‹ Manuel d'archéologie grecqueChapitre 33 sur 157 · FIG. 17. ACROTÈRE ET CHÉNEAU · texte numérisé non relu

FIG. 17. ACROTÈRE ET CHÉNEAU

eaux de pluie au-dessus du larmier. Les extrémités et le sommet du fronton sont ornés à''acrotères^ sortes de socles supportant des figures, sphinx, vases, trépieds, victoires, lions, etc.; cette disposition, sans être constante, était fréquente ; on la retrouve au Parthénon, au temple de la Victoire Aptère, à Egine, etc. Au

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temple d'Égine on a retrouvé le fleuron qui ornait le sommet du fronton, et les deux figures de femmes drapées qui le flanquaient de chaque côté (fig. i8). Enfin on sait que des couleurs vives, sobrement disposées, accusaient les détails de Tarchitecture et les faisaient valoir; nous examinerons plus loin cette question en traitant de la polychromie.

Pour avoir une juste idée de l'aspect extérieur du

Fie. 10. FRONTON DU TEMPLE D E G I N E.

temple antique, il faut le replacer dans son milieu, sous un soleil éclatant, qui souligne par des ombres nettes les plus fines arêtes du marbre; il faut Tentourer d'une ceinture de montagnes dont les contours s'harmonisent avec les lignes horizontales du temple, ou contrastent avec la verticale des colonnes. Posé sur le roc nu et à peine aplani autour du temple, l'édifice apparaîi comme une œuvre parfaite, se suffisant à elle-même. Les Grecs, en effet, n'ont pas sacrifié à cette préoccupation toute moderne de faire valoir un monument par l'ordonnance symétrique des édifices qui l'entourent. Rien

de plus irrégulier que la disposition des monuments de TAcropole d^Athènes; les Propylées, qui donnent accès au Parthénon, ne sont pas dans l'axe du temple. Cest que le temple est un tout indépendant et ne doit su beauté qu'à l'harmonie de ses parties.

Des travaux modernes ont montré à quel point était poussée cette savante recherche de la perfection. Tout est calculé pour que rien ne choque les exigences les plus raffinées de la vision. On sait par les études de MM. Pennethorne, Penrose et Paccard que le Parthénon affecte la forme d'une sorte de pyramide tronquée. Afin que les lignes verticales du temple paraissent exactement perpendiculaires, l'architecte, Ictinos, a corrigé les erreurs de la vision; il a incliné vers le centre les murs de la cella et l'axe des colonnes; il a renforcé les colonnes d'angle en leur donnant des proportions plus fortes, et ainsi, baignées d'air et de lumière de tous côtés, elles ne semblent pas plus maigres que celles du milieu. Au contraire, les antcs, les corniches, les larmiers, au lieu de fuir vers le centre, s'inclinent vers le dehors, pour présenter à l'œil du spectateur les ornements peints dont ils sont revêtus. Les lignes horizontales de l'édifice sont légèrement courbes ; les lignes du soubassement, celles de l'architrave, du larmier qui court sous le fronton, se dépriment aux extrémités et forment un arc convexe. L'architecte grec s'est inspiré des courbes naturelles de la mer et des montagnes.

La disposition intérieure du temple. — L'intérieur du temple comporte trois grandes divisions : le pronaos, le naos ou la cella, et l'opisthodome. Si, passant sous le fronton est, on franchit la première rangée de colonnes

du péristyle, on pénètre dans le pronaos (fig. 19. C) : cette division est formée par le prolongement des murs de la cella et par un mur transversal. Une rangée de colonnes fermait le pronaos; des grilles scellées entre

les colonnes achevaient de le clore et de mettre à Tabri les objets précieux qui s'y trouvaient. Le naos (ou cella), (D) auquel le pronaos donne accès, est, par excellence, la demeure de la divinité. Il est comme partagé en trois nefs par un double ordre de colonnes superposées. L'ordre inférieur dorique posait sur le pavé du temple, comme on a pu le constater par les traces que les colonnes, cannelées sur place, ont laissées sur les dalles; il supportait une architrave, surmontée de Tordre supérieur, tantôt ionique, tantôt dorique.

On ne sait si cet étage intérieur avait un plancher et formait galerie. Au Parthénon, Paccard n'a pas découvert de traces de l'escalier qui aurait permis de monter à cette galerie.

La statue de la divinité se dressait au fond de la cella (E). Au Parthénon, c'était la statue d'Athéna Parthénos, l'un des chefs-d'œuvre de Phidias, toute brillante de métaux précieux, d'ivoire et de pierres fines, et

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Fie. 19.

PLAN d'un temple grec

( P A RTH ÉNOn).

