I. Histoire grecque, t. I", p
LES ORIGINES DE L'ART GREC. n
les règnes de Séti et de Ramsès II (xix" dynastie), ils prennent part aux cxpe'ditions que les Khctas de Syrie et les Libyens d'Afrique dirigent contre TEgypte.
On ne saurait rien du degré de civilisation de ces peuples, si des fouilles récentes et d'une extrême importance n'avaient mis au Jour des documents tout nouveaux. Les trouvailles d'Hissarlik et de Santorin, celles de Mycènes et de Spata, nous révèlent un état d'industrie qui semble avoir été commun à tout l'ancien monde grec. Cette civilisation gréco-pélasgique s'est étendue à tous les peuples qui occupaient le bassin de la mer Egée, et qui entretenaient entre eux des relations suivies, grâce à un cabotage très actif. On ne saurait fixer avec une entière exactitude la date des monuments trouvés; toutefois on peut les classer en deux groupes principaux : celui d'Hissarlik et de Santorin, qui nous reporte aux origines, et celui de Mycènes et de Spata, d'une époque plus récente, où apparaissent déjà des influences orientales.
C'est à la civilisation la plus ancienne, semble-t-il, qu'appartiennent les objets trouvés par M. Schliemann près du village d'Hissarlik, dans la Troade. Ces importantes découvertes, que leur auteur a cru pouvoir attribuer à l'époque homérique, ont donné lieu à de longues discussions. M. Schliemann avait exhumé les ruines de plusieurs villes superposées; dans les plus anciennes, révélant encore les traces d'un incendie, l'explorateur croyait reconnaître les vestiges de l'Iiion d'Homère, et il donnait le nom de Trésor de Priant à une riche collection de bijoux barbares, vases d'or et d'argent, perles d'or tondu, etc., recueillis au milieu des
débris. L'identification des ruines voisines d'Hissarlik avec la Troie homérique est loin d'être acceptée sans contestation; et certains savants placent au contraire la» ville de Priam près de Bounarbachi, suivant l'opinion ^ émise en 1788 par Lechevalier. Hissarlik marquerait seulement l'emplacement de l'Ilion des Romains, Iliiim recens, plusieurs fois détruite et rebâtie au temps des Eoliens, des Lydiens, des Lysimaques et des Césars.
Néanmoins, l'opinion qui fixe à Hissarlik l'emplacement de la Troie homérique est fort plausible. Des couches de débris, accumulées sur seize mètres de profondeur, prouvent qu'une population très dense a vécu pendant des siècles sur la colline d'Hissarlik; en outre, ce point est plus rapproché de la mer que Bounarbachi et se prête mieux à l'intelligence des scènes homériques *.
Quant aux objets trouvés à Hissarlik, il est impossible d'y voir, avec M. Schliemann, des restes de la civilisation décrite par Homère. Ils appartiennent à une époque demi-barbare, et le peuple qui les fabriquait commençait à peine à se servir du métal. On n'y retrouve aucune trace d'une influence égyptienne ou assyrienne, et aucun caractère hellénique. Les poteries, en particulier, sont toutes primitives et faites à la main; elles rappellent, pour les procédés techniques, celles qui ont été trouvées sous le tuf dans l'ancien Latium, et les vases de Santorin antérieurs à l'éruption. Les motifs de décoration sont des imitations enfantines d'animaux, et le vase luimême représente grossièrement la figure humaine. 1
Antérieurement au xvi« siècle avant notre ère (vers
I. Voir G, Perrot : Les Découvertes du D^ Schliemann, à Troie et Mycènes; conférence faite à la Sorbonne, 19 mars 1881.
Tan 2000, suivant M. Fouqué), Tîle de Théra, Tune des Cyclades, fut bouleversée par une exhalaison volcanique; la partie centrale s'effondra, ne laissant plus qu'une bordure circulaire formée par les îles actuelles de Santorin, de Thérasia et d'Aspronisi. Des fouilles, pratiquées à Thérasia et à Santorin en 1866-67, o^it mis au jour les ruines d'habitations antérieures à l'éruption. Au milieu des débris de maisons grossièrement construites, on a retrouvé sous des amas de tut ponceux des objets servant à la vie journalière, meules, augets, etc., et en particulier des vases d'un style primitif, dont la gorge renflée imite les formes féminines. Des objets de même style, retrouvés au-dessus de la couche de tuf, prouvent que peu de temps après l'éruption une autre population remplaça la première. Ce peuple, qui habitait l'île avant l'occupation des Phéniciens au xv« siècle, vivait de la pêche et cultivait la terre. Peut-être faut-il reconnaître les anciens colons de Théra sur une peinture égyjîtienne du tombeau de Tothmès III, à Rekhmara, où « les peuples des îles de la mer » apportent des présents au Pharaon ; ils tiennent à la main des vases à bec relevé, qui rappellent par leur forme ceux de Santorin Jointes à celles d'Hissarlik, les antiquités de Santorin constituent, en l'état actuel de la science, le groupe le plus ancien : ce sont les premiers documents qui nous soient parvenus pour l'histoire de l'industrie dans le monde grec^
I. On ne parle pas ici des monuments de l'âge de pierre qui ont été retrouvés en Grèce comme dans toute l'Europe. Cf. Dumont : La Grèce avant la légende et avant l'histoire : Revue Archéologique, t. XVI.
r4 MANUEL D'ARCHÉOLOGIE GRECQUE.