‹ Manuel d'archeologie etrusque et romaineChapitre 57 sur 110 · III. BASILIQUES · texte numérisé non relu

III. BASILIQUES

Le mot basilique a une origine grecque ; mais le bâtiment auquel on l'applique est proprement romain.

Les Romains lui ont donné sa forme définitive. C'est à eux que les premiers chrétiens en ont emprunté le modèle, lorsque pour leurs églises, où il fallait se réunir en grand nombre, ils ont cherché un type de monument que le culte païen n'eût pas profané.

On sait qu'à Rome la vie publique était concentrée sur une place d'une étendue peu considérable , située entre le Palatin et le Gapitole,et qui s'appelait le Forz/m. Là s'élevaient la Curie ou palais du Sénat et les rostres ou tribune aux harangues; là se traitaient toutes les affaires du gouvernement, se faisaient les élections, se rendait la justice. Un endroit comme celui-là, où les intérêts et les devoirs de la politique amenaient les citoyens tous les jours, où se rencontraient régulièrement les gens de la ville et de la campagne, ne pouvait manquer d'être un marché en même temps qu'un lieu d'assemblée ^ De là les nombreuses boutiques dont le Forum était entouré et parmi lesquelles les changeurs et les usuriers tenaient la plus grande place; de là aussi cette multitude de marchands ambulants, de charlatans et de bateleurs, qu'en tous pays on est sûr de trouver sur le chemin de la foule. Enfin, au milieu de ces affairés de toute espèce se promenaient les oisifs, naturellement attirés par tant de bruit, de mouvement et de distractions. Tout ce monde parlait, jugeait, votait, vendait, circulait en plein air : aucun abri ne s'offrait contre le soleil ou la pluie. L'idée vint un jour, mais assez tard, de suppléer à ce défaut. Vers la fin du

1. Voir la description si vive et si intéressante qu'a donnée du Forum M. Boissier dans ses Promenades archéologiques, p. 1-46.

Vie siècle de Rome (i85 av. J.-C.) le vieux Gaton, piqué du désir de se rendre populaire, acheta une partie des boutiques et des maisons qui bordaient le Forum entre la prison du Capitole et la Curie, et sur cet emplacement fit construire un bâtiment ouvert à tous; ce fut la première basilique, qui s^appela Porcia en souvenir de son fondateur. L'idée plut et l'exemple de Caton fut suivi. D'autres basiliques s'élevèrent, et bientôt toute la vie de la politique et des affaires se trouva transportée dans leur enceinte: banquiers, marchands, plaideurs, avocats, juges, promeneurs, tout le monde s'y donna rendez-vous. Une basilique fut à la fois un tribunal, une salle des pas perdus, une bourse, un lieu de conversation et de flânerie.

Le plan d'une basilique était simple. Figurez-vous un grand espace rectangulaire, clos de murs et dans lequel une seule porte donne accès, quelque chose d'analogue à un jeu de paume. La salle, éclairée par de nombreuses fenêtres, est divisée, dans le sens de la longueur, en trois nefs par deux rangs parallèles de colonnes ou de piliers. A l'extrémité de la nef centrale, qui est de beaucoup plus large que les deux autres, le mur du fond est arrondi et forme un hémicycle en abside où siège le tribunal. Ce plan est à peu de chose près celui qu'ont reproduit les chrétiens.

La basilique Julia (commencée par Jules César et terminée par Auguste) était d'un caractère un peu différent, comme le montrent les ruines qui en subsistent encore. Elle n'était pas enfermée entre quatre murs : la terrasse pavée de marbre sur laquelle elle s'étendait et qu'on voit encore presque intacte n'était séparée des

rues environnantes que par quelques marches. Y)n montait les degrés et Ton pénétrait immédiatement dans l'édifice par Tune des arcades ouvertes sur tout le pourtour. Au centre était une vaste salle rectangulaire où les anciens nous apprennent que quatre tribunaux pouvaient siéger simultanément. Un portique voûté à deux nefs en faisait le tour et ce portique soutenait un

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