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fIG. 20. ORDRE INTERIEUR DU NAOS,

72 MANUF.L D'ARCHEOLOGIE GRECQUE.

posant sur une base délicatement sculptée. Pour comprendre quel aspect à la fois imposant et riche devait présenter le sanctuaire de la déesse, qu'on se figure les colonnes du naos décorées d'armes, de boucliers; des œuvres d'art, des tables votives, de somptueuses étoffes accumulées autour du piédestal d'Athéna, et la statue elle-même toute resplendissante de l'éclat des ors et de la blancheur mate de Tivoire. Les églises byzantines, Saint-Marc de Venise, par exemple, peuvent seules nous donner une idée de ce qu'était la décoration du naos grec. On comprendra sans peine que cette ornementation variait à l'infini dans le détail. A Olympie, par exemple, la statue de Zeus, assise sur un trône d'or, d'ivoire, de marbre et d'ébène, était entourée de barrières peintes, et le sol était recouvert de marbre noir, destiné à recevoir l'huile qu'on versait sur la statue pour empêcher l'ivoire de s'altérer. A Didymes, la statue d'Apollon était placée sous un édicule. A Athènes, à l'Erechthéion, devant la statue de bois d'Athéna Polias était placée une lampe d'or, œuvre du toreuticien Callimaque; elle était surmontée d'un palmier de bronze, qui conduisait la fumée de la lampe jusqu'au toit.

La dernière division du temple s'appelait l'opisthodome (fig. 19. F). Quelquefois complètement isolée de lacella, cette division communiquait d'autres fois avec la précédente, à l'aide d'une porte ouverte dans l'axe des portiques. L'opisthodome était fermé par une porte de bronze et par des grilles. Il est probable qu'au Parthénon, le plafond de cette partie du temple était soutenu par quatre colonnes. C'est dans l'opisthodome qu'était conserve le trésor de la déesse, formé par les dons, les

offrandes, le produit des biens sacrés, etc. ; on y conservait aussi des objets historiques tels que le cimeterre de Mardonius, le trône aux pieds d\Trgent de Xerxès, et le trésor de TEtat, avec les sceaux de la république. Ces trésors étaient gardés par « les trésoriers des richesses sacrées de la déesse « qui, tous les quatre ans, en faisaient l'inventaire. Des stèles de marbre nous en ont conservé le détail pour différents temples, aussi bien pour le Parthénon que pour rAsclépiéion d'Athènes et le temple d'Apollon à Délos^ C'est ainsi que les inventaires du Parthénon énumèrent des couronnes d'or, des lits de Chio, des cuirasses, des épées, des lyres, des tables d'ivoire, des boucliers dorés, des phiales, des statuettes en métaux précieux. Dans les grandes crises financières, l'État avait parfois recours à ce trésor particulier de la déesse : c'était Athéna qui prêtait à la ville d'Athènes.

La disposition intérieure des temples grecs variait peu; celle du Parthénon peut servir de type. Toutefois, quand le temple était un mantéion ou temple oracle, l'aménagement différait, comme à Didymes. Dans le temple d'Apollon Didyméen, le pronaos était séparé du naos par une chambre, où les visiteurs qui venaient consulter l'oracle attendaient que le dieu eût

I. Inventaires du Parthénon : Corpus Iiiscr. Atticarum, t. I*^"". Traditiones qucestorum Minervœ. — Inventaires de l'Asclépiéion : Girard et Martha, Bull, de Corr. hellénique, 1878, p. 419-445. — Comptes des hiéropes de Dclos : Homolle : Bull, de Corr. hellénique, 1878, p. 570-584. Les belles fouilles de M. Homolle à Délos, dont les résultats ne tarderont pas à faire l'objet d'une publication d'ensemble, permettront de connaître dans le détail l'administration du temple d'Apollon Délien.

inspiré la Pythie. Cette division du temple s^appelait Vœcos.

L'éclairage des temples hyvèthres^ . — Peu de questions ont été plus controversées que celle de Téclairage des temples. Comment la lumière pénétrait-elle dans les temples que les Grecs appelaient hypèthres (ûm aîSÊpoî)? Ce nom donne à entendre que certaines parties de l'édifice, dépourvues de couverture, étaient exposées à Pair libre; mais comment concilier cette disposition avec la nécessité de protéger contre les influences de Pair les richesses accumulées dans le sanctuaire et la statue du dieu. ^ Les ruines des temples offrent peu de ressources pour résoudre le problème, car on sait que Peffondrement ou la destruction des parties supérieures n'ont laissé aucune trace de la toiture. La question est donc de celles qu'on ne peut essayer d'éclaircir que par l'examen des textes et par des théories. Parmi les témoignages écrits, l'un des plus importants est le texte de Vitruve, qui donne de l'hypèthre la description suivante r « Le temple hypèthre a dix colonnes au pronaos et au posticum. Semblable aux grands temples dont la colonnade extérieure est double, il a dans l'intérieur de la cella deux rangs de colonnes superposées, éloignées des murs, laissant de l'espace pour la circulation comme les portiques du péristyle. L'espace intermédiaire est à ciel ouvert, et sajis îoitw^; à chaque extrémité, il y a des portes et dans le pronaos et dans le posticum^. »

1. Beulé : Histoire de Vart grec avant Périclès, p. 281 et suiv. — Chipiez : Mémoire sur le temple hypèthre; Revue Arch., nouvelle série, t. XXXV.

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