LES PLUS ANCIENS MONUMENTS DE LA CIVILISATION EN ITALIE
MicALi : l'Italie avant la domination des Romains, traduit de l'italien par Raoul Rochette, 4 voL Paris, 1824. — Abeken : Mittel - Italien yor den Z eit en r omis cher Herrschaft, Stuttgart, 1843. — MoMMSEN : Histoire romaine, t. I®'. — Vannucci : Storia delV Italia antica, 2 voL Milan, 1873.
L'Italie a vu passer sur son territoire un grand nombre de populations diverses, dont la plupart n^ont laissé dans Phistoire qu'un vague souvenir. Les traditions de Tantiquité nous ont conservé beaucoup de noms. On nous parle des Aborigènes, des Ligures, des Ausoniens, des Japyges, des Sicules, des Œno-
triens, des Ombriens, des Italiotes, des Pélasges, des Etrusques, etc. Mais à quelles peuplades ces noms s^appliquaient-ils ? En quoi ces peuplades se distinguaient-elles les unes des autres ? A quelles races appartenaient-elles ? D^où venaient-elles ? Dans quel ordre se sont-elles succédé ? Dans quelle mesure se sont-elles mélangées ? Autant de questions auxquelles la science n^a pas encore répondu.
Les théories pourtant n'ont pas manqué, et toutes plus ingénieuses les unes que les autres. Mais cette dépense de sagacité et -d'imagination n'a abouti qu'à des solutions à peine vraisemblables, souvent fantastiques.
C'est ainsi que les Étrusques, dont l'origine est encore inconnue, ont été successivement rattachés à toutes les races et à tous les pays. On en a fait des Italiens indigènes, des Slaves, des Basques, des Celtes, des Ghananéens, des Arméniens, des Egyptiens, des Tartares, etc. Tel a soutenu avec Hérodote que c'étaient des Pélasges-Tyrrhéniens partis des côtes de la Lydie et arrivés par mer en Italie. Tel autre, avec Denys d'Halicarnasse, a prétendu reconnaître en eux une tribu issue des Alpes Rhétiques. Cependant nul n'a réussi à percer les brouillards où se perd le passé de ce peuple énigmatique. On n'en sait guère davantage sur lès autres populations qui se sont partagé avec eux le sol de l'Italie.
On ne peut qu'indiquer les grandes voies qu'elles ont suivies pour y arriver. Ces grandes voies ne sont pas arbitrairement choisies : elles sont déterminées par les conditions géographiques de la Péninsule.
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L'une d'elles s'ouvre au Nord. Les vallées qui débouchent des Alpes dans les plaines lombardes ont jeté de tout temps sur l'Italie des bandes d'envahisseurs, et l'histoire, aussi bien des siècles modernes et du moyen âge que de l'antiquité, nous répond de ce qui dut se passer à l'époque préhistorique. Quand se produisit la grande diffusion des races aryennes à travers l'Europe, le flot de cette inondation humaine, en se répandant du Gaiicase à l'Océan, déborda sur l'Italie en même temps que sur la Grèce: on sait la parenté des Italiotes et des Hellènes. Les immigrants, aussitôt descendus des montagnes, se propageaient dans la région du Pô; puis, sous l'effort d'une poussée lente et continue, chassés par des migrations nouvelles qui avaient suivi la même route, ils s'avançaient de proche en proche vers l'Apennin, le franchissaient, pour s'étendre ensuite jusqu'à la mer Tyrrhénienne. Dans ses lignes générales, cette marche fut celle de toutes les invasioms du Nord.
Une autre voie était ouverte aux migrations, celle de la mer. Les terres de l'Italie se prolongent si avant dans la Méditerranée qu'elles ne pouvaient pas ne pas être rencontrées par les premiers vaisseaux qui s'égarèrent dans la mer Ionienne. De bonne heure les marins de la Phénicie et de l'Archipel connurent le chemin de ces côtes où le vent les avait d'abord poussés, où les attirait ensuite l'appât du gain. Ils allaient au fond de l'Adriatique, aux bouches du Pô, chercher 'l'ambre de la Baltique et l'étain des Iles Britanniques que les caravanes y apportaient. Ils allaient de baie en baie, colportant les marchandises de leur pays et faisant
lo ARCHÉOLOGIE ETRUSQUE ET ROMAINE.
toutes sortes d^échanges. Il faut se les représenter comme ces Phéniciens dont parle Hérodote au début de son histoire: ils arrivaient, débarquaient leur cargaison et Pétalaient sur le sable pour Poffrir comme en un bazar aux convoitises des indigènes. Puis, les affaires terminées, on remontait dans les navires. Mais comme en ces temps-là il était rare qu'on ne fût pas quelque peu pirate, nos honnêtes marchands embarquaient souvent avec le reste de leur bagage quelque femme attardée, qui devenait une marchandise et se vendait plus loin comme esclave.
Parmi ces marins beaucoup ne faisaient que passer. Mais quelques-uns restaient, fondaient des espèces de comptoirs, qui, à force d'attirer des nouveaux venus, finissaient par devenir de petites colonies. La vieille légende d'Enée abordant à Tembouchure du Tibre, les récits fabuleux d'Hérodote sur le passage des Lydiens en Italie, le mythe de Gircé retenant les Grecs par ses charmes et leur versant Poubli de la patrie ^ les traditions sur la fondation de Cumes au xi^ siècle, la fondation de Carthage au ix^ et plus tard le développement prodigieux des colonies grecques en Sicile et dans ce qui fut appelé la Grande Grèce, tout cela atteste assez la persistance séculaire d'un courant de migrations maritimes vers rOccident et les rivages italiques.
Ainsi, durant de longs siècles qui n'ont pas d'histoire, l'Italie ne cessa de s'enrichir de populations venues de toutes parts, par terre et par mer. Qu'advint-il de la ren-
I La légende plaçait le séjour de Circé dans une île voisine des côtes italiques.
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contre de tant d^éléments divers, étrangers et indigènes? Tantôt les premiers occupants firent place aux immigrants; tantôt, grâce à des circonstances favorables, la fusion s^opéra entre les races juxtaposées, et du contact des mœurs, des usages, des industries naquit un peuple nouveau.
S'il ne subsiste de toutes ces populations qu'un souvenir lointain et confus, le sol italien porte encore quelques marques de leur passage ou de leur séjour.
Les villages qu'elles habitaient n'ont pas toujours disparu sans laisser de traces. En maint endroit, leurs morts sont encore là, à la place où on les avait ensevelis et avec eux une partie des objets qu'un pieux usage enfermait dans la tombe. Tout cela est aujourd'hui recherché avec soin, recueilli, conservé. Les découvertes se multiplient tous les jours. Malheureusement il reste toujours difficile de déterminer à qui, entre tant de peuplades diverses, doivent être attribués les débris retrouvés. Est-ce aux Ligures ou aux Ombriens? aux Pélasges ou aux Etrusques? Une répartition de ce genre est encore trop incertaine pour que nous songions à l'entreprendre ici. Bornons-nous à nous orienter un peu au milieu des monuments qui représentent pour nous les plus anciennes étapes de la civilisation italique. Pour cela nous aurons à distinguer quelques groupes d'un caractère bien défini.