CHAPITRE IV. - L'EPIGRAPHIE ET L'ART
à des indices tirés du style, de la forme des lettres, de la qualité des noms, des symboles et de la pureté de langage (1).
Avant la formation du style épigraphique, les chrétiens se servirent du formulaire elassique,ou n’employèrent que les noms (2). Des souhaits y furent bientôt ajoutés: vivas in Deo, in Christo, in pace; pete pro nobis, pro sorore, pro parentibus; refrigera, in refrigerio, Deus tibi refrigeret.
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Figure 37. - Différentes formes du monogramme et de croix trouvées dans les Catacombes.
Parfois, l’on y exprima aussi le jour de la déposition, quelques louanges du défunt, tels que les mots anima dulcis, et même les noms de ceux qui avaient préparé le tombeau. Or, on peut tenir en général pour certain que les inscriptions n'ayant que les noms ou quelques appellatifs appartiennent au 1° et au 11° siècles; celles avec des souhaits ou des formules affectueuses remontent au II° et au II1° siècles; et enfin, celles avec l'indication de la dépositioa sont du 111 et du 1V°. Les éloges sont fréquents au IV° et v° siècles; ils sont pompeux et tout à fait différents de ceux qui leur sont antérieurs à partir de la paix de Constantin. En voici des exemples: Mirae bonitatis atque Sanctitatis, mirae innocentiae ac sapientiae, Macedoniano filio dulcissimo super omnem dulcitudinem filiorum dulcior.
On tire des noms un autre ceritérium chronologique. Au premier siècle et au commencement du deuxième, nous rencontrons les trois noms, le prœænomen, le gentilitium, et le cognomen, tels que L. CLODIUS CRESCENS. Puis, le prénom devient rare, et, au III° siècle, il disparaît
(1) Notiones, Vol. II, pars 1, p. 43 et suiv.
(2) Il faut remarquer au 11e siècle l’usage peu fréquent d'inscriptions en vers exprimant tantôt le plus mystique des symbolismes, tantôt les plus nobles affections et les plus belles pensées.
presque complètement: après la moitié du 1V°, l’on ne trouve plus que le cognomen sur les tombeaux. Au premier siècle et au deuxième, des noms tels que Servilia, Claudius, Cocceia, Marius, ete., rappellent les anciennes gentes: puis commencent les noms héllénisants portés par des étrangers, des affranchis, ou des esclaves; les noms de gentes allongés par la terminaison anus: Cœcilianus, Apronianus, ete.; d’autres se terminant en antius, entius, ontius, osus: Amantius, Vincentius, Leontius, Berosus ; et enfin d’autres d’une origine purement chrétienne : Deusdedit, Adeodatus, Quodvultdeus, Anastasius, Pascasius, Martyrius, Refrigerius, ete. On trouve aussi, au IV° siècle, des noms dérivés de quelques matières abjéctes ou méprisables, noms que les chrétiens
Figure 38. - Graffiti du cimetière de S+-Calixte.
prenaient par humilité au moment de leur baptême: Stercorius, Proiecta, Proiecticius, Fimus, Discolus, Babosa et autres.
La forme des lettres est aussi, la plupart du temps, un indice chronologique précieux: et l’on peut établir comme règle générale que les plus belles inscriptions sont aussi les plus anciennes: cette règle sert aussi pour les inscriptions païennes des temps de l’empire.
Enfin, quelques symboles ont aussi une certaine valeur chronologique, car il est certain qu'au 1V° sièele le symbole du poisson n’apparaît plus dans les inscriptions romaines, et il diminue partout peu à peu excepté en Lycaonie et dans la province de Macédoine (1).
Le bon Pasteur est également rare dans les inscriptions du 1v° siècle, ainsi que l’arbre; à l’époque constantinienne commence à paraître le monogramme %, qui signifie Christos, et les lettres apocalyptiques A et Q; il y en à pourtant quelques exemples, quoique fort rares, avant la paix de l'Eglise.
Les inscriptions sont appelées épitaphes lorsqu'elles sont composées pour la sépulture des défunts et placées ensuite sur leurs tombeaux, le
(1) A vrai dire, en Lycaonie, le symbole du poisson a sur les tombeaux un caractère décoratif des plus prononcés.