCEPTVS EST
Dans notre inscription, il n’y a done pas l’ombre même de la doctrine de l’attente; elle exprime simplement la séparation de l’âme d’avec
Figure 250. - La parabole des vierges sages (Afrique).
le corps, celui-ci reposant dans un lieu saint, c’est-à-dire dans l'Église, celle-là qui est allée demander la récompense de ses mérites. Pour y voir une trace de la doctrine de l’attente, il faudrait, comme l’a fait quelqu'un, unir le douzième vers aux deux derniers, en supprimant les intermédiaires: Dormant dans le lieu saint... il attend la gloire sans ombre. Encore est-il qu’une telle lecture, contraire aux règles les plus élémentaires d'interprétation des inscriptions, n’imposerait pas même le sens hétérodoxe: il n’y à aucune erreur à dire que les fidèles défunts attendent dans leur sépulcre l’annonce de la résurrection, car l’usage courant est de parler de la dépouille mortelle comme si elle représentait l'homme tout entier. Il y a plus, en même temps que l’on attribuait à l’auteur de notre inscription une opinion qu'il n’exprime pas, on veut trouver dans l’allusion aux joyeux banquets auxquels s’assiéra le défunt la marque du plus ancien millénarisme (1). C’est
(1) II s'agirait du millénarisme de Cérinthe; d’après qui les saints, pendant le règne de mille ans après la fin du monde, jouiraient de plaisirs sensibles.