I. ORIGINES DES ORDRES
Après les invasions doriennes, le génie grec vise de bonne heure à créer des formes architecturales qui lai soient propres, et qui portent son emplreinte. C'est par la constitution des ordres quMl dégage sa personnalité; en même temps le principe des proportions vient donner à Tarchitecturc grecque un caractère de beauté unique et original.
Les ordres ne sont constitués, à la fin du vn« siècle et au Vf , qu'après une période de tâtonnements, pen-dant laquelle les éléments de Tarchitecture hellénique, empruntés à l'Orient, sont appliqués un peu au hasard,' pour être ensuite soumis à des règles fixes. Avant cette époque, les anciens édifices helléniques, construits soit d'après des traditions étrangères, soitsous l'empire d'influences locales, peuvent se ramener à cinq types distincts, appliqués simultanément pendant la période d'initiation. M. Chipiez les détermine ainsi :
1° Le temple métallique, ou revêtu de métal, qui se retrouve en Médie, en Judée et en Asie Mineure. Les écrivains grecs, comme Pausanias, citent des édifices construits en airain, tels que le temple légendaire d'Apollon à Delphes, celui d'Athéna Calkhiœcos à Sparte, et le trésor de Myron, tyran de Sicyone. Dans VEnéide, le temple élevé à Carihage par la Phénicienne Didon est également en airain.
2° Le temple en bois, qui est un agrandissement de la cabane bâtie en bois de grume et en boue où vivaient les anciennes populations helléniques. Plus tard, la piété populaire conserva avec soin ces édifices; tels étaient le temple en bois de Métaponte, et le sekos de Poséidon Hippios, près de Mantinée, que la tradition attribuait aux architectes légendaires Agamèdcs et Trophonios : Hadrien le fit enfermer dans un temple de marbre. Il est vraisemblable que l'emploi du bois tenait surtout à la pauvreté des villes primitives.
3» Le temple mixte, ou de pierre et de bois. On se servait du bois pour les parties supérieures de l'édifice, comme dans le temple de Zeus à Némée et de Zeus
Larissceos à Corinthc. Le bois pourrissait parPactiondu temps, et le toit s'ctTondrait : ainsi Pausanias cite plusieurs sanctuaires très anciens dépourvus de toiture.
4" Le temple en forme de caverne. Le sanctuaire d\\pollon Délien, à Délos sur le Cynthe, est le type de cette variété ^
5° Le temple en pierre, formé d'une enceinte quadrangulaire, comme celui du mont Ocha, en Eubée.
Par quel travail le temple grec, avec son ordonnance régulière, s^est-il substitué à ces sanctuaires? Plusieurs systèmes ont été émis. Le plus ancien est celui de Vitruve, qui a régné pendant toute la Renaissance et qui a été adopté d\ine façon plus ou moins absolue par des écrivains de nos jours. D'après ce système, Tarchitecture grecque procède de la construction en bois ; tout en faisant la part d'influences orientales manifestes, les modernes qui Pont accepté, MM. Hittorf, Beulé, Charles Blanc, ont cherché dans le principe d'une construction en bois l'explication des divers membres d'architecture qui constituent le temple grec. On reconnaîtrait dans l'entablement ou partie supérieure du temple les poutres, les chevilles, les plafonds de bois; quant à la colonne, elle dériverait du support de bois, équarri et épannelé à la hache. Un autre système, celui de MM. VioUet-le-Duc et Regnault, fait naître l'architecture grecque des nécessités de la construction en pierre, et la considère ainsi comme un art né sur le sol même de la Grèce. Les découvertes faites en Orient infirment cette théorie, en montrant que les éléments des ordres grecs ont été empruntés aux pays orientaux, Assyrie, i, Lebègue : Recherches sur Délos.
Phénicie, Asie Mineure. M. Chipiez a tenté de démontrer que les principes de Parchitecture en bois expliquent imparfaitement certains détails du temple grec. D'après lui les formes adoptées dans les ordres se trouvaient déjà appliquées dans les édifices de POrient; pour la constitution définitive des ordres, les architectes grecs se sont guidés d'après les exigences plastiques et la nécessité de faire du temple un ensemble raisonné et harmonieux
§ II — l'ordre dorique
Les trois ordres purement grecs sont le dorique, l'ionique et le corinthien. Le plus ancien est le dorique, qui apparaît simultanément à la fin du vii« siècle dans tous les pays doriens, à Corinthe, à Métaponte, à Pa;stum, à Ségeste, à Agrigente, à Syracuse. C'est l'ordre national des Doriens, et cette race lui a imprimé les caractères de sévérité, de force et de puissance qui sont propres à son génie.
Dans ses éléments essentiels et à l'époque de son épanouissement complet, le dorique se compose des membres suivants. Le fût de la colonne posant directement sur le stylobate, ou soubassement, et creusé de vingt cannelures à arêtes vives, affecte sensiblement la forme de deux cônes tronqués, appliqués l'un sur l'autre à leur section la plus large. La colonne offre ainsi un renflement ou entasis, qui lui donne un aspect de force et d'élasticité ; elle est composée de tambours cylindriques scellés intérieurement les uns aux autres,
et qui étaient le plus souvent cannelés sur place. L'extrémité de la colonne se termine par le gorgerin, compris entre deux rangs de rainures ou annelets qui semblent réunir énergiquement par une ligature les forces de résistance du fût, pour supporter le chapiteau. Celui-ci comporte une sorte de coussinet ou échine, surmonté d'une plaque rectangulaire (tailloir ou abaque) qui fait saillie au-dessus de Téchine.
Ce puissant support soutient un entablement composé de plusieurs parties distinctes. D'abord l'architrave tout unie, composée de blocs lisses ayant leur portée franche de colonne en colonne. Au-dessus court une moulure
COLONNE ET ENTABLF;