‹ Manuel d'archéologie grecqueChapitre 157 sur 157 · Iliade, XXIII · texte numérisé non relu

Iliade, XXIII

3. Voir les coupes de Cittium et de Larnaca au musée du Louvre, et surtout la belle patère d'Amathonte, publiée par M. Colonna- Ceccaldi. Rev. Arch., 1876.

de rOricnt sur les objets de luxe et de parure à Tépoque du viii" siècle. Sans multiplier les exemples, nous citerons un curieux bandeau d^or estampé, trouvé à Athènes \ qui montre une suite d'animaux rappelant de très près, par la disposition et par le style, les zones d'animaux asiatiques. Le groupe de bijoux le plus important, pour cette période, est celui que M. Salzmann a découvert à Rhodes, dans la nécropole de Camiros. Le style oriental qui les caractérise apparaît dans des plaques estampées d^n or très pâle, qui appartenaient à un collier ; elles offrent deux types alternant : d'une part, un Centaure à pieds humains, coiffé à Tégyptienne, et figuré sous sa forme la plus ancienne; de Pautre, une déesse asiatique, TArtémis persique ou Anaitis, tenant de chaque main un lion ou une panthère.

Avec les types d'ornementation, les Grecs reçoivent de rOrient la science des procédés techniques ; aussi Forfèvrerie se développe-t-elle, comme Tart de travailler les autres métaux, dans la Grèce asiatique. Les toreuticiens de Samos et de Chio sont également des orfèvres ; et ils arrivent rapidement à une telle habileté de main, que l'Orient leur fait à son tour des emprunts. Désormais, les artistes grecs vont apporter dans l'exécution des objets de luxe et de parure un goût exquis et une perfection de procédés qui s'imposent à l'imitation des Etrusques eux-mêmes, ces maîtres consommés dans l'art de ciseler les métaux précieux.

I. Musée du Louvre. Le même musée possède des ornements d'or, boutons ou boucles d'oreilles, décorés de têtes humaines coiffées à l'égyptienne : ces bijoux proviennent de Mégare.

Les bijoux trouvés dans la Grèce propre sont assez rares : une des plus riches collections de bijoux grecs, celle de TErmitage, à Saint-Pétersbourg, provient de Fancienne Panticapée (aujourd'hui Kertsch) en Crimée*. Comment des œuvres de travail évidemment grec sontelles parvenues dans des pays aussi lointains ? Le fait n'a rien de surprenant, si Ton songe qu'au v« et au IV* siècle, la renommée des artistes grecs s'étendait assez loin, pour que les princes du Bosphore cimmérien les fissent travailler pour eux, soit à Athènes, soit dans leur propre pays. Un autre lieu de provenance, plus riche encore en bijoux grecs, est l'Etrurie : ce sont les nécropoles étrusques de Vulci et de Caeré qui ont fourni les éléments de la collection du musée grégorien, à Rome, et de la collection Campana, dont le Louvre s'est enrichi. Malgré leur origine étrusque, ces objets n'en sont pas moins de précieux documents pour l'histoire de l'orfèvrerie grecque ; ils appartiennent à la période où l'ancien art étrusque, issu de l'Asie, a fait place à un art dérivé de la Grèce. A ce moment, les relations sont fréquentes entre les deux pays, et le goût hellénique domine dans ces œuvres délicates, dont le travail minutieux convient aux qualités les plus particulières du génie étrusque.

La technique des bijoux grecs offre encore bien des problèmes qui commandent une étude attentive. De nos jours, des orfèvres romains, MM. Castellani, ont

I. Ces bijoux ont été publiés dans les Antiquités du Bosphore cimmérien, et dans les Comptes rendus de la commission archéologique de Saint-Pétersbourg.

essayé de les résoudre par des essais pratiques, et par des imitations exécutées avec une parfaite habileté^ Il faut cependant reconnaître que sur certains points, les secrets de l'industrie antique n'ont pas été pénétrés ; on se demande encore par quels procédés les artistes grecs et étrusques réalisaient ces œuvres d'une finesse inimitable. Le granulé, genre de décoration qui consiste à fixer sur une feuille d'or de petites perles d'or presque invisibles, et qui est employé dans la plupart des bijoux étrusco-grecs, est un de ces secrets que l'art moderne désespère de découvrir.

