DE JUPITER CAPITOLIN
(Sur une monnaie impériale.)
autre nature que celle des temples grecs. Tandis qu'en Grèce les tons étaient appliqués sur le marbre ou sur un stuc blanc, chez les Romains la variété des couleurs était obtenue au moyen de marbres multicolores, employés soit en blocs d'une seule pièce, soit en placages. Marbres blancs, verts, roses, gris, albâtres, jaspes, granits d'Orient gris et roses, basaltes noires, porphyres rouges, marbres de Numidie à fond jaune veiné de rouge, serpentins verts tachetés de noir, cipoUins gris et verdâtres, toutes ces riches matières étaient prodiguées avec un luxe qu'on retrouve dans les monuments de la Renaissance italienne, à la Chartreuse de Pavie, par exemple, ainsi qu'à Saint-Pierre de Rome et à la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs. Parois, pavements, colonnes, chapiteaux, frises, frontons présentaient ainsi les nuances les plus diverses auxquelles s'ajoutaient les sombres reflets du bronze et les scintillements de mille ornements dorés. Et la polychromie était d'autant plus brillante que toutes ces belles pierres étaient polies et reluisantes et gardaient leur éclat sous un ciel qui ne les rongeait pas.
Théâtres. — Le plan des théâtres romains comportait, comme celui des théâtres grecs, un demi-cercle de gradins, un orchestre et une scène. Mais la disposition relative de ces différentes parties n'était pas la même qu'en Grèce. Chez les Grecs, où les représentations dramatiques étaient des cérémonies religieuses, la partie importante de l'édifice était l'orchestre : c'est là qu'était l'autel de Bacchus, autour duquel devait évoluer en chantant et en dansant, suivant les rites, un chœur d'au moins quinze personnes. La scène était étroite, par la
raison qu'elle n'avait à recevoir qu'un nombre très restreint d'acteurs à la fois et qu'elle n'était pas autre chose qu'une estrade pour parler {loyeXov). Enfin, les théâtres étant établis au flanc des collines, il fallait, entre la scène et les gradins, ménager des couloirs pour l'entrée du public et aussi pour l'entrée des chœurs, lesquels ne devaient pas traverser la scène.
A Rome, où l'art dramatique n'était plus qu'un divertissement sans portée religieuse, le plan n'était pas le même. Il n'y avait plus d'autel pour Bacchus, ni d'espace ménagé autour de l'autel pour l'exécution de l'hymne chanté et dansé. Ce qu'on appelait l'orchestre n'était plus qu'une enceinte réservée, chose indispensable dans une société aristocratique. On y installait une ou plusieurs rangées de sièges en demi-cercle pour les sénateurs et les personnages de distinction, et si l'on en laissait une partie vide, c'était parce qu'il fallait être à une certaine distance de la scène pour voir tout ce qui s'y passait.
La scène, de son côté, empiétait aussi sur l'orchestre. Comme c'était sur la scène que se donnaient tous les spectacles, que jouaient tous les acteurs et que défilaient ces processions bizarres de cavaliers , de chars, de panthères, de chameaux et d'éléphants qui faisaient la joie du peuple et la désolation d'Horace, il fallait que l'estrade offrît une surface étendue. Cette estrade était d'autant plus large qu'on avait supprimé les couloirs latéraux entre les gradins et la scène. Les architectes romains établissant leurs gradins non plus aux flancs des collines, mais sur des substructions voûtées , ces substructions fournissaient sous leurs arcades une mul-
iS(5 ARCHEOLOGIE ETRUSQUE ET ROMAINE.
titude d^issues vers Textérieur, et les couloirs étaient superflus.
Le détail de ces dispositions nous est donné par