‹ Manuel d'archéologie grecqueChapitre 152 sur 157 · III. — OBJETS DE TOILETTE. — LES MIROIRS · texte numérisé non relu

III. — OBJETS DE TOILETTE. — LES MIROIRS

De Witte ; Les Miroirs che^ les Anciens. Mylonas : 'EXXyivixà xâxoTiTpa. Athènes, 1876. Cf. Dumont : Monuments grecs de l'Association des études grecques, iSyS; Miroirs grecs vrncs défigures au trait.

Grâce à l'usage qu'avaient les Grecs d'ensevelir avec le mort tout ce qui avait pu le charmer pendant sa

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vie, les découvertes de tombeaux, dues à des fouilles ou à des hasards, ont mis au jour un grand nombre d'objets de toilette, fibules, boîtes à fard, miroirs, etc. Parmi ces objets, les miroirs grecs forment une classe importante de monuments, qui n'a attiré que depuis peu de temps l'attention des archéologues. On connaissait des miroirs étrusques et latins, les premiers en grand nombre ; les miroirs grecs étudiés récemment sont infiniment supérieurs en beauté aux miroirs étrusques, et prouvent que Part hellénique n'a pas dédaigné d'orner avec un soin exquis ces accessoires de la toilette féminine.

Les miroirs grecs, aussi bien que ceux de l'Etrurie, sont en bronze, et affectent le plus souvent la forme arrondie. Au point de vue de la technique, ils se divisent en deux classes : 1° les miroirs simples, en forme de disques, offrant une face convexe, soigneusement polie, qui reflétait l'image, et une face concave, ornée de figures tracées au burin. Ces disques sont garnis d'un manche, en forme de statuette munie d'un socle, qui permettait, soit de les tenir à la main, soit de les poser sur une table. Les peintures de vases qui reproduisent des scènes de toilette montrent souvent des femmes tenant leur miroir : sur un vase du musée Britannique, une femme se regarde dans son miroir, et à côté d'elle on lit le mot aù-co<}/îa (la vue d'elle-même), 2° Une autre forme, fréquente surtout en Grèce, est celle des miroirs figurant une boîte ; ils se composent de deux disques métalliques s'emboîtant l'un dans l'autre, quelquefois réunis par une charnière. Le disque supérieur, ou le couvercle, est orné extérieurement de figures en bas-relief, tandis

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qu'à rintérieur il est poli avec soin, et argenté; c'est cette face qui réfléchissait Pimage. Le second disque formant le corps de la boîte est décoré, à Tintérieur, de figures gravées au trait; souvent le contour des figures est rempli par une légère couche d'argent, tandis que le fond est doré.

On voit que la technique des miroirs grecs fournit un triple sujet d'étude : i° la gravure au trait; 2° les bas-reliefs; 3° les manches en forme de statuettes.

1° Miroirs gravés au trait. — Les artistes étrusques ont pratiqué avec habileté l'art de graver au burin, comme le prouvent les nombreux miroirs trouvés en Étrurie. Mais sur ce point, comme sur beaucoup d'autres , les Grecs ont été leurs maîtres. Que les Grecs aient été initiés à cet art par les Orientaux, la question n'est pas douteuse'; toutefois il faut reconnaître que les Hellènes ont porté à la perfection l'art de graver au burin sur le bronze ; et cette extrême habileté, jointe à la rareté des monuments connus, donne une haute valeur aux miroirs grecs qui nous ont été conservés^. Un des plus beaux exemplaires, parmi les miroirs gravés, est celui qui représente le héros éponyme de Corinthe (KôfivOo;) couronné par une femme (Aeuxâ;) personnifiant la colonie corinthienne de Leucade. Le héros, à demi nu, est assis sur un siège aux pieds massifs; un manteau couvre le bas

1. Voir les coupes de métal travaillées au burin, de provenance cypriote. La patère d'Idalie. Rev. Arch., 1872.

2. Sur le nombre des miroirs connus, voir A. Dumont : Bull, de Corr. helL, 1877. Miroirs grecs. Le premier a été découvert à Corinthe en 18G7.

du corps, et le torse apparaît dans toute la beauté de SCS formes robustes ; la tête a une expression calme et puissante. Il se tourne vers Leukas, qui, drapée dans

Fie. 136. — LEUKAS ET CORINTHOS.

(Miroir grec gravé au trait.)

rhimation, couronne le héros ; une rosace, des fleurs et des plantes marines, dessinées dans le champ, complètent la composition. Le goût très simple qui a dicté Pordonnance de la scène, la perfection du dessin et la hardiesse de certains détails, témoignent des qualités les plus rares de ThcUénisme. Qu'on compare

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ce miroir aux plus beaux des miroirs étrusques, on reconnaîtra bien vite quelle distance sépare ce style élégant et pur de la lourdeur des dessins étrusques. Parmi les autres miroirs grecs, celui du génie des combats de coqs (au musée de Lyon) et celui des danseuses, le cèdent à peine au miroir de Corinthos. L'étude de ces monuments a révélé la perfection de l'art grec dans un genre qu'on avait cru longtemps le privilège exclusif de l'Étrurie.

2° Couvercles de miroij'S avec bas-reliefs. — Les bas-reliefs de bronze qui décorent les couvercles de miroirs rentrent dans des séries déjà connues; ils n^ont pas, comme les figures gravées, l'avantage de représenter une branche, ignorée jusqu'ici, de l'industrie hellénique. Néanmoins, on ne saurait méconnaître la valeur artistique de ces reliefs, dont plusieurs appartiennent à la meilleure époque. Celui qui montre Ganymède enlevé par l'aigle est un chef-d'œuvre de grâce (fig. 137). Sur un autre relief, un Silène ivre porte une Ménade, en tenant sur sa hanche le genou de la jeune femme, tandis qu'un Éros aux longues ailes vole devant le groupe ; bien que le style soit déjà des derniers temps, il a conservé toute la finesse de la belle époque de l'art. En général, les reliefs de miroirs ^ offrent des sujets empruntés aux cycles d'Aphrodite et de Dionysos ; divinités d'un caractère gracieux et sensuel, dont le cortège joyeux, Eros, Pans ou Ménades, inspire la verve des artistes; ces motifs

I. Us sont encore peu nombreux, et ne dépassent pas le chiffre de trente.

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