PORTRAITS
Le portrait est un genre qui est toujours resté secondaire chez les Grecs et qu'ils n'ont guère cultivé qu'après Alexandre. Au contraire, dans la sculpture romaine, il joue un rôle prépondérant. Elle en a reçu la tradition de la sculpture étrusque.
De bonne heure, à Rome, les grandes familles prennent soin de fixer par une image matérielle les souvenirs de leur gloire domestique. Elles font faire des masques de cire qui reproduisent avec fidélité les traits de leurs ancêtres, et dont quelques-uns peut-être sont moulés sur le cadavre. Ce sont ces masques qui paraissent aux funérailles, portés par des acteurs auxquels on donne, avec les traits d'un illustre personnage, le costume de sa dignité. Plus tard, la vanité de l'aristocratie romaine ne se contente plus de ces images de cire. Nous avons vu qu'elle élève à ses membres, fameux ou non, des statues en public. A l'époque de César, le Forum en est encombré.
Sous l'empire, c'est moins la vanité des familles que l'adulation universelle qui multiplie les portraits. Chaque fois que le pouvoir passe aux mains d'un empereur nouveau, Rome et les provinces veulent avoir le portrait
I. J. Bernouilli : Rœmische Iconographie. Stuttgart, 1882, i*"^ partie.
2o8 ARCHEOLOGIE ÉTRUSQUE ET ROMAINE.
du prince, de sa femme et de toute sa famille. Les gouverneurs des provinces, les magistrats municipaux, les bienfaiteurs des villes ou des corporations, les simples particuliers même reçoivent souvent les honneurs d'un portrait. De là une profusion inouïe de bustes et de statues. Il en a beaucoup péri, mais il en reste encore des milliers, et presque tous les jours on en découvre.
Les portraits romains sont de deux sortes : les portraits idéalisés, où la personne est représentée avec les traits de son visage, mais sous Faspect dMn dieu ou d'un héros ; les portraits ordinaires, qui s'attachent à exprimer l'individualité, non seulement du visage, mais de l'attitude et du costume.
Parmi les portraits idéalisés, les uns, appelés achilléens (sîmulacra achillea) sont des statues nues ou presque nues; le personnage, debout, armé d'une lance ou d'une épée, a l'air d'un athlète ou d'un héros, mais sans qu'il rappelle, par sa posture ou ses attributs, aucun type héroïque célèbre. Les autres sont des statues d'empereurs et d'impératrices déifiés. Le prince est ordinairement en Jupiter avec un sceptre et un foudre; les princesses sont en Cérès, en Vesta, en Diane, en Muses ou même, surtout vers la fin de l'empire, en Vénus et nues. Aux portraits idéalisés il faut joindre les statues et bustes d'Antinous, Bithynien fameux par sa beauté, dont Adrien avait fait son favori, qui mourut jeune et qu'on représenta en Bacchus, en Apollon, en Hercule ou en Ganymède. Quelques-uns de ces Antinous sont remarquables par une élégance qui est rare dans l'art romain et qui donne une idée avantageuse de ce qu'était encore la sculpture au temps d'Adrien.
Les portraits ordinaires (simulacra iconica) présentent l^individa tel quMl est dans sa vie habituelle et
dans Texercice de ses diverses fonctions. Celles-ci peuvent être civiles ou militaires : de là des statues civili
ARCHÉOL. ÉTRUStTUE. -