‹ Manuel d'archeologie etrusque et romaineChapitre 35 sur 110 · II. BRONZES · texte numérisé non relu

II. BRONZES

Vermiglioli : Saggio di bron:{i etruschi trovati neW agro preugino. i8i3.

On a pu voir par les découvertes de Villanova et le dépôt du fondeur de Bologne , quel parti les plus anciennes populations de l'Italie avaient su tirer du bronze. La tradition se continua dans les siècles postérieurs, mais en se modifiant sous Pinfluence du style asiatique d'abord, puis du style hellénique. La prospérité de l'industrie étrusque du bronze est attestée par ce fait qu'au temps de Périclès ses produits étaient recherchés en Attique, principalement ses lampes et ses plats. Au iii« siècle, elle en exportait au delà des Alpes, en Gaule et dans la région du Danube. A la prise de Volsinies, en 280, les Romains trouvèrent à emporter 2,000 statues de bronze. En 2o5 av. J.-C., lorsque Scipion prépara son expédition contre Carthage, la seule ville d'Arretium put lui fournir en quinze jours 3o,ooo boucliers, 5o,ooo javelots et tout l'attirail nécessaire pour armer en guerre une flotte de 40 navires.

Il nous reste un grand nombre de bronzes étrusques. Les uns sont de petites idoles, des images populaires de Lares et de Pénates, et des figurines votives. D'autres sont des ustensiles de ménage, chaudrons, trépieds,

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aiguières, seaux. D'autres sont des fournitures de guerre, lances, cuirasses, casques, trompettes, mors de cheval, garnitures de harnais, de chars, etc. D'autres enfin sont des objets de luxe domestique, coffrets de toilette ou cistes, miroirs, éventails, lampes, etc. Au milieu de cette diversité, il faut choisir. Les miroirs et les cistes nous arrêteront seuls ici parce qu'ils témoignent d'intentions décoratives et d'un certain effort pour sortir de la banalité.

Miroirs — Les miroirs étrusques sont une imitation des miroirs grecs. Gomme eux, ils sont formés d'un disque de bronze argenté ou doré et poli d'un côté de façon à réfléchir les images. Comme eux, ils sont de deux sortes : le miroir à double boîte avec reliefs sur le couvercle ; 2° le miroir à disque simple avec un manche pour le tenir à la main, miroir orné de dessins à la pointe ou graffiti. De ces deux types, le second est le plus ordinaire. On en a recueilli plusieurs centaines.

Comme art, les miroirs étrusques ne valent pas les miroirs grecs. Très peu sont d'un dessin correct et d'un style élégant. Les trois plus beaux sont le miroir Gerhard avec la réunion de Bacchus et de Sémélé, miroir souvent reproduit et qui doit être d'une main grecque; le miroir du Cabinet des Médailles à Paris, avec la réconciliation d'Hélène et de Ménélas, et audessus , dans un registre distinct , Hercule portant l'Amour; enfin le miroir du Musée Britannique, représentant la rencontre d'Hélène et de Ménélas après la prise de Troie. Outre les deux époux, les personnages

I. Gerhard : Etruskische Spiegel, 7 vol. Berlin, i83g. — J. de Witte, les Miroirs che{ les anciens, Bruxelles, 1872.

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désignés par des inscriptions sont Vénus f'T'zfriJT?^ debout au second plan et drapée dans un manteau, Thétis (Thethis) qui intervient pour sauver Hélène, Ajax (Aii^a^M droite du Palladium, et, tout au bord du disque, Polyxène (Phulphsna) dont la présence^ ainsi que celle de Thétis, s'explique difficilement. La scène est encadrée entre le char de TAurore et un dessin d'un sens obscur, représentant Hercule au milieu d'un groupe d'amphores.

