‹ Manuel d'archeologie etrusque et romaineChapitre 56 sur 110 · Caristie : Monuments antiques d'Orange. Paris, i · texte numérisé non relu

Caristie : Monuments antiques d'Orange. Paris, i

2. Belgrand : les Aqueducs romains. Paris, 1875. — Saglio : Dictionnaire des antiquités, Aquaeductus.

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Pour commencer par les ouvrages d^utilité publique, il faut citer les aqueducs, dont plusieurs sont antérieurs à l'empire, et qui, avec le Panthéon, peuvent être considérés comme les plus anciens exemples de Tarchitecture vraiment nationale des Romains. Ces constructions se retrouvent partout où les Romains ont séjourné, en France, en Grèce, en Asie, en Afrique, en Espagne. Leur premier souci, partout où ils s'établissaient, était de se procurer une eau qui fût non pas seulement potable, mais choisie et excellente. Pour alimenter Rome, ils captaient les plus abondantes sources des montagnes de la Sabine et allaient jusqu'à détourner des rivières. Ils en amenaient les eaux dans d'immenses réservoirs, d'où ils les conduisaient jusqu'à la ville par un chenal artificiel. Ce chenal, formé de pierres de taille, de moellons ou de briques, était couvert par des dalles, ou voûté et revêtu à l'intérieur d'une couche de ciment imperméable. Il était disposé sur une pente douce et régulière. S'il rencontrait des collines, il les traversait dans une galerie souterraine, et, s'il avait à franchir des vallées, il s'élevait sur des arcades qu'on faisait plus ou moins hautes, suivant les inégalités du terrain, et qu'au besoin on pouvait superposer. On a calculé qu'aux environs de Rome on avait ainsi bâti dans l'antiquité

(Rome.)

plus de 3o kilomètres d^arcades. Quelquefois, un même système d^arcades portait trois canaux différents, placés Pun au-dessus de Tautre et séparés par des cloisons de maçonnerie : on en peut voir la disposition surla figure ci-contre, qui montre la coupe de la porte Tiburtine, à Rome.

Sous Tempire, à Tépoque de Trajan, les aqueducs de Rome étaient au nombre de neuf. Quelques-uns d'entre eux, tels que VAqiia Marcia, construit par le préteur Q. Marcius Rex, en 145 avant J.-C, et VAqua Virgo, construit par Agrippa, ont été réparés dans les temps modernes et servent encore aujourd'hui. Ils suffisent à faire de Rome une des villes du monde les mieux approvisionnées d'eau, et cependant leur débit est à peine le dixième de ce que fournissait l'ensemble des aqueducs anciens. Le plus magnifique et le plus hardi des aqueducs est celui que les Romains firent pour la ville de Nîmes et que l'on connaît sous le nom du Pont du Gard. Le chenal, assez grand pour qu'un homme puisse y cheminer, est jeté sur un vallon large de 272 mètres et domine de 49 mètres le niveau du Gard. Il est porté sur trois étages, qui se composent chacun d'un nombre d'arcades inégal : le premier en a six, le second onze, et le troisième trente-sept. Cette variété, outre qu'elle assure la solidité, est pour la perspective du plus heureux effet. Le Pont du Gard sert encore de modèle pour les travaux de ce genre.

La plus grande partie des eaux que les Romains amenaient de si loin était destinée à l'approvisionnement des bains publics, très nombreux à Rome dès le temps delà République, et assez considérables pour qu'un seul

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d^eiitre eux, celui d^Agrippa, eût nécessité rétablissement d^un aqueduc spécial, VAqua Virgo. Leur importance s^accrut encore sous Pempire quand les Romains, désintéressés du gouvernement et riches de loisirs, eurent fait d^une vulgaire mesure d'hygiène un plaisir nécessaire et journalier. Les thermes devinrent alors des centres de réunion, et telle y fut Paffluence que les voleurs s'y donnèrent rendez-vous. Construire des thermes fut un moyen de popularité, et Ton vit les plus grands personnages de Rome, les empereurs même, attacher leurs noms à de vastes et coûteux édifices, où le peuple pût venir tous les jours et gratuitement rafraîchir son indolence.

Si variés que fussent le plan et l'aspect de tant de bains publics, on y retrouvait toujours à peu près les mêmes dispositions essentielles : i*' le bain tiède (cella tepidaria)\ 2° le bain chaud (cella caldaria) ; 3« le bain froid (cella frigidaria)\ la salle des frictions et du massage (unctorium) ; 5° le laconicum ou bain de vapeur. Toutalentour se groupaient d'autres salles, plusoumoins nombreuses suivant l'étendue et la magnificence des thermes: des antichambres pour les esclaves et la suite des baigneurs ; des salons d'attente, des vestiaires dont les murs étaient garnis de clous pour accrocher les vêtements; des restaurants et des boutiques; des salons de lecture, des bibliothèques, des promenoirs ; en un mot, tous les agréments propres à attirer et à retenir la foule. Le plus souvent, l'ensemble était complété par un gymnase grec, comprenant des portiques et des jardins, des exèdrcs pour s'asseoir, des stades pour courir, des palestres pour s'exercer à la lutte, des sphéristères pour

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les jeux de balle, des chambres pour se frictionner d'huile (elaiothesia), enfin des piscines d'eau froide pour la natation;

A Pompéi , quelques ruines assez bien conservées laissent entrevoir plusieurs de ces aménagements. Mais ce n'est que par un effort d'imagination que nous pouvons nous représenter des thermes aussi fameux que ceux de Titus, de Caracalla ou de Dioclétien, à Rome. Les thermes de Caracalla, dont les débris énormes excitent encore l'admiration, couvraient un carré de 841 mètres de côté. Les salles étaient immenses et décorées des plus beaux rnarbres : on a trouvé dans les décombres plusieurs centaines de statues.

Si toute cette magnificence nous échappe, ce qui subsiste encore de ces thermes célèbres suffit à nous faire comprendre la structure de tous ces bâtiments, dont les nombreuses salles étaient comme enveloppées par un réseau compliqué de tuyaux et de conduites. Le sol, le plafond, les murs, tout était creux et livrait passage à l'eau qui, tantôt réduite en vapeur, tantôt chaude ou tiède, tantôt glacée, venait échauffer ou refroidir les parois des différentes chambres, et qui, après mille détours, sortait de ce labyrinthe pour s'échapper en jets puissants dans des vasques de marbre ou de porphyre, se distribuer dans des bassins et se perdre dans des piscines.

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