Le principe qui guidait les artistes grecs semble avoir été le suivant : attribuer une grande supériorité au mérite du travail sur la valeur de la matière employée. Aussi ce n'est pas le luxe des pierres précieuses qui donnait aux bijoux grecs un si haut prix : c'est l'exquise ciselure du métal, et la fantaisie déployée dans l'ornementation. Les éléments en sont empruntés à la nature ; ils comportent des fruits, des fleurs, des feuillages, auxquels vient se joindre l'imitation de la figure humaine. Tous ces motifs sont agencés avec un art fécond en ressources, dont la seule loi est le caprice. Toutefois, la destination des bijoux impose à l'artiste certaines données : ainsi la fantaisie a plus de liberté dans la décoration des pendants d'oreilles, des pendeloques de collier, que dans celle des bracelets ou des couronnes, dont l'art est plus sévère.

1. Castellani : Communication faite à l'Académie des Inscr. et Belles-Lettres, 20 décembre 1860, et Délia, orificeria italiana, Roma, 1872.

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Avant de signaler quelques-uns des types adoptés par les orfèvres grecs, il importe de distinguer, parmi les bijoux anciens, ceux qui ont une destination funéraire, et ceux qui étaient faits pour être portés. Les premiers étaient des ornements de parade, dont on revêtait le mort le jour des funérailles, et qu'on ensevelissait avec lui; il n'était pas rare qu'on fît ainsi l'économie de bijoux réels. Telles sont les couronnes qu'on trouve dans beaucoup de tombeaux grecs *; elles imitent le feuillage de l'ache, du laurier, etc. ; mais l'extrême ténuité des feuilles d'or battu oti elles ont été découpées, indique assez qu'elles n'étaient faites que pour l'usage d'un jour. Il est à peine besoin d'indiquer que l'art des orfèvres réservait ses qualités et ses ressources pour les bijoux destinés à être portés.

Il est difficile de passer en revue tous les objets de la parure féminine où s'exerçait la fantaisie des orfèvres; le caprice et la mode y régnent en maîtres, et créent une infinie diversité de types. Nous nous bornerons à citer quelques exemples. Un des plus beaux bijoux étrusco-grecs du Louvre est un diadème de femme, ou Stéphane^ où des perles en pâte de verre et des palmettes émaillées sont associées aux ornements d'or ciselé*. Le diadème imite une couronne de fleurs,

I. Le musée du Varvakéion, à Athènes, possède des couronnes d'or de ce genre. On en voit aussi au Louvre, au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, et au musée Grégorien, au Vatican. Les textes anciens font allusion à cette coutume : Ménandre (dans Stobée, Floril. CXXIIL 2) parle d'un mort richement paré : tcoXu- TeXïiî vexpô;.

; 2. Bijoux du musée Napoléon III, n" i.

BRONZES ET BIJOUX. }6i

faite de marguerites et de fleurs plus petites, auxquelles sont mêlées des aigrettes de feuillage d'un travail exquis. C'e'tait là un objet de parure bien distinct de la superbe couronne d'or, trouvée à Armento, aujourd'hui possédée par l'Antiquarium de Munich. Elle se compose de branches de chêne, auxquelles s'enlacent des guirlandes de fleurs, tandis qu'à la partie supérieure des figures ailées sont placées au milieu du feuillage. L'inscription gravée sur le socle d'une de ces figurines indique le caractère votif de cette œuvre d'art : « Kreithonios a consacré cette couronne. » Peut-être a-t-elle fait partie du trésor d'un temple.