L'intérêt de la plupart des miroirs étrusques est dans les sujets qui y sont gravés. Quelques-uns de ces sujets sont empruntés aux mœurs de l'Etrurie : ainsi sur un miroir du musée de Florence, on voit une danse rustique qui, par les attitudes et les costumes des danseurs, rappelle certaines peintures de Gornéto. Mais le plus souvent les sujets sont ceux des vases peints de la belle époque, c'est-à-dire que la mythologie et l'épopée en font presque tous les frais. En voici quelques-uns : la naissance de Minerve ou de Bacchus, la réunion de Bacchus et de Sémélé, Vénus et Adonis, Achille et Thétis, Castor et PoUux avec leur sœur Hélène, Hercule vainqueur de Cerbère, la chasse de Méléagre , l'enlèvement du Palladium troyen, Achille et Penthésilée, Vulcain fabriquant le cheval de Troie. Comme sur les vases peints, la légende troyenne tient une grande place, et la légende troyenne, non pas seulement telle que l'ont conservée les poèmes homériques, mais aussi telle que l'avaient célébrée d'autres épopées aujourd'hui perdues, telle que l'avaient transformée les traditions populaires. Il n'est pas rare que ces sujets grecs soient entremêlés de divinités et de génies étrusques. Mais ce ne sont

FIG. $1. HÉLÈNE ET MÉnÉLAS APRES LA PRISE DE TROIE.

(Miroir du Musée britannique.)

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plus les aflfreux génies funèbres des peintures et des sarcophages ; de pareilles figures conviennent mal à des objets de toilette. Aux regards d'une femme qui se pare et qui va se sourire dans son miroir, il est naturel de n'offrir que des images aimables, des génies protecteurs, bienfaisants, et des Victoires de bon augure.

Le nom des personnages est presque toujours inscrit à côté d'eux ou au-dessus. On se rend compte ainsi de la manière dont les Etrusques transcrivaient les noms grecs : Ulysse devient Uthu^e, T)iomèdQ Zimthe, Apollon Apul, Achille AchlCy Castor et PoUux Castur et Pultuce, Adonis Atiinis. On voit de plus quelles divinités étrusques répondaient à celles de l'Olympe grec: Tinia c'est Zeus, Menrva c'est Athéna, Toiiran c'est Aphrodite, Phiiphliins c'est Bacchus. Dans le choix de son sujet, le graveur étrusque paraît n'avoir qu'un seul souci, celui de couvrir tout le champ de son miroir. Le modèle qu'il a sous les yeux contient-il trop de personnages, il en enlève ; au contraire, s'il en manque, il en ajoute à sa fantaisie. Une scène unique ne suffit-elle pas à remplir toute la surface du disque ? La zone sur laquelle elle se développe laisse-t-elle en haut et en bas un segment vide ? il insère des motifs accessoires, pris au hasard et qui n'ont aucun rapport avec le motif principal.

Il est certain que plus d'une fois la légende qu'il reproduit est pour lui lettre morte. Tantôt il confond deux tableaux à peu près semblables, l'enlèvement d'Europe par un taureau et la fuite d'Hellé sur un bélier et tandis qu'il représente Hellé, il écrit à côté Euru (Europe); tantôt il omet soit un acteur important, comme Junon dans le jugement de Paris, soit l'acteur

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principal, comme Minerve dans la naissance de Minerve; tantôt il place le nom à faux et dans le combat singulier d^Hector et d^Achille en présence d^Ajax donne à Achille le nom d^Ajax, à Hector celui d^ Achille et à Ajax celui d^Hector. Une fontaine près de laquelle sont assis Adonis et Vénus porte le nom d'Amiice. Amuce c^est Amycos, le roi des Bébryces qui voulait défendre aux Argonautes l'approche d'une source et que Pollux mit à la raison en le liant à un arbre. Pourquoi ce nom ici ? C^est que le graveur étrusque a pris le modèle de sa fontaine dans un tableau représentant Pollux et Amycos, et que, voyant une inscription tracée tout à côté, il a cru que cette inscription désignait la fontaine.

Les miroirs appartiennent à la dernière période de Part étrusque, au m'' siècle avant notre ère. Les plus récents sont ceux du Latium,qui étaient fabriqués à Préneste. Ceux-ci sont d'une forme plutôt ovale que ronde, d'un style médiocre et se distinguent à leurs inscriptions latines.

