‹ Manuel d'archeologie etrusque et romaineChapitre 64 sur 110 · VII. LES TOMBEAUX · texte numérisé non relu

VII. LES TOMBEAUX

Ces Romains, que nous venons de voir si attentifs à faire de leurs maisons un séjour agréable, pouvaient-ils négliger pour eux et leur famille le soin de la demeure souterraine où, suivant la croyance générale de l'antiquité, ils devaient continuer une existence obscure, il est vrai, mais matérielle? Comme les Etrusques, ils s'occupaient donc d'assurer aux mânes une habitation paisible, qui rappelât dans une certaine mesure celle des vivants. Quand leur fortune le leur permettait, ils creusaient des caveaux, images plus ou moins fidèles des chambres autrefois habitées par les défunts. Dans

ces caveaux, ils réunissaient ceux qu'une même maison avait jadis enfermés, les parents, les enfants, les clients, tous les membres de la famille, témoin la gens Cornelia, à laquelle appartenaient les Scipions, et dont on a retrouvé le tombeau collectif sur la voie Appienne. Les corps étaient déposés dans des sarcophages de pierre ou de marbre, souvent décorés de reliefs. Le plus ancien sarcophage romain que nous ayons conservé et aussi le plus beau par la simplicité de ses lignes est celui de L. Cornélius Scipio Barbatus, consul en 298 avant J.-C. (fig. 83).

Pour donner à la sépulture l'apparence d'une maison, on décorait les chambres sépulcrales avec autant d'amour et de luxe que les plus somptueux appartements : des bas-reliefs, des peintures, des stucs finement sculptés couvraient les murs et les plafonds.

Ces chambres souterraines ne constituaient pas tout le tombeau. Il fallait qu'une marque extérieure avertît les vivants qu'un mort reposait là, au bord de la route et presque sous leurs pieds; il fallait surtout que la piété des parents fidèles au souvenir sût où porter ses prières^et ses offrandes. De là ce qu'on appelait le monumentum (de monere, avertir), simple amas de pierres ou tertre à l'origine, mais qui, avec le temps et le progrès des arts, était devenu une œuvre d'architecture.

Ces monuments étaient d'aspect très varié et les décrire tous ici serait impossible. Bornons-nous à quelques types remarquables :

. 1° Mausolées de Cecilia Metella, d'Auguste et S^Adrien, Ces tombeaux, de dimensions inégales, sont tous les trois bâtis sur un plan circulaire. Le premier

se trouve sur la voie Appienne. Au moyen âge, on Ta

transformé en une tour et crénelé. Une plaque de marbre avec une inscription montre que le mausolée

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était celui de Cecilia, fille de Metellus Creticus et femme de Crassus.

Le mausolée d'Auguste et de sa famille, situé près du Tibre sur remplacement du Champ de Mars antique, était formé de plusieurs terrasses circulaires et superposées, toutes garnies de peupliers. Ruiné au moyen âge et réduit au soubassement, il fut longtemps une forteresse : Fenceinte est assez grande pour qu^on Paffecte à différents spectacles et qu'on y ait pu donner des combats de taureaux.

Le mausolée d'Adrien est le plus considérable des trois. C'est une immense rotonde qui repose sur un soubassement massif. Elle était composée de plusieurs étages en colonnades qu'ornaient des statues et que surmontait un immense cône de maçonnerie, avec l'image colossale de l'empereur au sommet. Depuis le moyen âge elle sert de citadelle et de prison et s'appelle aujourd'hui le Château Saint-Ange. Les murailles sont si épaisses qu'elles ont résisté à plusieurs assauts.

2° La Pyramide de Cestius est le seul exemple en Italie d'une forme évidemment empruntée à l'Egypte. Elle est en briques recouvertes d'un parement de marbre et mesure trente-six mètres de largeur sur trentesept de hauteur. Le caveau contenait de jolies peintures, aujourd'hui presque effacées. Ce tombeau est de l'époque d'Auguste.

3° Tombeau du Boulanger. On connaît sous ce nom un monument curieux qui se trouve à Rome et que par une inscription on sait être le tombeau du boulanger Vergilhis Eurysacès et de sa femme. Ce boulanger, qui avait l'entreprise des pains à fournir aux appariteurs

des magistrats, était un riche personnage. Il a voulu se construire une sépulture qui fût digne de sa condition et de sa fortune. C'est un cube de maçonnerie où Ton voit encastrées plusieurs corbeilles à pain et trois rangées de bas-reliefs montrant la fabrication et la vente du pain.

4'' Columbaria. Le tombeau étant plus ou moins l'image de la maison devait s'ouvrir pour tous les membres de la famille, et dans le nombre on sait que les anciens comptaient les clients, les serviteurs et les affranchis. Mais vers la fin de la république et sous Pempire les fortunes devinrent si énormes et autour de ces grands riches les clients et les affranchis se multiplièrent dans de telles proportions qu'il fut impossible d'ensevelir tout ce monde dans le tombeau commun de la famille. Il fallut construire dans le voisinage un caveau particulier et l'aménager de telle sorte, que, sans occuper une trop vaste étendue, il pût contenir les restes de plusieurs milliers de personnes. Pour répondre

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à ce programme, les architectes romains, perfectionnant une disposition sépulcrale dont TÉtrurie leur fournissait Texemple, imaginèrent ce qu'on appela des columbaria. C'étaient des chambres souterraines, voûtées, bâties sur un plan carré, circulaire ou polygonal et dont les parois étaient percées d'une multitude de trous réguliers en demi-lune, disposés par rangées horizontales comme les niches d'un colombier et formant plusieurs étages superposés. Chacune de ces petites cavités recevait une urne (o//<2) contenant les cendres recueillies sur le bûcher funéraire, quelquefois aussi un buste. Une inscription gravée au-dessous indiquait le nom du défunt. Plusieurs de ces columbaires ont été retrouvés le long des grandes voies qui partaient de Rome, entre autres, celui des affranchis d'Auguste et de Livie, qui renfermait près de trois mille urnes. Quelques-uns sont décorés avec luxe : pavés en mosaïque, revêtements de marbre ou de stuc, arabesques sculptées ou peintes, rien n'y manque des ornements que savaient si bien appliquer les décorateurs romains.

MASQ^UES SCÉNIQ^UES.

(Pompéi.)

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