‹ Manuel d'archeologie etrusque et romaineChapitre 65 sur 110 · I. LA SCULPTURE SOUS LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

I. LA SCULPTURE SOUS LA RÉPUBLIQUE

Detlefsen : De arte Romanorum antiqiiissima. Glûckstadt, 1867.

L'histoire de la sculpture à Rome sous la république se réduit à peu de chose. Pendant les deux premiers siècles, on peut dire qu^elle n'existe pas. Il n'y a pas

ipo ARCHÉOLOGIE ÉTRUSQUE ET ROMAINE.

plus de Statues pour les dieux que pour les hommes. Les anciens signalent hardiment un Hercule consacré par Evandre. Ils mentionnent aussi comme se rapportant à Fépoque de Numa un Vertumnus, un Janus, et une Vénus chauve, ainsi appelée parce que c^était un ex-voto pour obtenir la guérison d'une maladie qui faisait perdre aux femmes leurs cheveux. Toutes ces traditions sont suspectes.

La sculpture ne paraît véritablement à Rome qu'avec les Tarquins, c'est-à-dire avec l'avènement de la civilisation étrusque hellénisée. Des sculpteurs étrusques décorent alors de statues le couronnement du temple de Jupiter Capitolin et font pour Pintérieur du sanctuaire rimage du dieu lui-même. A la même époque et au même art se rapporte sans doute une statue de la femme de Tarquin PAncien, Tanaquil, représentée avec une quenouille.

Vers le v^ siècle avant notre ère, on commence à dédier dans les temples des statues de métal. La première est celle de Gérés, coulée en bronze, faite avec le produit des biens de Spurius Cassius confisqués après sa condamnation et consacrée précisément dans un temple qu'avait construit Spurius Cassius. Dans la suite, grâce aux relations incessantes de Rome avec la Grande Grèce, surtout au moment de la guerre du Samnium, les deux mythologies grecque et italique tendent à se confondre et Pon reproduit pour les sanctuaires romains les types des divinités helléniques. Bientôt on prend Phabitude d'offrir aux dieux une partie du butin de la guerre sous la forme d'une statue : c'est ainsi qu'après la défaite des Samnites Spurius

LA SCULPTURE A ROME. ipi

Carvilius fera fondre une image colossale de Jupiter Capitolin avec le bronze enlevé à l'ennemi.

Le v*' siècle est aussi Tépoque où Ton commence à élever des statues à la mémoire des grands hommes. Quoi qu'en dise Pline, les statues de Romulus, de Numa, d'Ancus Martius ne remontent pas au temps des rois. Elles ne sont pas non plus des commencements de la république. Elles datent évidemment d'une période où les haines furieuses jadis soulevées parles excès de l'autorité royale ne sont plus vivaces et où l'on est arrivé à considérer sans passion la gloire des fondateurs de la cité. La nudité même de ces statues, qui nous est attestée par les anciens, prouve qu'elles étaient, sinon des œuvres de main grecque, du moins des œuvres traitées dans le style grec et par conséquent postérieures au commencement du v siècle. On en peut dire autant des statues de délie, d'Horatius Coclès, de Valerius Publicola, et de tous les héros de la légende républicaine.

A partir du iv*^ siècle, les statues honorifiques se multiplient. On en décerne aux magistrats qui ont bien accompli les devoirs de leur charge. On en décerne même à des étrangers, à Hermodore d'Ephèse, par exemple, l'un des adjoints des décemvirs dans la confection des Douze Tables, ainsi qu'à Pythagore et à Alcibiade, sur l'ordre d'un oracle qui avait dit d'honorer d'une statue à Rome le plus sage et le plus courageux des Grecs. On élève des statues aux femmes aussi bien qu'aux hommes. On en élève tant et à des personnages si obscurs qu'en voyant leurs images en public, on cherche pourquoi elles sont là. Aussi Caton ne

veut-il pas de cet honneur. « On me demandera, dit-il, pourquoi je n'ai pas de statue? J'aime mieux cela que la question contraire. » Au siècle, les statues honorifiques sont si nombreuses sur le Forum, que les Censeurs sont obligés d'en faire enlever et fondre une partie.