Cistes^. — Les cistes sont des boîtes cylindriques ou ovales formées d'une feuille de bronze enroulée et soudée. On les appelle souvent cistes de Préneste parce que c'est de Préneste qu'elles proviennent pour la plupart, mais le terme n'est pas tout à fait juste; car on en a trouvé quelques-unes à Vulci et dans le Picenum, et rien ne prouve qu'on n'en ait pas fabriqué ailleurs qu'à Préneste. Quant au nom de cistes mystiques qu'on leur a quelquefois donné, il n'a aucune raison d'être. Les

I. Saglio : Dictionn. des antiquités, Cista. — O. Jahn : Die Ficoronische Cista. Leipzig, i852 (avec une bibliographie du sujet).

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cistes n^ont rien de mystique ou de religieux. Ce sont des meubles d^usage domestique, destinés à contenir tout Pattirailde la toilette féminine. On y recueille des miroirs, des peignes, des flacons à parfums, des boîtes à fard, des épingles, des agrafes, des broches, des colliers et jusqu^à des sandales.

^ornementation des cistes est analogue à celle des miroirs et se compose aussi de dessins au trait qui décorent tout le pourtour et le couvercle. Gomme sur les miroirs, sauf de très rares exceptions, les sujets son empruntés au cycle des légendes helléniques, en particulier aux légendes troyennes. Mais ils sont traités avec une telle liberté, une telle insouciance des types traditionnels, une telle fantaisie de costume, de coiffure, de parure et d'attributs que souvent il est difficile de reconnaître les dieux et les héros dont Part grec a fixé l'image et que, sans les inscriptions, il faudrait y renoncer. Ce qui contribue encore à compliquer l'interprétation, c'est que parfois sur une même ciste on trouve juxtaposés plusieurs sujets différents qui n'ont entre eux aucune relation et que le graveur a mis là tout simplement parce qu'ils remplissaient bien la surface à couvrir.

Cette surface se divise dans sa hauteur en trois zones horizontales. Sur la zone du milieu se développe la scène principale. Les deux autres, formant bordure, portent une ornementation de style oriental , des files d'animaux féroces ou monstrueux, des bêtes marines, des palmettes et des fleurs de lotus.

Les belles cistes sont rares. On n'en peut guère signaler que trois ou quatre qui soient remarquables

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par la délicatesse de la gravure, Pharmonie de la composition et la pureté du style. La plus célèbre de toutes est la ciste Ficoroni, au musée Kircher (Rome), qui représente Parrivée des Argonautes en Bithynie, chez les Bébryces. Le roi du pays, le géant Amycos , ayant prétendu les empêcher de faire leur provision d'eau, Pollux le lie à un arbre et les marins débarquent librement pour aller aux fontaines (fig. 52). La ciste porte une inscription latine^, dont Porthographe archaïque indique une date

antérieure à la fin de la deuxième guerre punique.

CISTE f ICÔRONl

I. Novios Plautos med Romai fecid — Dindia Macolnia filea dédit.

Les autres cistes sont plus récentes, mais toutes se répartissent entre le début du ni*' siècle et le début du II^ Ce sont des produits industriels de fabrication commune. Les graffiti sont tracés avec rudesse et gaucherie, par des ouvriers qui n'ont pas la main sûre et qui commettent beaucoup de fautes de dessin. On décore la ciste de figures parce qu'ainsi le veut Tusageetque le modèle est consacré. Mais à toutes ces figures, quelles qu'elles soient, on n'attache aucun prix. Sur les plus belles cistes

comme sur les plus laides, on ne se fait aucun scrupule de les masquer par des pièces rapportées, destinées à compléter Tornementation du coffret. On ajuste des anneaux , des pieds, des anses, des poignées; on les soude à la place qui leur convient, sans s'inquiéter de savoir si ces appendices ne cacheront pas le visage, la poitrine ou les jambes d'un personnage. Les dessins de la ciste Ficoroni ne sont pas plus respectés que les autres. Il arrive même que la ciste ayant paru trop haute, on la coupe en deux dans le sens horizontal, ce qui a pour résultat de diviser toutes les figures par la moitié. Telle ciste n'a conservé que la moitié inférieure des graffiti et sans le couvercle il serait impossible de deviner qu'il s'agit du

FiG. 53.

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