Les colliers se composent souvent de plusieurs rangs de chaînettes terminées par des pendants; celui du milieu, de dimensions plus grandes, est le plus travaillé, et représente une fleur, ou une tête de divinité. Le musée de l'Ermitage, à Pétersbourg, est très riche en bijoux de ce genre trouvés en Crimée. Nous citerons surtout une magnifique pendeloque, provenant de la tombe d'une prêtresse de Déméter. Des chaînettes et des glands d'or sont suspendus à une plaque ciselée, qui représente une Néréide portant les cnémides de l'armure d'Achille. Mais c'est surtout dans l'exécution des pendants d'oreilles que les orfèvres font preuve d'une surprenante fécondité d'invention. Tantôt, c'est un motif très simple, un bouton ciselé surmontant une petite figure travaillée au repoussé; tantôt, c'est une complication savante de chaînettes et de figures, quelquefois réunies en groupes. Un des plus merveilleux exemples de cette habileté de main est la paire de pendants d'oreilles trouvée dans un tombeau de Bol-

sena; Tartiste y a reproduit, dans des dimensions infiniment petites, le cliar du soleil conduit par le dieu, et accompagné de Victoires ailées. Audessus est figurée une sorte de coupole, d'où pendent des chaînettes , terminées ^ par des palmettes et des amphores. A voir (O^^^^X ce prodige d'habileté technique, on songe (»^4c5jii sans peine aux chefs-d'œuvre de délica- .>-v ^gggg attribués aux toreuticiens grecs, à Callicratès de Lacédémone et à Myrmécidès d'Athènes ; c'était toujours le même motif : un petit quadrige de fer, qu'une mouche pouvait couvrir de ses ailes.

Les bracelets, les fibules, ou broches pour attacher le peplos, sont nombreux dans nos musées. Le travail est ordinairement plus simple; les bracelets se composent, le plus souvent, de cercles massifs et ciselés, ou de plaques au repoussé, réunies par bandes et munies d'un fermoir. Celui qui est reproduit ici, et qui date de l'époque romaine, se compose d'imitations d'hektés de Mitylène, montées avec de petits grenats. Enfin on trouve •^/l aussi dans les tombeaux grecs des plaques d'or ou d'argent, travaillées au repoussé, et qui avajent pu servir à décorer des vêtements. Telle est la plaque ci-jointe, qui provient d'Athènes, et qui offre un joli spécimen des sujets qu'aimaient à traiter les ciseleurs. C'est une jeune fille, pesant deux Éros dans les plateaux

J<îi

Fia. I -i- 1.

rLAQ^uE d'argent.

(Trouvée en Attique.)

d^une balance; on y retrouve comme un spirituel commentaire des épigrammes de l'Anthologie, où les poètes raffinent à Penvi sur les plus délicats sentiments de Tâme.

C'est la mythologie galante dont s'inspirent les artistes, pour décorer les objets de parure et pour se conformer au goût raffiné des classes élégantes.

A Tart de la ciselure se rattachent encore les grandes pièces d'orfèvrerie, dont l'usage devient fréquent en Grèce vers l'époque macédonienne. Sous les successeurs d'Alexandre, la vie grecque perd sa simplicité première, et le luxe déployé dans leurs cours contribue au développement rapide de cette branche de l'art industriel i. Aussi les artistes cités par Pline comme les maîtres de la ciselure sont-ils, pour la plupart, contemporains des Ptolémées et des Séleucides. Mentor, Acragas, Boëihos sont les plus brillants parmi ces toreuticiens, que l'on désignait sous le nom de petits artistes (p.iy.poTex,vat) , et qui appliquaient leur talent à décorer de reliefs des vases de métal précieux. On ne peut guère juger de leur art que par les textes; les vases d'argent de la belle époque grecque sont très rares. Le vase de Munich représentant les Troyens

I. Voir dans Athcnce (V, 29-30) la description de la pompe de Ptolémée Philadelphc, où l'on portait des vases ornés de sujets bachiques et de masques théâtraux ciselés en haut relief.

captifs, celui de TErmitage (trouvé à Nicopol), oii sont figurés des Scythes dans leur costume national, tout en accusant un style grec encore très pur, sont sans doute d'une date plus récente. A l'époque romaine, le goût pour les vases d'or et d'argent devient général; mais le style dégénère singulièrement. Les ornements sont distribués avec profusion, le relief prend une saillie exagérée, et tout est sacrifié à une recherche évidente de la richesse. Parmi les spécimens de l'argenterie antique qui nous sont parvenus, il en est fort peu où la pureté du style, la discrétion des ornements trahissent la copie d'un original grec ^

I. Par exemple, la coupe trouvée à Porto-d'Anzio et connue sous le nom de coupe Corsini. V. Michaëlis : Corsinisclie Silbergefass.

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