Les anciens ne nous disent rien sur la valeur de cette sculpture. Il est vraisemblable qu'elle n'était pas grande et que les sculpteurs étrusques et grecs qui venaient chercher fortune à Rome étaient plutôt des praticiens que des artistes. Les Romain-s avaient alors pour le grand art peu de souci. En commandant les statues de leurs membres qui avaient exercé les charges publiques, les familles aristocratiques ne songeaient qu'à satisfaire leur vanité. Elles ne demandaient qu'une chose, c'est que le visage fût ressemblant et que la ressemblance fût complétée par la vérité du costume.

Il n'en fut plus de même dans les derniers siècles de la république. La guerre en Orient fit connaître aux Romains les chefs-d'œuvre de la sculpture grecque. Ces chefs-d'œuvre, qui étaient la gloire des cités qui les possédaient, les généraux les enlevèrent. Chaque fois qu'une ville grecque tomba en leur pouvoir, ils la dépouillèrent, les uns avec l'ardeur d'un goût esthétique naissant, les autres par instinct de pillage, et pour ne rien laisser des choses auxquelles ils voyaient qu'on attachait du prix, tous par vanité de vainqueur, pour augmenter la masse du butin et frapper l'imagination de la foule romaine par la splendeur de leur entrée triomphale. Après la prise de Syracuse, Marcellus avait donné l'exemple qui fut suivi par Fabius Maximum, le vainqueur de Tarente, et Flamininus, le conquérant de

la Macédoine. Bientôt s'éleva entre les généraux une sorte d'émulation, chacun s'efforçant de faire défiler devant le peuple le jour de son triomphe le plus grand nombre de statues. Au triomphe de Fulvius Nobilior, après la campagne d'Epire et d'Etolie, on promena à travers les rues de Rome deux cent quatre-vingt-cinq statues de bronze et deux cent trente statues de marbre. A celui de Paul-Emile, on vit deux cent cinquante chariots chargés de statues et de tableaux, et cette magnificence fut encore dépassée par Mummius, le destructeur de Corinthe^

Tant de statues apportées à Rome y répandirent dans le public la mode, puis le goût des œuvres d'art. On en exposa partout, dans les temples, les basiliques, les théâtres, les thermes, les portiques. Il y en eut dans les maisons privées et les villas. A la fin de la République, tous les riches de Rome avaient leur collection, parfois un musée véritable, qu'ils augmentaient sans cesse ou bien à prix d'or, ou bien par la guerre, ou bien encore à la façon de Verrès, par des vols administratifs dans les provinces.

L'effet de cet engouement fut de déplacer au profit de Rome le centre d'activité des artistes grecs. L'art est un luxe qui va naturellement où se trouve la richesse. Après la mort d'Alexandre, il s'était porté vers l'Asie mineure, attiré par la magnificence des dynasties macédoniennes que la mort du conquérant avait fait naître et qui mettaient au service de leur goût hellénique

I. Sur le transport des chefs-d'œuvre grecs à Rome, voir G. Petersen, Allgemeine Einleitung in das Studiiim der ArchœO' logie, Leipzig, 1829.

ARCHÉOl. ÉTRUSQUE. Ij

iç^ ARCHÉOLOGIE ÉTRUSQUE ET ROMAINE.

Populence de POrient. Le jour où ces rois vaincus ne furent plus que des sujets de Rome, il se tourna vers la capitale nouvelle de la civilisation où venait affluer For du monde entier. Vers le temps de la prise de Corinthe (146 av. J.-C), plusieurs sculpteurs grecs s^établirent à Rome, Polyclès d'Athènes et ses fils Timarchidès et Timoclès; Philiscos de Rhodes; enfin un autre Timarchidès et son fils Dionysios. Ils furent presque tous à la solde de Métellus le Macédonique et décorèrent les monuments qu^il avait fait bâtir, à savoir un temple de Jupiter, un temple de Junon et le portique intermédiaire appelé depuis portique d^Octavie. Cette première colonie de sculpteurs dut en attirer d'autres après elle. Au I" siècle avant notre ère, la sculpture hellénique avait pris pied à Rome.

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