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CHAPITRE II

Origine des monuments chrétiens.

ARTICLE I. — L'idée de la sépulture chrétienne (1).

La plus grande partie des matériaux archéologiques que nous nous proposons de décrire et d'illustrer nous est fournie par les cimetières chrétiens, dont quelques-uns remontent jusqu’au premier siècle, et en dehors desquels on n’a presque rien retrouvé, malgré les louanges de certains archéologues qui s'occupent presque exclusivement de l'Orient, pour l'antiquité de quelques restes qui auraient appartenu, disent-ils, à des églises chrétiennes antérieures à la paix de Constantin. Les monuments qui, au point de vue chronologique, se présentent les premiers à notre étude sont les cimetières romains.

La sépulture chrétienne fut, dès l’origine, un acte religieux. Les Pères de l'Église, en particulier Tertullien et S. Cyprien, attestent que les chrétiens primitifs considéraient l’ensevelissement des morts comme un devoir cher et désirable et qu'ils redoutaient les châtiments divins s'ils ne l’avaient pas rempli (2). On institua dans ce but le tronc des aumônes, et l’on se croyait permis de vendre jusqu'aux vases sacrés employés au service de l’autel pour pouvoir ensevelir les morts (3).

On comprend par là que les tombeaux chrétiens étaient absolument séparés de ceux des païens, et que, même au début du christianisme, un chrétien ne fut jamais enseveli dans un hypogée ou un monument non chrétien. Les monuments, les documents et les faits que la tradition nous à transmis sont tous d'accord sur ce point, sur lequel on n’a pu trouver jusqu'ici qu'une seule exception, dans un cimetière

(1) Notiones, Vol. I, pars I, pag. 216 et seq.

(2) TERTULLIEN, Apologet., 36; S. CYPRIEN, Epist. IT, dans l'édition Baluze: dans les autres éditions, aussi III et IV.

(3) $. AMBROISE, De officiis, Liv. II, 142.

d'Afrique (1); les païens accomplissaient d’ailleurs sur leurs tombeaux des cérémonies qui, soit par elles-mêmes, soit par les actes qui les accompagnaient, ne convenaient nullement à des sépultures chrétiennes. Nous ne savons pas Si l'Église obligeait les fidèles à ensevelir leurs morts dans un lieu de sépulture commune, mais il certain qu'elle dut défendre la promiscuité des tombeaux chrétiens et païens et punir sévèrement ceux qui désobéissaient à cette loi. :

Il est donc clair que les apôtres durent instituer le cimetière en même temps que l’église et l’école. On pouvait se réunir pour l'enseignement

Figure 1. - Tombeaux creusés dans le rocher en Syrie et dans l’Asie Mineure.

dans tout endroit où l’on ne craignait pas d’être surpris, surtout dans les oratoires: et ces derniers, à Rome comme ailleurs, paraissent avoir été établis dans les maisons mêmes des patriciens qui s'étaient convertis au christianisme; mais nous reviendrons sur ce point.

Quant au cimetière, la littérature des tout premiers âges ne fait aucune allusion à des groupements de tombeaux; mais des traditions fort anciennes nous parlent d’un cimetière aux eaux de S. Pierre, à la fontaine de $S. Pierre, au siège où $S. Pierre résida le premier; d’un cimetière, en un mot, que les actes du pape Libère appellent Ostrien, où l’apôtre Pierre baptisait.

En Asie, les tombes chrétiennes étaient généralement des hypogées de famille, creusés dans le rocher et fort ressemblants aux tombeaux

(1) Monsieur Joseph Botti en fit l’objet d’une intéressante communication au Congrès d'archéologie chrétienne de Rome, en 1900.

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